Nous publions ce texte de Bouna Mbaye, en trois parties. Il est issu d’une intervention qu’il a effectué à la Fête de l’Humanité en septembre 2025.
Partie 3 : Sur le colonialisme sioniste, des « menschn » sud-africains visionnaires
Du vivant de ces grands révolutionnaires, les classes d’oppresseurs les récompensent par d’incessantes persécutions ; elles accueillent leur doctrine par la fureur la plus sauvage, par la haine la plus farouche, par les campagnes les plus forcenées de mensonges et de calomnies. Après leur mort, on essaie d’en faire des icônes inoffensives, de les canoniser pour ainsi dire, d’entourer leur nom d’une certaine auréole afin de « consoler » les classes ou nations opprimées et de les mystifier ; ce faisant, on vide leur doctrine révolutionnaire de son contenu, on l’avilit et on en émousse le tranchant révolutionnaire. […] On oublie, on refoule, on altère le côté révolutionnaire de la doctrine, son âme révolutionnaire. On met au premier plan, on exalte ce qui est ou paraît être acceptable sinon convenable pour la bourgeoise et pour l’impérialisme.
Amilcar Cabral1
Parmi les militants blancs qui ont combattu, y compris avec les armes, le régime d’apartheid en Afrique du Sud, les Juifs étaient largement surreprésentés. Pourtant, au sein de la communauté juive sud-africaine, l’héritage de Joe Slovo, Ronnie Kasrils, Denis Goldberg, Ray Alexander Simons et tant d’autres figures juives de la lutte contre l’apartheid, fait l’objet d’une réappropriation ambiguë. D’une part, le parcours extraordinaire de ces individus hors du commun, qui ont consenti à des sacrifices considérables pour venir à bout d’une des pires tyrannies du XXe siècle, évoque des souvenirs que celles et ceux qui n’ont pas été « du bon côté de l’histoire » souhaiteraient faire oublier… D’autre part, lorsqu’elles ont lieu, les célébrations visant à honorer la mémoire de ces « menschn »2 sud-africains tendent à occulter un aspect pourtant essentiel de leur engagement politique : leur antisionisme.
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Dans l’histoire du sionisme, l’Afrique du Sud occupe une place particulière. En effet, comme le souligne l’historien Gédéon Shimoni1, « comparé aux autres pays anglophones, le trait le plus distinctif de la communauté juive sud-africaine était son caractère résolument sioniste »2. Créée le 11 décembre 1898 dans le cadre d’un congrès auxquels participèrent des représentants d’organisations reflétant la diversité de la communauté juive en Afrique du Sud, la Fédération Sioniste Sud-Africaine (South African Zionist Federation – SAZF) était « la première organisation juive à s’être dotée d’une structure organisationnelle à l’échelle nationale »3.
Samuel Goldreich, membre fondateur et premier président de la Fédération Sioniste Sud-Africaine, vouait « une loyauté sans faille » aux pères fondateurs du sionisme qu’étaient Theodor Herzl, auteur de l’État juif, et son adjoint, David Wolffsohn. D’après Gedeon Shimoni, Samuel Goldreich considérait que le sionisme était « synonyme du judaïsme ; c’était le judaïsme à son apogée »4.
Lorsqu’au lendemain de la Déclaration Balfour de 1917, à travers laquelle la Grande Bretagne s’engageait à favoriser la création d’un foyer national juif en Palestine, Chaim Weizman, président de l’organisation juive mondiale (et futur président d’Israël) lance une collecte de fonds à grande échelle, la communauté juive sud-africaine y contribue massivement : « en septembre 1920, quatre mois après le lancement du nouveau fonds, l’Afrique du Sud occupait déjà la quatrième place sur la liste des pays contributeurs, derrière les États-Unis, l’Angleterre et le Canada. Cinq mois plus tard, elle les avait tous dépassés, à l’exception des États-Unis »5.
Entre 1898, date du deuxième congrès sioniste mondial qui s’est tenu à Bâle sous la présidence de Theodor Herzl, et la création de l’État d’Israel en 1948, plusieurs figures majeures du mouvement sioniste se rendent en Afrique du Sud :
- David Wolffsohn, adjoint puis successeur de Theodor Herzl à la tête du congrès sioniste mondial, se rend en Afrique du Sud en 1906
- Chaim Weizman, que nous avons évoqué ci-dessus. En 1934, ce dernier effectue une grande tournée de levée de fonds en Afrique du Sud pour le compte du « Fonds de fondation6 » (Keren Hayesod)
- Ze’ev Jabotinsky, père du « sionisme révisionniste, qui effectue plusieurs « tournées » en Afrique du Sud entre 1929 et 1936.
Après 1948, la communauté juive sud-africaine s’imposera comme « le plus grand bailleur de fonds d’Israël en PIB/ habitant »7.
Les organisations sionistes jouent également un rôle central dans la formation de la jeunesse juive sud-africaine : « les associations de jeunes juifs ayant vu le jour étaient presque toutes rattachées au mouvement sioniste plutôt qu’à d’autres instances communautaires telles que les synagogues ou le Conseil des Représentants. […] Il convient donc de noter qu’en Afrique du Sud, des générations successives de jeunes juifs ont été exposées, presque exclusivement, à un mode d’identification juive déterminé par le sionisme8 ».
Pourtant, dans un contexte où le sionisme semble hégémonique au sein de la communauté juive sud-africaine, certaines organisations antisionistes vont voir le jour. En 1919, le Club des Travailleurs Juifs (Yiddisher Arbeter Club) est créé. Le Club considérait le sionisme comme « son plus grand ennemi « dans la rue Juive » » tandis que ses membres dénonçaient « l’emprise « pernicieuse » que, selon eux, le sionisme exerçait sur les Juifs d’Afrique du Sud »9.
Après la disparition Yiddish Arbeter Club en 1948, une « Association démocratique juive » est formée sous la direction de Michael Szur. Elle dénonce notamment la « domination sioniste au sein de la communauté juive » mais va connaitre également un rapide déclin10.
Depuis la chute de l’apartheid, les très nombreuses cérémonies d’hommage organisées par le Conseil des représentants Juifs d’Afrique du Sud et la Fédération Sioniste Sud-Africaine en l’honneur des militants juifs sud-africains ayant combattu l’apartheid se font souvent en présence de représentants du gouvernement israélien11. Ces cérémonies tendent presque systématiquement à invisibiliser les figures juives de la lutte contre l’apartheid qui étaient farouchement opposées au sionisme.
Ray Alexander Simmons et Joe Slovo, deux militants juifs anti-apartheid contraints à l’exil pendant près de trois décennies, ainsi que Denis Goldberg, emprisonné par le régime d’apartheid pendant 7904 jours, étaient de ceux-là. Tout comme Ronnie Kasrils, ancien chef des renseignements de MK, la branche armée de l’ANC, aujourd’hui âgé de 87 ans.
Ray Alexander Simons (née Rachel Alexandrowitch) est née en Lettonie en 1913. A l’adolescence, elle rejoint le parti communiste letton, alors clandestin.
Le 6 novembre 1929, Ray Alexander arrive en Afrique du Sud et rejoint le Parti Communiste d’Afrique du Sud. En 1941, Ray Alexander fait partie des membres fondateurs du Syndicat des travailleurs de l’industrie alimentaire et de la mise en conserve (Food and Canning Workers Union). La même année, Ray se marie avec l’historien Jack Simons.
Dans les années 1950, Ray joue un rôle majeur au sein du Congrès des Syndicats Sud-Africains (Congress of South African Trade Unions- COSATU). Elle publie notamment des chroniques sur les activités syndicales dans le journal The Guardian, affilié au Parti Communiste Sud-Africain. En 1954, Ray Alexander Simons co-fonde, avec Lilian Ngoyi et Hilda Bernstein (militante communiste et épouse de Lionel « Rusty » Bernstein, un des accusés du procès de Rivonia), la Fédération des Femmes Sud-Africaines (Federation of South African Women– FEDSAW).
Face à l’intensification de la répression des opposants par le régime d’apartheid, Ray Alexander et Jack Simons sont contraints à l’exil : d’abord en Zambie, en 1965, avant un départ pour la Grande Bretagne où Jack avait décroché un poste à l’université de Manchester. Le couple reviendra en Zambie en 1967, où ils resteront jusqu’en 1990.
Co-auteurs de l’ouvrage Class and Color in Africa, Ray Alexander etJack Simons ont été les premiers Blancs à être admis au sein de l’ANC.
Dans ses mémoires, Ray Alexander Simons, surnommée affectueusement « Ma Ray » par les Sud-Africains, raconte comment, dès l’adolescence, alors qu’elle était encore en Lettonie, elle avait fini par s’opposer au projet colonial sioniste après y avoir adhéré pendant quelques années :
« L’organisation sioniste m’a invitée à participer à un débat sur la déclaration Balfour, qui avait été adoptée par le gouvernement britannique en 1917 pour faire de la Palestine un foyer national juif après la Première Guerre mondiale. Les sionistes m’ont donné des documents à lire et j’ai conclu que je ne pouvais pas être d’accord avec la déclaration, qui soutenait l’établissement d’un État juif en Palestine.
Pour moi, ce n’était pas logique. Tous les Juifs ne pouvaient pas aller en Palestine. Et qu’adviendrait-il des Palestiniens ? J’ai donc dit à l’organisation sioniste que je ne soutiendrais pas la déclaration Balfour. Ils ont insisté, mais j’ai persisté, disant que « si j’étais amené à me prononcer [sur cette déclaration], je me prononcerais contre. En fin de compte, je leur ai rendu leur matériel et ils m’ont laissé partir, à condition que je n’aille pas au débat »12.
Yossel Mashel (« Joe ») Slovo est né le 23 mai 1926 à Obeliai, un petit village en Lituanie. Joe n’a que 8 ans lorsque sa famille émigre en Afrique du Sud. Suite au décès de sa mère, 5 ans plus tard, Joe est contraint de quitter l’école et travaille comme commis afin de subvenir aux besoins de la famille.
A 16 ans, Joe rejoint la Ligue des Jeunes Communistes. Deux ans plus tard, il s’engage dans l’armée pour combattre les nazis. En tant que vétéran de la Seconde Guerre mondiale, Slovo bénéficie d’un fonds de reconversion qui lui permet de poursuivre des études de droit à l’université de Witwatersrand où il fait la recontre de Nelson Mandela, Harold Wolpe, mais aussi Ruth First, qu’il épouse en 1949.
Devenu avocat, Joe Slovo défend les travailleurs noirs. Ses activités militantes, notamment au sein du Parti Communiste devenu clandestin en 1950, en font une cible privilégiée des mesures de répression du régime d’apartheid : interdiction d’activités politiques en 1954, comparution au tribunal dans le cadre du procès dit de la « trahison » en 1956.
Lorsque l’ANC s’engage dans la lutte armée après le massacre de Sharpeville en 1960, Joe Slovo devient l’un des principaux cadres de sa branche militaire, Umkhonto we Sizwe (MK). L’arrestation de Nelson Mandela en 1962 conduit Joe Slovo et ses camarades à redoubler d’effort pour échapper à la surveillance de l’Etat d’apartheid. En 1963, Joe quitte l’Afrique du Sud dans le cadre d’une mission clandestine. Il n’y retournera que 27 ans plus tard.
En exil, Joe Slovo constitue un des piliers de la résistance, y compris armée, contre l’apartheid. Il devient tour à tour chef de la branche armée de l’ANC, secrétaire général du Parti Communiste Sud-Africain après le décès de Moses Mabidha et premier Blanc à intégrer le comité exécutif de l’ANC.
En 1982, alors que le couple vit en exil au Mozambique depuis six ans, Ruth First, militante anti-apartheid et épouse de Joe Slovo, est assassinée par le régime d’apartheid par l’envoi d’une lettre piégée à l’université Eduardo Mondlane où Ruth dirigeait le Centre d’Études Africaines.
En 1990, après la libération de Mandela, Joe Slovo fait son retour en Afrique du Sud. Slovo est nommé ministre du logement dans le premier gouvernement élu démocratiquement en 1994. Un an plus tard, Slovo meurt d’un cancer. Ses funérailles qui ont lieu à Soweto, rassemblent plusieurs dizaines de milliers de Sud-Africains, pour la plupart noirs, venus célébrer leur héros.
Dans son autobiographie inachevée et publiée à titre posthume, Joe Slovo explicite les raisons qui l’ont poussé à rejeter le sionisme.
Le jeune Slovo avait pourtant été recruté par Hashomer Hatzair (« La jeune garde », en hébreu), une organisation se définissant comme à la fois marxiste et sioniste mais qui, du point de vue de Slovo, « se souciait davantage des ouvriers juifs de Palestine que des Noirs d’Afrique du Sud »13. Joe Slovo explique avoir été révulsé par le racisme au sein de l’organisation : « L’héritage combiné du sionisme et du socialisme de salon (selon lequel « un kaffir reste un kaffir ») ainsi que l’absence de toute relation avec les Noirs autre que celle de maître à serviteur ont rendu difficile ma transition vers une véritable politique radicale. Je me souviens très bien du malaise que j’ai ressenti lorsque je me suis retrouvé assis entre des jeunes Noirs lors de cette première réunion du Junior Left Book Club à laquelle mon professeur O’Meara m’avait emmené »14.
Mobilisé pendant la Seconde Guerre Mondiale, Joe Slovo a l’occasion de se rendre en Palestine où il découvre la réalité des kibboutzim, bien loin d’une propagande qui présente ces « communautés agricoles » comme un « modèle de développement socialiste ».
D’après Joe Slovo, « considéré isolément, le kibboutz semblait être l’incarnation même du mode de vie socialiste. Il était essentiellement peuplé de fils et de filles idéalistes de riches juifs qui avaient amassé leur fortune dans les métropoles occidentales. Ils étaient animés par une passion oweniste et la conviction que, par le simple exercice de la volonté et de l’humanisme, il est possible de construire le socialisme dans une usine ou un kibboutz et que la puissance de son exemple emportera l’imagination de tous les hommes de la société, qu’ils soient ouvriers ou capitalistes. Théorie sociale mise à part, la doctrine dominante dans ce kibboutz, comme dans les autres, était l’injonction biblique selon laquelle la terre de Palestine devait être revendiquée et défendue par chaque Juif. Et tant pis si cela signifiait (comme ce fut finalement le cas) le déracinement et la dispersion de millions de personnes dont le peuple occupait cette terre depuis plus de 5 000 ans »15.
Lorsqu’en 1985, après 22 ans de prison, Denis Goldberg se rend en Israel pour y retrouver, pendant quelques semaines, sa fille qui vivait dans un kibboutz, Joe Slovo publie un éditorial critique du choix de son camarade dans Dawn, le journal de Umkhonto we Sizwe : « Nous ne pouvons pas accepter le fait qu’il ait choisi, comme havre, l’Israel sioniste. Il est passé d’une prison à une autre»16. Dans le même article, Slovo précise néanmoins qu’il « comprend et compatit avec un homme qui a joué un rôle très important dans l’histoire de notre lutte » et formule le vœu que « les blessures qu’il a subies seront soignées » afin qu’il puisse trouver un endroit pour « continuer à lutter contre ce régime qui le fait chanter »4.
Il a fallu attendre plusieurs décennies après ces écrits de Slovo pour que des organisations internationales de défense des droits de l’Homme se décident enfin à qualifier Israël d’« État d’apartheid ». Les « actes génocidaires » envers les Palestiniens que Joe évoquait dans son autobiographie inachevée ont été révélés à la face du monde dans le cadre de l’effroyable génocide perpétré par Israël à Gaza. En ce sens, on peut affirmer que Joe Slovo portait, sur le colonialisme sioniste, un regard à la fois lucide et visionnaire.
Né le 15 novembre 1938 à Johannesburg, Ronald (« Ronnie ») Kasrils, petits fils d’immigrés juifs Litvak ayant fui les pogroms en Europe de l’Est à la fin du XIXe siècle, a été « un acteur majeur de la lutte pour la libération de l’Afrique du Sud », comme le rappelle fort justement la journaliste britannique Victoria Brittain dans le cadre d’un article publié à l’occasion de la commémoration des 50 ans du massacre de Soweto17.
Ronnie Kasrils n’a que 21 ans lorsqu’il décide de s’engager dans la résistance armée contre le régime d’apartheid, après le massacre de Sharpeville en 1960. Il est l’un des membres fondateurs d’ Umkhonto we Sizwe (MK), la branche armée de l’ANC. 1960 est également l’année de sa rencontre avec sa future épouse, Elanor Logan, fille d’immigrés écossais, qui sera arrêtée puis torturée par le régime d’apartheid (avant de s’échapper), en raison de sa participation à des actions de sabotage18.
Également membre du Congrès des Démocrates et du Parti Communiste Sud-Africain (clandestin depuis l’adoption de la loi sur la répression du communisme en 1950), Ronnie Kasrils subit la répression du régime d’apartheid en raison de ses activités politiques : en 1962, il fait l’objet d’une interdiction de prise de parole en public pour une durée de cinq ans.
Contraints à l’exil, Ronnie et Elanor Kasrils s’échappent d’abord vers le Bechuanaland (l’actuel Botswana) en 1963. En exil, Ronnie, qui a suivi une formation militaire notamment en Allemagne de l’Est et en Union Soviétique, participe à plusieurs opérations clandestines en Angola, au Mozambique, au Swaziland et en Afrique du Sud. En 1983, il est nommé chef du renseignement de MK. Il est également nommé membre du Comité Exécutif National de l’ANC et du Comité Central du Parti Communiste Sud-Africain.
Après la libération de Nelson Mandela en février 1990, Ronnie et Elanor Kasrils retournent en Afrique du Sud. Ronnie occupe plusieurs postes ministériels à l’issue premières élections démocratiques en Afrique du Sud : ministre de la Défense de 1994 à 1997, ministre des Eaux et Forêts de 1999 à 2004, puis des services de renseignement de 2004 à 2008.
A l’image de Joe Slovo, Lionel Forman, Baruch Hirson, Harold Wolpe, Esther Barsel et d’autres militants juifs sud-africains ayant joué un rôle clé dans la lutte contre l’apartheid19, le jeune Ronnie Kasrils avait intégré, dans sa jeunesse, des organisations sionistes, comme il le raconte dans un entretien accordé au journaliste Marcus Barnett paru en 2020 :
« Je me souviens qu’en 1948, alors que j’avais 10 ans et qu’Israël se profilait à l’horizon, de nombreux jeunes Juifs rejoignirent des organisations sionistes. J’étais attiré par celle où l’on portait des uniformes : le Betar, le mouvement de [Ze’ev] Jabotinsky, leader sioniste de droite. Nous pouvions défiler dans ces uniformes et gravir les koppies [collines] avec des carabines à plombs. Les sœurs Sachs étaient horrifiées et m’ont conseillé de rejoindre le Hashomer Hatzair, qui était plus socialiste, orienté vers les kibboutzim. À Yeoville, c’était le mouvement qui attirait le moins d’enfants : ils étaient environ 20 ou 30, contre quelques centaines au Betar et environ 500 dans le mouvement principal, le Habonim »20.
Très vite, Ronnie Kasrils prend néanmoins ses distances avec le mouvement sioniste, comme il l’explique dans ses mémoires :
« Au cours de ma vie d’adulte, je n’ai jamais considéré que mon origine juive garantissait un soutien inconditionnel à l’État d’Israël. Depuis que j’ai rejoint la lutte de libération, j’ai perçu l’idée d’un État juif mono-ethnique et exclusiviste comme une forme d’apartheid et une injustice à l’égard du peuple palestinien. Réserver des droits spéciaux aux juifs condamnait les non-juifs à un statut inférieur et s’apparentait à la classification raciale de l’apartheid. Israël a été créé en tant qu’État colonisateur par expropriation forcée de la terre d’un peuple qui y vivait depuis des siècles. Un de mes amis londoniens, John Rose, a judicieusement inventé l’expression « État pillard » (‘‘Hijack Strate’’) »21.
Pour Kasrils, la résistance palestinienne face à l’oppression coloniale sioniste est tout aussi légitime que celle des majorités opprimées par le régime d’apartheid en Afrique du Sud :
« Il était tout à fait naturel que les Palestiniens dépossédés s’efforcent de résister. L’absence de réparation de leurs justes griefs et leur suppression par une doctrine de ségrégation forcée, de punition collective, d’humiliation et de force de fer n’ont fait qu’engendrer une plus grande résistance – comme l’a démontré la lutte pour la liberté en Afrique du Sud »22.
En octobre 2001 éclate « l’affaire Kasrils ». Le 23 octobre, Ronnie Kasrils, alors ministre des Eaux et Forêts, lit devant le parlement sud-africain une déclaration dans le cadre d’un débat sur le rapport d’une mission d’enquête parlementaire qui s’était rendue en Israël et dans les territoires occupés « afin de recueillir des informations sur le conflit en cours et de formuler des recommandations politiques »23.
Quelques jours plus tard, Ronnie Kasrils et Max Ozinsky, membre de l’assemblée législative provinciale du Cap-Occidental, font circuler sous forme de pétition, une Déclaration de conscience sur le conflit israélo-palestinien par des Sud-Africains d’origine juive, signée par plus de 200 personnalités juives sud-africaines24. Parmi ces signataires, certains forment le groupe « Pas en mon nom » (‘‘Not in My Name’’) afin de soutenir la « déclaration de conscience » qui affirme notamment :
« La cause fondamentale du conflit réside dans l’occupation de la Palestine par Israël et dans la répression de la lutte palestinienne pour l’autodétermination nationale… La création de l’État d’Israël en 1948 a infligé une grande injustice au peuple palestinien, aggravée par la domination israélienne qui s’en est suivie dans les territoires occupés et par le rejet des revendications légitimes des réfugiés palestiniens. […]. Tous les Juifs vivent dans l’ombre de l’Holocauste. Pour certains, la leçon principale est que la survie est la plus haute forme de moralité… D’autres Juifs estiment que l’Holocauste les oblige à défendre la justice et la liberté de tous face à la persécution, quelles que soient leur nationalité, leur origine ethnique ou leur religion. Nous nous rangeons résolument dans ce camp »25.
La déclaration enjoint également « les Sud-Africains d’origine juive, ainsi que les Juifs du monde entier, à faire entendre leur voix »4. Soutenue par Desmond Tutu, Prix Nobel de la Paix, la Déclaration de conscience sur le conflit israélo-palestinien par des Sud-Africains d’origine juive est catégoriquement rejetée par le Conseil des Représentants Juifs d’Afrique du Sud qui reproche notamment à Ronnie Kasrils « d’utiliser ses origines juives pour donner de la crédibilité à la position propalestinienne de l’ANC »26.
De leur côté, les principales autorités rabbiniques d’Afrique du Sud, dont le grand rabbin Cyril Harris et le Beth Din (tribunal religieux) estiment que la Déclaration de conscience constitue un « document truffé d’erreurs et déséquilibré, émanant de Juifs qui se sont éloignés de la communauté juive »27.
L’affirmation selon laquelle les militants juifs sud-africains anti-apartheid et antisionistes sont des marginaux au sein de la communauté juive sud-africaine a été un des principaux angles d’attaque de leurs détracteurs. Dans un livre publié en 2014, l’historienne Marjorie N. Feld reprochait à un autre historien, Gedeon Shimoni, d’avoir construit, à propos des positionnements politiques des Juifs sous l’apartheid, un récit qui relègue les « Juifs radicaux » ayant combattu l’apartheid « aux marges de l’histoire des Juifs d’Afrique du Sud »28. S’appuyant notamment sur les travaux des chercheuses Claudia Braude et Rhoda Rose, Feld souligne que « l’aliénation par rapport à un gouvernement autoritaire, à la suprématie blanche et, surtout, à l’identité juive dominante, peut-être une expression de la judéité elle-même »29.
Malgré les campagnes de dénigrement des institutions juives sud-africaines dominantes à son encontre, Ronie Kasrils a maintenu et même durci, au fil des années, sa dénonciation des crimes du colonialisme sioniste en Palestine. Dans le cadre d’une interview accordée au quotidien l’Humanité en 2014, Ronnie Kasrils a estimé que la situation des Palestinien-ne-s était pire que celle des Sud-Africains non-Blancs sus l’apartheid :
« Les deux peuples autochtones de ces deux pays ont été dépossédés de leurs terres par des personnes mues par un projet colonial. Le fait de s’emparer des terres conduit nécessairement à créer une résistance au sein de la population, et donc à des répressions. Mais la répression subie par les Palestiniens est pire que celle que l’on a connue. Tous ceux qui ont lutté en Afrique du Sud contre l’apartheid et qui visitent la Cisjordanie ou la bande de Gaza reviennent choqués et disent que c’est « comme l’apartheid », avant de se reprendre et d’ajouter : « C’est même pire ! Bien sûr, il y a eu des massacres en Afrique du Sud (Soweto et Sharpeville) mais jamais nous n’avons subi, comme à Gaza, des raids aériens, des bombes, des missiles, dans des zones densément peuplées » »30.
En décembre 2023, Ronnie Kasrils déclarait encore : « L’antisémitisme est une forme de racisme. Le sionisme est une forme de racisme. L’État d’Israël est un État structurellement et vicieusement raciste. Ceux qui s’opposent au racisme doivent simultanément s’opposer à l’antisémitisme, au sionisme et à l’État d’Israël »31.
Le dernier militant juif sud-africain anti-apartheid et antisioniste que nous souhaiterions évoquer dans cette étude a payé au prix fort son engagement anticolonial : 22 ans dans les geôles du régime d’apartheid en Afrique du Sud.
Né en 1933 au Cap, Denis Goldberg est petit fils d’immigrés Juifs lituaniens ayant fui les pogroms en Europe de l’Est pour s’installer en Angleterre à la fin du XIXe siècle. Les parents de Denis Goldberg, qui étaient déjà communistes lorsqu’ils vivaient à Londres, s’engagent dans le Parti Communiste lorsqu’ils arrivent en Afrique du Sud.
Le jeune Goldberg, étudiant en génie civil, s’engage dans la Société de la jeunesse moderne (Modern Youth Society– MYS), une organisation multiraciale dans laquelle il fait notamment la connaissance d’Esme Bodenstein —sa future épouse— mais aussi d’Andimba Toivo Ya Toivo, membre fondateur de l’Organisation du peuple d’Afrique du Sud-Ouest (South West African People’s Organisation– SWAPO), le mouvement de libération national de la Namibie.
Membre du Congrès des Démocrates, qui a rédigé la Charte de la Liberté (Freedom Charter) en 1955, Denis Goldberg rejoint le Parti Communiste Sud-Africain en 1957. En 1960, Denis Goldberg est emprisonné pour une durée de 3 mois pour avoir soutenu des grévistes après le massacre de Sharpeville.
Suite à ce massacre, Goldberg s’engage dans Umkhonto we Sizwe, la branche armée de l’ANC, et participe à l’élaboration de l’opération Mayibuye qui visait à renverser par les armes le régime d’apartheid. C’est dans ce cadre qu’il est arrêté le 11 juillet 1963 dans la ferme de Liliesleaf, à Rivonia, dans la banlieue de Johannesburg. Condamné à la prison à vie, Denis Goldberg est libéré après 7904 jours de détention dans le cadre d’un accord à travers lequel il s’engage à renoncer à la lutte armée. Après sa libération, Denis Goldberg se rend en Israël, où sa fille vivait dans un kibboutz.
Pour autant, Goldberg, qui quitte Israël au bout de quelques semaines pour s’installer en Angleterre, est opposé au projet colonial sioniste, comme il l’indique dans ses mémoires :
« De la même manière que je devais m’opposer à l’apartheid, source des privilèges dont je jouissais en tant que Sud-Africain Blanc, je ne pouvais pas, en tant que juif laïque, être sioniste. En effet, au nom de la création d’un foyer juif, il était clair qu’Israël était une puissance occupante qui avait volé la terre à ses habitants.
La brutalité, les viols, les meurtres perpétrés pour chasser les Palestiniens et les Arabes de leurs terres ne pouvaient et ne devaient pas être tolérés. Nous ne vivons pas au Moyen-Âge, où une telle barbarie était la norme. Tout comme je n’aurais pas participé à l’oppression de l’apartheid, je devais éviter de participer à l’oppression sioniste »32.
Lors de son court séjour en Israël, Denis Goldberg a été témoin du « nombre incalculable de lois qui font des Palestinien-ne-s des étrangers sur leurs propres terres »33. Dans le cadre de conférences organisés en Israel, Goldberg a été invité à plusieurs reprises à s’exprimer sur l’apartheid sud-africain. Le camarade de Nelson Mandela a alors été « frappé de constater que certains membres de mon auditoire se sont montrés très contrariés, affirmant que je décrivais la vie, la législation, la ségrégation et l’idéologie raciste en vigueur en Israël, implantées dans l’esprit des jeunes à travers leur expérience quotidienne, mais aussi par le biais de leurs manuels scolaires, de l’enseignement religieux, des mouvements de jeunesse, etc., alors que je décrivais en réalité notre expérience sud-africaine »4.
En 2002, Denis Goldberg rédige des « notes sur la Palestine et Israël » en vue de ses futures prises de parole sur le sujet. Il y pointe notamment les limites de l’analogie, devenu courante, entre l’apartheid sud-africain et le traitement des Palestinien-ne-s par Israël. A l’image de Ronnie Kasrils, Goldberg considère que les traitements qu’Israël inflige aux Palestinien-ne-sont infiniment plus cruels que ceux subis par les Noirs sous l’apartheid en Afrique du Sud :
« En Afrique du Sud, nous savons ce qu’est l’oppression.
Nous l’avons combattu et vaincue car elle était injuste
Nous l’avons combattue pour être libre et rebâtir notre pays
Le monde entier a condamné l’apartheid, et la campagne internationale contre l’apartheid a constitué un volet important de notre lutte.
La violence du régime d’apartheid n’était rien comparée à la brutalité absolue de l’occupation israélienne de la Palestine.
Je parle bien de l’ensemble de la Palestine, d’où les Arabes palestiniens ont été chassés.
C’est en Cisjordanie occupée et à Gaza que l’on observe les pires violences.
Nous n’avons pas vu de chars tirant à tout va pour protéger des bulldozers blindés. Nous n’avons pas non plus vu d’hélicoptères de combat blindés « anéantir » des maisons, des enfants, des familles entières avec une grande précision !
Nous n’avons pas vu la destruction par les bombardements de centres-villes entiers »34.
Goldberg appelait également à des sanctions contre Israël :
« Nous exigeons des actions.
Vous nous avez aidés, à travers les mouvements anti-apartheid, à isoler l’Afrique du Sud.
Soutenez l’appel en faveur de sanctions économiques visant tous les produits fabriqués en Israël. Nous appelons à un embargo sur les échanges sportifs et culturels »4.
Denis Goldberg, qui a été un fervent soutien de la campagne Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS), s’est éteint en 2020, à l’âge de 87 ans. Mais la tradition juive antisioniste qu’il a su incarner aux côtés de Joe Slovo, Ray Alexander Simons ou encore Ronnie Kasrils (aujourd’hui âgé de 87 ans), n’a pas disparu. Et, ce malgré le fait que les institutions juives sud-africaines continuent d’invisibiliser l’héritage des militants juifs sud-africains qui ont combattu l’apartheid… Et le sionisme…
Le collectif Juifs Sud-Africains [engagés] pour la Justice en Palestine (South African Jews for Justice in Palestine – SAJFP) se réclame de cette tradition, comme il le proclame clairement dans son manifeste, dont nous citons ci-dessous de larges extraits :
« Nous croyons fermement au concept juif de Tikkoun Olam, « réparer le monde », qui incarne l’action sociale et la quête de la justice sociale.
Historiquement, les Juifs ont toujours été engagés dans les luttes pour la justice sociale et nous sommes fiers de perpétuer cette tradition. De plus, en tant que Juifs, nous nous sentons obligés de dénoncer les injustices commises en notre nom.
En tant que Juifs sud-africains, notre rapport à l’apartheid, à la dépossession et au colonialisme de peuplement a une longue histoire. La plupart d’entre nous se trouve en Afrique du Sud parce que nos ancêtres et nos familles ont fui les pogroms d’Europe de l’Est ou l’Holocauste.
Bien que beaucoup d’entre nous aient été considérés comme « pas tout à fait blancs » en raison de l’antisémitisme omniprésent en Europe, une fois que nos familles se sont installées en Afrique du Sud, nous avons été progressivement intégrés dans la « blancheur » en tant qu’institution. En conséquence, une partie importante de nos communautés s’est rendue complice, voire a tiré profit, de la violence liée à la ghettoïsation, à la dépossession, au capitalisme racial et à l’occupation militarisée dans l’Afrique du Sud de l’apartheid.
[…] Certains membres de nos communautés ont pris conscience que notre position nous rendait complices de l’oppression et ont cherché des moyens de s’y opposer activement.
Aujourd’hui, nous souhaitons perpétuer cette tradition. Nous refusons que la mémoire de nos ancêtres, notre histoire, nos identités et notre chagrin soient utilisés comme des armes au service de projets fascistes, génocidaires et d’apartheid étroitement liés, que ce soit en Afrique du Sud, en Palestine ou ailleurs.
Nous rejetons le sionisme en tant que forme de colonialisme de peuplement et reconnaissons l’injustice qui en découle, à savoir la dépossession des terres.
Nous rejetons le sionisme en tant que projet politique visant à établir un État exclusivement juif en Palestine historique. Un tel État ne peut que pratiquer une discrimination à l’encontre des non-juifs, et nous nous opposons à toute forme de discrimination.
Nous reconnaissons que notre histoire de dépossession, et l’Holocauste en particulier, a été un facteur important dans la création de l’État d’Israël. Il s’agissait en partie d’une tentative de la communauté internationale de réparer les torts qui nous avaient été causés. Cependant, on ne peut réparer les torts causés à un peuple en en causant à un autre. Les Palestiniens n’auraient jamais dû avoir à supporter le fardeau des méfaits de l’Europe »35.
Dans le sillage de Joe Slovo, Ray Alexander Simons, Ronnie Kasrils ou encore Denis Goldberg, les Juifs Sud-Africains [engagés] pour la Justice en Palestine (SAJF), s’inscrivent dans une longue tradition juive d’opposition à l’apartheid et au sionisme. Et comme leurs illustres prédécesseurs qui ont longtemps prêché dans le désert, ils sont du bon côté de l’histoire.
Amandla !
Lire aussi les parties 1 et 2 de cet article dont cette partie 3 est la dernière.
- Né en Afrique du Sud en 1937, Gedeon Shimoni s’est installé en Israel après 1967. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire du sionisme et de la communauté juive sud-africaine.[⇧]
- Gideon Shimoni, Jews and Zionism: The South African experience, 1910-1967, Oxford University Press, 1980, p.27.[⇧]
- Ibid., p.27.[⇧]
- Ibid.[⇧][⇧][⇧][⇧][⇧]
- Ibid., p.35.[⇧]
- Également appelé Appel unifié pour Israël.[⇧]
- Anthony Loewenstein, The Palestine Laboratory. How Israel Exports the Technology of Occupation Around the World, Verso, 2023, p.119.[⇧]
- Gideon Shimoni, Jews and Zionism: The South African experience, 1910-1967, Oxford University Press, 1980, p.31.[⇧]
- Ibid., p.59-60.[⇧]
- Ibid., p.289-290.[⇧]
- Comme le rappelle Claudia Braude dans l’article susmentionné, la présence du ministre israélien des affaires de la diaspora lors de la cérémonie d’hommage à Arthur Goldreich, avait conduit de nombreux vétérans juifs sud-africains de la lutte contre l’apartheid, à boycotter l’événement. Cf Claudia Braude, “South African Jews Struggle with Legacy of Apartheid”, Forward, 12/09/2011.[⇧]
- [⇧]
- Alan Wieder, Ruth First and Joe Slovo in the War Against Apartheid, Monthly Review Press, 2013, p.41.[⇧]
- Joe Slovo, Slovo: The Unfinished autobiography, Ocean press, 1997, p.37.[⇧]
- Ibid., p.47.[/note].
Dès le milieu des années 1990, Joe Slovo qualifiait Israël d’« État d’apartheid » et fustigeait ses « actes génocidaires » envers les Palestiniens :
« Paradoxalement, les horreurs de l’Holocauste sont devenues la justification, par les sionistes, d’actes génocidaires à l’encontre du peuple indigène de Palestine. Ceux d’entre nous qui, dans les années qui ont suivi, ont élevé la voix publiquement contre l’apartheid violent de l’État israélien ont été vilipendés par la presse sioniste. Il est également ironique de constater que ceux qui haïssaient les Juifs en Afrique du Sud – ceux qui ont travaillé et prié pour une victoire d’Hitler – ont été étroitement associés aux dirigeants d’Israël au sein d’un nouvel axe fondé sur le racisme »[note]Ibid., p.47-48.[⇧]
- Dawn, 9/02/1985. Cité in Alan Wieder, Ruth First and Joe Slovo in the War Against Apartheid, Monthly Review Press, 2013, p. 279.[⇧]
- Victoria Brittain, « Ronnie Kasrils. « On ne saurait surestimer l’audace et le sacrifice de la génération Soweto » », Afrique XXI, 15/06/2026.[⇧]
- Ronnie Kasrils, L’improbable espionne. Au service de la lutte anti-apartheid, Mardaga-GRIP, 2016.[⇧]
- Asher Lubotzky, “The other radicals: Zionist-socialist youth in apartheid South Africa, 1948–1970”, Jewish Historical Studies: A Journal of English-Speaking Jewry 55(1), 2024 p. 75.[⇧]
- Marc Barnett, “The Freedom Struggle, Interview with Ronnie Kasrils”, Tribune, 07/12/2020.[⇧]
- Ronnie Kasrils, Armed and Dangerous: My undercover struggles against apartheid, Jacana Media, 2014, p.339-340.[⇧]
- Ibid., p.340.[⇧]
- Joel B. Pollak, The Kasrils Affair. Jews and Minoity Politics in post-apartheid South Africa, University of Cape Town Press, 2013, p.63.[⇧]
- John Jeter, ‘‘South African Jews Polarized Over Israel”, Washington Post, 18/12/2001.[⇧]
- Joel B. Pollak, The Kasrils Affair, op.cité, p.66.[⇧]
- Ibid., p.68.[⇧]
- Ibid., p.68-69.[⇧]
- Marjorie N. Feld, Nations Divided, op. cité, p.99.[⇧]
- Ibid., p.106.[⇧]
- « Ronnie Kasrils : « La répression subie par les Palestiniens est pire que l’apartheid » », L’Humanité, 31/07/2014.[⇧]
- Ronnie Kasrils, ‘‘Zionism is Racism: In Defense of Palestinian Resistance”, The Palestine Chronicle, 19/12/2023.[⇧]
- Denis Goldberg, The Mission: A Life for Freedom in South Africa, Real African Publishers, 2010, pp.232-233.[⇧]
- Ibid., p. 253.[⇧]
- Ibid., p.403.[⇧]
- « About SAJFP », manifeste consultable sur le site internet de South African Jews for Justice in Palestine : https://sajfp.org.za/about/[⇧]