ASDHOM : Trophée pour la paix en Palestine et le Respect des Droits Humains

31 01 25 Paris 3 ASDHOM : Trophée pour la paix en Palestine et le Respect des Droits Humains

Discours de Richard Wagman à l’occasion de l’octroi du trophée pour l’œuvre de l’UJFP, le 31 janvier 2026

L’octroi de ce trophée est un grand honneur pour moi et pour l’association que je représente, l’Union Juive Française pour la Paix. Au nom de l’UJFP je remercie l’ASDHOM (Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc) de nous offrir ce trophée. Il y a bien des intellectuels, des militants et des associations qui le mérite tout autant que l’UJFP. Mais comme vous savez notre particularité est d’œuvrer pour les droits du peuple palestinien en tant que Juifs. À titre d’exemple il y a de grandes figures de l’opposition marocaine qui ont mené ce combat, notamment le regretté Sion Assidon qui nous a quitté au mois de novembre dernier, ou Abraham Serfaty, dont j’ai eu l’honneur de rencontrer personnellement. Quant à Sion Assidon, l’UJFP a milité à ses côtés, notamment lors des forums mondiaux sur la Palestine à Porto Alegre et à Tunis. La judéité d’Abraham, de Sion et d’autres militants juifs comme eux ne les a pas empêché de militer pour la justice et les droits de l’homme, tant pour le peuple marocain que pour le peuple palestinien. Dans notre cas nous le faisons en notre qualité de Français juifs. C’est pour ça que j’ai pris l’initiative de fonder cette association, avec quelques amis, dans les années 1990 dans la foulée des Accords d’Oslo.

L’UJFP est membre fondateur de la campagne BDS France. Quant à Sion Assidon, il était Coordinateur de la campagne BDS Maroc. À ce titre il s’est opposé publiquement à l’établissement de relations diplomatiques entre le Maroc et Israël.

La prétention de l’État d’Israël à représenter les Juifs du monde entier – et de commettre ses crimes au nom de la communauté juive – nous est insupportable. Ce n’est pas au nom du judaïsme qu’Israël procède à cet affront. Bien au contraire, il le fait à l’encontre de la tradition juive et de ses valeurs universelles qui nous enjoignent d’œuvrer pour la préservation de la vie humaine, pour la justice et pour la paix.

Par ailleurs, l’UJFP organise une réunion publique ce vendredi, intitulée « Les pays du Maghreb et la Palestine aujourd’hui. » Prendront la parole Abderrahim Afarki, défenseur des droits humains, Akram Belkaïd, rédacteur en chef du Monde diplomatique, Hakim Fekih, Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT) et sous réserve Ismaïl Lghazaoui, BDS Maroc, ainsi que Théo Serfaty, sur les traces de son grand-père. Ce débat sera précédé d’un hommage à Sion Assidon. C’est à 20 heures le vendredi 6 février et ce n’est pas très loin d’ici. Ce sera dans la grande salle de l’annexe de la Bourse du Travail, 29 boulevard du Temple, à l’angle de rue Charlot (M° République).

Outre la situation au Proche-Orient, l’UJFP est également engagée dans le mouvement antiraciste pour venir en aide aux migrants, aux sans papiers, aux réfugiés fuyant la guerre et la pauvreté et plus généralement pour le vivre ensemble ici en France. Cela fait partie de notre engagement pour les droits humains.

Le programme gouvernmental PAUSE, en collaboration avec des universités françaises, accorde la protection de la France aux artistes et intellectuels en danger dans leur pays d’origine. Vingt-et-un lauréats de ce programme restent bloqués à Gaza. Jusqu’à aujourd’hui la France n’a accueilli que 12 Gazaouis dans ce cadre. Un tel niveau d’accueil est lamentable et témoigne de l’indifférence du gouvernement Lecornu face au drame palestinien. Il témoigne aussi du soutien qu’il accorde à l’État d’Israël, qui reste un bon client pour les marchands d’armes français. Et pourtant, la Cour nationale du droit d’asile a confirmé le maintien du statut de réfugiés pour les Palestiniens de Gaza. Qui plus est, ce tribunal l’a étendu à ceux de la Cisjordanie occupée, compte tenu du nettoyage ethnique accéléré commis par Israël dans ce territoire palestinien. Mais la France n’a pas ouvert ses portes de manière significative aux réfugiés palestiniens, en flagrante contradiction avec les objectifs de PAUSE et en contradiction avec les décisions de justice en la matière.

Le Président Macron et son gouvernment prétendent défendre les Juifs victimes d’antisémitisme mais ils n’arrêtent pas de les enfoncer. Les poursuites contre des militants pro-palestiniens, à la demande expresse des parquets, eux-mêmes poussés par des circulaires ministériels dans ce sens, en est une illustration. Au mois de décembre deux membres de l’UJFP ont témoigné lors d’un procès à Clermont-Ferrand, en faveur d’un membre du « Collectif Intifada » accusé d’antisémitisme pour avoir posté sur son compte Instagram un appel « contre les institutions qui soutiennent le régime sioniste ». Le tribunal a tranché : « le droit pénal ne peut pas être appliqué sur la base d’une (…) confusion entre l’antisionisme et l’antisémitisme » et a relaxé la prévenue. C’était un précédent judicaire en France que nous saluons.

Et pourtant Macron et les parlementaires qui lui sont fidèles récidivent. Vous avez peut-être entendu parlé de la proposition de loi Yadan, au nom de cette députée macroniste de la 8ème circonscription des Français de l’étranger, notamment ceux qui habitent en Israël. Ce texte affirme « lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme ». Mais les « formes renouvelées » en question sont les critiques que l’on peut faire de la politique israélienne, ou même la mise en cause de l’État sioniste.

Rappelons que la presque totalité des Palestiniens et un certain nombre d’Israéliens appellent aujourd’hui à l’égalité des droits pour tous les habitants entre la Méditerranée et le Jourdain. Autrement dit, le démantèlement de la structure sioniste de l’État hébreu qui contrôle actuellement l’ensemble de ce territoire. La proposition de loi Yadan pourrait criminaliser tous ceux et celles qui promeuvent un devenir politique différent pour n’importe quel peuple dont l’État ne correspond pas à ses aspirations. Changer un régime ou changer une structure étatique, où est le problème ? Tout cela n’a rien à faire dans le droit pénal.

Ensuite, la proposition de loi Yadan attise singulièrement l’antisémitisme en figeant la configuration actuelle de l’État d’Israël, critiquée par de nombreux Juifs en France comme ailleurs. Elle essentialise les Juifs comme si cette communauté était condamnée à tout jamais à soutenir un régime colonial et génocidaire. Nos concitoyens juifs doivent être mieux considérés qu’ils ne le sont actuellement par le pouvoir politique en place, qui les voit comme des soutiens automatiques et inéluctables du régime honni au pouvoir à Tel-Aviv, du seul fait de leur judéité. Si la députée Yadan avait voulu attiser l’antisémitisme, elle n’aurait pas procédé autrement.

Nombreux sont les opposants à cette proposition de loi. Outre une manifestation devant l’Assemblée nationale, il y a eu des protestations venant des milieux juridiques, syndicaux, universitaires, du mouvement de solidarité internationale et des associations des droits humains.

Les premiers intéressés ne sont pas restés silencieux non plus. Outre de nombreuses organisations palestiniennes, plusieurs organismes juifs se sont levés contre ce projet de loi inique, motivés autant par la solidarité avec les Palestiniens que par crainte d’une nouvelle flambée d’antisémitisme qu’une telle loi pourrrait susciter. En France, deux associations juives antisionistes, l’UJFP ainsi que le Collectif juif décolonial Tsedek ont envoyé une lettre détaillée aux députés. Des critiques appuyées étaient également exprimées par les « Juives et Juifs Révolutionnaires », ainsi que par le « Collectif de citoyens et citoyennes d’origine juive » qui, lui, regroupe des membres provenant de 18 organisations juives en France.

Il faut continuer à nous opposer à cette proposition de loi, à la reléguer à sa juste place : aux oubliettes. La France n’a pas besoin d’une autre loi raciste et liberticide.

Richard Wagman