Ce que j’aurais voulu dire au grand rassemblement antiraciste de Saint-Denis, le 4 avril 2026

banderoleujfpantiracisme Ce que j’aurais voulu dire au grand rassemblement antiraciste de Saint-Denis, le 4 avril 2026

Aujourd’hui est un moment historique où nous fêtons, avec tous les maires de Seine-Saint-Denis héritiers de l’immigration coloniale, la mise à jour du racisme systémique dont nous ne voulons plus.

Les réactions lamentablement racistes qui se sont répandues sur les médias sont révélatrices. Elles révèlent la réalité du danger de l’extrême droite mais surtout le vieux fonds raciste de la société française. Les rats plastronnent sur les navires qui ont emmené dans leurs cales des millions de nos sœurs et frères d’Afrique vers les plantations esclavagistes de France et d’outre-mer.

Les indépendances des années cinquante-soixante n’ont pas effacé plus d’un siècle de colonialisme raciste, parce que la France a tout fait pour maintenir son pré carré en Afrique. Même si elle est maintenant doublée par d’autres puissances vers lesquelles se tournent les équipes au pouvoir en Afrique de l’Ouest notamment lorsqu’elles se détachent de la France, cette dernière tente de s’accrocher, à coups de contrats juteux et petits arrangements entre amis.

Le pillage des richesses des pays colonisés a fait la prospérité de la France et même si ces richesses sont restées aux mains des possédants, c’est tout le peuple de France qui a profité de ce privilège blanc.

Le mépris et l’asservissement des colonisés ont été un outil de domination des peuples assujettis, sans vergogne, avec la notion d’une supériorité fondée sur un plaquage des traditions des Nord jointe à une ignorance crasse des civilisations des Sud. Asservissement au sud et bourrage de crâne au nord : dès la plus tendre enfance on est nourris aux bienfaits de la colonisation auréolée de l’évangélisation et de la mise au pas des sauvages. D’où la diffusion massive d’un impensé raciste dans la France blanche.

Après, le pouvoir a relooké le discours, sans condamner pour autant la colonisation et même en gardant quelques colonies d’Amérique, des Caraïbes et de l’Océan Indien dans le portefeuille. Mais l’intox sur la supériorité a continué, masquée sous des proclamations antiracistes – genre le président de la République répondant juste qu’il a toujours critiqué le racisme quand on lui demande pourquoi il n’a adressé aucun message au Maire de Saint Denis qui s’est pris toutes ces injures de fond d’égout.

Alors il faut parler de l’antiracisme.

Nous à l’UJFP, sommes engagés, avec d’autres, dans l’antiracisme politique. C’est-à-dire qu’il ne suffit pas de proclamer des bons sentiments et de se dire antiraciste, avec un vieux fond de condescendance. Il s’agit de comprendre et attaquer un système qui non seulement discrimine ouvertement, mais qui maintient un subtil (pas si subtil en réalité) sentiment de supériorité blanche, dérogeant, dans les faits à la devise républicaine d’égalité. Un système qui fait que les héritiers de l’immigration coloniale et néocoloniale sont globalement dans une situation de citoyens de seconde zone.

L’antiracisme politique met en évidence le racisme inhérent au colonialisme qui n’a pas disparu avec les indépendances, qui a perfusé dans les appareils institutionnels, dans les services publics, dans l’éducation, dans les médias et, finalement dans les esprits – surtout quand l’extrême droite montante en fait son fonds de commerce.

À partir des migrations, des générations ont grandi en France. On a pu constater que des centaines de milliers de Français de parents ou grands-parents venus travailler dans les mines et les usines, dans les champs et les chantiers de construction des quartiers dans lesquels leurs familles ont été reléguées, ne se sentaient pas tout à fait français. Or, un passage s’est fait d’un état d’esprit victimaire à une revendication de cette qualité de Français à part entière. Et c’est ce que la nouvelle génération de maires noirs ou arabes manifeste aujourd’hui. Un pas est fait, qui ouvre des perspectives stimulantes, même s’il entraîne les réactions épidermiques que l’on sait, qui permet de dénoncer le racisme d’un État gangrené par l’extrême droite.

Accompagnons résolument  ces maires pour qu’ils puissent inverser les politiques municipales racistes dans le logement, l’éducation, les loisirs et le travail, dans des démarches farouchement démocratiques et égalitaires.