« Les victimes sont les peuples qui subissent le génocide, pas les artistes dont la complicité est dénoncée »
FRACBI considère que si la contestation contre la participation de Barbara Butch au festival Cabaret Frappé de Grenoble ne relève pas, à proprement parler, du boycott culturel tel que défini par les directives du PACBI, cette manifestation citoyenne est parfaitement légitime.
FRACBI dénonce l’instrumentalisation et le dévoiement abject de la lutte contre l’antisémitisme et de la lutte contre l’homophobie pour imposer le silence et le laisser faire.
Par conséquent, FRACBI exprime son entier soutien aux militantes et militants qui se sont mobiliséEs pour dénoncer cette invitation.
FRACBI tient à réaffirmer 5 points essentiels :
- Le boycott sous toutes ses formes, dont le boycott culturel, constitue un mode d’action légitime et non violent. Il s’agit d’exercer une pression politique sur l’État d’Israël ainsi que sur les États complices qui refusent d’assumer leurs responsabilités.
- Le boycott culturel ne constitue pas un acte de censure. La censure est une arme du pouvoir : elle ne peut être exercée que par les organes de pouvoir. Assimiler le boycott culturel à la censure revient précisément à délégitimer et à entraver l’exercice d’une forme d’action politique légitime, nécessaire et populaire.
- Dans le cadre d’un débat démocratique, il est sain que des personnalités publiques soient interpellées sur leurs prises de position politiques. Ainsi, le boycott culturel ne constitue pas une atteinte aux libertés d’expression et de création. On remarquera que ceux et celles qui crient à l’atteinte à la liberté d’expression occupent massivement les espaces publics et médiatiques. On remarquera aussi au passage que la liberté d’expression et de création est évoquée à géométrie variable. Celleux qui l’évoquent ne se sont jamais mobiliséEs quand il s’agissait d’attaques, voire d’annulations, portées contre des artistes et des événements culturels solidaires du peuple palestinien.
- Si le boycott culturel tel que défendu par PACBI tient à ne pas cibler une personne mais un système, ce système est ici bien à l’oeuvre : essentialisation, mensonge, négationnisme et propagande, et c’est cela qu’il faut interroger. Car la propagande, « la hasbara », n’est pas autre chose, laver les crimes avec l’art, nettoyer un génocide avec la culture. Mais l’art est politique, et exige une responsabilité de la part des artistes. Que les cris d’orfraie retentissent niant la réalité, nous ne séparons pas l’art de l’artiste, ni le génocide de ses soutiens.
- L’antisionisme, en tant que position politique, ne saurait être assimilé à l’antisémitisme. L’antisémitisme, comme toutes les formes de racisme, est condamné sans réserve par la campagne internationale BDS, PACBI et FRACBI. La lutte contre la hiérarchisation des vies structure notre action. Comme avec la proposition de loi Yadan, la confusion organisée entre sionisme et antisémitisme sert à brouiller le débat public à délégitimer la campagne BDS et ses militantEs, et jeter au passage l’opprobre sur la plus grande force politique de gauche du pays.
Comme d’habitude, le soutien à la Palestine fait face à une campagne de diabolisation d’ampleur.
À nouveau, l’expérience d’une artiste française, qu’elle a sans vergogne qualifiée de « lapidation », intéresse plus les médias, la classe politique et le milieu de la culture, que le génocide en cours à Gaza. Or, cette défense aveugle d’une artiste, légitimement critiquée, pour la seule raison qu’il s’agit d’une personne juive n’est rien d’autre qu’un mécanisme d’essentialisation abject, et que ses soutiens font semblant de dénoncer.
Que cette personne soit juive et à l’intersection de plusieurs dominations, antisémites, lesbophobes, grossophobes, ne lui donne pas un blanc-seing et ne saurait la dédouaner de ses responsabilités.
À nouveau, cette campagne coordonnée, que les milieux culturels bourgeois, ont rejoint, dans un réflexe pavlovien, a largement occulté la question centrale : la légitimité de la contestation politique et le droit des défenseurEs de la cause palestinienne à exprimer librement et publiquement leurs désaccords avec une ligne politique de négation du génocide des palestinienNes et de criminalisation des personnes qui le dénoncent.
Le mécanisme de silenciation auquel nous assistons est récurrent, et désormais clairement identifié. Il relève du racisme antipalestinien tel que décrit par la chercheuse Houda Asal : un racisme d’effacement où les PalestinienNEs sont niéEs dans leur identité, les crimes contre elles et eux sont tantôt niés tantôt justifiés, tandis qu’elleux-mêmes sont criminaliséEs, ainsi que leurs soutiens. Ici le racisme antipalestinien est un retournement : les victimes ne sont plus celles et ceux qui subissent le génocide, mais celles et ceux dont la complicité est dénoncée.
Un constat évident doit être donc rappelé : tant que la France et l’Union européenne refuseront d’imposer à l’État colonial israélien les sanctions et l’embargo qu’il mérite, les mobilisations citoyennes, la colère et les contestations populaires continueront de se développer face à l’injustice criante.
La coordination du FRACBI apporte et apportera toujours son soutien à toutes celles et tous ceux qui poursuivent cet engagement, et sont criminalisé·es pour porter une exigence : Justice pour la Palestine.


