24 octobre 2026
Cet épisode a aiguisé le débat public sur le régime israélien
Le 4 octobre, le parti Vert d’Angleterre et Pays de Galles (Green Party from England and Wales, GPEW) est devenu la première des principales forces politiques occidentales à s’opposer au régime israélien et à sa base sioniste en votant une motion déclarant que « le sionisme est un racisme » (Zionism Is Racism, ZIR). Ce vote a été préparé par le groupe informel Verts pour la Palestine qui comprend des membres palestiniens et juifs du GPEW, en collaboration avec des militants de Palestine. (Voir le texte intégral de la motion ci-dessous).
Comme on pouvait s’y attendre, cette nouvelle position politique a encouragé les attaques qui font de l’antisémitisme leur arme, tout en ouvrant simultanément davantage d’opportunités à des oppositions publiques au sionisme. Dans la sphère électorale, la motion sionisme=racisme réaffirme le rejet du sionisme par Global Jews for Palestine (GJP) et le faux amalgame qui est fait du sionisme avec les Juifs. GJP apporte sa solidarité au parti britannique GPEW, en particulier à son dirigeant juif Zack Polanski, parce que ce parti s’oppose aux attaques racistes contre la politique qui déclare que le sionisme est un racisme.
Ainsi que c’est expliqué dans la motion, « le sionisme est une idéologie politique qui a appelé à la création d’un État juif ethno-nationaliste – qui continue d’exister – dans la Palestine historique, qui exclut et/ou domine la population non-juive. La manifestation réelle, matérielle du sionisme a été la déshumanisation historique et toujours active, le déplacement, la dépossession, la marginalisation et la destruction des Palestiniens. C’est fondé sur les systèmes européens de colonialisme de peuplement qui exercent la domination et l’oppression, systèmes qui ont aussi créé une hiérarchie raciale entre Juifs de différentes origines ethniques en Palestine ».
La motion appelle à un seul État palestinien démocratique fondé sur l’égalité des droits pour tous ceux vivant entre le fleuve et la mer, ainsi que sur le droit au retour des Palestiniens et de leurs descendants. Pour que cet objectif se réalise, la motion « reconnaît la légitimité de la lutte par tous les moyens dans le cade du droit international pour arriver à la libération »
Bien avant cette motion, le GPEW développait la politique propalestinienne la plus puissante de tous les principaux partis politiques du Royaume Uni. Il a soutenu BDS (depuis 2008) et reconnu le génocide perpétré par Israël (depuis 2023). La motion appelle le parti à mener de nombreuses actions concrètes contre la complicité avec Israël. À la différence d’autres politiques du GPEW, les mass médias ont porté une attention extraordinaire à la motion ZIR. Ils l’ont abondamment attaquée en citant des critiques sous prétexte d’en rendre compte.
Lire : Zionism is Racism motion: forensic analysis of UK Media’s biased coverage (La motion Le sionisme est un racisme : autopsie de la couverture médiatique biaisée du Royaume Uni)
En complément de l’hostilité des mass-media, le Parti Travailliste (Labour) a donné la consigne à tous les conseillers municipaux de mettre fin à tout accord avec les Verts, sauf si localement ces derniers rejetaient la motion. De nombreux membres du Parti Vert ont accusé leurs critiques de se servir d’un antisémitisme allégué comme arme et, ce faisant, d’être antisémites en confondant les Juifs avec Israël. Les mass media n’ont cessé de déclarer « polémique » cette nouvelle position politique, tout en intégrant des voix antisionistes dans le courant dominant. Quelques exemples :
Le dirigeant juif de GPEW a été confronté à des questions hostiles en interview dans un programme de débat de la BBC. Bien qu’il n’ait pas soutenu la motion, il s’est présenté comme antisioniste et a opposé les pratiques racistes du sionisme depuis la Déclaration Balfour. Le premier ministre Andy Burham a dénoncé la motion comme antisémite, aussi Polanski l’a contredit en affirmant qu’il était le seul Juif parmi les dirigeants de partis du pays (Polanski countered that he was the country’s only Jewish party leader), alors que le premier ministre continue à armer le génocide perpétré par Israël.
Des groupes pro-Israël ont fait circuler une liste de conseillers municipaux qui ont co-sponsorisé la motion et ils ont proposé à leurs électeurs des questions hostiles à leur envoyer. Dans beaucoup de collectivités locales, des conseillers municipaux du Parti Vert ont publié des déclarations communes rejetant l’allégation d’antisémitisme adressée à la motion. Nombreux sont ceux à avoir exprimé leur soutien à la motion – certains l’ont fait individuellement, par exemple dans le quartier fortement peuplé de Juifs de Barnet, au nord de Londres. Beaucoup d’autres l’ont soutenue collectivement (supported it collectively).
Faisant écho à ces attaques extérieures, certains acteurs politiques du GPEW ont avancé que la motion pouvait rendre le parti moins sécurisant pour les membres juifs – ou que ceux-ci pouvaient se sentir moins en sécurité, confondant alors des peurs avec la réalité. En réponse, de nombreux membres juifs propalestiniens ont appelé la direction à cesser d’utiliser l’antisémitisme comme arme contre la motion (called on the leadership ’to stop weaponizing antisemitism’)
« Nous sommes totalement unis dans notre opposition aux accusations selon lesquelles cette nouvelle position politique est antisémite. Alors que la motion elle-même a pris soin de tracer une ligne claire entre l’identité juive et l’idéologie sioniste, ceux qui l’ont attaquée ont brouillé la distinction. Le sionisme n’est pas le judaïsme ; confondre les deux est raciste ».
Des membres d’organisations affiliées à Global Jews for Palestine au Royaume Uni ont été associés à toutes les étapes. Bien avant le congrès d’octobre de GPEW, des membres du Réseau Juif pour la Palestine (JNP) et d’IJAN-UK ont participé au groupement « « Verts pour la Palestine » (Greens4Palestine), qui a préparé la motion. JNP et IJAN-UK faisaient partie des quatre groupes juifs antisionistes qui ont conjointement endossé la motion peu avant le congrès. Des militants de Jewish Voice for Liberation (Voix juive pour la libération) se sont joints aux réponses collectives aux fausses accusations d’antisémitisme. JVL elle-même a publié cette déclaration (this statement) en solidarité avec le GPEW. Des militants de l’Action Juive Antisioniste (JAZA) ont joué un rôle important à toutes ces étapes.
Global Jews for Palestine soutient la position politique antisioniste de GPEW ainsi que sa réplique qualifiant de racistes les critiques d’ « antisémitisme ». Cette position politique aide à discréditer des responsables politiques pro-Israël qui entretiennent l’illusion de la solution à deux États comme alibi au soutien d’Israël ou à l’opposition à BDS.
(Traduction SF pour l’UJFP)
Information complémentaire
Palestinians reply to the attacks on ZIR policy: “Racism is the gentlest word”
Le communiqué original en anglais de Global Jews for Palestine