Le Sang, le Sperme et la Terre

fiv Le Sang, le Sperme et la Terre
Image illustrative : un spermatozoïde est injecté directement dans un ovule dans le cadre d’une FIV (Lars Neumann ; iStock by Getty Images)

De l’Allemagne nazie à Israël, des fondements doctrinaux analogues

1935 en Allemagne : Lebensborn, Lebensraum et Blut und Boden

Chacun connaît le programme des Lebensborn (« source de vie ») qui était une politique mise en place par la SS en 1935, sous l’impulsion directe d’Himmler. Il s’agissait avant tout d’un dispositif d’assistance à la maternité sélective, doublé, dans les territoires annexés ou occupés, d’un programme d’enlèvement et de germanisation forcée d’enfants, bien documenté par les historiens, notamment Marc Hillel1, ou Kjersti Ericsson et Eva Simonsen pour la Norvège2.

La colonisation nazie des territoires conquis à l’Est répondait à la doctrine du Lebensraum (« espace vital ») : il fallait conquérir des terres pour y implanter une population « racialement pure » et en expulser ou exterminer les populations jugées « inférieures » (Slaves, Juifs, Roms). Le Lebensborn visait à fournir une main-d’œuvre humaine « racialement conforme ».

Le Rasse und Siedlungshauptamt (RuSHA, « Office central de la race et de la colonisation ») était un organisme SS qui gérait simultanément la sélection raciale des candidats à la colonisation des terres de l’Est et les critères raciaux présidant à l’admission des femmes et des enfants dans le programme Lebensborn.

L’idéologie raciste Blut und Boden (« le sang et le sol ») postule un lien mystique et indissociable entre un peuple défini racialement (« le sang ») et son territoire (« le sol »). Elle a constitué un élément central de l’idéologie nazie3.

2026 en Israël : une annonce mortifère sur Facebook

Très récemment, une mère israélienne, Nitza Shmueli a publié un message sur Facebook pour formuler la demande suivante concernant son fils défunt, un soldat tué à Gaza : « Moi, la mère de Barel, je recherche une femme désireuse de concevoir un enfant à partir du sperme de Barel, une femme qui souhaite intégrer une famille chaleureuse et aimante. Si vous pensez être cette femme, n’hésitez pas à me contacter en privé. »4

Officiellement, plus de 470 soldats israéliens ont été tués dans la bande de Gaza. Un quart d’entre eux ont fait l’objet d’une procédure de récupération du sperme. Congelé, il permettra de faire naître un enfant de la veuve du soldat en question. S’il n’a pas de compagne, la famille pourra le donner (dans la famille ou en dehors). Une pratique reconnue et légale en Israël où le prélèvement de sperme post-mortem est devenu une politique d’État5 !

Les comparaisons historiques sont toujours fautives. Le sionisme n’est pas le nazisme. Cependant, si nous sommes éveillés à l’histoire des Juifs et particulièrement à celle de la Shoah, nous nous devons d’entendre toutes les sirènes d’alarme que nous surveillons depuis 1945 (mécanismes de propagande et d’embrigadement, déshumanisation d’une population sans droits, discours de haine, racisme institutionnalisé, usage de la force aveugle, tentatives d’effacement des traces d’un génocide…). Et nous nous posons la question : comment la déshumanisation prépare une violence de masse ? Et cette question peut-être éclairée, bien qu’imparfaitement, par la comparaison historique.

Si l’on observe le sens de cette politique en vigueur en Israël, on retrouve les grands « principes » d’un État basé sur la « race » :

  • L’eugénisme racial est dans les deux cas basé sur la conviction que la « race aryenne » ou le « peuple juif » est biologiquement supérieure et qu’il faut en favoriser la reproduction quantitative et qualitative. Le rejet des couples mixtes en Israël donne bien une base raciale au sionisme.
  • Le natalisme d’État : le régime nazi cherche à augmenter le nombre de naissances « racialement valables » pour alimenter le futur Reich. Ce natalisme, en Israël, est lié6 structurellement à l’expulsion, l’annihilation du peuple palestinien du futur Grand Israël.
  • L’article 1(a) de la Loi fondamentale : Israël, État-nation du peuple juif dispose que « la Terre d’Israël est la patrie historique du peuple juif » et que « l’État d’Israël est le foyer national du peuple juif ». Cette formulation établit un lien organique entre un peuple défini ethnico-religieusement et un territoire aux frontières par ailleurs floues. Elle est fondée sur une même structure logique que Blut und Boden, qui postule un lien mystique et indissociable entre le Volk (le peuple défini par le sang) et son Boden (le sol).
  • Les fascistes français ont également théorisé, tout au long du premier 20e siècle, le lien entre “la Terre et les morts” selon la formule de Maurice Barrès (1899). Cette idéologie oppose les enracinés aux déracinés (Juifs). Aux yeux des Israéliens, les Palestiniens reprennent cette figure du déraciné, ballotté de camp en camp et désormais sommé de quitter la Terre.

Les enfants de la mort

On peut imaginer les conséquences sur les familles et les enfants nés d’un mort ou d’un absent ! En Norvège, le sujet a été le plus étudié, via des travaux universitaires et un procès collectif intenté par d’anciens « enfants de Lebensborn » norvégiens contre l’État dans les années 2000.

Dans le cas israélien, on note bien entendu des différences, mais la conception posthume permet d’anticiper certaines problématiques comparables à d’autres situations de filiation complexe : la construction identitaire autour d’un parent absent et « héroïsé » (alors même qu’il a participé à un génocide) et la pression identitaire à « incarner » un père idéalisé que l’enfant n’a jamais connu, avec un risque de ne jamais pouvoir se mesurer à une figure figée dans le sacrifice.

Instrumentaliser symboliquement un enfant comme preuve de « continuité » dans le projet sioniste ou de « résilience nationale » face à la population palestinienne peut peser lourdement sur sa construction identitaire propre. Cela pèse aussi sur la colonisation des esprits israéliens et la prolongation du programme sioniste de destruction du peuple palestinien au nom de “l’autodétermination” du peuple juif.

Perpétuer la domination reste essentiel pour l’État génocidaire. Décidément, le sionisme est une idéologie raciste et destructrice.

  1. Marc Hillel, Au nom de la race, Marabout, 1970.[⇧]
  2. Kjersti Ericsson et Eva Simonsen, Les enfants de la Seconde Guerre mondiale : l’héritage de l’ennemi caché, études candinaco-canadiennes, 2009.[⇧]
  3. Johann Chapoutot, La loi du sang : penser et agir en nazi, Gallimard, 2020.[⇧]
  4. Voir : ‘Survival of the nation’: Israel’s obsession with dead soldiers’ sperm. Postmortem sperm retrieval has become state policy, with a quarter of all male soldiers killed since October 7 undergoing the procedure. But by creating a pressure valve for grieving families, it only perpetuates war. https://www.972mag.com/israel-postmortem-sperm-retrieval-soldiers-war/ (en anglais)[⇧]
  5. cf l’article de +972 : https://www.972mag.com/israel-postmortem-sperm-retrieval-soldiers-war/[⇧]
  6. La conférence d’Herzliya qui réunit l’establishment de l’Etat d’Israël, évoque fréquemment, depuis sa première réunion en 200, la natalité, avec les relents d’une panique qui constituent le “stress démographique”.[⇧]
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