De plus en plus fatigués des excès de Benyamin Netanyahou, des États et des commentateurs occidentaux se tournent désormais vers un challenger plus présentable, Gadi Eisenkot, étiqueté centre-droit. Cet ancien chef d’État-major, théoricien et praticien de la terreur de masse sur les civils, dite doctrine Dahiya, brandit la bannière de l’honnêteté (Yashar, le nom de son parti signifie « droit » « honnête », « juste »). Cette promesse n’engage guère. Pour le reste, ni lui, ni ses potentiels partenaires de coalition, qu’ils soient étiquetés « extrême droite religieuse », « centre droit », « centre gauche » ou même « gauche », n’annoncent le moindre changement dans le traitement réservé aux Palestiniens, qu’ils soient citoyens israéliens ou colonisés des territoires occupés. Les mots « égalité », « droits de l’homme », « paix » ou « règlement politique » ne font pas partie de leur vocabulaire. Tous s’accordent à mettre sous le boisseau la « question palestinienne » au prétexte que l’électorat juif l’a toujours laissé de côté et ne veut plus en entendre parler depuis le 7 octobre 2023. Tous s’accordent pour considérer les Palestiniens comme un problème de sécurité intérieure. Aucun ne remet en cause l’apartheid, l’extension des colonies, le blocus de Gaza ni le nettoyage ethnique.
Les gouvernements occidentaux comptent sur une alliance aussi hétéroclite qu’improbable pour polir l’image d’Israël « seule démocratie du Moyen-Orient » ternie par trois années de guerre génocidaire à Gaza. Certains de nos médias, quant à eux, s’évertuent à entretenir le suspens sur l’avenir personnel de Netanyahou à seule fin de mettre en spectacle la fiction de cette démocratie en trompe-l’œil. Après un ravalement de façade, la voie sera tracée pour le retour au statu quo ante, à savoir le « soutien inconditionnel et indéfectible ». Autrement dit, business as usual.
Unis contre l’actuel premier ministre, les leaders de l’hypothétique alternance emmenée par Gadi Eisenkot se divisent sur la possibilité d’inclure les « partis arabes » israéliens qui avaient participé à la coalition anti-Netanyahou en 2021, sur la conscription obligatoire des jeunes religieux et d’autres enjeux de politique intérieure. Mais en matière de relations internationales, tous s’accordent à disqualifier des institutions internationales supposément antisémites (Cour pénale internationale, Cour internationale de justice et ONU). Tous dénoncent l’UNRWA comme suppôt du terrorisme. Aucun ne discute les options stratégiques vis-à-vis du Liban, de la Syrie ou de l’Iran. Aucun n’a d’autre horizon que la sécurité intérieure au prix de la guerre à perpétuité.
Ce qui préoccupe Gadi Eisenkot, l’actuel favori des sondages, est, au plan intérieur, l’affaiblissement de l’armée au regard de l’exécutif et, au plan international, la dégradation de la réputation de l’État juif. Sur la violence permanente des colons en Cisjordanie, soutenus par l’armée et par l’administration israélienne, l’ancien chef d’État-major se déclare irrité par les initiatives de « jeunes anarchistes » qui compliquent la tâche de maintien de l’ordre de l’armée. Aucune poursuite pénale n’est à l’ordre du jour mais il envisage, pour faire bonne figure, de brèves détentions administratives. En d’autres mots, des cellules de dégrisement. À la demande expresse des chancelleries occidentales, Gadi Eisenkot consent à mettre en pause la colonisation de la zone E1 qui, en coupant la Cisjordanie en deux, planterait le dernier clou dans le cercueil des accords d’Oslo. Grâce à ces concessions cosmétiques, la « solution à deux États » conserverait un semblant de crédibilité et la « seule démocratie du Moyen-Orient » sortirait de la séquence électorale avec des habits neufs. Elle pourrait même tirer profit du report des élections législatives palestiniennes qu’elle est la première à entraver.
Depuis la fondation de l’État, la prétention d’Israël à être « la seule démocratie du Moyen-Orient » ne sert qu’à couvrir les violations continues du droit international. L’UJFP réaffirme qu’un État d’apartheid ne peut se prévaloir d’être une « démocratie ». La vérité est qu’il est tout au plus une démocratie pour les Juifs mais ce vernis lui-même s’écaille tant les garanties de l’État de droit régressent même pour eux dans un système ouvertement « illibéral ». Nos médias seraient bien inspirés d’ausculter l’état réel de ce pays que des centaines de milliers de Juifs israéliens ont choisi de quitter au cours des dernières années, qui menace de déchoir de leur nationalité les « ennemis de l’État », notamment les réalisateurs du documentaire NAZA.
Le spectacle des élections du 27 octobre ne doit pas masquer ce fait essentiel : sur 15 millions d’habitants Juifs et non-Juifs demeurant entre le Jourdain et la Méditerranée, 5 millions sont réduits à l’état de parias, dépouillés de tout droit, à commencer par leur droit politique de déterminer leur destin en tant que peuple palestinien. C’est à eux, qui vivent des épreuves d’une rare cruauté , que l’UJFP exprime toute sa solidarité dans leur lutte pour la justice et l’égalité.
Ces élections ne changeront malheureusement rien à la politique étatique israélienne d’occupation et de dépossession, véritable colonisation de remplacement de la population palestinienne. Les Etats et les opinions publiques doivent poursuivre et intensifier leur pression sur Israël afin qu’il cesse ses crimes contre l’humanité et respecte les droits fondamentaux des Palestiniens.
Le GT Cisjordanie de l’UJFP