Article paru sur le site de Contretemps.
L’État français a pris la décision d’engager une procédure d’expulsion contre Ramy Shaath, figure palestinienne engagée contre la colonisation de la Palestine et pour les droits des peuples à vivre dignes et libres sur leurs terres.
En soutien à Ramy Shaath, nous publions ici son communiqué et appelons à la mobilisation contre les pratiques répressives du gouvernement qui ciblent les voix palestiniennes et arabes, et plus généralement les voix solidaires de la juste cause palestinienne.
Ramy Shaath est né au Liban en 1971, d’un père palestinien et d’une mère égyptienne. Il a toute sa vie été engagé pour la libération de la Palestine et contre toutes les formes d’oppression. À partir de 2011, il devient également une figure de premier plan contre la dictature en Égypte. En 2019, il est arrêté au Caire et sa compagne, Céline Lebrun Shaath, est expulsée d’Égypte.
Après une intense campagne internationale de solidarité, il est libéré en 2022. Ramy Shaath rejoint alors sa compagne en France où il poursuit son engagement pour la libération et la justice en Palestine. À propos de sa trajectoire, nous renvoyons à cet entretien que nous avions publié en mars 2025, conduit par Stathis Kouvélakis.
En soutien à Ramy, signez la pétition, soutenez la bataille juridique et politique, et rejoignez le rassemblement de solidarité devant le tribunal judiciaire de Nanterre le jeudi 21 mai 2026 à 14h00.
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Communiqué de Ramy Shaath concernant la volonté de l’expulser de France
Des accusations fabriquées d’« apologie du terrorisme » aux tentatives d’expulsion illégales : le gouvernement français ne réduira pas la voix palestinienne au silence
Deux ans et demi de génocide en Palestine occupée.
Deux ans et demi de complicité officielle française avec l’armée génocidaire.
Deux ans et demi de livraisons d’armes, d’échanges de renseignements et de couverture politique, juridique et médiatique, permettant à l’occupation de poursuivre son génocide contre le peuple palestinien à Gaza.
Durant cette période, la répression s’est intensifiée contre les partis, les syndicats, les mouvements et les individus engagés dans le mouvement de soutien à la Palestine qui exigent l’arrêt du génocide et la mise en cause de ses responsables.
La communauté palestinienne a, elle aussi, subi une offensive raciste systématique – à travers les poursuites, les procès, les expulsions, les renvois du travail et de l’éducation. Une campagne maccarthyste vise à faire taire la voix palestinienne qui réclame justice et liberté, et à piétiner les droits des Françaises et Français d’origine palestinienne.
C’est dans ce contexte que j’ai fait l’objet d’une tentative de montage judiciaire sous l’accusation d’« apologie du terrorisme » – une affaire classée sans suite par le parquet, révélant ainsi le caractère malveillant de cet acharnement systématique et l’absence totale de fondement juridique derrière ces allégations.
Lorsque cette tentative de me viser par la voie judiciaire a échoué, l’acharnement administratif a pris le relais, au moment du renouvellement du titre de séjour auquel j’ai droit en tant qu’époux et parent de ressortissantes françaises. Mon droit et le leur a été manipulé, malgré les nombreuses procédures que nous avons engagées pour défendre nos droits. Cette obstruction illégale a été utilisée pour m’empêcher de voyager et de travailler, dans une tentative de me réduire au silence, de m’empêcher d’exercer mon droit – et mon devoir – de dire la souffrance de mon peuple sous occupation et de défendre, avec fermeté, ses droits politiques.
Et cela ne s’est pas arrêté là. L’escalade s’est poursuivie avec la fermeture de mon compte bancaire, sans préavis ni motivation légale, puis avec la suspension de mes droits à l’assurance maladie au prétexte du non-renouvellement de mon titre de séjour – un enchaînement qui met directement ma vie en danger, d’autant que j’ai subi deux opérations du cœur.
Aujourd’hui, dans le prolongement de cette politique, la préfecture de Nanterre souhaite m’expulser du territoire en me qualifiant de « grave menace à l’ordre public » français, au mépris flagrant de mes droits, de ceux de mon épouse française, Céline Lebrun, et de ceux de ma fille palestino-française.
Au lieu de mettre fin à sa complicité dans le génocide, et de présenter les excuses que l’Histoire lui imposera un jour, le gouvernement français intensifie sa campagne raciste contre les Palestiniens en France, et plus largement contre le mouvement de soutien à la Palestine, dans l’espoir de priver le peuple français de son droit à écouter, débattre et comprendre. Il a tenté de faire adopter une loi destinée à interdire toute parole sur la Palestine ; et malgré l’échec de cette loi liberticide, le gouvernement utilise aujourd’hui contre moi les mêmes idées discréditées.
C’est l’illusion qui accompagne tous les systèmes de tyrannie : croire que réprimer des individus peut tuer une idée. Or l’histoire prouve que les idées de vérité, de justice et de liberté ne meurent pas : elles s’étendent.
La Palestine ne peut être niée. Son identité ne peut être effacée. Elle ne peut être vendue à un colonisateur étranger.
J’ai consacré toute ma vie à affronter le colonialisme et la tyrannie. J’ai subi de nombreuses formes de répression. J’ai été arrêté et emprisonné en Égypte sans aucun fondement juridique, dans une tentative de m’empêcher de dénoncer l’injustice, l’oppression et l’exploitation. Ces tactiques autoritaires ne m’ont pas intimidé hier, et elles ne m’intimident pas aujourd’hui. Tant qu’il me restera un souffle, je crierai : Free Palestine.
Ma famille et moi ferons face à toutes les tentatives de répression, d’intimidation et de séparation familiale. Nous contesterons cette décision devant la justice française, puis devant la justice européenne s’il le faut. Et collectivement, nous ferons face à une campagne fondée sur des tactiques d’intimidation et d’incitation, sur des informations, des instructions et sur le langage des services de renseignement de l’armée génocidaire, avec pour objectif de réprimer le peuple palestinien et de réduire au silence les millions de Françaises et de Français attachés à la vérité, au droit, à la justice et à la liberté pour la Palestine.
Et la Palestine prouvera toujours que la force de la vérité et de la conscience l’emportera sur celle des armes et du pouvoir.
Vive la Palestine.
Ramy Shaath
Paris, 14 mai 2026.








