Un navire dédié à la création, à la mémoire et à la résistance culturelle. Un espace de diffusion et de création mouvant qui reliera des acteurs.trices culturel.le.s du monde entier aux artistes palestinien.ne.s dans les ports d’escale autour de la Méditerranée pour faire rayonner la solidarité bien au-delà des vagues !

Ces superbes intentions, voire objectifs, sont décrits dans le projet du Centre Culturel Embarqué qui souhaite briser aussi le blocus des imaginaires et dédier un navire à la résistance culturelle pour libérer notre mer Méditerranée de ce qu’elle est en train de devenir : une barrière et un cimetière. Cet espace mobile d’échange artistique participera à briser les frontières illégitimes qui étouffent les imaginaires. Altermidi a rencontré Émilien Urbach, un de ses fondateurs, par ailleurs journaliste à l’Humanité et ancien skipper de la précédente flottille.

Pouvez-vous revenir sur la genèse de ce projet, ce qui en fait l’originalité et les raisons qui le rendent nécessaire aujourd’hui ?
E. Urbach : Ayant été skipper et journaliste sur un des bateaux de la flottille en septembre, au retour j’ai constaté la fragilité du récit, de la mémoire du mouvement dans la mesure où nous étions obligés de passer à la mer tout ce qui constituait des informations qu’en aucun cas l’armée israélienne devait récupérer. J’ai même vu un ami avaler sa carte SD de photos pour éventuellement pouvoir la conserver ! Donc conserver la mémoire de ce mouvement est essentiel.
Ensuite en général l’implication des artistes dans le mouvement des flottilles était surtout du côté du « faire valoir » et pas de la création, mon expérience avec S.O. S Méditerranée m’a permis de réfléchir autrement. Nous avons travaillé autour du blocus culturel qui touche les artistes palestiniens et sur la nécessité de médiatiser, de diffuser de faire exister la création palestinienne de façon spécifique. Donner une place et une lisibilité réelle à toute la création palestinienne.
L’originalité de ce projet c’est qu’il fait un pas de côté par rapport aux objectifs premiers des flottilles, ce qui a pu provoquer quelques réticences et nous a obligé à gérer ce projet dans le sillage des flottilles mais de façon un peu autonome. On dialogue avec l’ensemble des flottilles tout en développant un lien avec tous les lieux, les formes et les ancrages du mouvement de solidarité avec la Palestine. On ne dépend d’aucune flottille en particulier, même si chacune a pu signer notre appel. Nous souhaitons simplement être prêts à partir ensemble. Quoi qu’il en soit, nous restons au service du mouvement des flottilles

Concrètement, quelles implications cela a-t-il sur le déroulement des opérations en mer ?
Le projet consiste à s’arrêter avant la « ligne rouge », c’est-à-dire le point où l’armée israélienne intercepte généralement les bateaux — une situation à laquelle nous sommes désormais habitués. L’objectif est ensuite de continuer à faire vivre l’initiative à travers notre présence dans les différents ports, d’abord pour témoigner, puis pour prolonger cette mobilisation à terre.
Pour conserver la mémoire, on distribuera à chacun des bateaux ce que l’on appelle pour l’instant « un sachet de conservation » qui comporte un carnet de bord, des notes, avec un appareil photo pour réaliser des marathons photos en temps réel. Avec l’idée de récupérer toute la matière quand on approchera de la zone dite, à peu près à 200 000 miles des côtes de Gaza.
Ensuite à nous de faire fructifier tout ce matériel d’abord dans les différents ports où nous ferons escale puis dans différents lieux culturels à partir des partenariats que nous aurons construits avec des structures avant de partir et qui vont s’étendre.
À bord du ketch de 12 mètres, nommé Hétérotope, nous prévoyons un équipage de 5 artistes et 3 matelots, avec la possibilité de rotations lors des escales, ce qui devrait nous permettre d’accueillir entre 15 et 20 participants sur le projet en mer. Depuis le bateau, nous établirons également des échanges avec des artistes palestiniens restés à terre, afin de ne pas les exposer à des risques.
L’idée est aussi que ce projet provoque des démarrages de création, des amorces de réflexions les artistes pourraient travailler en binômes selon les disciplines, on peut imaginer des correspondances, un travail vidéo, photographique, théâtrale, l’imaginaire créatif est ouvert !

Le soutien à ce projet s’ancre particulièrement dans le monde du travail ?
Nous avons lancé un appel en ligne, paru dans l’humanité qui a particulièrement bien marché et a été signé par des « grands noms », des artistes renommés mais également par des sections syndicales comme la fédération CGT du spectacle vivant, celle des cheminots de la région PACA, des comités d’entreprise, des CCAS, c’est le monde du travail qui va permettre que ce projet existe !
En développant des partenariats avec ce type de structures on s’engage aussi à un retour, à terre justement après la mission, ça s’appelle la diffusion et ça peut prendre plein de formes : un musée éphémère, des productions théâtrales des courts métrages, des expositions photos pour surtout donner de la force et de la puissance à la Culture Palestinienne en la promouvant par exemple dans un centre de vacances d’un CCAS ! C’est balbutiant, c’est un début, une première, step by step comme disent les palestiniens.

Où se trouve le bateau ?
Pour l’instant il est à Sète, on va le convoyer jusqu’à l’Estaque pour le préparer. Tout cela nécessite un autofinancement qui dépend largement de la collecte qu’il n’est pas simple d’abonder en ce moment donc l’appel est lancé pour alimenter la cagnotte ! »
Recueilli par Brigitte Challande
Soutenir Le Centre Culturel Embarqué








