Déclaration sur la révocation de Karim Khan comme procureur en général de la Cour pénale internationale.
14 août 2026
La révocation de Karim Khan comme procureur général de la Cour pénale internationale constitue une double victoire pour Donald Trump et Netanyahou. Elle adresse un avertissement particulièrement clair aux autres fonctionnaires internationaux : quiconque s’oppose à Donald Trump, aux politiques du gouvernement américain ou à ses alliés étrangers s’expose à des représailles. Elle marque également une nouvelle étape dans l’affaiblissement des institutions créées pour préserver l’ordre juridique international dont nous dépendons tous.
La Cour pénale internationale a été créée en 2002 afin d’exercer sa compétence les juridictions nationales ne veulent pas ou ne peuvent pas poursuivre les criminels. Sa création a, en pratique, achevé l’édifice juridique mis en place après la Seconde Guerre mondiale pour garantir que les horreurs du régime nazi ne puissent jamais se reproduire. La révocation de Karim Khan en tant que procureur général de la Cour pénale internationale constitue un indicateur particulièrement préoccupant de l’état du monde en 2026.
Cet ordre établi après-guerre n’était toutefois aussi solide que la volonté des États de le faire respecter. Les États-Unis s’étaient initialement présentés comme les garants de l’ensemble des dispositifs mis en place après la guerre. Les États-Unis s’étaient initialement présentés comme les garants de l’ensemble des dispositifs mis en place après la guerre. Ces dernières années leur abandon et leur sabotage de ce système ont conduit toute cette architecture au bord de la ruine. La révocation de Khan a été obtenue par un exercice brutal de la puissance américaine, les États-Unis, agissant à la fois pour leur propre compte et comme complices de l’État d’Israël. Quand a fait savoir qu’il entendait engager des poursuites contre des responsables politiques israéliens, un responsable politique américain lui a discrètement indiqué que la Cour avait été « créée pour l’Afrique et les voyous comme Poutine », et non pour des alliés tels qu’Israël ; Khan a rendu cet avertissement public.
En 2024, Khan a délivré des mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Netanyahou et le ministre de la Défense à l’époque, Yoav Gallant, ainsi que contre les dirigeants du Hamas : Mohammed Deif, Yahya Sinwar et Ismail Haniyeh (tous trois ont depuis été tués par Israël). Les décisions d’engager de poursuites ne sont pas prises par une seule personne. En l’espèce, elles ont été prises à la suite de l’avis d’un collège de six juristes, parmi lesquels Amal Clooney, la baronne Helena Kennedy et le juge Theodor Meron, survivant juif de la Shoah âgé de 94 ans.
On nous demande de croire que la révocation de Khan serait exclusivement due à son comportement inapproprié envers une membre de son équipe – et non aux mandats d’arrêt visant Netanyahou et Gallant. Pourtant, les trois hauts magistrats désignés par la CPI, qui ont examiné des milliers de pages de preuves au cours d’une enquête d’un an, ont conclu à l’unanimité, que les éléments disponibles ne suffisaient pas à établir une faute professionnelle ou un manquement aux obligations de Khan.
Peu importe, en février 2025, Trump s’en prenait déjà à la CPI, lui reprochant l’audace de revendiquer sa compétence à l’égard d’actes criminels qui auraient été commis par des ressortissants américains ou israéliens. Afin de passer outre les juges qui avaient effectivement entendu l’affaire concernant Khan, une session extraordinaire sans précédent de l’organe de supervision de la CPI — l’Assemblée des États parties, composée de 125 membres — a été convoquée. Parmi eux, 82 ont été convaincus de voter en faveur de la révocation de Khan. On peut raisonnablement en déduire que ces votes nationaux reposaient davantage sur la volonté d’éviter les représailles de Trump contre leurs pays ou leurs représentants que sur un examen des éléments à charge contre Khan.
Israël n’a jamais caché sa volonté de voir Khan révoqué et célèbre désormais son départ. Depuis longtemps, Israël s’emploie lui aussi à saper la Cour, qui constitue de fait un obstacle à sa liberté d’enfreindre le droit. En 2024, une enquête approfondie menée par +972, Local Call et The Guardian a révélé que « depuis près d’une décennie, Israël surveille des hauts responsables de la Cour pénale internationale ainsi que des défenseurs palestiniens des droits humains dans le cadre d’une opération secrète visant à entraver l’enquête de la CPI sur les crimes de guerre présumés ». La surveillance visait également la prédécesseure de Khan, Fatou Bensouda, dans le but — finalement infructueux — d’empêcher la Cour d’ouvrir une enquête complète. Les tentatives visant à la dissuader de poursuivre cette démarche comprenaient notamment une opération de type « honey trap » visant son mari. Selon le reportage de +972, « la guerre clandestine menée par Israël contre la CPI s’est appuyée essentiellement sur la surveillance, les procureurs généraux étant ses principales cibles ».
La CPI est l’une des principales institutions établies depuis 1945 afin de garantir que les violations du droit international donnent lieu à des poursuites et à l’établissement des responsabilités. Israël s’est rendu coupable d’un nombre particulièrement élevé de violations délibérées des conventions du droit international.
Israël se précipite pour assumer et renforcer son statut d’État paria. Il viole le droit international et s’emploie à saper l’édifice, désormais de plus en plus fragile, des conventions et des institutions qui nous protègent contre la barbarie.
En tant que Juifs et Juives originaires des six continents nous en sommes indignés, —d’autant plus qu’Israël prétend toujours agir au nom de l’ensemble des Juifs. Pas en Notre Nom !
Parmi nous, vivent encore des personnes qui ont directement souffert des excès du mal qui ont, à tout le moins, conduit à la création de nos conventions et institutions juridiques protectrices. Pour la plupart d’entre nous, une ou deux générations tout au plus nous séparent de celles et ceux qui ont vécu directement cette oppression et ces persécutions. Nous comprenons parfaitement l’importance vitale du droit international et des institutions chargées de le faire respecter, ainsi que les dangers qu’il y a à laisser les violations impunies.
L’original en anglais est sur le site de Global Jews for Paletine


