Proposition de loi Yadan : lettre à la Présidente de l’Assemblée nationale

haddad Proposition de loi Yadan : lettre à la Présidente de l’Assemblée nationale

Madame la Présidente de l’Assemblée nationale, j’ai eu connaissance il y a quelques jours du dépôt d’une proposition de loi, qui viserait sous une forme ou une autre à assimiler l’antisionisme à l’antisémitisme. Il y a aujourd’hui dans le monde juif, des centaines de milliers se déclarant antisionistes, parmi lesquels je me compte.

Chère Madame la Présidente de l’Assemblée nationale,

J’ai eu connaissance il y a quelques jours du dépôt d’une proposition de loi par la députée Caroline Yadan devant venir à discussion dans quelques jours au sein de l’Assemblée. Cette loi viserait sous une forme ou une autre à assimiler l’antisionisme à l’antisémitisme.

J’ai cru d’abord qu’il s’agissait d’un gag d’un de nos talentueux chansonniers. Puis est venue une tribune dans le journal « Le Monde » d’une personne de nationalité israélienne, qui fut professeur de sociologie dans les universités israéliennes et à laquelle tous nos médias tendent sans cesse un micro que la qualité de ses travaux ne justifie pas. J’ai alors compris la gravité de la démarche que son ridicule ne sauve pas.

Peut-être devrais-je d’abord me présenter. Je suis de confession juive, ayant une certaine pratique de cette religion. Vous me pardonnerez la présomption d’affirmer que parmi les intellectuels de ce pays, je suis une des personnes ayant la meilleure connaissance du judaïsme comme l’atteste mon parcours. Médecin, j’ai consacré ma thèse de médecine à la question de la santé mentale dans le Talmud, thèse soutenue en 1977 à l’Université Paris Saint Antoine. Cette thèse fut publiée en ouvrage ayant eu un certain succès et des traductions. Quelques années plus tard, j’ai soutenu mon diplôme de psychiatre par un travail sur les rites alimentaires juifs qui deviendra un livre connu sous le titre « Manger le Livre ». J’ai également publié un ouvrage sur Maïmonide aux Belles Lettres, avant de passer un DEA de philosophie sur le même auteur à l’Université Paris 1 Sorbonne, préliminaire à une thèse de philosophie sur le fratricide de Caïn dans la Bible, soutenue en février 2024.

Par adhésion au sionisme et par conviction j’ai immigré en Israël où, malgré mille difficultés, je suis devenu chef d’un des services de l’Hôpital psychiatrique de Beer Cheva. J’y ai vécu pendant 3 années. Dans cette même période, j’ai donné un cours en master, en tant que chargé de cours, à l’université de Tel-Aviv, sur « L’école structurale française ». Toute cette activité évidemment en hébreu. J’ai aussi traduit de l’hébreu l’autobiographie de Eliezer Ben Yehuda. Ce séjour en Israël, devant le spectacle de la violence et des injustices m’a éloigné du sionisme et j’ai préféré rentrer à Paris. Je n’en reste pas moins très attaché à mon judaïsme.

Parmi les personnes les plus virulentes contre les critiques d’Israël, les antisionistes, plusieurs d’entre elles vivaient en Israël où elles occupaient des positions confortables et qui ont délaissé le supposé abri pour les juifs, pour venir trouver refuge à Paris. Je pense à Eva Illouz, professeur de sociologie en Israël, désormais confortablement installée à Paris où elle vend son abondante prose. Israël n’est donc pas le refuge qu’elle nous vante ? Je pense à la responsable du virulent groupe RAA, Régine Weintrater, dont le mari fut un haut fonctionnaire du ministère de la défense israélien. Eux aussi ont choisi la France comme refuge tout en claironnant les mérites d’Israël qu’ils ont pourtant quitté depuis des années. Beaucoup des personnes de ces cercles n’ont qu’une connaissance très vague du judaïsme comme le disait dans une vidéo M. Einthoven.

Dois-je vous rappeler, que le sionisme n’est qu’une idéologie à laquelle on peut adhérer en devenant sioniste, indifférent ou asioniste ou rejeter s’affirmant antisioniste. J’ajoute que je ne souhaite en aucun cas, la destruction de l’État d’Israël mais que cet État se donne une constitution qui accorderait l’égalité des droits à tous ceux qui vivent sur ce territoire comme le souhaitait déjà Eliezer Ben Yehuda, le père de l’hébreu moderne.

Il y a aujourd’hui dans le monde juif, en particulier aux USA mais aussi en France, des centaines de milliers, voire des millions de juifs se déclarant antisionistes. Et l’Assemblée nationale voterait une loi déclarant antisémites ces foules de juifs, parmi lesquels je me compte ? Les limites du ridicule seraient franchies, et ce franchissement porte un nom : déshonneur.

Croyez chère Madame la Présidente de notre Assemblée nationale, l’expression de mon respect et de mon dévouement à notre pays.

Dr Gérard Haddad.