L’Union Juive Française pour la Paix répond à un article pamphlétaire de Nora Bussigny, qui sous-entend que l’organisation antiraciste soutiendrait le terrorisme et tente de délégitimer son action et son soutien à la cause palestinienne.
Par l’Agence Média Palestine, le 13 février 2026
“Les accusations diffamatoires portées dans cet article visent manifestement à empêcher l’aide humanitaire indispensable à la société gazaouie, le procédé est indigne, il n’y parviendra pas.”
C’est dans ces mots que l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP) répond à un article paru mardi dernier dans le journal Le Point, dans lequel la polémiste Nora Bussigny met en cause l’organisation, qu’elle soupçonne de terrorisme.
Alors qu’une offensive médiatique se déchaîne à l’encontre des soutiens à la Palestine, du co-fondateur d’Urgence Palestine qui a vu le gel de ses avoirs renouvelé jusqu’à la rapporteuse à l’ONU Francesca Albanese dont le ministre Jean-Noël Barrot exige la démission, c’est maintenant une organisation juive anticoloniale qui se trouve mise en cause pour sa solidarité.
Un manque de rigueur journalistique au service d’une rhétorique dangereuse
Nora Bussigny, rédactrice au Point et à Franc-tireur, multiplie depuis deux ans les articles à charge contre le mouvement de solidarité avec la Palestine, développant une thèse qu’elle expose dans son dernier livre paru, “Les nouveaux antisémites”.
Dans ce livre comme dans ces articles, une confusion volontairement entretenue entre critique d’Israël et antisémitisme se mêle à des imprécisions et raccourcis pour former un récit bancal et diffamatoire. C’est ce que révèle une enquête d’Élodie Safaris parue dans Arrêt sur images, qui met en cause la rigueur journalistique de Bussigny, pointant des inexactitudes et un manque de contradiction qui feraient de l’écrit de Bussigny un “pamphlet idéologique” plutôt qu’un ouvrage de recherche.
En réalité, le travail de Bussigny est avant-tout au service d’une théorie du “nouvel antisémitisme”, un courant de pensée “qui affirme que l’antisémitisme aujourd’hui ne serait plus produit par la droite, l’extrême-droite, le nationalisme et les rapports de domination qu’il institue, mais par les populations arabes et musulmanes issues de l’immigration post-coloniale et la gauche”, comme nous l’expliquait le porte-parole du collectif juif décolonial Tsedek! Simon Assoun, interrogé par l’Agence Média Palestine en mai dernier.
“Cette théorie du ‘nouvel antisémitisme’ est intimement liée à l’évolution de la perception d’Israël par les populations occidentales. C’est une notion qui émerge dans les années 70 et par la suite, à un moment où l’image de l’État israélien commence à se détériorer, et où la question palestinienne et la question coloniale émergent sur le devant de la scène. Encore une fois, il faut comprendre l’apparition de cette notion de ‘nouvel antisémitisme’ dans son contexte, comme une réaction et comme un outil de propagande lancé par les autorités israéliennes. Là où ça va rejoindre les intérêts des pays occidentaux, c’est que ça va permettre de criminaliser, et de rendre illégitimes dans le débat public les populations issues de l’immigration coloniale qui portent les luttes politiques de l’immigration.”
C’est cette rhétorique qui se trouve au coeur de la proposition de loi Yadan, qui prétend lutter contre les “formes renouvelées” d’antisémitisme mais tend, pour de nombreux analystes et défenseur-euses des droits, à museler toute parole de solidarité avec le peuple palestinien.
Des attaques “tous azimuts”
Dans son dernier article paru au Point, Nora Bussigny s’en prend à l’organisation juive anticoloniale UJFP, qui mène une action de sensibilisation en France et des actions de solidarité en Palestine.
Nora Bussigny affirme que l’UJFP est visée par une enquête préliminaire du parquet national antiterroriste, à la suite d’une plainte déposée par l’association Contre la haine, l’anti-sémitisme et le racisme (Char). Interrogée par l’Agence Média Palestine, la porte-parole de l’UJFP Béatrice Orès explique que l’UJFP n’a reçu aucune information à ce propos.
Béatrice Orès remarque que des attaques similaires visent l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), dans ce qu’elle qualifie d’ “attaques tous azimuts”. “Les allégations de cette pseudo-journaliste font partie d’une offensive généralisée à l’encontre des soutiens à la Palestine, pour tenter de faire oublier la complicité internationale dans le génocide perpétré par Israël à Gaza.”
Elle y voit aussi une offensive qui vise à discréditer la gauche, et notamment la France Insoumise, alors que se rapprochent les élections municipales. “Ou alors, est-ce une riposte à la plainte pour complicité de génocide déposée contre X et qui a eu pour effet l’émission de mandats d’amener à l’encontre de Mmes Nili Kupfer-Naouri et Rachel Touati ?”, s’interroge Béatrice Orès.
Malgré les attaques, la solidarité avec Gaza continuera
Au cœur des accusations visant l’UJFP, il y a l’accusation diffamante que celle-ci financerait le terrorisme. “L’UJFP soutient depuis 2016 des paysans de Gaza et leur a permis à travers la solidarité française de construire un château d’eau, irriguer des champs, construire une pépinière.”, nous expliquait Pierre Abécassis en août dernier.
“Nous travaillons avec notre réseau sur place pour permettre aux paysans d’exercer leur métier, en réponse au blocus israélien. Puisque Gaza était assiégée, l’agriculture était essentielle. La terre de Gaza est fertile, à condition qu’il y ait de l’eau : nous avons donc construit, grâce aux dons récoltés en France, un château d’eau à Gaza”, poursuivait-il.
Si les infrastructures soutenues par l’UJFP à Gaza ont été détruites par les bombardements israéliens au cours des deux années passées de guerre génocidaire, l’association continue de récolter des fonds pour répondre aux demandes d’urgence de la population gazaouie et plus particulièrement des paysans démunis.
“À l’instar du gouvernement israélien qui accuse systématiquement les ONG humanitaires et qui menace d’interdire 37 de ces ONG en Palestine, en les accusant de terrorisme, le journal Le Point joue la même partition en discréditant l’action de l’UJFP par la formulation de graves amalgames”, répond l’UJFP dans une tribune parue ce matin dans l’Humanité, rappelant que “dans un contexte aussi sensible, la rigueur de l’information, le respect des faits et la préservation des principes humanitaires apparaissent plus que jamais indispensables pour éviter les amalgames et garantir que l’aide parvienne à celles et ceux qui en ont le plus besoin.”








