Intervention de l’UJFP au rassemblement du 20 janvier 2026 contre la proposition de loi portée par Caroline Yadan

Yadan Intervention de l'UJFP au rassemblement du 20 janvier 2026 contre la proposition de loi portée par Caroline Yadan

Pourquoi nous devons continuer à nous battre pour que cette proposition de loi soit rejetée !

Mme Yadan n’a pas considéré approprié que d’autres Juives et Juifs que celles et ceux qui défendent la politique israélienne de manière inconditionnelle puissent s’exprimer dans le cadre de l’audition qu’elle avait programmée. Nous n’avons pas été invités.

Et pourtant ! Si nous juives et juifs anticoloniaux pouvions être écoutés ! Non seulement nous ne sommes pas écoutés mais pire nous sommes réprimés et insultés, pour ce que nous défendons : la dignité et l’égalité des droits pour toutes et tous et la fin du colonialisme en Palestine !

Et pourtant ! l’antisémitisme, c’est aussi notre combat. Nous injurier, nous réprimer ou ne pas nous donner la parole est un symptôme !

Hannah Arendt à son époque n’a pas non plus été écoutée. Elle a écrit, dans son texte « Pour sauver le foyer national juif : Si les non-sionistes avaient voulu agir comme de vrais réalistes dans la politique juive, ils auraient dû insister et insister encore sur le fait que la seule réalité permanente dans toute cette constellation était la présence des Arabes en Palestine, une réalité qu’aucune décision ne pouvait modifier, excepté peut-être la décision d’un État totalitaire appliqué avec la force brutale qui lui est propre. » Les méthodes que l’État d’Israël emploie à Gaza et en Cisjordanie font sérieusement penser aux méthodes d’un État totalitaire ! Mais en France, Yadan et consorts défendent cette politique.

Donc, nous devons insister et insister encore sur le caractère dangereux de cette PPL.

  • Elle est dangereuse car porteuse d’une assignation identitaire des Français juifs au soutien de l’État d’Israël et de sa politique. Elle est donc dangereuse pour les Français juifs qui ne s’identifient pas à cet État, alors que cette PPL prétend les protéger.
  • Elle est dangereuse pour les militants et militantes qui soutiennent les droits légitimes des Palestiniens dans le cadre du droit international, et qui se verraient infliger amendes et peines de prison à partir de critères vagues, d’apologie, même implicite, du terrorisme.
  • Elle est dangereuse pour les chercheurs, les universitaires et les étudiants qui travaillent sur l’analyse de la situation au Proche Orient.
  • Elle est dangereuse car elle est porteuse d’une police des idées et d’une atteinte à la liberté d’expression : la définition de l’antisémitisme de l’IHRA promue par cette PPL ne permet pas de combattre l’antisémitisme. Cette définition est utilisée à des fins répressives. Son inscription dans la loi constituerait une limitation délétère de la liberté d’expression indispensable au débat démocratique, tenterait d’effacer le génocide perpétré à Gaza et constituerait un blanc-seing pour l’extrême droite pour se laver de tout soupçon d’antisémitisme.
  • Nous devons insister et insister encore sur la fausseté de l’affirmation présente dans l’exposé des motifs : « la haine de l’État d’Israël est devenue consubstantielle à la haine des Juifs ». Cette affirmation revient à associer l’ensemble des citoyens et citoyennes revendiquant une identité juive aux politiques de cet État, sans prendre en compte la diversité de leur de la façon de se penser au monde. D’ordinaire, les lois antiracistes dans notre pays visent les discriminations contre les personnes, les insultes contre des personnes racisées, les violences contre des gens… Caroline Yadan voudrait avec cette proposition de loi pouvoir incriminer un « racisme » contre un État, ce qui est une aberration conceptuelle. Cette PPL fait évidemment partie d’une offensive largement soutenue par l’État d’Israël lui-même via la propagande qu’il a mise en place.
  • Nous insistons et insisterons encore : Oui, l’antisémitisme a augmenté, notamment depuis octobre 2023, mais la solution proposée dans cette PPL ne résout rien, elle ne fait qu’en prendre prétexte. Des propos ou agressions envers des Juifs sont observés, mais c’est notamment parce que le gouvernement français cultive l’amalgame que nous rejetons entre Israël et les Juifs dans le monde. Sans aucun respect pour toutes et tous les Juives et Juifs qui se dissocient d’Israël. Cette essentialisation nie la diversité de ce qu’est être juive ou juif. En ce sens, cette proposition de loi, en s’alignant sur cette stratégie, est porteuse d’antisémitisme.
  • Nous insistons et insistons encore : Non l’antisionisme n’est pas la nouvelle forme de l’antisémitisme. Nous avons montré, dans l’ouvrage « Antisionisme, Une Histoire Juive », la réalité et la puissance de l’opposition juive au sionisme lorsque cette idéologie a été développée à la fin du 19è siècle.
  • Nous insistons et insisterons encore : il n’est pas antisémite de se mobiliser pour l’égalité des droits entre Israéliens et Palestiniens « de la mer au Jourdain », ou encore de critiquer Israël en tant qu’État ou de se livrer à des comparaisons avec d’autres cas historiques de discriminations systémiques comme l’apartheid ou le colonialisme de peuplement.
  • Nous insistons et insistons encore : qui conteste effectivement l’existence de la Shoah si ce n’est celles et ceux qui se réclament notamment de l’extrême droite ? C’est donc essentiellement elles et eux qui devraient être poursuivi.es et non les soutiens du peuple palestinien qui ne contestent pas la Shoah mais exigent que ce qui se passe à Gaza soit bien reconnu comme un génocide. Est-ce que celles et ceux qui défendent cette PPL veulent laver la collaboration française et donc l’extrême droite ?
  • Nous insistons et insistons encore : nous ne souhaitons la destruction d’aucun État mais nous exigeons la fin du régime sioniste et son remplacement par un État prônant l’égalité des droits pour toutes celles et ceux vivant entre la mer et le Jourdain. Qui parle de détruire un État ? Ce sont les tenants de la défense inconditionnelle de l’État israélien qui revendiquent effectivement la destruction et l’éradication de l’État Palestinien !!. Prétendre que les critiques d’Israël veulent détruire l’État d’Israël, c’est faire une grande confusion entre ce que nous, Juifs et Juives antisionistes soutenons : la disparition de la nature raciste de « l’État nation du peuple juif », sa désionisation, concepts radicalement distincts de toute destruction physique de ses habitants juifs.
  • Nous insistons encore : le principe de cette proposition de loi est en soi un exemple de colonialisme, profondément ancré dans la société française.
  • Nous insistons et insistons encore : la lutte contre l’antisémitisme, au quotidien, ne peut se confondre avec le soutien aux criminels israéliens. Cette confusion ne protège pas les Juifs, elle les expose ! 

L’UJFP se dresse, aux côtés des antiracistes, des antifascistes et des solidaires de la Palestine, contre cette proposition liberticide qui vise à invisibiliser la lutte des Palestiniens, à leur retirer même le droit de se révolter contre l’occupation et à retirer à leurs soutiens en France le droit de protester.

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