Je m’excuse auprès de tous mes amis palestiniens. Je parle très peu d’eux dans ce livre. J’ai pourtant connu, comme beaucoup de solidaires, les check-points qui balafrent la Cisjordanie, les écoliers caillassés en allant à l’école et le souk d’Hébron attaqué en permanence par les colons. Et tous les jours, je reçois les nouvelles terrifiantes de Gaza où des milliers de civils ont été froidement assassinés.
J’ai choisi de m’adresser aux Juifs. Je me doute que, pour beaucoup d’entre eux je suis un « Juif traître ayant la haine de soi ».
Mais tôt ou tard, la faillite morale qui traverse une bonne partie de la société israélienne et ceux qui prétendent parler au nom des Juifs en France sautera aux yeux.
Tôt ou tard, le fait que le sionisme ne soit pas seulement une idéologie criminelle, mais aussi une impasse suicidaire, deviendra une évidence.
L’hypothèse de ce livre, c’est que le judaïsme, qu’il soit culturel ou religieux, n’a jamais été territorial. C’est parce qu’ils ont défendu, là où ils vivaient, leur identité que les Juifs ont été les parias de l’Europe.
L’idée que la solution à la persécution et au racisme ait été de construire un État ethniquement pur, État qui ne pouvait être obtenu que par une conquête coloniale et un nettoyage ethnique, a été une une erreur tragique.
Le suprémacisme et l’apartheid sont les conséquences de la sacralisation du territoire.
Le colonialisme de remplacement qui se déroule depuis un siècle en Palestine est une impasse. Dès 1967, Yeshayahou Leibowitz parlait de « judéo-nazis ». Les Juifs israéliens n’ont pas le choix. Ils doivent abandonner l’exclusivité de la possession de la terre et redevenir des humains normaux. Ils doivent redevenir juifs.




