Hommage à Edgar Morin

EdgarMorin Hommage à Edgar Morin
Edgar Morin, à Paris, en octobre 2012. FRED DUFOUR/AFP

L’UJFP salue sa mémoire.

Il est né Edgar Nahoum. Il a raconté son histoire familiale dans Vidal et les siens, récit d’une famille juive salonicienne sur trois générations. On y lit le monde séfarade, la vie des Juifs de Salonique, ville multiculturelle, l’hérésie sabbathéenne, l’émigration en France, l’intégration. Morin est son nom de résistance.

Il a fait des choix politiques courageux : le refus de s’enregistrer comme juif et de porter l’étoile jaune dès 1940, la résistance dès l’âge de 20 ans, le refus du stalinisme, mai 68 et ses espoirs, la révolution portugaise …

Il a incarné l’image de l’intellectuel analysant la complexité du monde, à l’antithèse des idéologues néoconservateurs et racistes à qui les médias donnent la parole.

Des années avant l’épidémie de complotisme antisémite et bien avant des réseaux sociaux toxiques, il avait analysé avec La rumeur d’Orléans comment le poison se distille.

Son engagement pour les droits du peuple palestinien est très ancien. Il était universaliste et la négation d’un peuple par un État, se voulant ethniquement pur, le révulsait.

En 2002, il écrivait dans Le Monde : « on a peine à imaginer qu’une nation de fugitifs issus du peuple le plus persécuté dans l’histoire de l’humanité, ayant subi les pires humiliations et le pire mépris, soit capable de se transformer en deux générations en peuple dominateur et sûr de lui et, à l’exception d’une admirable minorité, en peuple méprisant ayant satisfaction à humilier ». Déjà à l’époque, les défenseurs de l’apartheid israélien instrumentalisaient l’antisémitisme et sa mémoire. Edgar Morin fut condamné pour antisémitisme puis acquitté en appel et en cassation.

En 2004, toujours dans le Monde, il expliquait comment, à l’antijudaïsme chrétien et à l’antisémitisme racial, s’était ajouté ce qu’il appelait l’anti-israélisme : « comme Israël est un État juif, et comme une grande partie des Juifs de la Diaspora, se sentant solidaires d’Israël, justifient ses actes et sa politique, il s’opère alors des glissements de l’anti-israélisme vers l’antijudaïsme ».

Contacté en 2023 pour signer une pétition de Juifs, initiée par l’UJFP, condamnant les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis contre le peuple palestinien, il avait répondu : « j’approuve tout ce qui est dans ce texte. Mais je ne peux pas signer. Je ne me sens pas juif, je suis marrane ».

Mais, en 2025, il signe, à la demande de l’UJFP, avec Étienne Balibar, Sophie Bessis, Rony Brauman, Mona Cholet, Annie Ernaux et bien d’autres un appel exigeant l’entrée de l’aide humanitaire à Gaza, soumis à la famine par l’occupant israélien.

En cette période de folie meurtrière et de perte des repères, il va beaucoup nous manquer.

La Coordination nationale de l’UJFP, le 30 mai 2026