L’antitsiganisme : un racisme d’État assumé !

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Dessin d’enfant interné au camp de Coudrecieux (Sarthe) entre 1940 et 1942

Les déclarations récentes de Gabriel Attal contre les « gens du voyage » sont indignes d’un responsable politique qui prétend incarner l’État de droit, en se portant candidat à la plus haute fonction de l’État. En présentant les installations de caravanes comme un « pur scandale », en affirmant que des terrains seraient « pris d’assaut » et en promettant des sanctions « fermes et exemplaires », Gabriel Attal ne répond pas à une difficulté administrative : il désigne une population entière à la vindicte publique.

L’UJFP condamne cette rhétorique stigmatisante. Elle transforme une question réelle — l’insuffisance des aires d’accueil et le non-respect des obligations publiques — en procès collectif contre les personnes qui vivent en caravane. Cette rhétorique reprend ainsi les ressorts classiques de l’antitsiganisme : essentialisation, suspicion généralisée, criminalisation d’un mode de vie et appel à l’expulsion.

L’État doit respecter ses propres obligations

M. Attal, par ses fonctions, doit connaître la loi du 5 juillet 2000 qui prévoit la participation des communes à l’accueil des personnes dites « gens du voyage » ainsi que la création d’aires adaptées ; les collectivités et l’État ne peuvent exiger le respect de règles qu’ils refusent eux-mêmes de mettre en œuvre.

Le Défenseur des droits rappelle qu’une commune ne peut interdire le stationnement sur l’ensemble de son territoire que si elle dispose d’une aire d’accueil conforme au schéma départemental. Les pouvoirs d’expulsion ne sauraient donc être présentés comme un substitut à la création d’infrastructures dignes et suffisantes.

Derrière l’appellation administrative « gens du voyage », qui ne correspond à aucune réalité, se trouvent des personnes et des familles diverses, françaises ou étrangères, sédentaires ou mobiles, qui ont les mêmes droits que toutes les autres personnes. Amalgames et humiliations publiques sont intolérables., comme le rappelle Ritchy Thibault dans un article récent : « En parlant d’Angelo et du combat qu’elle mène depuis que l’État français lui a volé la vie, Aurélie nous parle de la condition politique d’oppression accrue que vivent quotidiennement des centaines de milliers de Voyageurs. Son histoire et celle de sa famille illustrent une réalité que l’on vit dès le plus jeune âge chez nous, à savoir le harcèlement de la police et de la gendarmerie, qui vont jusqu’à tuer les nôtres. »

Une campagne électorale ne justifie pas le racisme

Gabriel Attal joue avec le feu. Il instrumentalise le droit pour flatter un électorat, en activant une peur qui nourrit les réflexes racistes et xénophobes. Il cherche à cultiver une image de fermeté et à se tailler une place sur l’échiquier de la haine de l’autre, déjà solidement occupée par Retailleau et Le Pen.

Seule la cible change : hier les Noirs, les Arabes, les musulman·e·s — aujourd’hui les Tsiganes.

Pendant ce temps, des familles cherchent un terrain où poser leurs caravanes et faire valoir leurs droits— et celui qui prétend à la plus haute fonction de l’État a, lui, perdu le fil de la loi.

L’UJFP rappelle qu’il n’existe pas de hiérarchie entre les différentes formes de racisme. Combattre l’antisémitisme, l’islamophobie, le racisme anti-Roms, l’antitsiganisme ou toute autre forme de racisme exige la même vigilance et la même fermeté. On ne peut prétendre lutter contre la haine tout en désignant une population comme un problème national.

En tant qu’organisation juive engagée contre le racisme, le colonialisme et toutes les formes de domination, l’UJFP sait où conduisent les discours qui transforment une population minoritaire en corps étranger, en menace permanente ou en groupe à discriminer. La mémoire des persécutions contre les Juifs et les Tsiganes impose de ne jamais banaliser cette mécanique.

L’État de droit ne consiste pas à humilier les plus vulnérables devant les caméras. Il consiste à garantir les droits de toutes et tous, y inclus ceux des personnes qui vivent en caravane.

L’antitsiganisme n’est pas une opinion.  Il n’a pas à devenir une méthode de gouvernement, c’est du racisme à l’état pur et donc un délit.

La Coordination nationale de l’UJFP, le 10 août 2026