À propos des Migrants et exilés Noirs, de leur invisibilité dans le débat public de la gauche durant la campagne présidentielle

georges gumpel thumb À propos des Migrants et exilés Noirs, de leur invisibilité dans le débat public de la gauche durant la campagne présidentielle

Hormis l’ensemble des leaders de la droite et de l’extrême droite qui se sont longuement exprimés sur la question des migrants et exilés noirs, les décrivant comme étant l’un des dangers civilisationnels majeurs qui menacent la France, la gauche – toutes tendances confondues – est restée muette à leur propos, se gardant d’exprimer à leur égard le moindre sentiment de solidarité, le moindre projet politique cohérent quant aux solutions à apporter à leur invisibilité organisée, à la chasse à l’homme permanente dont ils sont les victimes, à leur précarité. Pas un mot sur Frontex, cette milice européenne qui ne les gêne nullement.

L’antiracisme dont elle se pare n’est plus seulement un antiracisme compassionnel dépassé, type « Touche pas à mon pote ». Nous devons lui arracher ce masque vertueux, le nommer pour ce qu’il est réellement aujourd’hui devenu : un antiracisme contre-révolutionnaire. Français par excellence, héritier du colonialisme, jamais réglé à gauche.

Voir à ce propos le Programme du CNR dont le PCF clandestin est co-rédacteur, rendu public dès avant la Libération, en mars 1944, intitulé : Les jours heureux. Le point C, consacré à l’avenir de ce qui est nommé alors « l’Empire » précise souhaiter : « Une extension des droits politiques, sociaux et économiques des populations indigènes et coloniales ».
13 mots, 13 mots en tout et pour tout sont consacrés dans ce programme au futur des peuples colonisés, vivant sous le joug de la France, uniquement soucieux de la reconstruction de celle ci et et de son économie dévastée, de l’avenir de la seule population française.

C’est à la lumière de ces treize pauvres mots que nous devons comprendre le massacre des Tirailleurs
Sénégalais – prisonniers de guerre, mais internés en France à la demande des nazis, rapatriés au Sénégal ensuite, réclamant à juste titre le paiement de leurs soldes – perpétré à Thiaroye (village proche de Dakar) le 1er décembre 1944 puis, le 8 mai 1945 – le jour même de la capitulation nazie et la fin de la Seconde Guerre Mondiale – les bombardements de Setif, de Guelma et de Kherrata en Algérie. Indigènes ils étaient, indigènes ils devaient le rester. Nulle revendication de leur part, si légitime soit-elle, n’était tolérée.

Rien ne sépare idéologiquement le massacre de Thiaroye des noyades organisées aujourd’hui en Méditerranée des migrants noirs au mépris du Droit International, véritables crimes contre l’Humanité – quel que soit le nombre des victimes – avec la complicité active de la France. Rien n’explique mieux le silence assourdissant de ce qu’il reste de la gauche française à propos de l’accueil et la protection des jeunes femmes et hommes noirs – souvent mineurs – pauvres à l’extrême , venus de nos anciennes colonies, prétendument indépendantes mais toujours pillées par la France, victimes du Franc CFA, soumises aux diktats du FMI. Impuissante à penser ces femmes et ces hommes comme leurs égaux. Impuissante à penser un partage, à penser une communauté de combats. Incapable d’accepter que ce soient eux qui écrivent leur propre récit (un récit neuf, ancré dans le XXIe siècle), et qu’ils déterminent les formes de leurs luttes.

Le racisme systémique de la gauche à l’encontre des Musulmans dont les familles sont venues hier travailler en France, ce même racisme systémique à l’encontre des migrants et exilés noirs parvenant à atteindre les côtes méditerranéennes puis, à franchir la frontière française, sont de même nature. L’un et l’autre sont ancrés dans l’histoire coloniale de la gauche française depuis la Libération, peuvent être aujourd’hui qualifiés d’irréversiblement contre-révolutionnaires.

Les bases d’un antiracisme solidaire, inclusif, doivent être entièrement repensées, hors de ces vieilles structures qui ont aujourd’hui définitivement failli.
Nommer les Migrants et exilés noirs participe à la construction d’un mouvement décolonial et antiraciste politique, solidaire et solide, si nous souhaitons lutter efficacement contre le racisme et le fascisme qui vient.

Notre pays s’appelle Résistance !

Georges Gumpel

Lettre ouverte au ministre de l’intérieur Gérald Darmanin

georges gumpel thumb Lettre ouverte au ministre de l’intérieur Gérald Darmanin

Monsieur,
Vous venez de produire un pamphlet raciste et antisémite dans lequel, vous rappelez les propos antisémites de Napoléon 1er au sujet des dizaines de milliers de juifs en France a l’époque, pratiquant – selon Napoléon – l’usure et faisant maints troubles et réclamations.

Propos que vous reprenez à votre compte pour illustrer vos projets racistes cette fois dirigés contre nos frères musulmans1. Faisant d’une pierre deux coups – l’un islamophobe et l’autre antisémite. En réalité, l’expression du racisme absolu qui vous anime, que vous exprimez aujourd’hui tranquillement.

Il se trouve, Monsieur, que ma famille – maternelle totalement, paternelle pour moitié – est française et juive depuis toujours et que mes ancêtres n’ont jamais pratiqué l’usure, jamais occasionné ni trouble ni réclamation. Les uns s’appelaient Bloch d’autres, Mendel, Lévy, Gumpel, etc. Dans les célébrités familiales il y a un charcutier casher qui s’était installé rue des Rosiers ; il y a mon arrière grand-père maternel – Georges Mendel, dont je porte le prénom – inventeur du cinéma à la même époque que les Frères Lumière, inventeur des premiers appareils de synchronisation – film et chant photographie. Il a produit en 1907 le premier court métrage chanté en France de la Marseillaise… Nul banquier donc, nul conseillé du Prince, nul avocat, nul professeur à la Sorbonne !

Tous avaient quitté l’Alsace Lorraine après Sedan, s’étaient installés à Paris pour rester français, pratiquant (pour ceux qui étaient pieux) un judaïsme d’ordre familial des plus discrets. Tous avaient la nostalgie de l’Alsace-Lorraine perdue. Et nous possédons dans les archives familiales des photos de ma mère enfant, vêtue de l’habit traditionnel alsacien tenant dans ses mains une poupée, elle aussi en tenue alsacienne…. Une histoire qu’a parfaitement racontée le grand écrivain français Jean Richard Bloch dans son célèbre livre… ET COMPAGNIE.

Ma famille était française, rien que française. Elle avait une confiance aveugle en la France et elle ne pouvait imaginer qu’un jour, il se trouverait des hommes politiques capables de devenir leurs bourreaux. Nos bourreaux plus exactement puisque moi-même, je suis né en mars 1937…

Très certainement, votre filiation politique d’extrême-droite et votre racisme vous ont tenu éloigné des travaux du grand historien et résistant Marc Bloch, vous laissant ignorant de son célèbre testament écrit le 18 mars 1941 à Clermont-Ferrand où il enseignait encore . Permettez moi, Monsieur, de vous le faire connaître dans son intégralité :

«  Où que je doive mourir, en France ou sur la terre étrangère et à quelque moment que ce soit, je laisse à ma chère femme ou, à son défaut, à mes enfants le soin de régler mes obsèques, comme ils le jugeront bon. Ce seront des obsèques purement civiles ; les miens savent bien que je n’en aurais pas voulu d’autres. Mais je souhaite que, ce jour là — soit à la maison mortuaire, soit au cimetière —, un ami accepte de donner lecture des quelques mots que voici :

Je n’ai point demandé que sur ma tombe, fussent récitées les prières hébraïques, dont les cadences, pourtant, accompagnèrent, vers leur dernier repos, tant de mes ancêtres et mon père lui-même. Je me suis, toute ma vie durant efforcé, de mon mieux, vers une sincérité totale de l’expression et de l’esprit. Je tiens la complaisance envers le mensonge, de quelques prétextes qu’elle puisse se parer, pour la pire lèpre de l’âme. Comme un beaucoup plus grand que moi, je souhaiterais volontiers que, pour toute devise, on gravât sur ma pierre tombale c’est simples mots : Dilexit veritatem. C’est pourquoi il m’était impossible d’admettre qu’en cette heure de suprêmes adieux, où tout homme a pour devoir de se résumer soi-même, aucun appel ne fut fait en mon nom, aux effusions d’une orthodoxie, dont je ne reconnais point le credo. Mais il me serait plus odieux encore que dans cet acte de probité personne ne pût rien voir qui ressemblât à un lâche reniement. J’affirme donc, s’il le faut, face à la mort, que je suis né juif ; que je n’ai jamais songé à m’en défendre ni trouvé aucun motif d’être tenté de le faire. Dans un monde assailli par la plus atroce barbarie, la généreuse tradition des prophètes hébreux, que le christianisme en ce qu’il a de plus pur, reprit pour l’élargir, ne demeure-t-elle une de nos meilleures raisons de vivre, de croire et de lutter ? Étranger à tout formalisme confessionnel comme à toute solidarité prétendument raciale, je me suis senti, durant ma vie entière, avant tout et très simplement français. Attaché à ma patrie par une tradition familiale déjà longue, nourri de son héritage spirituel et de son histoire, incapable en vérité, d’en concevoir une autre où je puisse respirer à l’aise, je l’ai beaucoup aimée et servie de toutes mes forces. Je n’ai jamais éprouvé que ma qualité de juif mît à ces sentiments le moindre obstacle. Au cours des deux guerres, il ne m’a pas été donné de mourir pour la France. Du moins puis-je , en toute sincérité, me rendre ce témoignage : je meurs, comme j’ai vécu, en bon français. Il sera ensuite – s’il a été possible de s’en procurer le texte – donné lecture de mes cinq citations ».

Marc Bloch est arrêté à Lyon par la Gestapo le 8 mars 1944. Torturé et interné à la Prison de Montluc, il en est extrait le 16 juin avec 30 autres prisonniers. Tous emmenés en camion à Saint-Didier-de-Formans où ils sont abattus à la mitrailleuse dans un champ, quatre par quatre. Marc Bloch était membre du Comité Franc-Tireur, délégué régional des Mouvements Unis de la Résistance – MUR, collaborateur du journal clandestin Franc-Tireur.

Les affirmations exprimées de ce texte étaient celles de nombreuses familles juives françaises, de la mienne, des survivants ensuite, dès la Libération venue. Français et Juifs elles étaient, français et juifs elles le restaient malgré la trahison et les persécutions que la France et les nazis leur avaient infligées. Affirmations qui, aujourd’hui, pourraient paraître d’un patriotisme et d’un nationalisme désuets quand, en réalité, elles sont d’une extrême actualité puisque vous-même qui soupçonnez nos compatriotes musulmans ou supposés tels, de séparatisme, vous acceptez sans broncher des juifs français qu’ils puissent avoir une double nationalité – française et israélienne – (expression d’un antisémitisme absolu en dernière analyse) alors qu’en réalité nous sommes incapables, pour nombre d’entre nous, de concevoir un autre lieu où nous puissions respirer à l’aise comme l’avait admirablement exprimé Marc Bloch.
Quand bien même des gens de votre espèce tiendraient à nouveau des propos racistes – islamophobes et antisémites – d’une telle énormité.

Georges Gumpel

Enfant juif caché en 1943/1944 Fils d’Alfred Gumpel, arrêté fin juillet 1944 à Lyon, Interné à Montluc, déporté dans le Convoi du 11 août 1944 à Auschwitz où il y entre le 23 août 1944. Transféré à Mauthausen fin janvier 1945, il meurt à Melk le 10 avril 1945. Partie civile au procès de Klaus Barbie.

  1. Lire l’article de Mérôme Jardin[⇧]

Intervention de Georges Gumpel devant le tribunal de Lyon : « Solidarité totale avec Olivia Zemor ! »

GG2020 scaled jpg Intervention de Georges Gumpel devant le tribunal de Lyon : "Solidarité totale avec Olivia Zemor !"

Tout comme mon camarade Pierre Stambul à l’intérieur du tribunal, l’un et l’autre nous apportons à Olivia Zemor le soutien total de l’UJFP dans ce procès inique que lui intente TEVA.
Tous les deux, nous affirmons la légitimité absolue de boycotter Israël et les firmes israéliennes- quelle qu’en soit la nature – civile ou militaire.

TEVA est une entreprise sioniste et israélienne à part entière aujourd’hui plus que centenaire.
Elle fait partie intégrante du projet sioniste, puisqu’elle est créée en 1901 en Palestine (alors partie de l’empire Ottoman en déclin) ; elle s’est développée ensuite dans les années 1930 sous le Mandat britannique enfin, après la création d’Israël en 1948 .
Son développement est à ce titre intimement lié au projet sioniste dans son ensemble, au régime israélien d’apartheid dès cette époque, au régime d’occupation tout autant.
En effet, quelle que soit la nature d’une entreprise – civile ou militaire – son développement économique ne peut être étranger au régime politique dominant du pays.
TEVA est à ce titre une entreprise de premier plan qui s’est développée dans le cadre d’un régime politique et économique précis : celui du régime israélien d’Apartheid .
TEVA est ainsi partie intégrante du régime différencie de l’apartheid israélien puisse que nous savons que les Palestiniens en général, ceux résidant dans la bande de Gaza assiégée particulièrement, n’ont pas accès aux multiples médicaments distribués par TEVA et ses filiales, à tous les accès aux soins en général.
Les récentes entraves faites par Israël pour que les palestiniens aient accès à la vaccination contre la Covid -19 en témoignent, au mépris de la IVe Convention de Genève, de l’obligation faite à la puissance occupante de garantir l’accès aux soins des populations civiles vivant sous son occupation.

Prononcer alors le terme de Droit international APARTHEID signifie que nous avons toutes et tous conscience que nous nous référons à la qualification juridique de ce terme, je nomme – ici devant ce tribunal – sa qualification unique :


CRIME CONTRE L’HUMANITÉ.

Ce qui n’est pas rien !
TEVA donc est une entreprise israélienne de premier plan directement liée à la politique israélienne d’apartheid, à la politique d’occupation et d’oppression du peuple palestinien.
Une politique raciste, suprémaciste, entièrement dirigée contre le peuple palestinien tout entier, où qu’il se trouve.

Boycotter TEVA est à ce titre, tout à fait légitime.
Relève de l’hygiène politique élémentaire pour toutes les personnes empruntes d’empathie vis à vis du peuple palestinien opprimé.
Pour toutes les personnes soucieuses du respect et de la protection du droit international.
Pour toutes les personnes qui refusent que l’on persécute un peuple en le privant de ses droits inaliénables à vivre libre et indépendant sur ses propres terres.
Boycotter TEVA, entreprise israélienne de premier ordre, s’inscrit totalement dans l’appel à BDS lance en 2005 par la société civile palestinienne toute entière à la société civile mondiale et ce n’est pas par hasard que TEVA ait rapidement figuré dans la liste internationale établie par les camarades palestiniens des entreprises israéliennes à boycotter.
Liste diffusée alors par la campagne BDS France.
Reprise par les camarades d’Euro-Palestine et le Collectif 69 à Lyon dans leur démarche citoyenne.
Un matériel spécifique avait alors été édité à cet effet.

Reste un point important que je souhaite clarifier ici en tant que militant juif et antisioniste, membre de l’UJFP :
Boycotter Israël, les firmes et les produits israéliens où qu’ils soient produits où que soit domiciliée l‘entreprise israélienne – en Israël ou dans les Territoires Palestiniens Occupés – n’est ni un acte illégal ni un acte antisémite, contrairement à ce qu’affirment Israël, ses suppôts français, et les politiques français de tous bords amis et complices d’Israel. Non !
Nous ne devons pas accepter ce chantage éhonté, nous devons le dénoncer et le combattre fermement.
Soutenir les Palestiniens pour leurs droits légitimes,
Dénoncer la politique criminelle israélienne,
En expliquer la nature exacte,
Soutenir aujourd’hui la juste décision de la Cour Pénale Internationale, n’est en rien de l’antisémitisme.
Tout au contraire !
Nous devons dénoncer et rejeter fermement cette accusation malhonnête, affirmer nos droits, eux aussi légitimes, à dénoncer et lutter fermement contre un État – quel qu’il soit – qui pratique officiellement et impunément une politique criminelle qualifiée dans le Droit International de crime contre l’Humanité.
Un devoir dont nul ne peut se détourner.

Ce droit et ce devoir qu’assume aujourd’hui Olivia Zemor devant ce tribunal où elle est traînée par l’entreprise israélienne TEVA.

Merci.
Georges Gumpel le 16-03-2021

À propos de l’arrestation des quatre jeunes mineurs à Albertville

GG2020 scaled jpg À propos de l’arrestation des quatre jeunes mineurs à Albertville

11 NOV. 2020 | PAR GEORGES GUMPEL | BLOG : LE BLOG DE GEORGES GUMPEL

Pourquoi écrire cette histoire, ce matin où me taraude l’affaire de ces quatre gosses d’Albertville ? Comme eux, en 1943, nous étions des enfants ; comme eux, nous étions le bien le plus précieux de nos parents. Puissent ces modestes mots, cette réflexion sur notre rôle de témoin, de passeurs de mémoire, participer au réveil des consciences. Par Georges Gumpel, ex-enfant juif caché en 1943/1944. 

A la mémoire de mes parents.

À la mémoire de tous les acteurs de ce récit.

Souvent, des personnes bien intentionnées me demandent pourquoi je n’écris pas mes mémoires.

À chaque fois, je réponds que je n’en ai nulle envie, nul besoin surtout.

Et puis, principalement, que nous sommes au XXIe siècle et qu’il est temps de regarder le présent, de l’analyser, de le comprendre si nous voulons agir.

L’arrestation de ces quatre gosses m’interpelle et nous interpelle toutes et tous à plus d’un titre, est un basculement des valeurs jusqu’ici affirmées, le constat que, depuis ce matin fatidique du 5 novembre dernier, l’enfant n’est plus le capital le plus précieux de l’Homme, ici, en France. Qu’il peut être à nouveau arrêté à l’aube, place en garde à vue, loin de ses parents, accusé «d’apologie du terrorisme et de menaces de mort » rien que ça!

Cette énormité m’autorise à m’exprimer, hors des murs habituels des classes où sont réunis des jeunes élèves (confinement oblige) à m’adresser à un auditoire plus large à travers cet outil moderne que sont les réseaux sociaux. À raconter une bribe de mon histoire pour expliquer ma démarche, participer au réveil des consciences.

Je m’appelle Georges, je suis né le 17 mars 1937 au sein d’une famille juive française qui habitait Paris depuis toujours.

Mes parents auront ensuite deux autres enfants :

Ma soeur Claudine née en mai 1938 puis ma soeur Michele née en novembre 1939.

Au moment de l’épisode que je souhaite évoquer ici, je venais d’avoir 5 ans, ma soeur Claudine allait avoir bientôt 4 ans, ma soeur Michèle avait moins de deux ans et demi. Le cumul de nos trois âges ne dépassait pas l’âge moyen des gosses d’Albertville.

Seuls nos parents étaient encore habités par l’idée que leurs gosses étaient le capital le plus précieux…

Avis que ne partageaient plus les gens de Vichy ni, l’occupant nazi.

Mes parents étaie toujours légalement domiciliés près de la Porte de Saint-Cloud à Paris, à deux pas de Boulogne ou mon père avait passé une partie de sa jeunesse.

Dans la nuit du 3 au 4 mars 1942, les forces aériennes britanniques de la Royal Air Force bombardent en deux raids successifs les usines Renault de l’île Seguin, mises complaisamment par Louis Renault – leur propriétaire – au service de l’occupant pour participer à son effort de guerre contre le bolchevisme.

Les dégâts sont considérables, le nombre de morts et de blessés également.

Les moyens de production sont détruits, les ouvriers sont au chômage.

Rapidement, l’entraide s’organise, des enfants des ouvriers sont envoyés à la campagne par les services sociaux de la ville de Boulogne Billancourt.

Comment mon père a-t-il été informé de ce projet ? par qui ? Nous ne l’avons jamais su…

Toujours est-il, qu’un soir de la fin mars 1942, mes parents confient – sur le quai d’une gare parisienne pour moi restée inconnue – leurs trois gosses, sans aucun bagage – aux accompagnatrices et accompagnateurs du groupe d’enfants en partance a la campagne, au delà de la ligne de démarcation…

Plan minutieusement préparé par mes parents, transmis aux accompagnateurs des enfants et surtout, connu par le conducteur de la locomotive, complice de ce projet.

Celui-ci s’était engagé à arrêter son convoi le lendemain matin lorsqu’il apercevrait un couple sur la voie.

Ce qu’il fit.

Les accompagnatrices nous ont alors descendus du wagon de troisième classe ou nous avions passé la nuit, nous ont confies au couple qui nous attendait et dont elles avaient le nom. Elles sont remontées ensuite dans le wagon et le train est reparti.

Lily et Ernest, les prénoms du couple, nous ont transportés sur le talus de la voie ferrée, nous ont expliqué qu’il fallait nous taire, ne pas parler, ne pas pleurer, ne faire aucun bruit.

Puis, ils nous ont couchés dans une petite carriole, recouverts d’un sac de jute, de branchages secs, d’herbe fraîche préalablement coupée.

Ils ont emprunté ensuite des chemins de traverse, sont entrés dans une ville, puis dans le jardin d’une maison, devant le perron de laquelle, ils nous ont faits sortir de cet amas de branches et d’herbe fraiche.

Ils nous ont fait entrer dans la maison où un petit déjeuner chaud nous attendait.

La ville était Vichy, la maison la leur.

Nous venions – sans le savoir évidemment – de franchir clandestinement la ligne de démarcation. Nous étions dans cette ville où, à la gare, étaient placardées des affiches où il était écrit: interdit aux juifs.

Lily et Ernest Bernays étaient des amis intimes de ma famille, co-organisateurs de cette épopée.

Ernest sera arrêté avec mon père le 31 juillet 1944 à Lyon où ils participaient tous les deux à une action de la Résistance. Internes tous les deux à la prison de Montluc dans la baraque aux juifs, ils sont déportés dans le Convoi 78, dit Convoi du 11 aout 1944, arrivé à Auschwitz au terme de 12 jours de calvaire.

Ernest est gazé début septembre.

Pourquoi écrire ce matin cette histoire ?

Ce matin où me taraude l’affaire de ces quatre gosses d’Albertville ?

Comme eux, nous étions des enfants, comme eux, nous étions le bien le plus précieux de nos parents, de tous les acteurs de cette histoire qui se sont engagés à nous faire passer clandestinement la ligne de démarcation et ont pris pour nous des risques considérables.

Ce matin où m’apparait plus que jamais l’inanité du discours officiel sur la Mémoire, sur l’usage qui en est fait par les plus hautes autorités politiques de l’Etat et leurs servants, jusqu’à oser à nouveau arrêter des enfants sortis brusquement de leurs lits, au petit matin, au prétexte énorme qu’ils auraient fait l’apologie du terrorisme et proféré des menaces de mort !

Nous croyons rêver, mais non! nous sommes bien au « pays des droits de l’Homme » tant chantés par nos hommes politiques – tous bords confondus – au pays où, il y a quelques jours encore pensions nous, l’enfant était toujours le capital le plus précieux de l’humanité.

Naturellement nous avions des doutes, de nombreux signes nous alertaient :

Le refoulement illégal à nos frontières italiennes des mineurs noirs non accompagnés, les noyades assumées par l’Europe en Méditerranée orientale des migrants venus de l’Afrique sub-saharienne principalement et leurs enfants, les enfermements massifs des demandeurs d’asile – enfants compris – dans les camps de concentration éparpillés sur les îles grecques…

Enfin, les nombreux bidonvilles aux portes de Paris où s’entassent des milliers de personnes, enfants inclus.

Mais nous rêvions néanmoins.

Se pose alors la question de notre rôle de témoin, le sens de nos dépositions, l’usage qui en est fait pour masquer les crimes actuels à nouveau perpétrés à l’encontre des enfants.

Ces jeunes d’un collège de Mantes contraints par la police de rester agenouillés des heures durant dans la cour de leur établissement scolaire hier, les arrestations des 4 gamins d’Albertville aujourd’hui, tous signe d’une barbarie à venir.

Se pose alors pour nous, pour moi, la question de notre place – aujourd’hui – face à ce scandale; ce que signifie mon devoir de reconnaissance infinie à toutes les personnes anonymes qui ont participé, en connaissance de cause, à cet exploit. La meilleure façon de les honorer.

Mais après cet épisode insoutenable, est-ce suffisant ?

Ne faut-il pas franchir une étape nouvelle si nous ne voulons pas que cette affaire devienne un lieu commun ?

Je ne possède pas de recette magique. Mais je sais à travers ma propre histoire ce que signifient le mot conscience, les mot refus de l’insoutenable, le mot dignité.

Ces mots qui ont sens pour beaucoup d’entre nous dans la société civile aujourd’hui.

Tel est l’objet de mes propos, le sens de ce récit / témoignage pour, à travers lui, dénoncer l’inacceptable.

Puissent ces modestes mots participer au réveil des consciences.

Georges Gumpel
Enfant juif caché en 1943/ 1944,
Fils de Déporté, «  mort pour la France » le 11 avril 1945 à Melk, camp annexe de Mauthausen en Autriche.
Partie civile au procès de Klaus Barbie.
Membre de l’UJFP. 

Intervention de Georges Gumpel au procès en appel de Pierre-Alain Mannoni

pierre-alain-mannoni

Pierre-Alain Mannoni passe pour la cinquième fois depuis février 2017 devant la justice …

Cette fois, c’est ici (à Lyon), devant la Cour d’appel, dans ce même temple de la justice ou avait été jugé et condamné en 1987 Klaus Barbie pour crimes contre L’Humanité.

Un lieu chargé d’histoire :
Hier pour juger le bourreau des Résistants lyonnais et des innocents comme l’étaient les Enfantsd’Izieu, Simone Lagrange et tant d’autres.
Aujourd’hui, pour juger une énième fois un Homme dont le seul crime est d’affirmer son humanité.

À propos du procès de Klaus Barbie, des Enfants d’Izieu et de la déposition de Madame Sabine Zatlin – la créatrice et directrice de cette maison d’enfants – permettez moi de rappeler les mots exacts de la conclusion de son témoignage au terme de l’audience du 27 mai 1987, lorsqu’elle interpella la Cour. Voici ses mots :

« Pour moi, Monsieur le Président, Monsieur le Procureur Général, Messieurs les Jurés,
Les enfants sont des enfants.
Qu’ils soient BLANCS, qu’ils soient NOIRS ou qu’ils soient JUIFS ».

33 ans séparent la déclaration de Sabine Zatlin, tant admirée alors, des actes légitimes de femmes et d’hommes qui, aujourd’hui, comme Pierre Alain, se portent au secours de personnes en détresse, agissent selon leur conscience et leur dignité.

Sont nos vigies au bord de l’abîme.

Rien ne sépare leurs certitudes, rien ne les différencie de celles de Sabine Zatlin, affirmées avec force ce 27 mai 1987.
Cette certitude et cette affirmation qui replaçaient tous les enfants de l’Homme sur le même pied d’égalité.

Cette égalité que niaient Barbie et ses complices français qui lui avaient permis d’arrêter et de déporter les 44 enfants juifs de la colonie d’Izieu.

Malheureusement, cette déclaration faite à la Cour a été supprimée de la déposition de Sabine Zatlin qui figure dans le film consacré à ce procès historique et qui passe en boucle au CHRD de Lyon …

Oblitération qui ne peut que nous interpeller lorsque l’on sait que des dizaines de milliers de personnes – jeunes principalement- voient ce film chaque année.
Ce film dont la fonction affichée est de servir d’introduction et d’outil pédagogique pour l’éducation de la jeunesse contre le racisme, sous toutes ses formes et non pas le seul antisémitisme !

Oblitération volontaire, effectuée par les trafiquants officiels de la Mémoire et de l’antiracisme de bon ton – autorités juives comprises- qui, sans cesse, refaçonnent au gré des jeux politiques du moment la mémoire pour obtenir un récit conforme aux basculements idéologiques en cours.

Aujourd’hui, avec la montée en puissance en France d’un racisme d’État érigé en cause nationale majeure. Où la négrophobie et l’islamophobie sont portées au paroxysme par les plus hauts représentants politiques de l’État et que l’antisémitisme reste toujours tapi dans l’ombre.

Voyez les tags nazis tracés le 18 août dernier sur une maison dans le 5ème à Lyon

Une mémoire et un antiracisme à géométrie variable où, seule reste constante l’invisibilité organisée de l’humanité noire. Séquelle de notre histoire coloniale jamais réglée.

Paradoxe en apparence improbable quand, en réalité – et c’est bien la centralité de celui ci – la politique actuelle de la France renoue avec les pires moments de la politique de Vichy, cette fois à l’encontre les migrants noirs venus de l’Afrique sub-saharienne et qui tentent de franchir nos frontières après avoir survécu à la traversée de la Méditerranée .

A l’encontre également des hommes et des femmes qui leur viennent en aide, les accueillent, les aident, en criminalisant – comme hier là encore – la solidarité.

Voyez ce qu’il se passe actuellement à Calais, les interdits préfectoraux faits aux solidaires qui distribuent de la nourriture aux migrants dans le seul but de les affamer et les obliger à quitter la région.
Mêmes pratiques criminelle utilisées aujourd’hui à Lesbos contre les migrants qui ont fui le camp en flammes de Moria.

Il faut être clair :

La France n’a jamais été cette terre d’accueil tant exaltée, mais, plus précisément, le pays des Ténèbres depuis la fin de la Troisième République, depuis la Conférence d’Évian de juin 1938, scellant le sort des juifs européens fuyant le nazisme et le fascisme.

Aujourd’hui, cette politique de refus d’accueillir les migrants noirs précisément – ces damnés de la terre – contre lesquels sont organisées de véritables chasses à l’Homme dans les massifs montagneux qui ourlent notre frontière avec l’Italie, cette politique est en tout point identique avec celle que les juifs ont subi hier lorsqu’ils tentaient de s’exiler pour survivre.

Vies sans valeur – hier comme aujourd’hui – seules nos couleurs de peau diffèrent.

Que puis-je dire d’autre ?

Si ce n’est notre solidarité absolue avec Pierre-Alain Mannoni justement, pour ses actes exemplaires, ceux là mêmes qu’ont accompli hier les Hommes et les Femmes qui nous ont cachés, nous ont sauvés au risque de leurs vies.

Notre solidarité absolue avec toutes celles et tous ceux qui aident et protègent les migrants noirs, que ce soit à la Roya, à Vintimille ou dans le massif de Briançon, à Calais.

Quand aujourd’hui, même donner à manger devient un crime.

Que toutes et tous sachent – parce qu’il s’agit d’un tragique retour sur notre propre histoire – que le combat de Pierre Alain est le nôtre.

Il s’inscrit dans les grands combats qui ont marqué notre histoire, il nous rappelle avec force qu’à certains moments de l’Histoire, la solidarité devient un acte de résistance et rien d’autre.

Hier en notre faveur – en ma faveur – puisque j’ai été un enfant juif caché (à Lyon notamment), aujourd’hui, en faveur des Migrants, noirs le plus souvent, nouveau groupe humain dont la vie est sans valeur, comme la nôtre l’était hier,
tant en France que, dans la forteresse Europe toute entière.

Ce vil procès n’est rien d’autre qu’une énième tentative de l’État pour museler les consciences en éveil.
Tenter de nous faire taire.

Car il y a bien aujourd’hui en France une prise de conscience citoyenne fondamentale et irréversible.

Le combat de Pierre Alain en témoigne.
Qu’il soit assuré de notre indéfectible soutien.

Georges

jeudi 24 septembre 2020 

Pour Pierre-Alain Mannoni.

Pour la coordination nationale de l’UJFP
Pour la section lyonnaise de l’UJFP.

Monsieur Truche est mort

truche Monsieur Truche est mort

Pierre Truche, procureur général au procès de Klaus Barbie en 1987, est mort, nous sommes dans la peine.

Entre nous, dans ma famille, nous disions de lui, avec un immense respect – Monsieur Truche – ce respect que l’on accorde à un parent aimé, admiré.

Nous lui devions d’être sortis de ce terrible procès, soulages, grandis, mais surtout, rassurés.

La justice avait sens, le temps entre le crime commis à l’encontre de notre père et ceux, innombrables, commis à l’encontre des enfants et des parents de toutes les Parties civiles qui formaient – tout au long de ces journées éprouvantes – un bloc uni et solidaire, le temps donc par cette peine infligée était aboli. La nuit du verdict, le 4 juillet, était autre.

Mais Monsieur Truche c’était aussi l’homme qui avait organisé à Lyon pendant trois jours consécutifs, 20 ans après le procès Barbie, un colloque mémorable intitulé :

Juger les crimes contre l’humanité 1

Établissant les enseignements de ce procès, en établissant le bilan.

Mais, surtout, inscrivant la notion du crime contre l’humanité au présent, en affirmant sa modernité.

Dans son intervention de clôture, Monsieur Truche expliquait que :

  •  Au XXe siècle, les victimes civiles sont plus nombreuses que les victimes militaires.
  • Elles le sont d’abord par des armes dans des guerres à distance, sans contact visuel entre l’assaillant et les civils.
  •  C’est pour la protection de ces populations civiles que le crime contre l’humanité a été prévu.
  •  Dans tout crime contre l’humanité un homme n’est plus l’égal d’un autre homme.
  • Il est victime d’abord d’interdictions, puis d’un marquage, enfin d’un parcage. L’homme alors est égal à zéro.
  •  Dans un pays où l’assassinat est un crime, il peut impunément être mis à mort.
  • Il n’a plus ce nom que tout être humain reçoit à la naissance et qui lui ouvre l’exercice de tous les droits.
  •  La responsabilité personnelle des chefs d’Etats, des membres du gouvernement, des parlementaires, des chefs militaires est recherchée. 
  •  La sanction rétablit le droit. Et surtout, la sanction est due à la victime qui est alors reconnue publiquement comme être offensée et humiliée. 
    Quelque chose est restaurée, sous des noms divers, c’est à dire la dignité attachée à la qualité morale de la personne humaine.

Tout ceci, naturellement, concerne aujourd’hui le peuple palestinien tout entier, la population de Gaza particulièrement.
Et nous connaissons les criminels, auteurs de ces abominations.

Nommer le crime contre l’humanité aujourd’hui, en affirmer sa modernité, c’est aujourd’hui le meilleur hommage que nous puissions rendre à Monsieur Truche.
Peut-être comprendrez-vous mieux mon obstination à nommer et dénoncer les crimes contre l’humanité commis en mon et notre nom par Israël en Palestine occupée ?

Georges Gumpel
Partie Civile au procès Barbie.

  1. Ce colloque avait été boycotté par le CRIF de Rhône-Alpes, le CRIF à l’échelon national. Les principaux avocats juifs de La Défense étaient eux aussi absents… 
    Tous avaient peur de cette modernité affirmée du crime contre l’Humanité, avaient peur que la question palestinienne soit abordée.
    Seul, un jeune professeur de droit constitutionnel comparé à l’université de Bologne, a fait allusion à la situation palestinienne[⇧]

BIBLIOGRAPHIE
Pierre Truche | L'Anarchiste et son juge |
Pierre Truche | Juger, être jugé : le Magistrat face aux autres et à lui-même |

Pour le 75e anniversaire de la libération d’Auschwitz, ou la persistance des ténèbres

auschwitz Pour le 75e anniversaire de la libération d’Auschwitz, ou la persistance des ténèbres

Nous avons reçu cela :

Au centre de rétention d’Oissel la police est violente et nous humilie tous les jours.
Toujours ils provoquent, ils provoquent, ils disent « baisse les yeux ».
La nourriture est froide et n’est pas hahal alors qu’il y a une majorité de prisonniers qui sont musulmans.
Même la prison est mieux qu’ici.
Il y en a qui ont 10 ans ou 20 ans.
Ici, on les met en centre de rétention.

craoissel.jpg

Depuis samedi c’est encore pire : la police a encore voulu mettre un prisonnier à l’isolement. Son ami s’y est opposé et ils l’ont amené violemment aussi à l’isolement.
Le soir, y avait la police avec des chiens et des cagoules dans le centre pour nous faire peur.

Le prisonnier qui était à l’isolement, il vient d’en sortir. Ils l’ont tabassé, il ne peut plus parler. Il a des bleus partout, les yeux et les oreilles sont gonflés. Hier, ils ont cassé le pied d’un autre prisonnier. Tout ça ne va pas du tout.

Tout le monde se plaint. Nous sommes plus de 42 prisonniers enfermés ici.
Donc là, on fait la grève commune.

Ce soir, personne n’a mangé. On va essayer d’occuper le couloir parce que ce qui s’est passé depuis samedi dernier, c’est encore pire que d’habitude. Ici, y a pas d’hygiène, les chambres ne sont pas nettoyées tous les jours.

On revendique :
– La fin des violences policières, de la xénophobie et de leur racisme.
– Un minimum d’hygiène et de dignité.
– De la nourriture correcte.
– Des soins corrects.

Les prisonniers en grève de la faim de Oissel.
le 22 janvier 2020.


Oissel est en France, en Seine Maritime, et cela se passe dans ces temps où, pas un seul jour, les plus hauts représentants de l’État, leurs valets, la presse et les médias à leur solde nous ressassent « la Shoah », AUSCHWITZ, « la Mémoire » et la « lutte contre l’antisémitisme » jusqu’à la nausée.

Tous omettent de rappeler les responsabilités de la France – particulièrement – dans la destruction des Juifs de France et plus généralement, dans sa politique d’enfermement dans les camps français déjà nommés – dès 1938 – camps de concentration..

Les CRA – aujourd’hui – ne sont rien d’autre que la version moderne des camps de concentration de Vichy, l’idéologie et les pratiques, les mêmes toujours.

Évoquer Auschwitz et reproduire aujourd’hui des pratiques comme celles dénoncées par les malheureux enfermés au CRA d’Oissel, relève de la pire injure qui puisse être faite à toutes celles et ceux qui ont été assassinés dans les camps d’extermination nazis, à nos parents, à nous mêmes enfin, dont le deuil est sans fin.

L’enseignement de la destruction des Juifs d’Europe, de la destruction des Juifs de France, la lutte contre le racisme, de tous les racismes – et pas seulement l’antisémitisme – nécessite que l’on comprenne qu’aujourd’hui, en ce 75e anniversaire de la libération d’Auschwitz par l’Armée Rouge, les crimes commis contre l’Autre restent – en dernière analyse – des crimes contre l’Humanité. Peu importe le nombre.

Oissel – comme tous les CRA – qu’ils disent ou ne disent pas leur nom comme à Menton et à Vintimille – sont la modernité du Mal, l’antichambre des camps de concentration européens externalisés – en Grèce, en Turquie, en Libye et ailleurs.

Ils sont la négation de la Mémoire et de l’Histoire. De notre histoire.

Merci aux courageux internés du CRA de Oissel de nous avoir alertés des pratiques ignominieuses de l’Etat, des atteintes à la dignité dont ils sont victimes, révélant ainsi toute la vacuité de ce discours mémoriel éhonté.

Georges
Fils d’Alfred Gumpel,
parti de Lyon dans le Convoi 76 du 11 août 1944, arrivé à Auschwitz le 22 août 1944.
Transférè le 25 janvier 1945, avant la libération du Camp, à Mauthausen où il y entre début février 1945 avec le matricule 117796. Mort à Melk le 11 avril 1945.
Partie Civile au procès de Klaus Barbie.

Le 27 janvier 2020.

La mémoire selon le préfet des Alpes-Maritimes ou l’occultation de l’histoire

Cédric Herrou

Le 22 octobre 2018, Cédric Herrou comparaîtra à nouveau devant le Tribunal correctionnel de Nice, sur une plainte du Préfet des Alpes-Maritimes, Monsieur Georges-François Leclerc, pour injure publique.

En effet, Cédric Herrou a publié le 12 juin 2017 sur sa page Facebook, la phrase suivante : « peut-être, le préfet des Alpes-Maritimes pourrait s’inspirer des accords avec la SNCF pendant la seconde guerre mondiale pour le transport des juifs pour gérer le transport des demandeurs d’asile. Bref, s’inspirer du pire pour faire le meilleur. »

Au-delà d’une légère erreur à propos du terme « accord » les propos de Cédric Herrou ne sont pas injurieux mais sont d’une extrême actualité.

Souvenons-nous, des conséquences de la signature à Rethondes le 22 juin 1940, de la Convention d’armistice, et en particulier de son article 13, transférant les chemins de fer de la zone occupée et la mise à disposition nécessaire du personnel spécialisé à l’occupant. Ce dernier fixant lui-même ses priorités.

Ainsi, l’indépendance de la SNCF fut réduite à la seule zone libre.

C’est au regard de cette nouvelle situation, que nous devons comprendre le rôle exact de la SNCF dans la déportation et l’extermination des juifs de France.

Dans la zone occupée, et selon la Convention, la SNCF n’est que prestataire de service auprès des nazis pour la fourniture des locomotives et leurs équipages de conduite, permettant la déportation des juifs à partir de Drancy et des prisonniers politiques à partir de Compiègne.

Par contre, dans la zone libre, la SNCF reste une société d’État et dans le cas du transfert des juifs parqués dans les camps de concentration du Sud et celui des juifs victimes de rafles, celle-ci répond aux demandes des préfets des départements concernés. Elle fournit le matériel nécessaire et facture le transfert de chaque interné, au tarif d’un voyage en troisième classe. Les factures sont régulièrement adressées aux préfets concernés comme l’attestent les rappels pour impayé, émis par le Service de Recouvrement des Impayés de la SNCF, aux mêmes préfets, bien après la Libération de la France.

Petite précision : le plombage des wagons où sont enfermés les malheureux, est effectué sous l’autorité d’un Commissaire divisionnaire de la police française.

Ces pratiques sont en vigueur dans tous les départements de la zone libre.

Dans celui des Alpes-Maritimes, elles sont interrompues à partir de l’occupation italienne du 11 novembre 1942, au grand dam du préfet Marcel Ribière, ardent pétainiste qui, dans son rapport du 14 janvier 1943, exprime « son irritation de voir la souveraineté de la France bafouée. »

Nous devons nous souvenir que sous la férule de ce préfet, les 26 et 27 août 1942, 557 juifs étrangers avaient été arrêtés -dont une vingtaine d’enfants- et transférés à Drancy.

Ces pratiques reprennent après l’occupation totale de la zone libre par les Allemands, à la suite du retrait italien.

C’est cette participation active et dûment facturée, à la destruction des juifs de France que le président de la SNCF, Guillaume Pépy a été contraint en novembre 2002 aux États-Unis, d’exprimer au nom de la SNCF : « ses profonds regrets pour son rôle dans la déportation des juifs de France et sa profonde peine », afin d’obtenir au bénéfice de son entreprise, de juteux contrats.

Pour mémoire : 76000 juifs dont 11000 enfants furent déportés. 4169 dont près de 430 enfants avaient été arrêtés et transférés à Drancy pour le seul département des Alpes Maritimes.

Tout cela, naturellement, Monsieur le Préfet des Alpes-Maritimes, en tant que représentant de l’État – ne peut l’ignorer.

C’est bien ce que Cédric Herrou rappelle à juste titre ; affirmation que l’UJFP partage totalement.

L’Histoire et notre Mémoire, ne peuvent être à géométrie variable, n’en déplaise à Monsieur le Préfet.

Pour l’UJFP, Georges GUMPEL
Fils de déporté, mort pour la France, à Melk camp annexe de Mauthausen en avril 1945. Partie civile au procès de Klaus Barbie.

Ces corps témoins du crime

corps témoins crime Ces corps témoins du crime

« Nous, les survivants, ne sommes pas les vrais témoins. C’est là une notion qui dérange, dont j’ai pris conscience peu à peu, en lisant les souvenirs des autres et en relisant les miens à plusieurs années de distance. Nous, les survivants, nous sommes une minorité non seulement exiguë, mais anormale : nous sommes ceux qui, grâce à la prévarication, l’habileté ou la chance, n’ont pas touché le fond. Ceux qui l’ont fait, qui ont vu la Gorgone, ne sont pas revenus pour raconter, ou sont revenus muets, mais ce sont eux, les « musulmans », les engloutis, les témoins intégraux, ceux dont la déposition aurait eu une signification générale. Eux sont la règle, nous, l’exception. »
Primo Levi, Les naufragés et rescapés. Quarante ans après Auschwitz.

Pour mémoire. Mathew Blessing, nigériane de 21 ans, dont le corps a été retrouvé dans la Durance, au barrage de Prelles le mercredi 9 mai, suite à une traque policière ; Mamadou, sénégalais, retrouvé mort d’épuisement au pied du col de Montgenèvre ; et le cadavre non identifié d’un jeune homme noir, sur le versant du côté italien du col de l’Échelle, restitué par la fonte des neiges.

Ces corps de personnes migrantes découverts dans les Alpes sur la frontière franco-italienne, ou qui réapparaissent à la fonte des neiges, sont ceux de jeunes migrants qui ont survécu à milles obstacle et abus, morts à cause de la traque et de la violence de nos États, à quelques pas de la frontière espérée.

Ces cadavres qui « ont vu la Gorgone », sont les témoins indésirables du crime masqué et externalisé par l’Europe (dont elle espère que les eaux engloutissent les traces). La Méditerranée, lieu du crime, devient la solution moderne et « acceptable »  pour l’Europe qui ne veut ni répéter l’horreur sur son propre sol, mais n’a aucun scrupule à la sous-traiter ailleurs.

Ces corps des Hautes-Alpes, arrivés sur le sol européen, et non dans un ailleurs censuré ou recouvert par les eaux, sont le symbole des autres 30.000 disparus en moins de 20 ans (une évaluation provisoire et dont le bilan ne cesse et ne cessera de croître) et le nombre encore inconnu des milliers de morts de frontière dans le désert du Sub-Sahara et actuellement sur le territoire de l’Union européenne.

L’indécence de ce troisième cadavre inconnu méconnaissable, révélé par la fonte des neiges, retrouvé près de Bardonecchia, sa négritude et l’ombre entourant sa mort, est qu’il soit chez nous, à nos frontières. Il est en lui-même le témoin absolu. Il révèle la face cachée du crime, il est le miroir de la défaite idéologique, morale et politique de l’Occident en ce début du 21ème siècle.

Noyades de masse organisées dans la Méditerranée devenue la fosse commune de l’Europe, fermeture des frontières, accords avec des régimes dictatoriaux pour bloquer les migrants dans les pays d’origine par tous les moyens, disparitions forcées, abus et tortures, refoulement collectif, internement de masse en camps, et négation du secours en mer : en conclusion, la négation du droit à la vie ; le rejet de l’autre et l’industrialisation de la férocité [note]Mathieu Rigouste, La domination policière. Une violence industrielle, La fabrique éditions, 2012]]. La « politique migratoire européenne » n’est en réalité rien d’autre qu’une chasse à l’homme destructrice, dont la finalité est la mort [note]Grégoire Chamayou, Les chasses à l’homme, La fabrique éditions, 2010]].

Nous n’avons certes pas le recul historique nécessaire pour mesurer l’ampleur du crime en cours, mais tous les indices concordent et les preuves établies sont là. Dizaines de rapports d’ONG et des Nations Unies et, surtout, les dernières sentences du Tribunal Permanent des Peuples des Sessions de Palerme et de Paris [note]Sentence du Tribunal Permanent des Peuples, Session sur la violation des droits des personnes migrants et réfugiées, Session de Palerme (18-20 décembre 2017) et de Paris (4-5 janvier 2018)]], qui ont très justement utilisé la terminologie appropriée de crimes contre l’humanité. Nous sommes, en effet, face à un crime de masse, de négation du droit à la vie de l’autre, perpétré par les États européens et leurs agents. Un type de crime contre l’humanité nouveau, moderne et précisons-le, émancipé du crime fondateur et confirmé par le Statut de Rome [Statut de Rome de la Cour pénale internationale. Le texte du Statut de Rome est celui du document distribué sous la cote A/CONF. 183/ 9, en date du 17 juillet 1998, et amendé par les procès-verbaux en date des 10 novembre 1998, 12 juillet 1999, 30 novembre 1999, 8 mai 2000, 17 janvier 2001 et 16 janvier 2002. Le [Statut est entré en vigueur le 1er juillet 2002.]]. Nul ne peut, par conséquent, rester indifférent et refuser ses responsabilités. La virulence, voire la terreur organisée contre les témoins et l’instauration du délit de solidarité par les États français et italien, en dernière analyse, apparaissent comme une tentative de museler les consciences en éveil, car il y a bien aujourd’hui une prise de conscience citoyenne, fondamentale et irréversible.

Lyon, 29 mai 2018

Georges Gumpel et Flore Murard-Yovanovitch


Georges Gumpel, enfant juif caché 1943-44, fils de déporté mort à Mauthausen, Partie civile au procès de Klaus Barbie, membre de l’Union Juive Française pour la Paix (JUFP) ; Tous les articles de Georges Gumpel

Flore Murard-Yovanovitch, Journaliste et écrivain, auteure de « L’abisso. Picccolo mosaico del disumano » (Stampa Alternativa, 2017).

Quelques réflexions après la mort de Beauty, jeune femme nigérienne expulsée illégalement, décédée à Turin après un accouchement prématuré

Photo Georges Gumpel

Il y a quelques jours, à l’occasion de l’assassinat crapuleux de Madame Mireille KNOLL, il a été rappelé à juste titre, que cette pauvre femme était une rescapée de la Rafle du Vel-d’Hiv de juillet 1942.

Cette rafle si souvent évoquée, mais réduite le plus souvent à la seule responsabilité de la police parisienne, de l’arrestation des juifs apatrides dans la capitale et en banlieue, leur transfert au vélodrome du Vel-d’Hiv. Peu ou rien sur la suite de ce crime organisé. Un trou de mémoire, comme le défini Suzanne CITRON (Le mythe national.)

Un trou de mémoire qui nous permet aujourd’hui, de regarder avec effarement, cette vidéo diffusée par Médiapart, nous faisant participer en direct à l’arrestation par la police française, dans un train à Menton, d’une femme enceinte, accompagnée de ses enfants et reconduite à la frontière italienne.

Scène d’une rare violence, qui nous interroge et nous invite à réfléchir et à nous demander comment est-ce possible encore aujourd’hui qu’une pareille infamie soit possible et acceptée.

En réalité, rien là n’est exceptionnel. Simplement, ces pratiques criminelles font partie de notre héritage politique depuis Vichy, jamais correctement traitées et le plus souvent masquées.

Pratiques aujourd’hui inenvisageables, à l’encontre de certains groupes humains, applicables de nouveau à l’encontre d’autres groupes humains, plus particulièrement s’agissant d’hommes, de femmes et d’enfants noirs, venus de pays africains où règnent la famine et l’oppression. Survivants de traversées meurtrières de la Méditerranée.

Rien donc de bien exceptionnel, si ce n’est cette vidéo – produit de notre modernité – qui nous délivre en temps réel les images du crime, prélude à de nouveaux « irréparables » (Jacques CHIRAC – 17-07-1995.)

Pour mémoire, la rafle du Vel’d’Hiv : ce sont 13152 juifs apatrides arrêtés par la police française à Paris et en banlieue, à partir des fiches établies par André TULARD (Sous-Directeur à la Direction des Étrangers et des Affaires Juives à la Préfecture de Police de Paris.)

  • 3118 hommes, 5919 femmes et 4115 enfants.
  • 4952 personnes sans enfant, sont directement transférées à Drancy et déportées dans les jours suivants.
  • 8157 personnes dont les 4115 enfants, sont enfermées au Vel d’Hiv.
  • Entre le 19 et le 22 juillet, toutes sont transférées par les autorités françaises en wagons à bestiaux dans les camps du Loiret de Pithiviers et de Beaune La Rolande.
  • 2244 adultes et 2300 enfants à Pithiviers, 1259 adultes et 1815 enfants à Beaune la Rolande.

Fin juillet 1942, dans le compte-rendu du Conseil des Ministres tenu à Vichy, on peut lire :
« Dans une intention d’humanité, le Chef du Gouvernement a obtenu, contrairement aux propositions allemandes, que les enfants, y compris ceux de moins de 16 ans, soient autorisés à accompagner leurs parents. »

Les adultes, parents des enfants enfermés dans ces camps, les femmes, dont certaines étaient enceintes, sont déportés directement à Auschwitz entre le 31 juillet et le 7 août ; et les chefs de camps pour faire bonne mesure et sans l’avis des Allemands, ajoutent quelques enfants dans ces convois, le plus souvent, sans juger bon de prendre les mesures nécessaires à leur identification.

Le 25 juillet 1942, le Directeur de la Police Municipale de Paris, avise le service commercial de la SNCF que les factures relatives au transport des personnes des camps de Pithiviers et de Beaune la Rolande doivent être adressées au Ministère de l’Intérieur.

Le 10 août, les nazis reçoivent par télex, la réponse de Berlin, indiquant que, suite à la demande des autorités françaises, les enfants juifs apatrides peuvent être déportés avec les adultes dans des proportions adéquates.

Sur la notion de proportions adéquates, Eichmann précise : « il ne doit en aucun cas y avoir de convoi exclusivement composé d’enfants. »

Quelques jours après, tous les enfants des deux camps du Loiret, sont transférés à Drancy et déportés dans les jours suivants.

A Pithiviers et Beaune la Rolande il n’y a désormais plus aucune victime des rafles des 16 et 17 juillet.

Ce qui autorise le 25 août 1942, le Chef de la Police aux Questions Juives en zone occupée, d’adresser au Préfet du Loiret, la note suivante :
« J’ai fait établir à votre nom, à la date de ce jour, un mandat de 20.000 francs. Cette somme vous est remise afin de vous permettre de récompenser le personnel civil des cadres d’organisation et de surveillance des camps de Pithiviers et de Beaune la Rolande qui récemment ont été mis à contribution de façon exceptionnelle. »

A travers ces échanges administratifs, nous voyons que nous ne pouvons pas réduire l’histoire de cette rafle, au seul rôle de la police parisienne, dans les arrestations des 16 et 17 juillet 1942.

En réalité, tout l’appareil de l’État est impliqué, jusqu’au départ de mi-août 1942 du dernier convoi où sont les enfants.
L’appareil d’État restera totalement impliqué jusqu’à la Libération, dans la destruction des 65500 autres juifs dont 7500 enfants.

Raul HILBERG note dans son livre La destruction des juifs d’Europe (Chapitre l’Héritage de Vichy) :
« les Français firent mieux que les Allemands en matière de spécialisation des services administratifs affectés à l’entreprise de destruction des juifs, aidés en cela par leur longue tradition de centralisation administrative.

Il indique également :
« Le système administratif français sort intact de la tourmente, rien n’est vraiment changé dans le fonctionnement de l’État et de sa haute fonction. Les grands corps de l’État restent inchangés. »

Ce système administratif que l’on voit à l’œuvre aujourd’hui :
– pour interdire légalement ou non, l’accès au territoire au mépris des normes internationales, à des hommes, des femmes et des enfants en quête d’humanité.
– Pour organiser des chasses à l’homme dans les montagnes frontalières franco-italiennes.
– Pour organiser des opérations de police inhumaines à Calais et à Paris. Entre Vintimille et Nice.

Nous retrouvons aujourd’hui cette permanence de la barbarie d’État, appliquée sans état d’âme par ses représentants politiques, administratifs, militaires et policiers.

L’arrestation de Beauty avec ses enfants, leur expulsion violente en Italie, révèlent tout cela.

Elle révèle également, l’indifférence de l’État – hier comme aujourd’hui – au sort des personnes expulsées ou déportées, une fois la frontière franchie.

Il n’y a pas eu de marche blanche pour Beauty, aucune mobilisation politique, aucune protestation du CRIF et de la LICRA. Normal.

Telle la route de la soie, reliant dans l’Antiquité la Chine aux rives de l’Europe, une nouvelle route est en train de s’inscrire entre Tel Aviv, l’Europe occidentale et la France. Une route par où transite du matériel de surveillance et de répression « made in Israël » ultra sophistiqué, mais surtout une route virtuelle, véritable caution morale pour l’Occident, du racisme, de la négrophobie, et de la négation de l’Autre.

Cette route là, passe aujourd’hui par Vintimille, par Menton et Nice, poursuit son chemin, infeste la France toute entière, autorise de nouveau l’irréparable.

On ne jette plus quelques enfants juifs dont on a supprimé l’identité, dans des wagons à bestiaux, plus simplement, on falsifie ou on détruit l’état civil des enfants noirs, dans le centre de rétention qui ne dit pas son nom, de la gare de Menton-Garavan, avant de les reconduire en toute illégalité à la frontière.

Peut-il être acceptable de nier aux Migrants leur humanité, tout en imposant dans le même temps, jusqu’à la nausée « un devoir de mémoire » à ce point réducteur ?

Georges GUMPEL
Enfant juif, j’ai franchi la ligne de démarcation clandestinement, fin mars 1942, près de Vichy.
Enfant caché, 1943-1944, fils de déporté – Convoi du 11 août 1944 – mort à Mathausen.
Partie civile au procès de Klaus Barbie.

Le 11 avril 2018