Dans des guerres précédentes menées par l’État d’Israël, et notamment en 1973, l’arme du pétrole avait été utilisée et des interventions internationales avaient arrêté l’occupant. Alors que le génocide à Gaza en est bientôt à 1 000 jours et qu’il a provoqué, vraisemblablement, la mort de 10 % de la population, la plupart des dirigeants du monde arabe sont silencieux, complices, voire co-auteurs du génocide.
L’UJFP dénonce régulièrement la passivité de gouvernements occidentaux ou leur complicité active à la politique israélienne, c’est malheureusement aussi le cas de gouvernements des pays du Moyen-Orient.
La cause palestinienne
Elle a toujours été très populaire auprès des peuples arabes pour qui la Palestine symbolise les aspirations à l’unité des mondes arabes, à la dignité, à la résistance au colonialisme et à l’impérialisme, et l’espoir de leur propre libération.
Cette popularité a toujours contrasté avec le comportement de dirigeants arabes pour qui la cause palestinienne n’était qu’un levier parmi d’autres de la raison d’État et de la realpolitik : dès 1948, le Roi de Transjordanie engage ses troupes dans le cadre d’un accord avec les sionistes, pour annexer la Cisjordanie et poser la première pierre de son ambition d’une Grande Syrie arabe sous son propre leadership. Il n’y aura pas d’État palestinien après la Nakba, la Cisjordanie sera annexée par la Transjordanie (qui devient ainsi la Jordanie) et Gaza sera occupée par l’Égypte.
Après la création de l’OLP, la Jordanie a combattu ses groupes armés tandis que leur exil dans le sud du Liban consécutif au massacre de Septembre Noir (Jordanie, 1970) a accentué les tensions politiques dans ce pays. La gauche s’est solidarisée avec la lutte palestinienne tandis que les milices de l’extrême droite libanaise (surtout les Phalangistes alliés d’Israël) ont commis des tueries dans les camps palestiniens (Tel al-Zaatar, Sabra, Chatila…). Par la suite, c’est le régime d’Hafez el Assad et ses alliés au Liban (comme le mouvement Amal) qui se sont retournés contre les Palestiniens, — lesquels refusaient leur soumission à la politique syrienne (sièges meurtriers des camps palestiniens en 1986)—, après avoir œuvré, parallèlement aux stratégies d’Ariel Sharon, à l’expulsion de la direction palestinienne de Beyrouth vers Tunis. Malgré cela, pendant une longue période, la plupart des pays arabes, acquis au panarabisme, l’Égypte de Nasser en tête, affichaient, au moins en parole, leur soutien au peuple palestinien, tandis que nombre de partis et militants politiques se solidariseront avec les luttes palestiniennes, comme, au Liban, les organisations des gauches nationalistes et anti-impérialistes réunies dans le Mouvement national libanais de Kamal Jumblatt ou, quelques décennies plus tard, les mouvements dits islamo-nationalistes (comme le Hezbollah).
Les États du Golfe
Un « modèle » créé par le capitalisme tend à prendre la direction du monde arabe. Ces pays sont à la fois dictatoriaux, féodaux, patriarcaux, ultra-capitalistes et esclavagistes. La majorité de la population est constituée d’immigré.es sans droits, à qui on a confisqué le passeport. La richesse des possédants, issue du pétrole et du gaz, est sans limite. Cette richesse a permis à ces pays de se diversifier, d’alimenter la domination industrielle, militaire et financière occidentale en y acquérant des biens et notamment des armes en grande quantité et en autorisant l’installation d’importantes bases américaines.
La signature des « accords d’Abraham » traduit le fait que ces féodaux appartiennent au même monde que Trump ou Nétanyahou. Ces accords parachèvent pour Israël la domestication de l’Égypte qui date elle-même de « l’accord de paix » de 1979. Le blocus de Gaza aurait été impossible sans la complicité du régime égyptien qui a constamment humilié les Gazaouis quand ceux-ci arrivaient à franchir la frontière de Rafah. Ce régime a en outre violemment arrêté la marche sur Rafah initiée par différents collectifs du mouvement de solidarité.
Il y a des nuances dans le comportement des États du Golfe : le Qatar abrite une énorme base américaine et, en même temps, il a financé le Hamas. L’Arabie Saoudite est impitoyable avec ses opposants sauvagement assassinés ou pendus et elle ferme les yeux face aux profanations répétées sur l’esplanade des mosquées à Jérusalem. Mais elle refuse de signer les accords d’Abraham tant qu’il n’y aura pas d’État palestinien.
Parmi les pays arabes qui ont reconnu Israël, il y a le Maroc. Le lendemain de cette reconnaissance, le général israélien Avi Kochavi était en visite au Maroc et proposait une aide militaire contre le Front Polisario.
Le cas des Émirats
Ce pays vend son image : une tour de 800 m à Dubaï, le Louvre à Abu Dhabi, la compagnie Emirates dont on voit partout le tee-shirt… Or c’est le pays qui est allé le plus loin dans la collaboration avec l’occupant israélien. En plein génocide à Gaza, le ministre des affaires étrangères émirati a expliqué que les crimes perpétrés à Gaza posaient des problèmes mais que son pays saurait les surmonter. Ce pays achète beaucoup d’armes notamment à la France.
Il arme le maréchal Haftar dont la milice occupe l’Est de la Libye. Haftar emprisonne et torture les migrants que l’Europe rejette. Il a emprisonné 10 internationaux qui se rendaient à Gaza par la voie terrestre.
Les Émirats arment aussi au Soudan le génocidaire Hemeti, principal responsable de la guerre civile et auteur de crimes contre l’Humanité, notamment au Darfour.
Les Émirats arment et soutiennent le Somaliland. Israël a reconnu ce pays fantoche qui fragmente un peu plus le monde arabe.
En pleine guerre avec l’Iran, Nétanyahou a visité les Émirats et proposé le « savoir-faire » militaire israélien.
Le monde arabe et la Palestine
Dès sa descente d’avion à Beyrouth après sa sortie de prison en juillet 2025, Georges Abdallah fustigeait l’Égypte, affirmant que, dans ce pays de cent millions d’habitants, si un million d’Égyptiens marchaient sur Gaza, le génocide s’arrêterait instantanément.
La guerre en Palestine se joue partout. Elle se joue en Europe où le mouvement de solidarité doit trouver la force d’obliger les dirigeants complices à changer de politique.
Elle se joue aussi dans le monde arabe. Les gouvernements arabes n’ont aucune politique active contre le génocide à Gaza, ni d’ailleurs contre l’épuration ethnique en Cisjordanie. Il faut toutefois noter qu’aussi bien le Hezbollah au Liban que les Houthis au Yémen, ont réagi et tenté d’enrayer le génocide et les opérations militaires israéliennes, mais ils le paient très cher. La liberté des Palestiniens et celle des peuples arabes sont étroitement liées.
La Coordination nationale de l’UJFP, le 27 juin 2026



