La seule organisation pour les droits des enfants palestiniens cesse ses activités après avoir subi depuis des années une campagne menée contre elle par Israël

Enfants palestiniens La seule organisation pour les droits des enfants palestiniens cesse ses activités après avoir subi depuis des années une campagne menée contre elle par Israël
La porte d’entrée du bureau de Défense des Enfants International-Palestine à Ramallah après une attaque des forces israéliennes la fermeture de l’association le 18 août 2022. (Crédit photo : AFP / Abbas Momani via DCIP)

« Après 35 ans de défense des droits des enfants palestiniens, nous ne sommes plus en mesure de surmonter les difficultés opérationnelles dues à la criminalisation ciblée par Israël des organisations palestiniennes de défense des droits humains » a dit le directeur général de DCI-P, Khaled Quzmar.

Le 10 avril 2026

Defense for Children International-Palestine (DCI-P) a mis fin à son extraordinaire travail auprès des enfants de Palestine, à cause de menaces sans fin de la part de l’État d’Israël. Bien qu’ayant été déclarée organisation terroriste par Israël en 2023, DCI-P a poursuivi son travail d’avant-garde en documentant et en exposant les violations des droits humains contre les enfants palestiniens et en offrant des services juridiques à des enfants, tenant à la fois Israël et les autorités palestiniennes pour responsables des principes de respect des droits humains tel que décrit dans le droit international.

Mais, dans une annonce faite plus tôt dans la semaine, le directeur général de DCI-P, Khaled Quzmar a dit : « Après 35 ans de défense des droits des enfants palestiniens, nous ne sommes plus en mesure de surmonter les difficultés opérationnelles dues à la criminalisation ciblée par Israël des organisations palestiniennes de défense des droits humains ».

Cette fermeture intervient après que DCI-P a fait savoir pas plus tard que le mois dernier que 351 enfants palestiniens détenus dans des prisons israéliennes à la fin de l’année 2025 – 51 % du total- étaient sous le régime de la détention administrative sans accusation ni procès ; c’est le chiffre le plus élevé enregistré en valeur absolue et en proportion depuis que l’ONG a commencé à suivre le nombre d’emprisonnés.

Défense des Enfants International-Palestine – la seule ONG palestinienne concentrée spécifiquement sur les droits et besoins des enfants – a agi en tant que « section nationale » indépendante de Defence for Children International, un mouvement de défense des droits de l’enfant qui est une ONG dotée de 35 sections dans le monde et d’un secrétariat international à Genève.

Dans une interview à Mondoweiss, Quzmar a rappelé comment le travail de DCI-P avait commencé en 1991 par l’offre de services juridiques à des enfants dans le système judiciaire militaire israélien. « Mais nous avons ensuite développé notre mission quand nous avons remarqué que notre action ne faisait rien changer. Au contraire, le nombre d’enfants en détention s’est accru et les violations des droits des enfants ont augmenté ».

« Alors nous sommes allés au-delà de la fourniture de services juridiques et de soutien psychosocial aux enfants et à leurs familles » a-t-il dit. « Nous avons commencé à documenter les violations de façon à nous confronter au système militaire en apportant des preuves de la torture… et du manque de normes humanitaires correspondant au droit international… Nous avons commencé à soulever la question de la responsabilité ».

Les appels de DCI-P à l’échelle internationale ont conduit, en retour, à des attaques d’Israël sur les bureaux de DCI-P et à sa désignation comme organisation terroriste. Peu après, Josh Paul – le membre du personnel du Département d’État qui, deux mois plus tôt, avait publiquement renoncé à son poste en signe de protestation contre la décision de l’administration Biden de continuer à fournir des armes léthales à Israël pendant la guerre d’Israël à Gaza – a expliqué ce qui avait conduit à l’attaque.

Dans une interview de décembre 2023 par Christiane Amanpour, Paul a dit : « Je faisais partie du processus de contrôle des droits humains sur les armes envoyées en Israël et une association appelée Défense des Enfants International-Palestine a attiré notre attention au Département d’État sur des agressions sexuelles, en réalité sur le viol d’un garçon de 13 ans qui s’était produit dans une prison israélienne à Jérusalem. Nous avons examiné ces affirmations. Nous avons pensé qu’elles étaient crédibles. Nous en avons fait part à Israël, au gouvernement d’Israël. Et vous savez ce qu’il s’est passé le lendemain ? Les FDI (Forces de Défense d’Israël) se sont rendues dans les bureaux de DCI-P et ont pris tous leurs ordinateurs et ont déclaré que c’était une entité terroriste ».

« Pour autant », a dit Quzmar à Mondoweiss, « « après cette désignation, nous avons décidé de ne pas abandonner les enfants, de continuer à travailler avec les enfants. Nous avons changé nos tactiques afin de les protéger ». Au lieu de faire venir les enfants et leurs familles dans les bureaux de DCI-P- fermés par l’armée israélienne – le personnel a commencé à travailler dans des écoles et avec des conseils de communautés qui valorisaient leur travail.

Mais « les pressions sans relâche d’Israël » a dit Quzmar, « leur utilisation de moyens de diffamation, de propagande, de persécution et de menaces physiques » l’ont amené, lui et le bureau de DCI-P à cesser leurs opérations.

Quzmar a poursuivi : « la désignation de mon organisation n’est pas un acte isolé… des mesures ont été systématiquement prises contre notre organisation ».

Rifat Kassis, fondateur et ancien directeur général de DCI-P, a fait écho à cela lorsqu’il a été contacté par Mondoweiss. Kassis a dit à Mondoweiss : « La fermeture forcée de Défense des Enfants International-Palestine – à la suite de sa désignation avec d’autres organisations de la société civile palestinienne, par Israël et les États-Unis comme « entités terroristes » – marque une escalade critique dans le rétrécissement systématique de l’espace civique ».

« Ces désignations n’ont pas émergé isolément » a dit Kassis, « en fait, elles ont été précédées d’années de pressions politiques et de mesures de restriction qui ont de plus en plus entravé les organisations de défense des droits humains palestiniennes et même israéliennes. De nombreux donateurs européens, par mesure de précaution ou par opportunisme politique, ont adopté des cadres de conformité et des conditions de financement qui ont été le reflet du narratif israélien, ce qui a contribué à la délégitimation de ces organisations. Ce faisant, ils ont, involontairement ou parfois en connaissance de cause, posé les jalons d’actions plus graves en normalisant le langage et la logique qui justifieraient ultérieurement une criminalisation et une fermeture totales ».

« En même temps, « a dit Kassis, « Israël a intensifié ses efforts pour silencier les défenseurs des droits humains à cause de leur impact croissant sur les mécanismes internationaux de responsabilité, dont la Cour de Justice et la Cour Pénale Internationale. Des organisations comme DCI-Palestine ont joué un rôle crucial en documentant les violations des droits et en apportant des preuves pouvant alimenter des procédures juridiques internationales ».

« La convergence entre les positions israéliennes et étatsuniennes dans l’étiquetage de ces groupes comme entités terroristes est le reflet d’une stratégie plus large visant à démanteler le dispositif de responsabilisation. En ciblant ceux qui produisent des preuves crédibles émanant du terrain, ces mesures cherchent à faire taire la contestation et à bloquer la voie vers la justice, en garantissant de fait l’impunité tout en portant atteinte au droit international lui-même » » a expliqué Kassis.

Jennifer Bing, directrice nationale actuelle du Programme étatsunien sur l’activisme sur la Palestine – un programme de l’American Friends Service Committee (AFSC)— était co-coordinatrice de Pas une Manière de Traiter un Enfant (No Way to Treat a Child), un programme conjoint de plaidoyer de DCI-P et AFSC. Dans son commentaire à Mondoweiss sur la fermeture de DCI-P, Bing a dit : le côté tellement méticuleux de DCI-P dans son travail de terrain et dans le professionnalisme de son approche en documentant les expériences des enfants, nous a permis de prendre pied pour parler à des membres du Congrès et à une communauté plus large de défenseurs de la Palestine.

No Way to Treat a Child a porté l’attention et a touché les cœurs sur l’occupation illégale israélienne et sur son traitement des enfants palestiniens – de dizaines de milliers d’Américains et a amené la représentante du Minnesota, Betty McCollum à présenter des lois en 2017, 2019 et 2021 interdisant à Israël de dépenser les dollars des contribuables étasuniens pour, entre autres, la détention administrative, les abus et la maltraitance sur les enfants palestiniens.

Dans les échanges que Bing a eus avec Mondoweiss, elle a déploré la fermeture de DCI-P. « Franchement, ce qui m’attriste aujourd’hui, est qu’aussi mauvaise que fut la situation quand nous avons lancé No Way to Treat a Child, cela a empiré de façon exponentielle jusqu’à maintenant … l’excès d’abus et de la détention sont vraiment pires que ce qu’ils ont été. Et, bien entendu, nous avons pu voir qu’un génocide s’est produit depuis ».

« Il est incroyable » a poursuivi Bing, « que pas plus de membres du Congrès ne soient en colère et n’exigent que des comptes soient rendus sur l’aide étasunienne à Israël. 17 000 enfants au minimum ont été tués à Gaza. C’est stupéfiant. Il est inqualifiable que davantage d’efforts ne soient faits pour arrêter la tuerie… le travail fait par DCI-P avec les conseillers et les réseaux était un travail souvent invisible. Nous espérons que d’autres institutions et de nouvelles institutions en Palestine reprendront ce travail d’assistance juridique aux enfants palestiniens emprisonnés, de documentation de leur vécu, et d’aide aux enfants à leur sortie de prison ».

Dans un mail reçu plus tard, Quzmar écrit : « DCI-P a été fondé pour assurer qu’aucun enfant palestinien ne soit seul face à un juge militaire israélien. Ce sont ces enfants – innocents dans un système malveillant d’injustice – auxquels je pense le plus maintenant. Je garde aussi dans mon cœur les défenseurs et avocats immensément courageux de DCI-P, qui ont lutté pendant tant d’années pour les droits des enfants. Beaucoup de sombres événements se produisent ces temps-ci et beaucoup d’enfants souffrent dans tout le Moyen Orient…  La perte de DCI-P est la perte d’une voix critique pour ces enfants. Et dans un monde où la force l’emporte sur le droit, c’est aussi une perte déchirante pour toute l’humanité ».

Quzmar a répété la promesse qu’il avait faite dans son propos précédent : « Maintenant, nous comptons sur d’autres pour prendre le relais et lutter pour l’avenir que les enfants palestiniens méritent ».

« Ce devoir » a-t-il poursuivi, continue à s’imposer à chacun d’entre nous ».

Traduction SF pour l’UJFP

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