Film documentaire réalisé par Anat EVEN
France (tourné en Israël) 2026 1h18 VOSTF (hébreu)
Écrit par Anat Even, Ariel Cypel et Oron Adar
La projection du lundi 11 MAI à 20h15 sera suivie d’une rencontre avec la réalisatrice ANAT EVEN.
Soirée organisée par l’Union Juive Française pour la Paix et Palestine 33, en partenariat avec Les Amis du Monde diplomatique.
Pour cette soirée, prévente des places au cinéma à partir du Vendredi 1er Mai, Collapse est programmé du 6 au 26 Mai.
En même temps qu’un impressionnant moment de cinéma, à la mise en scène sèche, précise, non seulement réfléchie mais en perpétuel questionnement sur le sens de faire des images pour évoquer l’indicible et invisible horreur, Collapse est d’un courage moral et intellectuel remarquable. La réalisa-trice Anat Even a vécu de nombreuses années au kibboutz de Nir Oz, au nord-ouest du désert du Néguev, à proximité de la bande de Gaza – un des premiers frappés par le Hamas et ses alliés le 7 octobre 2023. Elle avait de nombreux amis dans ce lieu de vie, d’échanges et de culture, paradoxalement plutôt habité par des « colons de gauche », hostiles à Nethanyahou, à l’extension des colonies et à la répression aveugle du peuple palestinien. Ce jour-là, sur les 400 habitants de la communauté, plus de la moitié sont assassinés, enlevés ou portés disparus. Les premières images de Collapse errent dans les ruines désertées, qui témoignent de l’horreur de l’assaut. Et là, malgré son désarroi, malgré une douleur qu’elle ne cherche pas à dissimuler, la réalisatrice s’interdit d’enfermer son film dans la commémoration et le récit empathique des souffrances de ses compatriotes. Non qu’elle les ignore, bien au contraire, mais elle est parfaitement consciente que ce déferlement de violence n’est qu’un chapitre particulièrement effroyable de la longue et brutale histoire de la dépossession des terres du peuple palestinien. Tout comme elle est consciente de ce que va signifier la « riposte » de l’armée israélienne sur Gaza, de l’autre côté de la frontière toute proche. On ne parle pas encore de génocide en cette fin d’automne 2023 mais personne ne peut feindre d’ignorer qu’à l’image de la politique de colonisation continue des 80 dernières années – poussée à son paroxysme par la doctrine messianique adoptée par Netanyahou – son ampleur sera terrible. Gaza martyrisée, déjà coupée du monde, interdite d’accès, pri-vée d’image, interdite aux journalistes… Comment témoigner sans voir et sans se substituer aux voix palestiniennes ?
Alors Anat Even l’observe sous tous les angles, cette frontière au-delà de laquelle elle sait que les habitants ordinaires meurent sous les bombardements de « son » armée. Elle filme la banalité de la vie israélienne qui continue, comme si de rien n’était – qui intègre l’horreur. Anat Even affronte avec une lucidité impressionnante son intenable position, son impuissance à dé-passer ce hors champ impossible qui lui est imposé. Elle donne la parole à un médecin palestinien qui lance un appel déchirant depuis Gaza, se raccroche à la voix d’Ariel Cypel, son coauteur installé en France… mais tout la ramène au dérisoire de sa démarche – plus que minoritaire, tellement isolée dans la société israélienne (son film est d’ailleurs une production 100 % française…). Néanmoins, à travers son obstination à s’opposer, à filmer l’immontrable, Anat Even nous donne à voir un acte de résistance puissant. Et fait la preuve, presque malgré elle, que l’espoir n’est pas mort.






