Témoignage d’Abu Amir, le 6 février 2026 – Des femmes partagent ensemble le fardeau pour rester debout

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Un soutien mutuel pour se protéger de l’effondrement psychologique. Crédit photo UJFP Gaza

Compte rendu hebdomadaire de l’atelier de soutien psychologique pour les femmes dans la zone centrale – à l’ouest de Deir Al-Balah – au camp Al-Asdiqa

Dans la période qui suit la guerre, les femmes ne retournent pas à la « vie » telle qu’elle était auparavant. Elles entrent plutôt dans un temps gris et lourd, où les pertes s’entremêlent aux tentatives quotidiennes de survie. À ce moment critique, la femme déplacée se voit contrainte d’être tout à la fois : une mère rassurante, un soutien économique résilient, et un mur empêchant l’effondrement, alors même que ses propres murs intérieurs sont fissurés. Après la guerre, les femmes vivent un état d’épuisement silencieux ; la guerre a aussi volé le rythme naturel de la vie, transformant la tente en un espace prolongé d’angoisse et d’attente.

Sous cette pression constante, les émotions non exprimées s’accumulent : la peur, la culpabilité, la colère refoulée et l’épuisement émotionnel, en l’absence d’espaces sûrs permettant son expression et son partage. Le soutien psychosocial est une nécessité existentielle pour protéger les femmes de la rupture intérieure et empêcher que la douleur ne se transforme en traumatismes de longue durée.

La première séance du programme de soutien et de sensibilisation a été mise en œuvre cette semaine dans la zone centrale – à l’ouest de Deir Al-Balah – au camp Al-Asdiqa, par l’équipe de l’UJFP. La séance Notre tente est une, notre soutien est un, une porte d’entrée pour reconstruire le sens du voisinage, du partage émotionnel et de la responsabilité collective dans un environnement épuisé par le déplacement.

Vingt femmes déplacées résidant au camp Al-Asdiqa ont participé à la séance. Des femmes d’âges et d’expériences différents, mais unies par le poids de la perte. La séance a été animée pour créer un espace sûr, respectueux des émotions, offrant à chaque femme le droit d’être entendue sans jugement, de s’exprimer sans crainte et de ressentir qu’elle n’est pas seule sur ce chemin.

L’UJFP travaille à l’autonomisation des communautés touchées par les crises à travers des programmes intégrés axés sur la santé mentale, le renforcement de la résilience et la promotion de la cohésion sociale. Elle est convaincue que le véritable changement commence par la réparation de l’être humain de l’intérieur, avant toute intervention matérielle ou logistique.

L’objectif de l’atelier :  redonner toute sa valeur à la force du soutien social et transformer le sentiment d’impuissance individuelle en une énergie collective capable de résister et de se soutenir mutuellement pour se protéger de l’effondrement psychologique.

Premier exercice : Le dictionnaire du soutien

La séance a débuté par un cercle de présentation au cours duquel les participantes ont été invitées à choisir un mot exprimant ce dont elles avaient le plus besoin aujourd’hui sécurité, réconfort, aide, écoute, ou simplement « me sentir visible ». Ces mots sont devenus un miroir collectif, permettant aux femmes de découvrir que leurs besoins se ressemblent et que la douleur, une fois nommée, perd une partie de son pouvoir.

Deuxième exercice : Le langage de l’âme épuisée « Où réside la fatigue en toi ? »

Les réponses ont varié entre la poitrine, le dos, la tête et le cœur. L’espace s’est transformé en un moment d’écoute sincère, où les femmes ont commencé à raconter comment la vie sous la tente pèse sur leurs nerfs et comment le silence devient un lourd fardeau: la reconnaissance de la fatigue et la légitimation de son existence.

Troisième exercice : Une lettre à ma voisine

Un exercice d’écriture profondément émouvant, dans lequel chaque participante a été invitée à écrire un court message à l’une de ses voisines du camp. Des lettres empreintes d’engagement à l’entraide, d’excuses pour les manquements, et d’un espoir partagé de rester solidaires, toutes ont brisé l’isolement de la tente individuelle. L’une des mères a déclaré, les larmes brillantes dans les yeux : « Je pensais que ma tente était ma seule prison, mais aujourd’hui j’ai senti que mes voisines étaient les piliers qui me soutiennent. » Une autre a ajouté « Je suis repartie en me sentant que je ne porte pas ce fardeau seule… “notre tente est une” n’est plus un slogan, mais une source de sécurité. »

L’atelier s’est achevé mais les mots continuent de résonner entre les tentes, les lettres restent pliées dans les cœurs, et le soutien continue dans le partage.

Une preuve que la solidarité devient plus forte que la guerre elle-même.

(Voir aussi les chroniques et articles postés par Brigitte Challande du Collectif Gaza Urgence déplacé.e.s quotidiennes sur le site d’ISM France et du Poing, article hebdomadaire sur le site d’Altermidi, et sur l’Instagram du comité Palestine des étudiants de Montpellier..)

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