À 2h samedi matin, 140 soldats et colons, en uniforme ou dans leurs tenues de Shabbat, ont envahi le petit village troglodyte appelé Jinba, dans les collines d’Hébron. Les envahisseurs se sont séparés en groupes de sept. Selon les témoignages des villageois, chaque groupe était équipé de massues de 5 kgs et assigné à une maison. Les colons et soldats ont réveillé les habitants des maisons où ils entraient, les ont rassemblés dans un coin et ont entrepris de détruire la maison.
« Ils ont cassé les télévisions, les réfrigérateurs, les caméras ; ils ont cassé les toilettes et arraché les robinets. Ils ont enlevé la nourriture des garde-manger et ont répandu l’huile d’olive, le riz et le blé sur le sol. Ils ont pris tout le laban et le beurre et les ont répandus. Lorsqu’un groupe finissait, ils échangeaient leurs places et un autre groupe de soldats arrivait et détruisait ce qui restait », a dit à Haaretz Nidal Younis, le chef du conseil de village.
Les villageois, qui avaient fini le jeûne le dernier jour du Ramadan, n’avaient pas eu le temps d’avoir leur repas festif de souhour avant l’aube. Aucune nourriture ne restait dans le village, et de toute façon, les soldats ne l’ont quitté qu’à six heures et demie. Les Forces de défense israéliennes ont confirmé qu’« une opération de recherche d’armes » avait eu lieu dans le village, mais il n’a pas été précisé qu’une seule ait été trouvée, ni pourquoi des colons avaient pris part à l’attaque, ni pourquoi il était nécessaire de détruire les maisons des 260 villageois.
La destruction de Jinba par l’armée, en coopération avec des colons, a été le point culminant d’une semaine de violence infernale contre ce petit village, par des terroristes des avant-postes de colons, avec l’appui de l’armée.
Vendredi matin, des colons ont affirmé que des Palestiniens avaient attaqué un berger juif. Haaretz a des preuves montrant que la victime alléguée était arrivée dans un véhicule tout-terrain pour harceler un troupeau d’ovins et les bergers qui s’en occupaient. En tout cas, en réponse à cette prétendue attaque, 13 jeunes hommes juifs masqués ont envahi le village et ont brutalement attaqué six villageois. Un jeune de 15 ans a été hospitalisé dans un état grave et un homme âgé de 64 ans a été hospitalisé avec une fracture du crâne.
Plus tard ce même jour, des dizaines de soldats ont perquisitionné le village et arrêté tous les hommes. La police a affirmé que les hommes avaient été « activement impliqués » dans l’attaque contre le berger juif. Vingt-deux hommes ont été menottés, les yeux bandés. Dix-sept d’entre eux ont été relâchés à minuit, mais le soulagement des villageois a été de courte durée. Juste après 2h du matin, les soldats et colons sont revenus.
Il n’y a pas de mots en hébreu pour décrire l’horreur et la cruauté de la politique d’Israël envers les résidents de la région de Masafer Yatta, qui inclut ce village. Les criminels sont les colons qui perpétuent ces crimes, les officiers, les soldats et les policiers qui leur permettent de faire ce qui leur plaît et ensuite de mentir au public, et les membres du cabinet qui encouragent tout cela.
Cependant, la responsabilité ultime pour ces crimes retombe sur l’ensemble de la population israélienne : les médias qui ignorent ces actions, les politiciens qui restent silencieux, les juges qui lèvent les yeux au ciel et la population tout entière À part une poignée de militants, des organisations et quelques politiciens de gauche qui soutiennent les résidents de Masafer Yatta, aucun Israélien ou Israélienne ne peut affirmer avoir les mains propres.
L’article ci-dessus est le principal éditorial de Haaretz, publié dans les journaux en hébreu et en anglais en Israël.