Intervention de Michèle Sibony, le 4 juillet 2026, à l’Université d’été décoloniale à Gennevilliers, dans le cadre de la table-ronde : hypothèse 1, le RN ou l’extrême centre gagne. Que se passe-t-il ?
Le prophète juif, à la différence de l’oracle grec, « n’annonce pas ce qui fatalement doit advenir, mais ce qu’il est encore possible d’éviter, à condition d’agir »
Daniel Bensaïd1
De qui parle-t-on quand on dit juifs de France
Il faut commencer par établir des différences au sein d’une communauté 500 000 personnes.
On peut établir, à très grands traits, trois groupes approximatifs, celui de la gauche décoloniale et antisioniste, héritière dans le judaïsme diasporique de ceux qui ont toujours cherché, face aux États nations, dont ils avaient toutes les raisons de se méfier, des solutions internationalistes, ou d’autonomie culturelle, avec des organisations comme l’UJFP et Tsedek, mais aussi une mouvance de juifs souvent jeunes, religieux ou non, qui s’en rapproche.
On trouve ensuite à l’extrême centre et extrême droite, des juifs souvent communautaires, mais pas seulement, qui s’identifient à cette droite néolibérale ou proche du fascisme pour y chercher refuge, sur la base de son soutien à Israël, et enfin au centre, une très grande masse de juifs qui se considèrent souvent de gauche, mais silencieux et mal à l’aise. Bien malin qui peut dire ce que ces gens pensent ou parler en leur nom.
Cette masse silencieuse, dont on ne sait rien, puisqu’elle n’a pas d’expression publique, n’a jamais été interrogée dans les grands médias, ou même questionnée sur ses opinions par des organismes de sondage etc… Elle est de fait objectifiée, réifiée. À sa gauche, nos organisations antisionistes décoloniales n’ont accès qu’aux réseaux sociaux, et à sa droite ceux qui ont basculé dans la collaboration, bénéficient de la plus grande audience médiatique.
Pour les juifs de ce centre silencieux, surtout lorsqu’ils se disent de gauche, le malaise semble se situer surtout justement en direction de la gauche… Coincés entre les principes de gauche qu’ils revendiquent : justice, égalité, lutte contre le racisme, écologie… Et un soutien à l’existence d’Israël vécu comme essentiel au sens littéral du terme. La condamnation de la politique d’Israël, le battage médiatique chargé d’assimiler cette condamnation à de l’antisémitisme les effraie, voire les convainc.
Avertissement
Comment éviter que nos propositions ne soient perçues comme une injonction supplémentaire, et une instrumentalisation de plus, conditionnant la place des juifs en France et même leur citoyenneté ? En d’autres termes, les juifs sont des citoyens comme les autres, ils ont le droit de faire leurs choix sans que cela remette en question leur place dans ce pays.
La question qui va se poser avec acuité en 2027, est en effet celle du choix. La condition faite au collectif juif par les différents gouvernements depuis au moins Sarkozy en 2007, c’est à dire au moins 20 ans est la suivante : ces différents gouvernements se sont appuyés sur « la communauté juive » et sa nécessaire protection contre l’antisémitisme pour étayer leur soutien sans faille à la protection d’Israël, et leur active politique anti-arabe musulmane en France, en parallèle de celle anti-palestinienne des gouvernements israéliens. Une posture coloniale ou néo-coloniale, dans laquelle les juifs ont été utilisés plus ou moins malgré eux, et, n’en doutons pas, serviront de fusible quand cela s’avèrera nécessaire. Cette masse va devoir choisir en 2027 : rester objet manipulé et subir, ou agir et s’exprimer pour devenir sujet d’histoire. Que se passera-t-il pour les juifs si le RN ou l’extrême centre passe : chercher des compromis, collaborer, partir ou entrer en résistance, dès à présent.
Il faut se souvenir que les juifs français, quelles que soient leurs origines, ont tous un atavisme d’auto-protection multiséculaire, qui fonctionne en mode automatique, reprenant les stratégies de survie diasporiques, utilisées pendant des siècles pour garantir la survie de la communauté et la continuation de l’étude des textes religieux : subir, compromis avec le pouvoir, parfois même collaboration et exil quand rien ne marche.
La lecture de Raoul Hilberg illustre cet élément dans «l a destruction des juifs d’Europe »: il explique que les communautés avaient une longue habitude des tributs à payer pour leur survie, rançonnées, et ou une partie d’entre elles détruite. Certains notables juifs allaient même, lors des pogroms, directement au cimetière, vêtus de leur châle de prière pour attendre la mort, certains qu’après ce tribut du sang versé, la communauté retrouverait le calme pendant un certain temps. Ces stratégies ont été remises en œuvre pendant le nazisme, rançons versées, compromis et même collaboration des Judenraat avec le pouvoir nazi, parce que les juifs, explique Hilberg, n’avaient pu imaginer que la « solution finale » serait mise en place.
Si le RN passe
Le sionisme aura fait naître les premiers juifs fascistes ; ceux qui se reconnaissent en lui, rejoindront les rangs fascistes, avec le risque de rencontrer l’antisémitisme qui leur est consubstantiel.
On peut imaginer que dans un premier temps au moins, le RN (ou l’extrême centre) utilisera encore plus les juifs contre les musulmans arabes et les autres minorités persécutées, sur la base du refus de l’antisémitisme.
Le lien juifs français-Israël sera renforcé jusqu’à ce que leur départ soit programmé vers ce qui sera, qui est déjà présenté comme leur État. C’est le programme sioniste de l’extrême droite tel que le groupe Occident l’exprimait déjà en 1968. On n’aimait pas le juif diasporique soumis, et on préférait le combattant des Arabes en Israël et on voyait l’avenir juif là-bas. D’une pierre deux coups.
Les juifs de droite rejoignent un programme d’extrême droite, aligné sur Israël, avec protection et exposition redoublées des juifs, avec une ou des lois Yadan renforcées, et attaque des musulmans désignés comme coupables idéaux responsables de l’antisémitisme, dans la continuité du pouvoir actuel. Mais aux côtés de l’extrême droite, ils trouveront toute légitimité à affronter les musulmans comme ennemis directs. Une position adoptée par les juifs visibilisés d’aujourd’hui par ce qu’elle désigne l’ennemi commun, fait le lien entre les Arabes d’ici et les Palestiniens, se battre ici pour les virer là-bas ; on devrait dire ET là-bas pour les 4000 juifs français qui ont rejoint l’armée génocidaire.
Mais tout ceci sans compter avec la résurgence inévitable de l’antisémitisme de droite extrême qui source d’ailleurs sa position sioniste, dans le sionisme chrétien antisémite. Sans compter aussi avec la bouffée d’air supplémentaire qui sera accordée par l’élection du RN aux groupes identitaires, nombreux et qui bénéficient déjà d’une place très privilégiée à l’abri de la répression, et ne manquera pas de faire ressurgir de façon encore plus visible l’antisémitisme néo nazi.
Face à ce risque, l’option Zemmour offre une issue : l’immigration juive issue des colonies françaises d’Afrique du nord, dans les années 60 a amené avec elle un grand besoin d’assimilation à la blanchité française, blanchité déjà acquise par les juifs ashkénaze en place, avec pour corollaire la grande nécessité pour « s’intégrer » de se dissocier des immigrants arabes issus des mêmes colonies. C’est précisément ce qu’offre le profil Zemmour : juif, républicain et islamophobe, alors que le RN est trop blanc et revendique trop ses racines chrétiennes pour ne pas les inquiéter.
La dédiabolisation du RN s’appuie sur 2 points : il ne se dit plus antisémite, puisque sioniste, il puise cependant ses racines dans la chrétienté sioniste antisémite ; et il ne se dit plus islamophobe, avec un repli tactique sur la lutte anti-immigration.
Zemmour lui, propose une version idéale qui fait le lien entre Israël et la France dans un même combat : il le formule ainsi dans son intervention à Tel Aviv pour i24 news le 29 octobre 2023 : c’est la civilisation judéo chrétienne qui est attaquée en France, ici en Israël… : « le samedi on attaque les juifs, le dimanche les chrétiens… ennemis en France, ennemi ici (en Israël). Au peuple israélien il apporte sollicitude et affection et il indique :
« Leur combat est le nôtre, c’est un grand combat de civilisation. « La Palestine n’est plus un conflit territorial, ce n’est plus un peuple et un territoire, c’est devenu une allégorie du monde musulman qui s’estime persécuté et veut combattre l’occident judéo-chrétien.»2
Si Zemmour s’autorise à réhabiliter Vichy, c’est comme l’indique Laurent Joly pour y ajouter la dimension islamophobe. « Il ne fait pourtant que reprendre les arguments de ses prédécesseurs, en y ajoutant cependant une nouvelle composante : la xénophobie et la haine des musulmans3 ».
Et Joly rappelle l’objectif politique de ce révisionnisme : « Les révisionnistes d’aujourd’hui ne sont plus des admirateurs de Pétain et de Laval, comme ce fut le cas au lendemain de la guerre. S’ils continuent toutefois de minimiser l’antisémitisme de Vichy, c’est par objectif politique : tous souhaitent la victoire de l’extrême-droite par une alliance avec la droite traditionnelle. Les manipulations historiques deviennent ici un moyen de faire triompher un projet politique et social raciste ».
Le départ vers Israël, reste une option d’autant plus valide pour eux, qu’on y retrouve l’antagonisme colon/colonisé qui cette fois leur donnerait la place du maître.
Une brochure de l’agence juive intitulée Lekh lekha (pars pour toi) selon l’injonction de Dieu à Abraham : « Va-t-en de ton pays, du lieu de ta naissance et de la maison de ton père, vers le pays que Je t’indiquerai » rejoint et exploite les questionnements de ces juifs de droite, intitulée : Juifs de France, il est temps de revenir à la maison.
Je vous en partage ici quelques morceaux choisis :4
« Mais avant tout, vous devez partir car c’est votre Destin ! Car aujourd’hui vous ne devez plus subir l’Histoire, vous devez l’écrire ; et l’Histoire du peuple juif s’écrit en Israël » Nili (Kupfer) Naouri.
Extrait 2 : « Mais l’histoire nous enseigne qu’elle se répète, et les attentats de ces dernières années à Toulouse, Hyper Cacher, et à d’autres endroits, nous montrent que le vent a tourné à nouveau, et pas du bon côté.
Et si demain le gouvernement décidait de ne pas se mettre à dos la population musulmane en protégeant les Juifs ?
Allez donc questionner les plus grands responsables de la sécurité communautaire, tous vous diront la même chose : la question n’est pas de savoir si une nouvelle nuit de cristal va avoir lieu, mais quand…
Effectivement, il existe la possibilité de vivre caché, de ranger son étoile de David, d’acheter une casquette, de rentrer ses tsitsit dans son pantalon, d’enlever les noms Juifs des boîtes aux lettres, et surtout de cacher sa Mezouza.
Pour ceux qui me répondront que la situation sécuritaire est loin d’être bonne en Israël,… je répondrai que vous avez raison.
Israël vit des moments difficiles, nos enfants sont au combat, ils risquent leur vie pour la défense de notre pays, pour la défense de notre peuple. Et la défense de notre peuple, c’est aussi la défense de notre peuple en exil.
Fredo Pachter : directeur du programme Lekh lekha :
…Les localités choisies pour la aliya sont: NAHARIA, ville du nord d’Israël, et TAL MENASHE et ALON SHVOUT : deux colonies de Cisjordanie (ndlr)
Quant au centre silencieux, il ne peut manquer d’être inquiet de la prise du pouvoir par le RN. Mais il est aussi travaillé par la propagande anti-LFI. On s’emploie aujourd’hui, avec un certain succès, à faire de la LFI un épouvantail pour les juifs français, tout en occultant tout à fait le rôle du RN. Il s’agit dans le meilleur des cas de faire voter contre un ennemi principal la FI, en espérant un 2e tour RN – extrême centre (incluant la gauche de service) ce qui risquerait fort de dérouler un tapis rouge au RN faute d’alternative crédible.
Combien de ces juifs du centre sont aujourd’hui dans le ni-ni, et voteraient plutôt Edouard Philippe ou les écolos – ou même mieux que rien : Glucksmann le candidat du rien – que la gauche de rupture ? Préférant un libéralisme dont ils ne veulent ou ne peuvent voir, qu’il est depuis des années à présent, un agent de fascisation. Peur à gauche et peur à droite, comment en sortir. En réalité, ils n’auront pas vraiment de choix, si le RN passe, que de rejoindre le front de la gauche de rupture.
Parce que la victoire du RN, si elle venait consacrer une continuité ou l’aboutissement des dernières politiques françaises, constituerait cependant une véritable rupture épistémologique pour les juifs qui se disent de gauche. Être sujet consiste à prendre acte de cette rupture « pour nous-même » et à rejoindre le camp de la rupture, contre celui de la collaboration, déjà assuré.
L’exil : le départ vers Israël pourrait encore être une option pour ceux qui ne croient plus en la France comme terre démocratique et non antisémite… avec le problème que cela poserait à tout ce centre silencieux de gauche qui ne pourrait se retrouver dans le fascisme israélien, et pour qui l’État refuge n’est déjà plus qu’une illusion. De plus l’hémorragie des Israéliens qui ne supportent plus leur régime et viennent vivre en Europe ne peut manquer de les interpeler sur cette option.
La lutte : pour ce centre silencieux, la question à se poser c’est dans quel espace ils pourront cesser de subir l’histoire, en objet d’instrumentalisation permanent. Qu’est-ce qu’être à gauche aujourd’hui pour un juif, cela peut-il exclure la Palestine ? Quand toute la persécution exercée sur les Palestiniens se fait en notre nom ? Quand c’est en notre nom que se conduisent les politiques anti-musulmanes en France, quand les juifs et l’antisémitisme sont convoqués dans toutes les élections comme un sujet central. Je devrais dire « objet ».
Le malaise dont souffre cette gauche juive n’est-il pas dû à son incapacité à entendre ce que dit la gauche anticolonialiste de notre époque, partout dans le monde : ce que fait Israël est inacceptable comme ce qu’a fait la Belgique au Congo, la France en Indochine et en Algérie…La traduction paranoïaque que lui propose le sionisme et Israël est l’antisémitisme partout. Une version facile à adopter car elle dispense de prendre ses responsabilités.
À Paris été 81, lors d’une balade près de la Seine avec des amis, nous rencontrons un couple de Sud-Africains blancs. Alors que mes amis discutent agréablement avec eux, je reste intuitivement silencieuse, attendant un signe de leur position sur l’apartheid, afin de me déterminer. Ce signe n’arrive pas, et je me tais jusqu’au bout. Des années plus tard avec la première Intifada ce moment me revient en mémoire et je comprends que dorénavant il me faudra prendre la parole, pour que personne ne parle à ma place.
Quelle issue ?
Il y a urgence d’un collectif large juif, celui du milieu, celui du malaise de s’exprimer en citoyen défenseur de la justice sociale, de l’écologie planétaire, contre les guerres génocidaires et d’occupation. Urgence de refuser la collaboration et de rejoindre le camp de la résistance. Urgence à construire une figure de résistance juive, qui refuse l’inéluctabilité de la position d’objet utile et soyons clairs, tout ceci passe par la Palestine.
Le sionisme a enkysté chez les juifs, israéliens ou non, une évidence coloniale qui n’existait pas jusqu’à lui, et qui conduit aujourd’hui à l’incongruité historique d’un fascisme juif. L’attachement à Israël et à son régime donc, le sionisme, a eu pour effet de détacher les juifs ou soutiens des colons, de l’anticolonialisme, des valeurs républicaines et de gauche, de l’antiracisme, des luttes de libérations en général et en particulier, en en faisant des colons, des potentiels colons, ou des soutiens aux colons, (voir les propositions de Lekh lekha/agence juive), il les a intégrés à l’Occident et blanchis. Retrouver le chemin de la libération pour nous-même et pour tous, c’est revenir à ce que nous sommes, faire l’histoire, c’est renoncer aux vêtements blancs, au suprémacisme. Refuser le « passing »5 qui nous a été offert, parce qu’en réalité on ne « passe » jamais vraiment. À propos des noirs qui « passent », un des personnages de Clair-obscur dit : après un temps « ils reviennent toujours, je l’ai vu je ne sais combien de fois. – Pourquoi ? Mais pourquoi ? – Si je le savais je saurais ce qu’est une race6. C’est quitter le sionisme, c’est retrouver la voie de la libération pour les peuples opprimés, pour le peuple palestinien, pour le peuple français et tous les autres qui vivent sous le joug de l’impérialisme néo libéral. Lewis Gordon revient sur cette transformation et ses conséquences dans un article intitulé : « Pourquoi les juifs ne doivent pas redouter la libération ». Il résume excellemment le problème : « S’identifier à la blanchité c’est nécessairement s’identifier à l’asservisseur et au maître. » « L’investissement euro-juif dans la blanchité abolit la ligne de défense contre le colonialisme, l’esclavage et le racisme. Comme les discours de libération sont ouvertement anticoloniaux, anti-esclavagistes et anti-racistes, cela met la blanchité juive en contradiction logique avec la libération et la lutte pour la liberté…» et il conclut : « là où le peuple juif devient l’ennemi de la libération, le judaïsme se perd ».7
Tant que nous serons emprisonnés dans le giron suprématiste du sionisme, nous ne serons pas libres, nous serons instrumentalisés au service du suprématisme blanc. Retrouver la liberté et la lutte commune, devrait être notre voie pour faire l’histoire, ensemble.
Retrouver le pouvoir de la Diaspora8
Le concept de diaspora lui-même a été modifié par le sionisme.
Le juif diasporique par nature n’est pas nationaliste. Il se tient toujours « face à l’État-nation », dans une position critique. Son histoire l’a souvent soumis au pouvoir, mais il a cherché des issues plus nobles. Internationalisme, revendication d’autonomie culturelle, dont nous sommes héritiers.
La diaspora n’avait pas de « centre », elle était essentielle diffusion, essentiellement transnationale et ou internationaliste. Le sionisme l’a transformée en périphérie d’un centre israélien nationaliste et suprémaciste. Il faut souligner d’ailleurs que la majorité des juifs vit en diaspora et non en Israël. Il nous faut retrouver un centre de la vie juive polynucléaire transnational. Il est temps que le collectif juif d’Israël devienne une diaspora parmi d’autres et non plus ce qu’il prétend être : le centre de toute vie juive dans le monde.
Dans « Pouvoirs de Diaspora9, les frères Boyarin envisagent la diaspora comme « ressource positive pour penser à nouveaux frais les modèles politiques dans l’actuelle érosion de l’État-nation moderne ». Daniel Vidal note aussi que « Les auteurs ne contestent pas la capacité déstabilisatrice d’autres ensembles « diasporiques ». Aucune centralité, ni « priorité logique » ne qualifient la diaspora juive. Mais, en toute rigueur, celle-ci sert de référence à toute autre, plongeant dans le long temps d’une « expérience la plus précise et la plus complète ».10
Et les frères Boyarin rappellent à ce propos11 que « les diasporas à l’intérieur des États pourraient même fournir une logique, modestement cohérente, d’identification entre les alternatives indigéniste et diasporiste, leurs défis ou leurs subversions de l’État-nation. »
Le génocide de Gaza et tout le soutien occidental dont il a bénéficié aura achevé l’identification juif/israélien, et pour tous les juifs qui ne se reconnaissent ni dans les actes ni dans le régime israélien, la question se pose aujourd’hui, comment être juif.ve.
Personnellement, j’ai adopté l’implacable formulation de Joëlle Marelli dans un article intitulé l’antisémitisme des juif.ves:
« J’ai le sentiment intense que nous avons besoin d’une nouvelle synthèse, non du judaïsme…, mais de la judéité… la synthèse de ce qui nous permet encore de nous dire juive, ou peut-être de ce qui nous y oblige, car y renoncer ce serait rentrer dans le rang de l’hégémonie blanche, coloniale, impérialiste et génocidaire.»12
- in Walter Benjamin, sentinelle messianique : A la gauche du possible, Éditions Les prairies ordinaires, 2010[⇧]
- intervention à Tel Aviv pour i24 news, le 29 octobre 2023[⇧]
- https://convoi77.org/comment-les-revisionnistes-severtuent-a-exonerer-vichy-depuis-80-ans/[⇧]
- https://www.jewishagency.org/fr/wp-content/uploads/sites/15/2024/06/brochure-lekh-lekha.pdf[⇧]
- Passing : le devenir blanc ou se faire passer pour blanc pour des noirs au teint clair aux États-Unis[⇧]
- Préface de Laure Murat (p. 19) au livre Clair-Obscur de Nella Larsen, Éditions J’ai lu, 2021[⇧]
- Pourquoi les juifs ne doivent pas redouter la libération – Lewis Gordon, Université du Connecticut (revue Tumultes, numéro 50 – 2018)[⇧]
- Jonathan Boyarin et Daniel Boyarin, Pouvoirs de Diaspora – Essai sur la pertinence de la culture juive, Éditions du Cerf, 2007[⇧]
- page 15[⇧]
- Daniel Vidal : Daniel et Jonathan Boyarin, Pouvoirs de Diaspora. Essai sur la pertinence de la culture juive https://journals.openedition.org/assr/14873[⇧]
- page 33[⇧]
- https://palestineshs.hypotheses.org/693[⇧]



