Miracle de Noël ? Nous venons d’apprendre qu’un 4e jugement a été rendu par la justice dans cette triste affaire ! Une fois de plus la mairie de Deuil-la-Barre a été encore condamnée mais cette fois l’astreinte pour l’exécution du jugement a été portée à 10 000€ par jour. À ce « tarif », la mairie s’est exécutée rapidement comme on peut le voir sur ces images tournées par David François lui-même : https://www.facebook.com/share/r/1EmCDiqm8K/. C’est une victoire du droit et du vivre ensemble contre ceux qui s’acharnaient sur une famille au prétexte de leurs origines. Une victoire contre le racisme.
12 décembre dernier, une manifestation rassemble plusieurs centaines de personnes dont un grand nombre de « Gens du Voyage » dans une commune du Val d’Oise (23 000 habitants au dernier recensement) à Deuil-la-Barre à environ 10 km au nord de Paris…

Une manifestation qui a fait beaucoup de bruit par son ampleur dans les rues de cette petite ville tranquille. Elle s’est dirigée vers la mairie gardée par un cordon de policiers harnachés et armés de flashballs : ils en interdisaient l’accès, la maire ayant refusé de recevoir une délégation des manifestants. Et c’est ainsi que les médias locaux vont apprendre au public une bien curieuse, triste et furieusement banale histoire : une famille de Gens du Voyage est prisonnière chez eux, l’accès à leur terrain étant bloqué par des blocs de béton depuis plus de 4 mois !
Ledit terrain avait été acheté en toute légalité à la mairie de Deuil-la-Barre par un Monsieur David François voici plus de 10 ans. Il y a installé sa famille, c’est à dire sa femme, Marie-Lise Taicon et lui-même, leur fils et son épouse ainsi que les enfants de ces derniers. Tout se serait bien passé si la maire n’avait découvert un peu plus tard que ce monsieur au nom tout à fait gaulois faisait partie de ce qu’on appelle « les Gens du Voyage », c’est-à-dire – Grands dieux – des « Tziganes » ! (En fait, la famille François est d’origine yéniche – une minorité semi-nomade d’Europe centrale – et rrom-hongroise. Leur nom de famille, Frantz, a été francisé au moment de leur naturalisation). Pas question d’avoir ces gens, des délinquants, voleurs de poules, trop bruns et aux coutumes bizarres sur notre commune ont alors décidé la maire, Muriel Scolan (DVD) et son conseil municipal !
Ritchy Thibault, journaliste à Lundimatin a réalisé un reportage très détaillé (lundimatin#501 du 16 décembre 2025) sur cette affaire où il explique que, « la plupart du temps, quand les services des municipalités identifient des noms comme étant des noms de familles de « Gens du Voyage », lors d’offres d’achat de terrain privé, elles font préempter ces derniers pour éviter d’avoir des citoyens indésirables sur leur commune ».
Les ennuis de la famille François avaient rapidement commencé : en 2014, alors que la famille revenait de quelques mois de déplacement, ils découvrent leur portail fracturé et leurs cabanons de stockage de matériel endommagés (père et fils sont artisans couvreurs). Renseignement pris en mairie, l’adjoint au maire leur aurait expliqué qu’ils voulaient éviter l’installation de migrants dans leur commune, ajoutant « On ne veut pas de gens comme vous chez nous ».
Il y a 4 mois, afin de leur rendre la vie impossible et donc les faire partir, le conseil municipal, a pris une série d’arrêtés pour « travaux d’assainissement et de protection des espaces naturels » afin de bloquer aux François l’accès à leur terrain. Celui-ci étant mis sous surveillance vidéo contrôlée par une société privée (le tout aux frais du contribuable deuillois).
Les nombreuses interventions de David François auprès de la municipalité pour faire valoir ses droits se sont toutes heurtées à l’intransigeance de la mairie ; sa maire refuse même de lui parler. David François a alors saisi la justice qui lui a donné raison à deux reprises, ordonnant à la maire d’enlever les blocs de bétons et la vidéosurveillance, de respecter leurs droits (passage, mode de vie), de payer les frais de justice et même ordonnant une astreinte pour tout retard à l’exécution du jugement… Comme souvent dans ce cas, la maire n’a rien fait… Mme la maire a tout simplement ignoré cette décision de justice !
Il faut dire que nous revenons de loin ! Deux ans avant la Grande Guerre, le 6 juillet 1912, notre République adopte une loi qui ne s’applique qu’aux « nomades » : Rroms (Gitans, Manouches, Sinti…), Yeniches, forains, saltimbanques, métiers ambulants…etc. La loi leur imposait d’avoir un carnet anthropométrique comprenant empreintes digitales, photographies, mensurations et signalement détaillé à présenter à tout contrôle de police ou de gendarmerie. Un fichage spécifique et discriminatoire qui va alimenter les pires rumeurs (« s’ils sont surveillés comme ça, ce n’est pas sans raison ! »). Ce carnet, sous différentes formes, et ce fichage seront supprimés… (tenez-vous bien) il n’y a seulement 9 ans (loi du 27 janvier 2017) !
Plus d’un siècle de régime administratif d’exception laisse des traces. Et à Deuil-la-Barre comme dans la majorité de nos communes les « Gens du Voyage » sont rejetés, indésirables et discriminés (logement, accès aux soins, à l’école…) et les lois de la République sont largement ignorées.
C’est donc pour cela que David François a décidé de rendre public ce déni de justice en organisant cette manifestation, en s’exprimant sur Facebook et en s’adressant à la presse : L’Écho Républicain, Gazette du Val d’Oise, Lundimatin…etc. et en particulier Le Parisien qui a réalisé un reportage vidéo publié sur YouTube.

(Voir la vidéo publiée sur YouTube)
David François a aussi déposé une pétition « Mme la maire de Deuil la barre : cessez de harceler les « gens du voyage » ! » qui a déjà réuni plus de 16 000 signatures ! (Je ne peux que vous suggérer de faire comme moi en y ajoutant votre nom).
Il y explique en particulier :
Je suis un entrepreneur, un père et un grand-père, je suis de nationalité française et je fais partie du groupe qu’on dit « Gens du Voyage ».
Je vis avec mes enfants et mes petits enfants au 29 rue Bourgeois sur la commune du Deuil la Barre, dans le val d’Oise près de Paris. Nous vivons dans des caravanes sur un terrain dont nous sommes propriétaires en bordure de forêt. En haut de notre terrain on voit tout Paris et la tour Eiffel. Et comme Noël approche nos enfants comme tous les enfants ont décoré un beau sapin de Noël au milieu de notre propriété.
Il y a quatre mois, Madame Muriel Scolan, Maire de Deuil la Barre a fait a fait poser d’énormes blocs de béton devant notre portail. Et une caméra pour filmer 24h sur 24 notre vie privée.

Dans sa pétition, David François relate aussi un évènement qui aurait pu se terminer tragiquement.
Ma femme a fait un infarctus, les secours ont été bloqués 500 mètres plus bas, parce que, il y a aussi des blocs de béton qui ont été installés à l’autre extrémité de la route. Et on ne pouvait pas l’emmener nous-même à l’hôpital. Grâce à Dieu elle s’est en sortie cette fois là. Mais qu’arrivera t-il la prochaine fois ?
Nous sommes mis en danger et privés de nos droits fondamentaux : l’école, le travail, la santé.
Comme de nombreux Rroms et Gens du Voyage la famille François fait face à une volonté politique, raciste, qui, faisant suite à un siècle de régime d’exception, cherche à les faire disparaître en niant leur existence et leurs droits : le cas de la famille François est loin d’être isolé. David François ne veut pas céder, refusant d’être traités, sa famille et lui, comme des sous-citoyens. Il a décidé de continuer à résister aux intimidations et vexations et poursuivre son combat judiciaire sous d’autres angles : mise en danger de la vie d’autrui, racisme… etc. Il espère aussi que d’autres discriminés entameront un combat semblable dans d’autres communes, entrainant un mouvement citoyen…
Michel Ouaknine
PS. Je n’ai pas utilisé le terme « antitziganisme » qui décrit la forme de racisme dont est victime la famille François. Préciser un type de racisme (islamophobie, antisémitisme, négrophobie…etc.) consiste à faire trop d’honneur à leurs auteurs : un raciste n’est qu’un vulgaire raciste qui aura toujours besoin de trouver des différences chez un autre afin de se croire supérieur, éventuellement pour masquer la vie minable qu’il/elle mène.







