Bientôt le monde s’interrogera : « Comment une telle barbarie a-t-elle été rendue possible ? Comment la société israélienne a-t-elle pu se rallier massivement à une telle cruauté ? Comment les dominant.es de ce monde ont-ils laissé faire et, le plus souvent, armé et défendu les assassins ? Comment le droit international s’est-il écroulé ? Comment nos médias se sont-ils, pour la plupart, comportés comme la Radio des Mille Collines1 en se faisant complaisamment les porte-paroles de la propagande de l’occupant ? »
Des enfants demanderont à leurs parents : « et toi, qu’as-tu fait quand on assassinait un peuple ? »
Le 7 octobre : le prétexte pour un génocide prévu de longue date.
Les choses n’ont bien sûr pas commencé le 7 octobre 2023.
Le peuple palestinien a été expulsé de sa terre en 1948 par une conquête coloniale et transformé en peuple de réfugié.es. Il n’y a plus de débat historique sur le fait que ce nettoyage ethnique, la Nakba, était prémédité.
En 1967, Israël a conquis de nombreux territoires. L’ONU considère comme illégale l’occupation de Jérusalem Est, de la Cisjordanie et de Gaza qui dure depuis cette date. Pourtant, en toute impunité, l’occupant y a installé des centaines de milliers de colons dont certains sont armés et agressifs.
La bande de Gaza est une cage bouclée par terre, par air et par mer depuis 2006. Le blocus entraîne une pénurie généralisée d’eau, d’électricité et de nourriture. Le territoire a été plusieurs fois ré-occupé et a subi de nombreux bombardements meurtriers.
Alors le 7 octobre n’est évidemment pas un « pogrom antisémite ». C’est l’occupant qui a été attaqué et pas « les Juifs ». Le 7 octobre, c’est avant tout une sortie de la cage. Il y a eu des crimes commis contre des civils, mais les premiers responsables, ce sont ceux qui ont construit la cage. Le droit international est formel : résister à une occupation, y compris par la lutte armée, c’est plus qu’un droit, c’est un devoir. Comme disait Nelson Mandela : « Un combattant de la liberté apprend de façon brutale que c’est l’oppresseur qui définit la nature de la lutte, et il ne reste souvent à l’opprimé d’autre recours que d’utiliser les méthodes qui reflètent celles de l’oppresseur. »
La vérité sur le 7 octobre tarde à venir. L’occupant a refusé toute enquête, il a interdit l’entrée des journalistes internationaux à Gaza. Il a répandu des mensonges grossiers sur « les femmes éventrées » et les « bébés décapités ». Il a rapidement refusé toute négociation. Il est de plus probable que Nétanyahou savait et a laissé volontairement l’attaque se dérouler.
Nos médias et nos dirigeants ont massivement repris la propagande de l’occupant, parlant « d’attaque terroriste », présentant l’occupant comme une victime. La répression s’est abattue sur toutes celles et ceux qui contestaient la version officielle : manifestations interdites, dissolution d’associations, mise en examen de centaines de militant.es. Le drapeau palestinien a été assimilé à du « soutien au terrorisme » alors que celui de l’occupant était exhibé partout. L’antisémitisme, qui est à l’UJFP notre histoire et notre douleur intimes, a été odieusement utilisé pour justifier les pires atrocités et pour blanchir l’extrême droite raciste.
Des crimes inimaginables
En 3 ans, environ 75 000 corps ont été identifiés à Gaza, chiffre confirmé, y compris par l’armée israélienne. Mais il y a des milliers de disparu.es. Et on continue de mourir à Gaza, de bombardements, de faim, de maladies impossibles à soigner. Le journal scientifique The Lancet évalue à plus de 200 000 le nombre de mort.es soit 10 % de la population. Dans plusieurs villes françaises, la lecture publique des noms des enfants assassinés (et identifiés) a duré plusieurs jours.
L’occupant a systématiquement attaqué les hôpitaux, les ambulances, les personnels soignants. Le docteur Abu Safiya, pédiatre et directeur de l’hôpital Kamal Adwan est en prison, torturé (comme tous les prisonniers palestiniens) et traité de « colonel du Hamas ».
Le nombre de journalistes tués à Gaza en trois ans est supérieur au nombre de journalistes tués lors d’un conflit sur toute la planète pendant le 20ème siècle. Ceux d’Al Jazeera ont été délibérément visés.
Les personnalités de Gaza, les associations qui font vivre le territoire, ont subi des attaques ciblées, à l’image du poète Refaat Alareer, fondateur de l’association « We are not numbers » (nous ne sommes pas des nombres) assassiné avec tous les habitants de son immeuble.
Des familles entières ont été ensevelies. Des bombes terrifiantes capables de traverser un immeuble de haut en bas ou de faire écrouler des tours ont été utilisées. La population a été massivement déplacée de nombreuses fois. Elle survit dans la pire précarité, dans des camps de tentes surpeuplés ou dans les ruines de ce qui fut leur maison.
L’armée israélienne a organisé la famine, tirant sur des foules venues chercher la nourriture ou empêchant l’aide internationale d’arriver. De nombreux soldats israéliens (parfois franco-israéliens) se sont filmés tirant sur des civils, vandalisant les maisons, volant les jouets et les sous-vêtements ou bloquant les camions d’aide.
Dès le 7 octobre, les déclarations des dirigeants israéliens ont poussé au pire. Les Palestiniens ont été qualifiés « d’animaux humains », il a été répété « qu’il n’y avait pas d’innocent à Gaza ».
L’occupant a créé une « ligne jaune », interdisant de fait les 2/3 de la bande de Gaza à ses habitants.
Un débat nauséabond a lieu sur l’utilisation du terme « génocide ». Toutes les associations défendant les droits humains, les institutions internationales et tous les spécialistes (y compris israéliens) de l’étude du génocide nazi sont unanimes. Un génocide se déroule à Gaza. Pour l’UJFP, ceux qui contestent ce terme sont des négationnistes au même titre que ceux qui disaient « qu’à Auschwitz, on n’avait gazé que des poux ».
Pourtant Gaza continue de vivre : dans les pires conditions, la population s’organise. Les camps se donnent des directions, organisent l’arrivée de l’eau ou l’évacuation des déchets. L’UJFP continue plus que jamais à affirmer, en actes, sa solidarité comme le montre régulièrement le site ujfp.org. Dans plusieurs camps, il y a des repas collectifs, des écoles pour les enfants, un soutien psychologique pour les femmes, une mise en culture des terres là où c’est possible. Le but des dirigeants israéliens a toujours été d’effacer la Palestine comme, dans l’histoire, des peuples autochtones ont été effacés. Pour l’instant Gaza tient dans la douleur, mais tient.
Du génocide à la guerre sans fin
Israël est dirigé par une coalition de deux forces qu’on peut qualifier de fascistes. Il y a le courant « révisionniste » du sionisme dont le fondateur, Jabotinsky était un admirateur du fascisme italien. Ce courant a toujours revendiqué le Grand Israël et l’expansion des colonies. Et il y a Nétanyahou, allié aux Kahanistes (Ben Gvir et Smotrich) pour qui « Dieu a donné cette terre au peuple juif » et qui utilise quotidiennement la pire violence contre les Palestiniens.
Depuis le début du génocide à Gaza, en Cisjordanie, les attaques conjointes des colons et de l’armée provoquent une destruction programmée de l’agriculture palestinienne et un exode vers les villes. Les villages au sud d’Hébron sont particulièrement visés. L’occupant a détruit trois camps palestiniens (Jénine, Tulkarem, Nour Shams) et expulsé l’UNRWA2. Les provocations sur l’Esplanade des Mosquées se multiplient. Un nouveau bloc de colonies est en construction avec l’objectif affirmé d’une annexion pure et simple.
Les méthodes expérimentées à Gaza ont été exportées dans tout le Proche-Orient. Au Liban, l’armée israélienne a assassiné les dirigeants du Hezbollah. Le bilan de l’invasion est terrible : des milliers de morts, plus d’un million de réfugiés, des villes et des villages pulvérisés, des terres rendues impropres à la culture. Le but est de terroriser le pays et d’obtenir la domestication de cet État.
L’armée israélienne occupe une partie de la Syrie bien au-delà du Golan. L’aviation israélienne bombarde régulièrement le Yémen où elle a assassiné les rédactions des deux principaux journaux.
Et bien sûr, Nétanyahou a joué un rôle majeur (il n’a pas eu de mal à convaincre Trump) dans l’attaque contre l’Iran. Le projet d’installer là-bas un régime ami est clairement en échec.
Le génocide à Gaza joue un rôle-clé dans la destruction de toute forme de droit international. Le gouvernement israélien dénonce comme « antisémites » la Cours internationale de Justice, l’ONU, l’UNRWA qu’il cherche à anéantir, les pays qui ont reconnu la Palestine. Toutes les institutions internationales mises en place après la Deuxième Guerre mondiale sont menacées. L’impunité dont bénéficie Israël permet à Ben Gvir d’humilier les passagers des flottilles kidnappés à 1 000 km de Gaza, de torturer les prisonniers ou de rétablir la peine de mort. Le génocide a fait disparaître toutes les limites dans un pays où les barrières morales se sont écroulées au point qu’une nette majorité souhaite l’expulsion de tous les Palestiniens.
Autour du gouvernement israélien, s’est constituée une internationale de dirigeants d’extrême-droite racistes : Trump, Milei, les nouveaux présidents colombien ou chilien, le RN en France …
L’Union Européenne (et en particulier la France) porte une responsabilité majeure dans le génocide : criminalisation du mouvement de solidarité avec la Palestine, vente d’armes et de composants à l’armée israélienne, refus d’abroger l’accord commercial UE-Israël, caractérisation comme « terroristes » de tous les partis palestiniens, instrumentalisation de l’antisémitisme …
En France, le soutien au gouvernement génocidaire a contribué à l’éclatement du Nouveau Front populaire. Ce soutien vise à dédiaboliser le Rassemblement National, pourtant issu du régime de Vichy, et à criminaliser LFI et la gauche radicale.
Les médias français, publics ou privés, dans leur grande majorité, portent une responsabilité majeure. Leur discours, la facilité avec laquelle ils se sont mis au service d’un régime génocidaire ont rendu possible l’impensable.
Alors, plus que jamais, défendre le peuple palestinien, c’est défendre la justice, c’est défendre nos droits.
La Coordination nationale de l’UJFP, le 2 octobre 2026


