Une séance de sensibilisation pour renforcer la protection des jeunes filles et préserver leurs droits dans le cadre des mariages précoces, dans le camp Al- Doura
Un atelier en lien avec les déplacements forcés (dans la zone centrale – Ouest de Deir al-Balah | avec 20 participantes)
L’un des dossiers les plus sensibles auxquels les familles sont confrontées dans les conditions de déplacement forcé, c’est la question du mariage précoce et les répercussions sanitaires, psychologiques et sociales qui peuvent en découler. L’objectif de l’équipe UJFP était d’examiner les moyens possibles de renforcer la protection des filles dans les conditions humanitaires difficiles que vivent les familles déplacées. Cette séance n’était pas dissociée de la réalité quotidienne vécue par les familles dans les lieux de déplacement : la perte des logements et des sources de revenus, la diminution de la capacité à satisfaire les besoins essentiels, la surpopulation et l’instabilité. Dans de telles circonstances, certaines familles peuvent se retrouver face à des idées ou des pratiques auxquelles elles n’auraient pas pensé dans des conditions normales, notamment le fait de marier les filles à un âge précoce, soit parce qu’elles pensent que le mariage leur offrirait une protection, soit pour réduire les charges matérielles, soit en raison de la peur de l’avenir et des risques supplémentaires que les conditions de déplacement forcé peuvent entraîner. La séance s’est concentrée sur l’examen de cette question sans porter de jugements préalables, en essayant de comprendre les facteurs qui la sous-tendent et en ouvrant un espace permettant aux femmes d’exprimer leurs craintes et leurs expériences et de poser les questions directement liées à leur sécurité et à leur avenir.
Au cours des discussions, il a été souligné que les crises humanitaires n’annulent pas les droits des filles et que les conditions économiques ou sociales difficiles ne devraient pas conduire à prendre à leur place des décisions déterminantes à un âge où elles ont encore besoin de soins, de soutien et d’éducation. Le mariage précoce ne signifie pas nécessairement que la fille passe de l’enfance à une vie plus stable ; il peut au contraire l’exposer à un ensemble de responsabilités dépassant sa capacité à les assumer, et la rendre davantage exposée à l’abandon de l’éducation et à la perte de possibilités de développement personnel et social. Il peut également affecter sa santé psychologique et physique ainsi que sa capacité, à l’avenir, à participer activement à la société. Les participantes ont abordé au cours de la séance les multiples conséquences du mariage précoce, expliquant que son impact ne se limite pas au moment du mariage lui-même, mais peut se prolonger pendant des années dans leur vie, notamment lorsqu’elle assume précocement des responsabilités familiales et des rôles sociaux, sans avoir eu suffisamment l’occasion d’apprendre, d’acquérir des compétences, de construire sa personnalité et de se préparer psychologiquement à cette étape.
La jeune fille qui vit déjà sous la pression de la guerre, du déplacement forcé, de la perte de son foyer, de la sécurité et de la stabilité peut éprouver davantage de difficultés à s’adapter aux responsabilités du mariage et de la famille, ce qui peut accentuer les sentiments de peur, d’anxiété, d’isolement et de détresse psychologique. C’est pourquoi la séance a insisté sur l’importance de considérer la jeune fille comme une personne titulaire de droits dont la voix doit être entendue, et non comme un simple objet qui subit les décisions prises par les autres à sa place.
Sur le plan sanitaire, la séance a abordé l’importance de sensibiliser les familles aux risques qui peuvent être associés à la grossesse et à l’accouchement à un âge précoce, ainsi qu’aux difficultés sanitaires et psychologiques qui peuvent les accompagner, en particulier dans un contexte de recul des services de santé et des conditions difficiles vécues par les personnes déplacées. Il a également été souligné qu’il ne fallait pas laisser les familles et les jeunes filles seules face à ces défis, et qu’il fallait œuvrer à les mettre en relation avec les services de protection et de soutien disponibles au sein de la communauté et dans les centres d’hébergement.
La séance n’a pas non plus négligé l’aspect économique, considéré comme l’un des facteurs susceptibles d’accroître les pressions exercées sur les familles. Lorsqu’une famille perd sa source de revenus ou devient incapable de satisfaire ses besoins essentiels, le mariage précoce peut apparaître, pour certains, comme un moyen de réduire les responsabilités financières. Toutefois, les discussions ont montré que la lutte contre la pauvreté ne doit pas se faire au détriment de l’avenir et des droits des jeunes filles. Au lieu de faire porter à celle ci les conséquences de conditions économiques dont elle n’est pas responsable, il apparaît nécessaire de renforcer le soutien humanitaire, social et économique aux familles les plus vulnérables.
Les participantes ont également abordé le rôle que peut jouer la famille, notamment les mères, dans la prévention du mariage précoce. Les discussions ont souligné que le dialogue au sein de la famille constitue une étape importante pour protéger les jeunes filles, en leur donnant un espace pour exprimer leurs craintes et leurs besoins, en écoutant leurs opinions et en ne considérant pas le mariage comme l’unique solution face aux pressions sociales ou économiques. La sensibilisation de la mère aux risques potentiels peut l’aider à adopter une position plus ferme face aux pressions de la part de son entourage social ou de ses proches, dans un contexte où les conditions de vie difficiles se mêlent aux coutumes et aux attentes sociales.
L’une des participantes a déclaré : « Les conditions de guerre et de déplacement forcé amènent certains à penser à marier leurs filles comme une solution pour les protéger ou alléger le fardeau », Pourtant, protéger une jeune fille nécessite en réalité des options plus larges et plus durables, qui commencent par la sécurité, le soutien psychologique, l’éducation et les services essentiels, plutôt que de la transférer vers de nouvelles responsabilités susceptibles d’accroître sa vulnérabilité.
Une autre participante : « Notre connaissance des conséquences sanitaires et psychologiques du mariage précoce nous a rendues plus fermes et plus capables de protéger nos filles et de résister à toute pression sociale à laquelle nous pourrions être confrontées. »

La séance a abordé l’importance de renforcer les mécanismes de protection au sein du camp : la protection des jeunes filles ne reste pas la seule responsabilité de la famille, mais devient une responsabilité collective au niveau de la communauté. Encourager les femmes et les jeune filles à demander de l’aide lorsqu’elles en ont besoin, renforcer la connaissance des participantes des organismes de soutien et des services auxquels elles peuvent s’adresser, afin de garantir que les risques soient pris en charge à un stade précoce, avant de se transformer en crises plus complexes.
Dans une perspective plus large, la séance a confirmé que la lutte contre le mariage précoce n’est pas une question distincte de la réalité de la guerre et du déplacement forcé, mais qu’elle est directement liée à la capacité des familles à faire face aux difficultés, à accéder aux services essentiels, à la protection et au soutien. Plus la vulnérabilité de la famille augmente, plus son besoin de réseaux de soutien efficaces capables de l’aider à faire face aux crises sans recourir à des solutions susceptibles de nuire aux enfants et aux jeunes filles en particulier devient important. La réduction du mariage précoce nécessite une réponse intégrée qui ne se limite pas à la sensibilisation, mais qui comprend également un soutien économique et social aux familles, la garantie de la continuité de l’éducation, la fourniture de services de santé, de soutien psychologique, le renforcement des mécanismes de signalement et de protection, et la création d’un environnement permettant aux jeunes filles d’exprimer leurs craintes et d’accéder à l’aide en toute sécurité.
Les conséquences à long terme que les décisions prises pendant les crises peuvent avoir sur leur vie. se transforment en une étape accablée de responsabilités. Il faut investir dans leur protection, leur éducation, leur soutien pour renforcer la capacité de l’ensemble de la société à se rétablir, à résister.
À la fin de la séance, l’importance de poursuivre ce type de rencontres dans les camps et les centres d’hébergement est apparue clairement, car elles ouvrent la possibilité pour les femmes de parler des questions qui touchent directement leur vie et contribuent à construire une prise de conscience collective susceptible de se transformer en mesures concrètes pour protéger les jeunes filles. La protection d’une jeune fille ne commence pas lorsque le danger apparaît ; un environnement qui l’écoute, respecte ses besoins, soutient son droit à l’éducation lui garantit des moyens d’accéder à l’aide lorsqu’elle est confrontée à une menace ou à une pression quelconque. Les conditions difficiles peuvent imposer de nombreuses restrictions à la vie des populations, mais elles ne devraient pas déterminer l’avenir des jeunes filles ni les priver de leur enfance, de leur droit à l’éducation et à la sécurité. La sensibilisation communautaire, le renforcement des réseaux de protection et le soutien aux familles constituent des étapes essentielles pour réduire le mariage précoce et aider les filles à surmonter les conséquences du déplacement forcé sans qu’elles aient à payer un prix supplémentaire en termes de droits, de rêves et d’avenir.
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Sous le poids de la chaleur dans les tentes…au camp Al-Israa
Au cœur du camp Al-Israa, à l’ouest de Gaza, où sûreté du déplacement se conjugue avec le poids des conditions climatiques et de vie difficiles, l’UJFP a organisé une séance intitulée La chaleur des tentes – Gestion du stress et adaptation chez les femmes déplacées », avec la participation de 20 femmes déplacées.
La séance s’est déroulée dans un contexte humanitaire extrêmement complexe : elles sont confrontées à une transformation brutale des détails de leur vie quotidienne, la perte de l’intimité et de la stabilité, des difficultés d’accès aux besoins essentiels, ainsi qu’à une exposition permanente à des températures élevées qui rendent le séjour dans des tentes en tissu particulièrement éprouvant sur les plans physique et psychologique, notamment durant les heures de la journée où la tente devient un espace étouffant dans lequel il est difficile d’obtenir suffisamment de repos.
La chaleur intense à l’intérieur des tentes, conjuguée à la disponibilité limitée de l’eau et des moyens de refroidissement, ainsi qu’aux difficultés à assurer l’hygiène personnelle et familiale, rend les tâches quotidiennes les plus simples encore plus éprouvantes. Entre la nécessité de fournir de l’eau, de répondre aux besoins des enfants, de préparer les repas, d’organiser la vie dans un espace exigu et de faire face à une inquiétude constante quant à l’avenir, la femme se retrouve confrontée à une succession ininterrompue de responsabilités qui ne lui laisse que peu d’espace pour prendre soin de sa santé psychologique ou bénéficier d’un moment de repos.
L’épuisement qui s’accumule jour après jour ne se manifeste pas toujours de manière évidente, mais il peut se traduire par une altération de l’humeur, une diminution de la capacité de concentration, une baisse de la patience, des difficultés dans les interactions avec les enfants et les membres de la famille, ainsi que par une diminution de la capacité de la femme elle-même à continuer d’assumer ses rôles dans des circonstances exceptionnelles. C’est pourquoi la séance a mis l’accent sur l’identification des sources de stress qui les entourent, comprendre leurs réactions psychologiques et émotionnelles et y faire face de manière plus consciente, plutôt que de continuer à les supporter en silence jusqu’à ce qu’elles se transforment en un état d’épuisement permanent.
À travers le dialogue, les participantes ont compris que les sentiments de colère, d’anxiété, de tension et d’épuisement ne sont pas nécessairement des signes de faiblesse, mais peuvent constituer des réactions naturelles à des pressions accumulées et à des circonstances difficiles nécessitant un soutien et une expression psychologique appropriés. Cette compréhension a contribué à créer un espace plus sûr permettant d’exprimer les émotions sans crainte d’être jugée ou critiquée.Porter attention à la respiration, apaiser les réactions émotionnelles, s’accorder de courts moments de repos chaque fois que cela est possible, organiser les tâches quotidiennes selon leur priorité et ne pas s’imposer des responsabilités dépassant ses capacités d’endurance.
Avec la disparition de nombreux moyens qui facilitaient autrefois la vie des familles, la femme est contrainte de réorganiser entièrement sa vie avec des ressources limitées. C’est pourquoi la séance a mis l’accent sur le concept d’adaptation, considéré comme la capacité à faire face à une réalité difficile avec des outils réalistes. Il ne signifie ni se résigner à la souffrance ni considérer les conditions difficiles comme normales et ne nécessitant aucune intervention. La femme ne doit pas tout supporter seule, ni cacher sa fatigue ou nier sa peur et son anxiété. Elle doit savoir quand elle a besoin de repos, quand parler de ses sentiments, quand demander du soutien et comment tirer profit de ses relations avec les femmes qui l’entourent pour traverser les moments les plus difficiles.
La solidarité entre les femmes a été très présente au cours de la séance, transformant cet espace d’une simple rencontre de sensibilisation en une occasion de rapprochement et de communication, et permettant de comprendre que la souffrance partagée peut devenir un point de départ pour construire un réseau de soutien au sein du camp.
L’une des participantes a déclaré : « Vivre dans une tente sous cette chaleur intense, c’est comme être en ébullition, et la pression est insupportable. » Ce témoignage reflète l’ampleur de la pression que les conditions climatiques peuvent provoquer lorsqu’elles se combinent à la réalité du déplacement. Une autre participante a déclaré : « Résister à la chaleur des tentes n’est pas facile, mais lorsque nous nous réunissons et échangeons nos expériences et notre soutien, nous sentons que nous ne sommes pas seules dans cette bataille et que notre force réside dans notre solidarité. »
Dans les conditions de déplacement, la solidarité ne se limite pas à l’aide matérielle, mais s’étend également au soutien psychologique, à l’écoute, à l’encouragement et à l’aide apportée aux femmes pour surmonter les moments où elles ont le sentiment que les pressions dépassent leur capacité à les supporter.
La séance a également abordé l’impact des conditions climatiques difficiles sur la vie familiale, notamment lorsque la tente est extrêmement chaude et que les moyens permettant d’atténuer la chaleur sont insuffisants. C’est pourquoi la discussion a insisté sur l’importance de ne pas faire porter à la femme une responsabilité dépassant ses capacités, ainsi que sur la nécessité d’aborder les pressions familiales dans un esprit de partage, de répartir les tâches autant que possible et de demander de l’aide lorsque cela est nécessaire.
La séance ne s’est pas limitée à la gestion des pressions actuelles, mais a également cherché à renforcer chez les femmes le sentiment qu’elles sont capables de continuer et de surmonter les difficultés. La résistance ne dépend pas uniquement de ce que la femme est capable de supporter aujourd’hui, mais aussi de sa capacité à conserver intérieurement le sentiment qu’elle peut dépasser la période actuelle, et que, aussi difficiles que soient les circonstances, celles-ci ne définissent ni sa personnalité, ni sa valeur, ni son avenir. Dans cette perspective, la séance a encouragé les participantes à identifier les sources de force dont elles disposent, qu’elles se trouvent dans la famille, les relations sociales, les expériences passées ou leur capacité à résoudre les problèmes, et à transformer ces éléments en points d’appui les aidant à affronter les journées difficiles.
La séance a également montré que le soutien psychologique collectif peut avoir un impact qui dépasse les heures de la rencontre, les participantes sont reparties avec une conscience accrue de l’importance de communiquer entre elles, ne laisser aucune femme affronter seule les pressions.
Dans les camps, ces liens peuvent constituer le noyau de réseaux de solidarité permettant aux femmes de partager des informations et des expériences, de se soutenir mutuellement dans les moments difficiles, d’identifier les femmes ayant besoin d’un soutien accru et de les orienter vers les services disponibles lorsque cela est nécessaire.
Alors que le déplacement se poursuit et s’accompagne de conditions de vie et de conditions climatiques extrêmement difficiles, la nécessité de poursuivre ce type d’interventions devient de plus en plus évidente. Les besoins psychologiques des femmes déplacées ne sont pas constants ; ils évoluent en fonction des circonstances et peuvent s’intensifier avec la prolongation des crises, l’accumulation des pertes et l’incertitude quant à l’avenir.
Cette séance s’inscrit dans une vision plus large des interventions visant à répondre aux besoins des femmes et des filles déplacées en fonction de la nature des circonstances qui les entourent. Cette diversité reflète l’importance d’une réponse globale qui considère les femmes et les jeunes filles titulaires de droits et ayant des besoins multiples comme la protection, de la santé psychologique, du soutien social et de la capacité à faire face aux difficultés.
Entre la chaleur des tentes, la dureté du déplacement et le poids des responsabilités quotidiennes, les femmes tentent de construire un petit espace de sécurité psychologique, un espace qui leur permette de respirer, de s’exprimer, de communiquer et de retrouver une part de leur force. Car continuer à vivre dans de telles conditions ne nécessite pas seulement de supporter les épreuves, mais aussi du soutien, de l’écoute, de la solidarité et des interventions qui placent l’être humain, sa dignité et sa santé psychologique au cœur de la réponse humanitaire.
Photos et vidéos ICI
(Voir aussi les chroniques et articles postés par Brigitte Challande du Collectif Gaza Urgence déplacé.e.s quotidiennes sur le site d’ISM France et du Poing, article hebdomadaire sur le site d’Altermidi, et sur l’Instagram du comité Palestine des étudiants de Montpellier..)


