« Pour les Voyageurs, la peine de mort est toujours en vigueur »
Ritchy Thibault
paru dans lundimatin#535, le 28 septembre 2026
Le 21 août dernier, Paul Tancre dit Lapin, a été retrouvé mort sur une route de l’Oise après avoir été pris en chasse par la police municipale. L’un de ses amis qui était avec lui à bord du véhicule raconte que le 4×4 de la police leur a foncé dessus, à deux reprises. Sur les lieux du drame, une trace de sang s’étale sur plusieurs mètres, la famille pense que Paul Tancre a été écrasé par la police. Un policier est mis en examen pour homicide involontaire. Ritchy Thibault revient sur cette affaire et raconte la mobilisation de la famille pour obtenir vérité et justice ainsi que la réponse des pouvoirs publics : l’intimidation et la répression.
Dans la nuit du 21 au 22 août, deux Voyageurs s’arrêtent dans une épicerie à Margny-lès-Compiègne dans l’Oise. Tout se passe pour le mieux pour eux lors de cette belle soirée d’été. Ils repartent en voiture, pour rejoindre leur domicile sur la commune voisine de Bienville. Le conducteur, un homme de 46 ans, père de famille, ne rentrera malheureusement jamais chez lui.
Deux policiers municipaux de Margny-lès-Compiègne décident de prendre en chasse leur véhicule. Paul Tancre, dit Lapin, qui se trouve au volant, décide de ne pas se laisser contrôler par les policiers. En effet, comme beaucoup de Voyageurs, il a subi dès son plus jeune âge le continuum des violences policières, judiciaires et carcérales. Il a connu les allers-retours en prison pour des délits mineurs, qu’ils soient routiers ou vivriers. Ce soir-là, Lapin savait que si la police l’arrêtait, c’était à nouveau l’enfer carcéral qui l’attendait, cette fois-ci pour conduite sans permis. Ce même permis qui, précisément, lui a été retiré par l’institution judiciaire. Son dernier fils a 5 ans, il voulait le voir grandir et ne pas être à nouveau coupé des siens pendant de longs mois au chtar1.
Mais au beau milieu de la nuit, les cowboys en uniforme bleu dans leur 4×4 ont décidé de foncer sur la Mégane à bord de laquelle se trouvaient Paul et son ami et de la tamponner à deux reprises selon ce dernier. Pas une fois, mais deux. Le véhicule s’est ensuite encastré, on ne sait pas encore comment, dans un talus au bord de la route. Le passager a été retrouvé inconscient dans le véhicule, tandis que le corps de Paul gisait mort sur la route.
Les policiers municipaux auraient fini par admettre auprès de leurs collègues de la police nationale, qu’à cause d’un brouillard soudain, ils n’auraient pas remarqué le véhicule accidenté mais qu’ils auraient senti avoir écrasé quelque chose sur la route sans savoir quoi. Ce quelque chose, c’est Paul Tancre, vraisemblablement sa tête, car comme l’a constaté la famille en se rendant sur les lieux du crime, une longue traînée de sang de plusieurs mètres s’étalait sur la chaussée.
Ce soir-là, les deux pourritures de la police municipale ont assouvi leur sadique pulsion de mort en ôtant la vie d’un homme. De bonnes âmes ne manqueront pas de remettre en question cette intention criminelle, elle m’apparaît pourtant indiscutable : dès lors que l’on décide de percuter violemment un véhicule, on décide de mettre en danger la vie de ses passagers.
Les crachats à la figure de la famille
Mais la violence ne s’arrête pas là, la famille n’a pas pu veiller et enterrer dignement le leur. Paul a été déclaré mort sous X, de ce fait aucun hôpital n’a pu donner de nouvelles à ses proches. Déclaré mort sous X, sans nom, comme un chien, voilà l’un des premiers crachats à la figure de la famille. L’État n’a de cesse de faire comprendre que leur vie ne compte pas. Son identité, sera pourtant révélée publiquement dans la presse locale : c’est ainsi que les siens ont appris sa mort.
La famille va finir par apprendre que le corps de Lapin se trouve à la morgue de Creil, là où une autopsie doit être effectuée, ils s’y rendent en nombre. Tant que ses sœurs et son frère n’auront pas vu le corps, ils ne pourront pas croire qu’il est vraiment mort. Ils veulent des réponses à leurs nombreuses questions, ils n’en obtiendront aucune, si ce n’est un déploiement de CRS autour de la morgue. Nouveau crachat à la figure. La famille s’aperçoit vite que quelque chose ne tourne pas rond, ils comprennent rapidement que contrairement aux déclarations des policiers, de la procureure de la République et de la presse, leur frère n’a pas perdu la vie accidentellement, mais qu’il a été tué. Et c’est ce qui explique que l’on refuse de les laisser voir le corps.
Le corps du défunt, comme s’il représentait un danger, est transporté à Compiègne escorté par une armada policière. La famille finit par contraindre les autorités à la laisser voir le corps de Lapin. Une fois dans la chambre mortuaire, ils se retrouvent devant le corps recouvert d’un drap et ne peuvent qu’apercevoir sa main, là encore au milieu de policiers. C’en est de trop, la rage de la famille va exploser.
Le cercueil refermé, le corps de Lapin est enfin restitué à sa famille qui va pouvoir le veiller pendant plusieurs jours jusqu’à l’enterrement, comme il est d’usage chez nous.
La rage déborde, la colère s’exprime
Le 26 août, l’enterrement a lieu, plusieurs centaines de personnes font le déplacement. Il faut dire que ce Voyageur était un homme gentil et respecté, qui avait beaucoup d’amis gadgé2 [2] comme Voyageurs. Avant même que l’enterrement ne prenne fin, la rage explose, une cinquantaine de jeunes et moins jeunes se dirigent vers le centre-ville, brisent quelques vitrines et mettent le feu à deux véhicules. C’est une émeute, au sens où l’émotion ne peut plus être contenue et déborde dans l’espace public. C’est une révolte pour la justice. Une manière de dire à tous, y compris ceux pour qui il s’agit d’un simple fait divers, qu’il y a mort d’homme et que c’est le fait de la force publique, que pour nous la vie est sacrée et que vérité et justice, il doit y avoir. Paul n’a jamais tué personne et pourtant il a souvent été envoyé au chtar, le policier conducteur qui l’a écrasé, fils d’un commissaire de police gradé de Creil, est toujours en liberté, simplement mis en examen et astreint à un contrôle judiciaire. Comme le dit si bien ma mère, la loi est faite pour écraser les plus faibles et donc j’ajoute, pour protéger les puissants.
Se défendre et faire face à l’État gadjo sur la durée
Dès que nous avons appris qu’une fois encore, un Voyageur avait été tué par les clisté[noteClisté : les policiers en…][/note], nous avons, avec Aurélie Garand3, a sœur d’Angelo, tué de cinq balles dans le corps par le GIGN en 2017, pris contact avec la famille de cet homme. Nous savons à quel point il est important d’être entouré et de recevoir du soutien dans de pareilles circonstances. Aurélie a longuement pu parler avec Florine, la petite sœur de Paul, elles se sont soutenues entre sœurs d’hommes à qui l’État a volé la vie. Comme Amal Bentounsi, la sœur d’Amine, un Arabe tué par balle par la police le 21 avril 2012, avait donné de la force à Aurélie en 2017, Aurélie en a fait de même avec Florine. C’est la puissance de nos sœurs et de nos mères qui font respecter la dignité des nôtres.
De mon côté, je me suis rendu le 30 août sur la commune de Bienville où vit la famille et je suis passé sur la route où Lapin a été écrasé. Quand on se rend sur les lieux, aucun doute n’est possible sur cette affaire : il est évident que l’homme a été marav par les clisté4. J’ai enregistré deux vidéos dans lesquelles la famille de Paul et ses amis prennent la parole. Une vidéo de deux de ses filles et de sa belle-sœur et une autre vidéo de deux de ses amis, celui qui se trouvait dans l’auto le soir en question et un homme qui habitait non loin de la scène et qui s’est rendu sur place avant d’être évacué de force par les policiers. Dans ces deux vidéos, les proches de Lapin ont appelé les Voyageurs de toute la France à venir le dimanche 6 septembre à Margny-lès-Compiègne devant la mairie pour demander vérité et justice.
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Les intimidations et le déchainement répressif
À la suite de cet appel, les autorités ont déchaîné une intense répression afin d’intimider les Voyageurs et de les décourager de venir au rassemblement. En premier lieu, ces gens sans vergogne et sans aucune dignité, à commencé par le véreux politicien qui fait office de maire, ont exigé de la famille qu’elle annule la marche blanche au prétexte qu’un brocante devait se tenir ce même 6 septembre. Rendez-vous bien compte de qui sont ces gens qui veulent interdire à une famille de faire son deuil au nom d’une brocante. Cette famille s’est rendue à plusieurs reprises devant la mairie pour demander des comptes au maire qui n’est autre que l’employeur du policier mis en en cause dans la mort de Paul. Il a fini par les recevoir mais ce fut pour leur dire que s’ils continuaient à se mobiliser, il y aurait des morts.
Quelques jours plus tard, le mercredi 2 septembre, un déploiement de CRS s’est rendu en nombre chez les membres de la famille de Lapin, afin de procéder à des perquisitions et des interpellations. Deux jeunes hommes ont été interpellés, placés en garde à vue, puis déférés au tribunal. La minable institution judiciaire les a poursuivis pour des faits de dégradations. L’un d’eux a été condamné à 9 mois de prison sous bracelet électronique et l’autre est astreint à un contrôle judiciaire strict jusqu’au 9 novembre, date à laquelle il sera jugé à Compiègne. Quelle inversion du réel, ceux qui sont endeuillés sont sanctionnés et ceux qui ont du sang sur les mains sont protégés. En effet, le maire de la commune, qui m’a appelé et à qui j’ai demandé de rendre des comptes, notamment quant aux sanctions prises à l’encontre de son subordonné, m’a répondu qu’il avait accepté la demande de mutation que le policier avait déjà formulée depuis longtemps. Une sanction qui ressemble à s’y méprendre à une récompense.
Dans la société des gadjé, il semble plus grave de briser une vitrine que de tuer l’un des nôtres. Nous n’accepterons jamais cette société, nous la ferons partir en fumée, il en va de nos vies. Si les policiers et les parquetiers ont diligenté ces procédures c’est aussi pour intimider les Voyageurs et les décourager de se mobiliser le 6 septembre. La famille et ses soutiens ont annoncé cette mobilisation comme spontanée et sans organisateur. Cela n’a pas manqué de faire paniquer la préfecture, qui a convoqué deux individus au commissariat pour les contraindre de signer une déclaration de manifestation, tout en les menaçant de poursuites s’ils n’obtempéraient pas. Le 3 septembre, la préfecture de l’Oise a envoyé un mail écœurant à ces deux déclarants contraints tout en me mettant en copie. En voici un extrait : « Sur les mots d’ordre, il serait utile qu’un appel au calme et au respect soit clairement énoncé par les organisateurs. En particulier, il est impératif d’avoir un message clair appelant au respect des institutions (mairie) ainsi que des services de l’État (forces de sécurité intérieure, sapeurs-pompiers, etc.). »
Et voilà ce que j’ai répondu face à cette inacceptable provocation :
« Mesdames et Messieurs les sous-fifres de la préfecture de l’Oise,
Votre mail est profondément mal à propos et vos méthodes sont exécrables. Alors que cette manifestation résulte d’un appel spontané, les autorités policières ont contraint, sous des menaces insidieuses, deux personnes à déposer une déclaration. Cette mobilisation demeure spontanée et sans organisateur. Par ailleurs, notez bien que nous n’avons aucune leçon de dignité à recevoir de votre part, nous pouvons au contraire vous en donner de nombreuses. Concernant l’apaisement, je vous retourne la demande, à vous qui avez fait intervenir des CRS chez des familles endeuillées cette semaine. Vous êtes indécents ! Sur la bonne tenue de la manifestation, j’exige que vous ordonniez à vos unités chargées du dispositif de sécurité de se tenir à distance, de ne s’adonner à aucune provocation, et d’être désarmées comme vous exigez de nous de l’être également. La marche se tiendra avec force et détermination pour exiger justice et vérité pour Paul Tancre, dit Lapin. Toutes les autorités doivent nous rendre des comptes, dont la vôtre, et nous allons vous y contraindre. Il est fini, le temps où vous pouviez humilier les Voyageurs en toute impunité. À dimanche, en espérant que Monsieur le préfet ne se barricadera pas dans sa préfecture et viendra sur le terrain. Combativement ! »
Le 6 septembre, avant la marche, nous arrivons à Margny-lès-Compiègne avec Aurélie Garand et Alexis Baudelin, que les sœurs et le frère de Lapin ont choisi comme avocat pour les accompagner dans leur combat pour que la vérité s’impose et pour arracher la justice. Nous avons très vite rejoint Florine et son homme, puis nous nous sommes rendus devant la mairie, où sa sœur et son frère nous ont rejoints, ainsi que de nombreux Voyageurs parfois venus de loin et des gadjé solidaires de notre combat. Ce jour-là, près de 300 personnes ont répondu à l’appel et cela malgré les intimidations. Face à nous, il y avait des centaines de policiers lourdement armés, dont de nombreux CRS et les accès de la ville étaient interdits à la circulation. Quant à la mairie, elle était barricadé derrières d’imposantes barrières et camions de CRS. Un état de siège et un crachat supplémentaire au visage de la famille, à qui l’on ne permet même pas marcher en paix pour l’un des siens.
Un discours qui ne plaît pas aux autorités
Les sœurs de Lapin, Florine et Séverine, ont pris la parole devant la mairie, pour parler avec beaucoup de force et de dignité de leur frère, pour rappeler sa gentillesse, pour dire haut et fort sur la place publique qu’il a été tué par la police et pour raconter le calvaire que leur ont fait subir la police et la justice depuis la mort de leur frère, en leur infligeant humiliations et intimidations. Alexis Baudelin a pris la parole en tant qu’avocat de la famille pour annoncer qu’il les accompagnerait jusqu’au bout. Avec Aurélie Garand et Constant Fauveau, nous avons ensuite pris la parole en tant que Voyageurs engagés contre les crimes antitsiganes de l’État français et de ses institutions. À la fin de ma prise de parole, après en avoir préalablement discuté avec la famille, j’ai invité les gens à se diriger en direction du poste de police municipale où travaillait le policier mis en cause dans la mort de Paul. Quand nous avons commencé à décaler les barrières qui entravaient notre chemin, les CRS sont tout de suite intervenus, ils ont procédé à mon interpellation et à celle de ma camarade Mirabela de l’association La Voix des Rroms, puis ils ont gazé les gens qui se tenaient à nos côtés. Avec Mirabela, nous avons été malmenés par les CRS, j’ai pour ma part été plaqué au sol avec un CRS qui s’appuyait de toutes ses forces sur mon dos, entravant ainsi ma respiration, pendant qu’un autre a écrasé avec ses bottes, à deux reprises, mes lunettes. Un officier de police judiciaire m’a ensuite placé en garde à vue et Mirabela également.
Une fois conduit au commissariat de Compiègne, en guise d’accueil, un policier m’a demandé si je faisais partie de la communauté des gens du voyage. Un OPJ m’a ensuite indiqué que je devais être entendu sur de prétendus faits de violences contre les CRS ainsi que plusieurs outrages.
Je suis sorti après 24 heures de garde à vue dans l’attente d’être reconvoqué pour de possibles poursuites. Je me suis rendu au commissariat de Compiègne le mercredi 16 septembre pour y récupérer une convocation pour un procès qui se tiendra le 24 novembre à 13h30 au tribunal judiciaire de cette même ville. Trois faits sont finalement retenus contre moi : de prétendues violences contre les CRS, un outrage contre Mickaël Fournier, le policier municipal soupçonné d’avoir tué Lapin, et une injure publique contre la police nationale pour avoir utilisé le slogan « CRS SS » et pour avoir rappelé que la police, hier et aujourd’hui, a tué des Voyageurs. Mais aussi pour avoir rappelé que c’est elle, notamment, qui a enfermé les Voyageurs dans des camps de concentration entre 1939 et 1946, en reprenant pour cela les mots de Léon Alfred Wenterstein, ancien interné du camp de concentration de Montreuil-Bellay : « On a voulu nous exterminer, on a voulu nous rayer de la carte »5. En l’espèce, c’est le négationniste Laurent Nunez qui en tant que ministre de l’Intérieur a déposé plainte contre ces propos.
Cette procédure met bien en lumière que l’antitsiganisme n’a pas disparu au sommet de l’État, le ministre de l’Intérieur, en déposant plainte spécifiquement contre ces propos-là, nie la réalité historique que constitue le génocide des Voyageurs et des Roms entre 1939 et 19466. Il est dans la droite ligne de ses prédécesseurs qui, dès l’été 1946, se réjouissaient des « effets heureux » de la politique menée durant la Seconde Guerre mondiale contre lesdits nomades.
La politique menée durant la Seconde Guerre mondiale contre les nôtres, c’est celle qui a conduit mes ancêtres et ceux de Paul, Florine, Séverine, etc., qui sont de la famille Chagrelle, dans le même camp de concentration. En l’occurrence celui de Jargeau dans le Loiret, où furent enfermés mon arrière-grand-mère Maria Azaïs et sa famille. Hier comme aujourd’hui, nos familles demeurent dans le viseur de l’État français, qui veut toujours nous voir disparaître du paysage, mais nous ne baissons pas la tête, nous nous battons et nous nous défendons en restant toujours debout et jamais à genoux, comme nous y enjoignait le vaillant résistant Raymond Gurême.
Permis de tuer ou peine de mort à peine déguisée ?
Le meurtre de ce Voyageur de 46 ans par la police, il faut le regarder comme ce qu’il est. À savoir le sort réservé aux groupes racialisés par les institutions, qu’ils s’agissent des Noirs, des Arabes et des Gitans. En effet, la police et la gendarmerie peuvent tuer impunément les nôtres, ils ont depuis bien longtemps le permis de nous tuer, c’est une de leurs raisons d’être intrinsèques. Certains disent qu’en 1981 la peine de mort a été abolie, sur le papier c’est indéniable, mais dans la réalité c’est faux.
Angelo Garand, 37 ans, a été abattu de cinq balles visant les organes vitaux en 2017 par le GIGN, en 2025 la CEDH, saisie par la famille, a déclaré que l’État français n’avait pas violé le droit à la vie d’Angelo Garand. En 2018, Henri Lenfant, 22 ans, est abattu d’une balle par un gendarme du GIGN, après une condamnation en première instance, le policier est finalement acquitté en appel en 2026. Enzo Weiss, 17 ans, est retrouvé mort en 2023 après avoir été poursuivi par la BAC de Strasbourg, au bout de quelques mois l’enquête est classée sans suite. En 2024, Maicky Loerch, 28 ans, est tué d’une balle dans la tête par un gendarme, l’institution de l’injustice n’a pas audiencé de procès pour le moment. Cette liste de Voyageurs tués ces dernières années par la police et la gendarmerie n’est pas exhaustive, elle vise seulement à démontrer que ces morts restent à chaque fois impunies. Le droit, la lettre, l’esprit. La prétendue justice blanchit les tueurs des nôtres, c’est ce qu’il est attendu d’elle et c’est la raison pour laquelle nous rêvons de voir les tribunaux brûler.
Comme d’autres groupes racialisés, les Voyageurs sont sujets au continuum des violences policières, judiciaires et carcérales qui peut conduire, comme nous l’avons vu, à la mort. Le système pénal français orchestre la légalité de ces meurtres. Ainsi, nous pouvons soutenir qu’effectivement la peine de mort est toujours en vigueur pour certaines strates de la population en France. Pour la majorité, la commission d’un délit ou d’une infraction vaut une enquête puis un jugement, pour nous, elle peut directement aboutir à l’exécution.
Nos familles en deuil se battent avec opiniâtreté, elles le font pour le respect de nos morts et surtout pour que la vie de nos enfants soit protégée. La famille de Paul Tancre, dit Lapin, va avoir besoin de tout notre soutien dans le long combat qu’elle a entamé face à l’État. Pour les soutenir, vous pouvez participer à leur cagnotte : https://gofund.me/4827de063
Ritchy Thibault


