En 1944, le Conseil national de la Résistance proclamait le pluralisme des médias français. On en est de plus en plus loin. La grande majorité des médias privés appartiennent à 7 milliardaires qui sont tous dans le même camp. Et les médias publics ont été progressivement « nettoyés » de toute voix dissidente.
Dès le 7 octobre 2023, une seule parole a été autorisée, celle des génocidaires. La fake news des « femmes éventrées » et des « bébés décapités » a continué à être diffusée alors qu’il n’y avait plus aucun doute possible. La seule question à laquelle on avait le droit de répondre était « est-ce que vous condamnez le terrorisme du Hamas ? »
Ces médias à la botte portent une responsabilité énorme dans un génocide qui a tué des dizaines de milliers de Gazaouis dont une majorité de femmes et d’enfants. Pendant plus d’une année, ils n’ont rien vu et rien entendu : ni les immeubles et leurs habitants pulvérisés, ni les civils palestiniens exécutés sommairement. Ils ne nous ont pas dit que des prisonniers ont été torturés. Ils n’ont pas exprimé de réprobation quand des manifestants israéliens ont bloqué les camions d’aide humanitaire, quand des dirigeants politiques israéliens ont déclaré « qu’il n’y avait pas d’innocent à Gaza » et quand ils ont donné l’ordre de tuer les femmes et les enfants. Ils nous ont à peine dit que des hôpitaux ont été rasés ou que des soldats se sont filmés jouant avec des jouets d’enfants ou des sous-vêtements pris dans des maisons détruites … Rien n’a changé. Dès la signature de la trêve, on aurait pu croire que ces médias allaient enfin renouer avec un minimum de professionnalisme et d’objectivité. Pas du tout. L’exemple suivant est plus qu’affligeant. Le 25 janvier France Info TV diffuse un bandeau sur l’échange entre 4 soldates israéliennes détenues à Gaza depuis le 7 octobre et 200 Palestinien.nes. Le bandeau qualifie ces dernier.es « d’otages palestiniens ». Tollé immédiat. Immédiatement, Caroline Yadan, députée de la 8ème circonscription des Français de l’étranger (dont bon nombre d’électeurs sont des colons israéliens, alors que la colonisation est illégale dans le droit international) sonne le tocsin en qualifiant le bandeau « d’indécent, abject et inacceptable ». Elle le qualifie « d’injure à ce qui fait notre humanité ». La direction de France Info a instantanément obéi aux ordres des relais du gouvernement israélien. Elle a parlé « d’erreur inadmissible ». Elle a présenté des excuses. Et surtout, le « responsable » de cette « erreur » a été suspendu.
L’UJFP se permet donc de donner quelques leçons basiques de déontologie à la direction de France Info.
Depuis 1967, 900 000 Palestiniens ont connu la prison, c’est 40 % des hommes entre 18 et 50 ans. Vous ne saviez pas ?
Parmi les prisonniers palestiniens pour lesquels vous refusez le terme « otage », il y a de nombreux enfants, âgés souvent de 12-14 ans et condamnés pour jets de pierre. C’est contraire au droit international. Vous ne saviez pas ?
Les Palestiniens dépendent de la justice militaire. S’ils ne plaident pas coupable, la peine est beaucoup plus lourde, vous ne saviez pas ?
Un tiers des prisonniers palestiniens sont en « détention administrative ». Ils n’ont jamais été jugés et leur peine peut être reconduite plusieurs fois. Vous l’avez dit à vos auditeurs ?
La Cour suprême israélienne a légalisé la « torture raisonnable » pour reprendre les termes officiels. Cette information vous a-t-elle échappé ?
Parmi les otages palestiniens libérés, il y avait Khalida Jarrar, députée du FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine), plusieurs fois en détention administrative et sortie, très affaiblie, de sa dernière détention. Vous n’avez pas vu les images ? Ou vous avez refusé d’en parler ?
La prison de Sde Teiman est décrite comme le « Guantanamo israélien ». Les photos de prisonniers, ligotés et les yeux bandés, sont visibles partout. Plusieurs sont morts sous la torture. L’information ne vous est pas parvenue ?
Israël refuse de libérer des prisonniers emblématiques comme Ahmed Saadat ou Marwan Barghouti. Ce dernier a été sévèrement battu en prison. Toujours un trou de mémoire pour en parler ?
Vous n’avez jamais parlé du plus vieux prisonnier politique palestinien, délocalisé en France, le communiste libanais Georges Ibrahim Abdallah, en prison depuis 41 ans au mépris total du droit international et dont la libération est, une fois de plus, ajournée. Il vous manque des journalistes pour travailler sur ce scandale ?
Vous avez repris, sans les commenter, les fake news de Benyamin Netanyahou accusant le Hamas d’avoir tué Shiri Bibas alors qu’il n’y a strictement aucun doute : elle et ses deux bébés sont morts dans un des innombrables bombardements sur Gaza (50 000 tonnes de bombes, la nouvelle a dû, elle aussi, vous échapper) et il est miraculeux qu’il n’y ait pas plus d’Israéliens tués vu la violence des bombardements aveugles. Vous ne vous faites même pas l’écho des familles israéliennes qui accusent Netanyahou d’avoir délibérément sacrifié leurs proches.
Votre conduite est l’un des éléments de l’effondrement moral en France (et dans d’autres pays) qui rappelle à l’UJFP, association juive antisioniste, l’effondrement moral de la France en 1940. Cette confiscation d’une véritable information alimente la montée du néofascisme.
Vous portez une lourde responsabilité.
La Coordination nationale de l’UJFP, le 25 février 2025