Le commissaire allemand chargé de l’antisémitisme appelle à l’interdiction de Voix juive pour une Paix juste au Moyen-Orient

Judische Stimme fur gerechten Frieden in Nahost Voix juives pour une paix juste au Proche Orient Le commissaire allemand chargé de l’antisémitisme appelle à l’interdiction de Voix juive pour une Paix juste au Moyen-Orient

Notre association soeur en Allemagne, Jüdischen Stimme für gerechten Frieden in Nahost, est depuis longtemps dans le collimateur de la répression qui sévit en Allemagne contre le mouvement de soutien à la Palestine. Les autorités allemandes, fidèles alliées d’Israël et de son génocide, sont particulièrement hérissées par la participation d’associations juives à ce mouvement.

Elle vient de subir une vile attaque de la la part du commissaire chargé de l’antisémitisme de l’État de Hesse (un chrétien sioniste ancien adjoint au maire de Francfort), qui appelle à son interdiction.

Elle a rédigé un communiqué de résistance, que nous avons traduit et que nous publions avec tout notre soutien.

***

Le 30 janvier 2026, Uwe Becker, le commissaire chargé de l’antisémitisme pour l’État fédéral de Hesse etshomme politique du parti conservateur, a publié un communiqué de presse sur le site de la Chancellerie d’État dans lequel il a appelé à l’interdiction de Jewish Voice “aussitôt que possible”. Le fait que quelqu’un chargé de “protéger la vie juive” et de “combattre l’antisémitisme” veuille interdire une organisation juive ne manque pas d’ironie. Becker nous accuse « d’incitation à l’antisémitisme », au même moment où un chrétien allemand attaque un groupe juif. Nous considérons que cette exigence n’est pas seulement grotesque et autoritaire mais aussi antisémite.

Ce comportement n’est pas particulièrement surprenant de la part de Becker, qui soutient fanatiquement Israël et qui est l’ancien président de la Société germano-israélienne (la plus grosse organisation de lobbying d’Allemagne). Depuis des années, il appelle à l’interdiction de tout événement important pour la Palestine à Francfort. En août 2025, il a embarrassé la municipalité à deux reprises en la persuadant d’interdire la manifestation de masse United4Gaza, sur la base d’une estimation totalement infondée d’un risque. Deux jugements ont infirmé l’interdiction et ont réprimandé la ville de Francfort pour avoir négligé les principes démocratiques.

Becker a défendu le génocide en Palestine à d’innombrables occasions. Nous avons écrit ailleurs comment, en septembre 2024, il a rendu honneur à des soldats rentrant en Allemagne en ayant servi à Gaza, en leur donnant un trophée de la forme du Grand Israël. Il a aussi appelé à la dissolution de l’UNRWA et a soutenu l’affamement qui a suivi, de la population déjà mal nourrie de Gaza.

En mai 2023, le tribunal administratif de Francfort a jugé que Becker, pendant qu’il était maire-adjoint en 2019, avait violé son obligation d’objectivité en exigeant l’annulation de la tenue d’un débat sur « Liberté d’expression au lieu de censure ». Il avait violé non seulement la liberté d’expression des participants mais aussi le droit du public de se former sa propre opinion librement (là aussi, le titre du débat comportait une certaine ironie). Une des intervenantes de cet événement sur la Palestine était Judith Bernstein, qui est morte en novembre 2025 ; elle était membre du groupe de dialogue juif-palestinien de Munich et ancienne présidente de notre groupe ; ses parents avaient été chassés d’Allemagne par les Nazis en 1935. Elle soutenait le mouvement BDS, raison pour laquelle Becker avait écrit dans le communiqué de presse qui s’est révélé contraire à la loi : « Quiconque offre une plateforme à ces gens, fait la promotion de l’antisémitisme dans notre pays ».  Il n’y a donc rien de nouveau dans le fait que Becker, en tant qu’Allemand non-juif calomnie des Juifs comme antisémites, dont beaucoup ont des histoires familiales marquées par l’holocauste.

Considérant que Becker porte de façon in appropriée une kippa dans beaucoup d’apparitions publiques, on a l’impression qu’il ne veut pas seulement déterminer qui a le droit de parler en tant que Juif, mais aussi se présenter lui-même comme Juif. Ce faisant, il assume le rôle de victime dans sa dangereuse agitation contre les traitres à la « raison d’État » pro-Israël de l’Allemagne et se positionne lui-même comme plus « Juif » que les Juifs qu’il persécute. Des groupes juifs, en particulier, peuvent déstabiliser le fondement idéologique de sa politique, qui fait d’eux une épine spéciale dans le pied d’un soi-disant commissaire chargé de l’antisémitisme tel Becker. Il incarne le christianisme sioniste antisémite en même temps que le philosémitisme allemand plein de zèle, qui confère un sens de supériorité morale fondé sur une compensation et une purification toutes deux supposées. De telles personnes veulent nous marginaliser et, ultimement, substituer à notre identité, une identité loyale envers l’État ; mais, pour citer le fameux chant de résistance yiddish « Mir veln zey iberlevn!, “Nous leur survivrons”.

Jüdischen Stimme für gerechten Frieden in Nahost

(Traduction SF pour l’UJFP)

***

German Antisemitism Commissioner Calls for Banning of Jewish Voice for a Just Peace in the Middle East, February 9, 2026

On 30 January 2026, Uwe Becker, the antisemitism commissioner for the federal State of Hesse and a Conservative Party politician, published a press statement on the website of the State Chancellery in which he called for the Jewish Voice to be banned “as soon as possible”. There is a certain irony in the fact that someone whose job is to “protect Jewish life” and “combat anti-Semitism” wants to ban a Jewish organization. Becker accuses us of “antisemitic incitement” at the same time that he, a German Christian, is attacking a Jewish group. We consider this not only a grotesque and authoritarian demand, but also an antisemitic one.

This behaviour is not especially surprising coming from Becker, a fanatical supporter of Israel and former president of the German-Israeli Society (the largest Israel lobby organization in Germany). For years, he has been calling for a ban on every major Palestine event in Frankfurt. In August 2025, he embarrassed the city twice by persuading it to ban the United4Gaza mass demonstration on the basis of a completely unfounded risk assessment. Two courts overturned the ban and reprimanded the city of Frankfurt for disregarding democratic principles.

Becker has defended the genocide in Palestine on countless occasions. We have written elsewhere about how, in September 2024, he honoured returning soldiers who had served in Gaza with a trophy in the shape of Greater Israel. He also called for the dissolution of UNRWA and supported the further starvation of Gaza’s already malnourished population.

In May 2023, the Frankfurt Administrative Court ruled that Becker, during his tenure as deputy mayor in 2019, had violated his obligation to objectivity by demanding the cancellation of the discussion event “Freedom of Expression Instead of Censorship”. He had violated not only the freedom of expression of the participants, but also the public’s right to form their own opinions freely (here too, the event’s title adds a certain irony). One of the speakers at this event on Palestine was Judith Bernstein, who died in November 2025, a member of the Jewish-Palestinian Dialogue Group in Munich and a former chairwoman of our association, whose parents had been expelled from Germany by the Nazis in 1935. She supported the BDS movement, which is why Becker had written in the press release that was found to be unlawful: “Anyone who offers these people a platform is promoting antisemitism in our country.” It is nothing new, then, that Becker, as a German non-Jew, slanders Jews as antisemites, including many whose family histories have been marked by the Holocaust.

Considering that Becker inappropriately wears a kippah at many public appearances, one has the impression that he not only wants to determine who is allowed to speak as a Jew; he also presents himself as a Jew. In doing so, he assumes the role of victim in his dangerous agitation against traitors to Germany’s pro-Israel “reason of state” and positions himself as more “Jewish” than the Jews he persecutes. Jewish groups in particular can undermine the ideological foundation on which this policy is based, which makes them a particular thorn in the side of so-called antisemitism commissioners like Becker. He embodies antisemitic Christian Zionism along with zealous German philosemitism, which confers a sense of moral superiority based on a supposed compensation and purification. Such people want to marginalise us and ultimately replace our identity with one that is loyal to the state; but, to quote the famous Yiddish resistance song: “Mir veln zey iberlevn!” (We will outlive them).