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Penser Auschwitz aujourd’hui et la modernité du crime contre l’Humanité.

En hommage à Yair Tal et les soixante jeunes israéliens Refuznicks.

Il y a 76 ans, le 27 janvier 1945, l’Armée Rouge entrait dans le camp d’extermination d’Auschwitz – Birkenau, libérait les derniers survivants..

Le 8 mai 1945 un commando des troupes américaines libéraient Ebensee, dernier camp du complexe concentrationnaire de Mauthausen en Autriche, mettant un terme définitif au système concentrationnaire et d’extermination du régime nazi.

S’est alors posée la question de nommer l’horreur découverte, l’effroi suscité. De nommer l’innommable.

Ce sera le sens du procès de Nuremberg – moment fondateur de la justice internationale moderne – rétablir le sens des mots contre leur subversion, contenir le chaos par l’ordre. 

De là est venue la nécessité de créer un « mot de droit » pour un crime sans nom.

À Nuremberg, il était nécessaire de comprendre les causes d’une guerre d’extermination, de juger les responsables. Mais, il faudra encore du temps pour consacrer les crimes contre l’humanité comme étant l’acte d’une souveraineté politique criminelle, crimes placés hors du temps. Devenus imprescriptibles.

Aujourd’hui, lorsque nous évoquons la notion de crimes contre l’humanité et/ou celle d’apartheid, nous ne nous référons pas aux crimes fondateurs.

Ce sont des formulations modernes, émancipées de ces crimes fondateurs, définies dans le droit international moderne. Dont l’énumération est toujours à recommencer. Inscrites dans le Statut de Rome (du 17 juillet 1998) fondant la Cour Pénale International (CPI instituée en 2002).

Aujourd’hui, seuls l’apartheid et le génocide sont considérés comme des crimes contre l’humanité, selon le Statut de Rome.

Dans le cas des crimes de guerre, il appartient à la CPI (Cour pénale internationale) de déterminer au cours de ses enquêtes ceux qui doivent être requalifiés en crimes contre l’humanité.

Enfin, la qualification de crimes contre l’humanité signifie que ceux-ci sont imprescriptibles, que leurs auteurs – politiques, militaires et autres – peuvent être poursuivis et condamnés tout au long de leur vie. 

Il n’y a pas prescription. 

Nous ne devons pas craindre la banalisation du mot, alors que le seul fait de le prononcer, en tant que qualification juridique réfléchie, entraîne la mobilisation.

De là, l’importance du S de Sanctions de la campagne internationale BDS.

L’association de défense des Droits de l’Homme israélienne – B’Tselem – vient de rendre public un long rapport qui conclut que la politique poursuivie par l’État d’Israël est une accumulation patiente, tranquille et progressive de pratiques discriminatoires à l’encontre de tous les Palestiniens, en Israël et dans les Territoires Palestiniens Occupés, synthétisés dans la Loi État-Nation de 2018 qui enracine le droit du peuple juif à l’auto-détermination, à l’exclusion de tous les autres.

« Des actes inhumains, suffisamment enracinés dans la législation, dans la politique générale et dans les institutions officielles pour être qualifiés d’institutionnalisés » affirmait déjà le Tribunal Russell pour la Palestine lors de sa Session du Cap du 17 novembre 2011.

Une discrimination institutionnalisée telle que définie dans la Convention Internationale sur l’élimination du crime d’apartheid du 30 novembre 1973.

Ajoutons que le rapport coécrit par les juristes internationaux Richard Falk et Virginia Tilley à la demande d’une commission de l’ONU en 2017, a établi de façon claire et incontestable que le régime israélien est un régime d’apartheid.

B’Tselem conclut :

« Un régime qui utilise des lois, des pratiques et des violences organisées pour cimenter la suprématie d’un groupe sur un autre est un régime d’apartheid. Une réalité suprématiste de la Méditerranée jusqu’au Jourdain ».

Plus que jamais il est nécessaire, pour nous juifs antisionistes, d’articuler la mémoire avec nos combats actuels, de mettre la mémoire au service du présent.

Sans craindre de nommer les crimes commis par Israël – puissance occupante – à l’encontre du peuple palestinien, des deux côtés de la Ligne verte. Crimes d’un régime suprématiste qui s’arroge le droit exclusif de parler au nom des victimes de l’extermination.

Affirmer notre solidarité totale avec nos camarades anticolonialistes israéliens, avec toutes celles et tous ceux qui osent aujourd’hui – en Israël – dénoncer la politique d’apartheid de leur pays.

Affirmer – en tant que juifs français et antisionistes – que notre héritage est l’histoire, celle de la destruction des Juifs d’Europe, dans laquelle la France a eu un rôle important, que notre héritage est le droit international moderne, que nous devons le nommer et le protéger.

La Commission Israël Palestine

Pour la Coordination nationale de l’UJFP

Le 27 janvier 2021

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