Israël et Palestine : comment en parlent les manuels scolaires français ?

Andre Rosevegue Manuels scolaires Israël et Palestine : comment en parlent les manuels scolaires français ?
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André Rosevègue, membre du groupe de travail AFPS, AURDIP et UJFP sur le traitement du « conflit » Israël-Palestine, dans les manuels scolaires français, propose des exemples concrets.

Israel Palestine le conflit dasn les manuels scolaires Israël et Palestine : comment en parlent les manuels scolaires français ?

Intervention de l’UJFP à la manifestation du 28 mars 2026 à Bordeaux pour la Palestine

Cour administrative dappel de Bordeaux Intervention de l’UJFP à la manifestation du 28 mars 2026 à Bordeaux pour la Palestine
Cour administrative d’appel de Bordeaux

J’interviens ici au nom de l’Union Juive Française pour la Paix

Je ne peux dans le temps imparti développer pourquoi Francesca Albanese, la rapporteure spéciale de l’ONU pour la Palestine, a raison d’accuser de nombreux États, dont la France, d’être coupables de participer directement et indirectement au régime d’apartheid en Palestine, aux crimes de guerre et aux crimes contre l’Humanité commis, au génocide en cours. C’est en connaissance de cause que la France refuse d’appliquer les recommandations et les demandes de la Cour Pénale Internationale et de la Cour Internationale de Justice, et qu’elle est donc associée à Israël et aux États-Unis quand ils choisissent de piétiner délibérément le droit international.

Nous sommes ici à quelques mètres de la Cour Administrative d’Appel de Bordeaux. C’est peut-être ici qu’il faudra attaquer en appel les mesures que la Préfecture sur ordre voudra prendre contre des associations au nom de la « loi Yadan », si par malheur cette proposition de loi est adoptée.

Caroline Yadan et les signataires de sa proposition prétendent lutter contre « les formes renouvelées de l’antisémitisme ».

Malgré son titre, le texte ne contient pas de disposition visant spécifiquement les discriminations envers les personnes juives. L’objectif est tout autre : c’est interdire la critique de l’État d’Israël en amalgamant cette critique à la notion d’antisémitisme réinventé qui se cacherait derrière l’antisionisme.

Or qu’est-ce que l’antisionisme, qui est d’abord né dans les communautés juives européennes par opposition au projet colonial de Herzl ? C’est le refus d’une idéologie de la séparation, où les Juives et les Juifs ne pourraient vivre avec les autres, où Herzl leur invente un projet national et colonial. Israël a longtemps été présenté comme une jeune nation dynamique, mais inexorablement son projet d’expulser la population palestinienne aboutit à la domination d’une idéologie suprémaciste justifiant un colonialisme de remplacement et sa logique génocidaire.

Si la loi Yadan passe, nous sommes tous menacés.

Il y a 20 jours à Bordeaux nous avons l’exemple de cette logique mortifère à l’occasion de la mobilisation féministe du 8 mars. Quelques dizaines de femmes portant drapeaux d’Israël ou du Chah d’Iran ont été heureusement tenues à l’écart.

Et bien il s’est trouvée la LICRA, une association devenue tristement le relais du gouvernement israélien et du sionisme, pour prétendre que l’AG féministe avait exclu de la manifestation des femmes juives parce que juives, alors que ces femmes ont été tenues à l’écart car soutenant l’apartheid et le génocide, pas parce qu’elles étaient juives.

La déclaration de la LICRA visait en même temps, à quelques jours du 1er tour des Municipales, l’encore maire de Bordeaux Pierre Hurmic, car aujourd’hui c’est toute la gauche qui est accusée de pactiser avec l’antisémitisme, pour mieux créer un arc prétendument républicain jusqu’à l’extrême droite dans une défense commune d’Israël.

L’Union Juive Française pour la Paix le dit ici devant ce Tribunal : défense du droit international, égalité des droits de la mer au Jourdain. Vive la Palestine libre.

L’olivier qui cache le champ d’oliviers

andre rosevegue L’olivier qui cache le champ d’oliviers

Le tronçonnage de l’olivier planté en l’honneur d’Ilan Halimi provoque à juste titre stupeur et colère.

Avoir choisi de planter un olivier pour Ilan Halimi était un geste fort montrant une volonté de paix et de réconciliation.

Est-il besoin de rappeler la présence de l’olivier dans les mythologies méditerranéennes – la Bible, mais aussi à Athènes comme à Rome ?

Faut-il faire remarquer qu’un emblème certes non officiel de la France, mais présent sur nos passeports et livrets de famille, montre branche de chêne et branche d’olivier ?

Dans les réactions à cet acte ignoble d’un antisémitisme odieux et imbécile, on ne décèle pas toujours cet esprit de réconciliation.

Et je voudrais dire aussi que beaucoup de celles et ceux qui dénoncent l’acte, que ce soit le Président de la République qui use du symbole de l’olivier dans ses armes ou d’autres, n’ont jamais dénoncé les actes de l’armée israélienne ou des colons détruisant les oliviers de Palestine par centaines et milliers.

Car l’olivier n’est pas seulement un symbole, l’arbre qui peut être pluricentenaire est l’arbre nourricier du bassin méditerranéen, et en particulier du peuple palestinien.

Il fallait du courage à l’association des Rabbins pour la paix (dont l’ancien grand rabbin de Strasbourg Warschawski), pour aller replanter les oliviers en remplacement des déracinés.

Mais l’arbre tronçonné cache à beaucoup des indignés d’aujourd’hui les forêts d’oliviers abattus par ceux qui nient un peuple et ses droits.

Palestine-Israël, microcosme du chaos mondial. Jaurès, réveille-toi, ils sont devenus fous

andre rosevegue Palestine-Israël, microcosme du chaos mondial. Jaurès, réveille-toi, ils sont devenus fous

Ce texte initialement rédigé pour une conférence à Albi pour l’AJET a été revu depuis. Merci à celles et ceux qui m’ont aidé par leurs questions ou leur relecture.

La survie de l’Humanité n’est pas assurée au-delà de ce siècle.

Pour faire ce rapport, j’ai en particulier puisé :

– dans le rapport des Amis de la Terre de 2013 (on le trouve sur le site de l’AFPS)

– dans le rapport d’Amnesty International de 2020 et 2024 sur Palestine Israël

– dans les rapports de l’Observatoire des Armements.

Oui, je crois que nous sommes conscients des risques pour la survie même de l’humanité au-delà de ce siècle.

Les multimilliardaires qui auprès de Trump font semblant de minorer le danger sont déjà en train de se demander sur quelle planète quelques happy few pourront s’installer, probablement avec quelques domestiques.

– C’est le risque d’accélération du changement climatique avec son cortège de conséquences, notamment :

* la montée des eaux rendant de vastes surfaces inhabitables

* des zones rendues inhabitables par les canicules et sécheresses

* d’autres par d’éventuelles glaciations

* l’effondrement de la biodiversité,…

– la fuite en avant du capitalisme mondial, responsable de ce changement climatique (à anthropocène, je préfère capitalocène), a d’autres conséquences, telles que :

* stérilisation chimique des terres cultivables

* stérilisation comme conséquence de l’extractivisme dont le système a besoin

* accès à l’eau potable

*gestion des déchets,…

* risques spécifiques du nucléaire (déchets et accidents)

* déjà des zones sont stérilisées pour longtemps par l’agent orange (napalm), l’exploitation des mines d’uranium, les mines anti-personnels.

Et si les différents impérialismes peuvent avoir des idéologies différentes et des modes de gouvernance différents, ils sont tous aujourd’hui gestionnaires d’une logique de développement capitaliste, d’une recherche du profit maximum, de la dictature de la marchandise étendue à toutes les sphères de l’activité humaine.

– ce contexte produit une montée des affrontements entre impérialismes et une surexploitation des pays dominés avec le risque que les guerres dévastatrices le deviennent jusqu’à l’utilisation de l’arme nucléaire

« Toujours votre société violente et chaotique, même quand elle veut la paix, même quand elle est à l’état d’apparent repos, porte en elle la guerre, comme la nuée dormante porte l’orage.» Jean Jaurès

– Le système de régulation des relations internationales après la 1ère et surtout la 2ème guerre mondiale, ce dernier fondé sur l’équilibre de la terreur entre blocs, avait tant bien que mal résisté aux bouleversements de la décolonisation. Il a volé en éclats, et le droit international ne s’applique pas : guerres d’Irak, d’Ukraine, du Rwanda, du Congo…

– cette situation provoque une montée de l’intolérance pour des migrations que ce capitalisme et ces affrontements provoquent directement ou indirectement : déplacements de population, migrations climatiques, migrations liées à l’utilisation des sols et des sous-sols, migrations liées aux « parcs naturels » imposés ; migrations liées aux crises politiques… Montée de toutes les formes de racisme.

– les impérialismes justifient des politiques sécuritaires et le recul des libertés, (Guantanamo!)

– la perte d’espoir dans des changements heureux est une des causes de la montée des intégrismes religieux (Islamisme, Hindouisme, Evangéliques, judéofascisme, sectes diverses)

Il est facile de montrer que Palestine / Israël est le microcosme de ce chaos mondial :

* contribution carbone (Tel Aviv championne des climatiseurs)

* vol de l’eau (eau du Golan détourné, eaux des nappes phréatiques pompées,…)

* vol de la terre (colonisation) et dégâts de l’agriculture intensive et de plantations inadaptées

* déchets transportés dans les « territoires palestiniens occupés »

* négation de la culture indigène (dénomination en hébreu des lieux et des voies et disparition de la signalisation en arabe,…)

* déplacements de population et colonisation de remplacement, nettoyage ethnique de la Palestine (I. Pappé)

* apartheid, loi Israël État nation du peuple juif (2018) officalisant une politique commencée dès 1948

* société militarisée, théorie du drone (cf le livre de Grégoire Chamayou)

* détention administrative et gestion par la détention (cf le livre de Salah Hammouri)

* État ethnique, nationalisme exacerbé, et montée des intégrismes religieux.

Ici, je fais une parenthèse : le « socialisme » des premières années d’Israël dirigé par le parti travailliste, c’était d’une part une vitrine, le kibboutz comme un socialisme sans Staline ; c’était surtout un peu, comme le socialisme des nouveaux États indépendants en Afrique, le développement des instruments assurant la légitimité d’un État ; une fois assurée, la contre-révolution libérale pouvait intervenir.

…

Et il est même facile de montrer que l’action d’Israël dans la bande de Gaza est le microcosme de ce chaos Palestine Israël

* l’eau (production de fleurs coupées pompant la nappe envahie par l’eau de mer)

* la pêche (surpêche sur 3 miles)

* le blocus

et maintenant

* déplacements de population

* destruction de la ville

* destruction ciblée des écoles et des universités

* destruction ciblée du patrimoine culturel et religieux

* famine

* massacre, génocide en cours

Quand je lui ai signalé ce projet d’exposé, quand nous nous sommes vus au festival d’Uzeste, en août dernier, Rony Brauman m’a dit en souriant (certains diraient que c’est de l’humour juif) : « en présentant ainsi Palestine/ Israël comme le microcosme du monde, Israël trouve en toi son meilleur défenseur ! » Car en montrant que Israël est un prédateur à l’image des autres, on le banalise. Et en se mobilisant spécifiquement sur ce sujet alors qu’il n’est qu’un parmi d’autres, n’est-ce pas l’antisémitisme qui nous guiderait ?

S’il y a ici des personnes qui ont tenu des tables pour la Palestine, pour la campagne BDS, il leur est certainement arrivé comme à moi qu’un sioniste les interpelle en leur disant  : « il y a plus de morts au Soudan, plus de détenus Ouïghours en Chine, plus de pogroms contre les musulmans en Inde,… Pourquoi vous vous intéressez spécifiquement à Israël ? »

Quand cela m’est arrivé il y a peu, j’ai répondu « c’est curieux, je ne me souviens pas de vous avoir vu à la dernière manifestation pour l’Ukraine », et à chaque fois cela a suffi pour que mon interlocuteur ou interlocutrice parte.

Mais ma réponse n’épuise pas le sujet.

Oui, il faut être conscient qu’Israël est une pièce maîtresse de l’impérialisme occidental, États-Unis et Europe, impérialisme qui couvre donc bien d’autres crimes, comme dit dans la première partie de cet exposé.

Oui, d’une certaine façon, Israël dit et fait tout haut ce que les autres font de façon honteuse. Pour ne prendre qu’un exemple, évacuer ses déchets en Cisjordanie comme le fait Israël, est-ce fondamentalement différent de l’envoi des bateaux à désamianter en Inde ?, ou l’évacuation des déchets électroniques en Afrique par containers ?

Si vous avez vu l’excellent film « Yallah Gaza » de Roland Nurier, vous connaissez l’image reprise par Sylvain Cypel pour qualifier la politique d’Israël depuis plusieurs années: uriner dans la piscine du haut du plongeoir.

Sylvain Cypel, dit : il nous est arrivé à tous de ne pas pouvoir attendre de sortir de la piscine et de rejoindre les toilettes, il nous est arrivé de façon honteuse et le plus discrètement possible d’uriner dans la piscine (je n’ai pas personnellement ce souvenir, mais je comprends l’image). Mais ce que fait Israël, aujourd’hui, c’est uriner dans la piscine du haut du plongeoir, tranquillement, ouvertement.

Oui, nous dit Israël, je débarrasse la Palestine des Palestiniens, et je n’en ai rien à foutre de ce que vous en pensez. Nous l’avons fait en 47-49, et nous devons poursuivre aujourd’hui.

Alors oui, il y a de bonnes raisons d’accorder à ce sujet une particulière attention et une particulière action, c’était vrai avant le 7 octobre, cela est encore plus vrai depuis.

Je ne plaide pas ici pour que nous ne parlions que de cela, que nous n’agissions qu’à ce sujet. La lutte contre la fuite en avant vers la catastrophe climatique doit nous mobiliser de façon multiforme. La solidarité avec les peuples dominés doit se développer. Solidarité avec l’Ukraine agressée et occupée, solidarité avec la Kanaky, solidarité avec les migrants, et participation, ici et maintenant, à la lutte contre le démantèlement des services publics et pour la défense des biens communs. Bref, la lutte pour l’émancipation des travailleurs (et des travailleuses) et des peuples est multiforme.

Mais Israël est une pointe avancée de cette politique mondiale qui nous mène à l’abîme. Sa politique de colonisation n’est pas simplement de peuplement, elle est un colonialisme de remplacement, comme l’a été la colonisation de l’Australie ou de l’Amérique du Nord. Ce qui faisait partie dès l’origine du projet du sionisme politique, et que les Etats ont fait mine de ne pas voir et de ne pas entendre, c’est l’évacuation du maximum de Palestinien.nes, ce qu’Israël affirme aujourd’hui du haut du plongeoir. Aujourd’hui, nous vivons une nouvelle Nakba, une nouvelle phase d’accélération de ce colonialisme de remplacement. En 2018, la loi Israël Etat Nation du peuple juif apparaissait comme l’officialisation d’un régime d’apartheid. Depuis le 7 octobre, parallèlement à l’accélération de la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem Est, c’est le génocide de la population de la Bande de Gaza , le tout au nom d’une identité fantasmée et désormais d’un messianisme religieux.

Aujourd’hui, ce n’est pas d’une entorse au droit international qu’il s’agit, c’est ouvertement la négation du droit international, et le vote par les 3/4 de la Knesset de l’interdiction de l’UNWRA, comme la délégitimation de la Cour pénale internatoinale (CPI) et de la Cour internationale de justice (CIJ).

Aujourd’hui, ce n’est pas là de discrimination dont nous parlons, mais de l’organisation de la famine, au vu et au su du monde ;

Et nous pouvons voir que Netanyahou aura été le poisson pilote de Trump, dans la fuite en avant du capitalisme extractiviste et dans la négation ouverte du droit international.

Bien sûr, à l’UJFP, nous sommes particulièrement sensibles à ce scandale du sionisme, ce colonialisme qui s’est prétendu mouvement de libération nationale et qui s’est dévoilé comme un colonialisme de remplacement, et qui en prétendant parler ainsi au nom des Juifs du monde entier favorise délibérément un renouveau de l’antisémitisme (qui n’avait certes pas disparu).

Mais nous disons à tous les habitant.es de notre pays : vous aussi on vous fait complices du génocide ! La France est totalement engagée au côté de cette politique israélienne malgré les rodomontades présidentielles :

– armement (et explosion des exportations « à double usage », civil et militaire, pour tenter de masquer la participation directe à l’armement d’Israël)

– coopération économique, culturelle, sportive (double standard, cf Jeux Olympiques)

– reconnaissance de fait d’Israël comme représentant les Juives et Juifs du monde entier (en Occitanie, je cite Hollande invitant Netanyahou à Toulouse pour commémorer les attentats de Mérah et le laissant dire sans broncher que la sécurité des Juifs est en Israël)

– reprise de l’accusation d’antisémitisme à tous ceux qui critiquent Israël, notamment tentative de criminaliser la campagne citoyenne Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS).

À ce sujet, nous considérons comme particulièrement significative, stupide et inadmissible la déclaration du ministre Barrot, qui dit qu’il est criminel d’accuser Israël de génocide, donc un peuple qui a été lui-même victime d’un génocide. D’une part c’est ignorer l’Histoire, et d’autre part c’est à nouveau faire d’Israël le représentant de tous les Juifs et de toutes les Juives du monde.

– maintien en détention de Georges I. Abdallah

Si, après avoir été complices du génocide des Tutsi du Rwanda, nous restons complices par notre passivité du génocide en cours en Palestine , comment se regarder dans la glace ?

Une conviction : si nous laissons le peuple palestinien aux mains d’un État génocidaire, nous ne gagnerons pas sur les autres terrains. Mais si nous réussissons à développer à l’échelle du Monde l’intifada, j’utilise ce terme que la justice française veut criminaliser alors qu’il signifie soulèvement, oui le soulèvement de la population contre le génocide en cours, alors nous gagnerons en force pour nos autres combats.

Alors oui, même si Macron et Trump ne le veulent pas, , nous sommes là pour dire : Cessez le feu immédiat ; Palestine libre de la mer au Jourdain, égalité des droits !

André Rosevègue (Palestine 33, UJFP Nouvelle Aquitaine)

Note de lecture de « La civilisation judéo-chrétienne, anatomie d’une imposture » de Sophie Bessis

couverture du livre la civilisation judéo-chrétienne

Ce livre part d’un constat : le binôme « judéo-chrétien » n’éveille aucune curiosité, ne suscite aucune question, tant la juxtaposition de ces deux adjectifs paraît relever de l’évidence.

Or pour Sophie Bessis comme pour les gens de ma génération, nous savons que cette formule est apparue relativement récemment dans le langage courant. Dans notre jeunesse, la civilisation européenne était gréco-latine ! Déjà, on voulait effacer tout apport du Sud de la Méditerranée. Champollion n’avait pas réussi à rendre évident l’apport égyptien à la Grèce, et au 19° siècle les intellectuels organiques de l’expansion coloniale firent de l’exceptionnalité européenne, plus tard étendue à ce qu’on appelle « l’Occident », un attribut central de sa puissance et de sa vocation à dominer.

Jusqu’à ce monstrueux paroxysme de la haine du Juif que fut la destruction des Juifs d’Europe, l’antisémitisme ne choquait qu’une minorité des opinions européennes éduquées dans un habitus culturel antijuif.

Mais depuis le procès Eichmann en 1962, omniprésence de la Shoah et remplacement de l’antisémitisme (le terme remplacement n’est pas le bon car il ne disparaît pas) par une judéophilie qui semble en être l’inquiétant miroir.

A partir des années 1980, le terme « judéo-chrétien » devient courant, le Juif n’est plus l’Oriental. Le Juif sorti du ghetto peut dire comme Hannah Arendt dès 1941 « Nous allons à la guerre comme un peuple européen qui a autant contribué à l’éclat et au malheur de l’Europe que n’importe quel autre peuple ». Comme pour oublier le stigmate de l’origine, les Juifs européens et leurs intellectuels ont ignoré les Juifs d’Orient jusqu’à les réduire à l’inexistence.

Outre le fait que ce « grand remplacement de l’hellénité et de la latinité par le judéo-chrétien signe l’avènement spectaculaire du recours contemporain au registre religieux, il est le fruit d’une formidable occultation de deux millénaires de haine antijuive et de la longue négation de sa filiation abrahamique.

Pour restaurer après la seconde guerre mondiale les « valeurs » dont ils s’étaient institués les seuls énonciateurs malgré la violence exterminatrice des conquêtes coloniales, l’Europe et « l’Occident » ont d’une part validé la création de l’État d’Israël jusqu’à le défendre inconditionnellement, d’autre part popularisé le terme de judéo-chrétien jusqu’à en faire le socle de la civilisation occidentale.

Le judéo-chrétien fonctionne comme une machine à expulser. L’islam devient le tiers exclu de la révélation abrahamique. Si le premier rameau, le judaïsme, a formulé l’universel moral mais en demeurant une religion tribale réservée au peuple que Dieu aurait «élu » (je sais que cette présentation ne convaincra pas tous les lecteurs de cette note), Sophie Bessis rappelle que d’emblée le christianisme et l’islam ont d’emblée affiché une prétention universelle.

Je ne peux pas dans cette courte note de lecture développer toutes les pistes de réflexion que l’autrice propose

– l’absence de laïcisation des pays du Sud

– l’islam devenu religion présente en Europe mais perçu comme religion étrangère

– l’expansion progressive de versions radicales de l’islam

– la caricature française du refus du communautarisme et de la reconnaissance du CRIF comme représentatif d’une communauté.

Le recours au concept de civilisation judéo-chrétienne apparaît comme un mensonge commode pas seulement pour les Européens, le monde arabe et l’arc des États arabo-turco-iranien l’ont repris à leur compte en dénonçant le complot judéo-chrétien que représente l’installation de l’État d’Israël. Il est vrai que beaucoup ont voulu ignorer l’ancienneté du sionisme chrétien depuis la fin du 18° siècle. Sophie Bessis ne nie pas le rôle d’Israël dans la provocation des Juifs des pays musulmans à les quitter pour faire leur « alya », mais elle dit que dans ces pays les États nouvellement indépendants n’avaient pas regretté ces départs. Le paradoxe est de voir Israël souhaiter cette immigration tout en craignant et en voulant effacer leur orientalité.

Sophie Bessis écrit en 2025 pendant l’action génocidaire menée à Gaza. Et toute la construction d’un Israël innocent face à un Palestinien forcément coupable tremble sur ses bases.

Aujourd’hui, Israël a des affinités bien plus profondes avec la Hongrie de Viktor Orban ou avec l’Inde de Narendra Modi, et avec des partis néofascistes dont l’antisémitisme est une composante originaire, qu’avec des communautés juives bousculées. Le suprémacisme de l’extrême droite religieuse dont Netanyahou est le bras séculier est dans une fuite en avant illibérale. Son caractère ouvertement colonial provoque une hostilité grandissante du « Sud global » (expression à la mode).

A la question finale « que faire ? », Sophie Bessis répond modestement que ce petit livre déconstruisant le concept mensonger de civilisation judéo-chrétienne est sa contribution.

Cette courte note de lecture ne doit pas vous dispenser de lire le livre, beaucoup plus riche que ce que je vous en ai dit.

Aider à vivre, dit-il

andre rosevegue Aider à vivre, dit-il

Aider à vivre, Pour des vies dignes d’être vécues jusqu’au bout

Ce « tract » m’avait échappé. C’est le tract n° 58 de Gallimard, paru en juin dernier. Je l’ai trouvé chez mon libraire avant-hier.

Juin 2024. 9 mois déjà qu’à la suite de la sortie meurtrière de Gaza sous blocus Israël « riposte » par des bombardements ayant fait des milliers de victimes indifférenciées, bloquant l’accès à l’eau, à la nourriture, à l’énergie, imposant d’incessants déplacements à deux millions d’habitants n’ayant aucun moyen de se mettre à l’abri. Hôpitaux et écoles sont ciblés, y compris des cours d’écoles ou seuls des enfants jouent. Des témoignages d’humiliations et d’abominations dont y compris la presse israélienne rend compte. La justice internationale parle de risque génocidaire. Israël balaie les critiques, Tsahal ira chercher le dernier combattant du Hamas jusqu’au dernier tunnel – au nom du peuple juif, en Israël et dans le monde.

Juin 2024, le grand rabbin HaÏm Korsia prend la parole en publiant ce tract Gallimard sous le titre : Aider à vivre, pour des vies dignes d’être vécues.

36 pages pour dénoncer… le projet de loi en France incluant dans des cas bien particuliers « l’aide à mourir », une fort timide réponse à l’exigence largement majoritaire dans la population, confirmée par une convention citoyenne, du droit à mourir dans la dignité. N’hésitant pas à convoquer Platon, le Talmud, la Bible, Paul Ricoeur, le professeur Ameisen, d’autres encore, il invoque contre le projet de loi le commandement suprême qui doit nous éviter de sombrer dans la barbarie : « tu ne tueras point ».
Quel rapport avec Gaza ? Aucun. Gaza connaît pas.

« Tu ne tueras point » concerne ton semblable civilisé. Les ministres du gouvernement Netanyahou qui justifient l’élimination des quasi-animaux que sont les Palestiniens, ce n’est pas un sujet, car de toute évidence les vies de ces derniers ne sont pas dignes d’être vécues.

La morale de ce tract ? Il n’y en a pas.

Lettre au Canard enchaîné

andre rosevegue Lettre au Canard enchaîné

Lecteur assidu du Canard, je suis profondément choqué par le dessin de la page 4 (en bas à gauche) dont je ne déchiffre pas le nom de l’auteur, ce dont je tiens à m’excuser.

Canard Lettre au Canard enchaîné

Le sens du dessin ne peut faire de doute. Dans cette conversation de bistrot, est vu comme une parade formelle de ne pas apparaître comme antivax quand on manifeste avec une étoile jaune contre le passe sanitaire, au même titre que se prétendre antisionistes est un masque pour les antisémites.

Je trouve que ce dessin présente le double inconvénient d’entretenir l’idée que l’antisionisme est la forme moderne de l’antisémitisme, et d’entretenir l’idée que tout doute sur la stratégie vaccinale du gouvernement renvoie au refus obscurantiste des antivax.

Juif antisioniste (et bien sûr choqué par le confusionnisme des porteurs d’étoiles jaunes dans les manifestations hostiles au passe), je considère en effet que le sionisme est un colonialisme comme l’assumait d’ailleurs son fondateur, et que critiquer les fondements de la création de l’État israélien ne relève pas de l’antisémitisme, même si je n’ignore pas que pour échapper aux rigueurs de la loi punissant l’antisémitisme les antisémites d’aujourd’hui en France se réfugient dans le terme d’antisioniste : la différence n’est pas difficile à faire dès que l’on examine les discours.

Vacciné avec le Pfizer en l’absence de choix car vieux à risque, convaincu qu’il a une certaine efficacité sans que celle-ci soit absolue, inquiet des effets pervers (notamment de l’ARN messager) et pour cela réservé sur la stratégie adoptée, je trouve profondément malsain d’assimiler tous les anti-passe à des antivax.

L’auteur du dessin peut bien sûr prétendre qu’il ne fait pas le double amalgame.

Bref, liberté du dessinateur, mais droit pour moi de considérer qu’il fait là une très mauvaise action.

André Rosevègue (33400 Talence), 29 juillet 2021

UJRE : Le point de vue de Jacques Lewkowicz a des points aveugles

andre rosevegue UJRE : Le point de vue de Jacques Lewkowicz a des points aveugles

Dans le numéro de Juin  de PNM on trouve en page 2 la reproduction du communiqué de l’UJRE du 4 mai à propos du texte calamiteux paru sur le site de l’UJFP, et encore présent sur le site de l’UJFP la veille.

JL dans pnm sur lUJFP 001 copie UJRE : Le point de vue de Jacques Lewkowicz a des points aveugles

Qu’il ait ému l’UJRE me semble tout à fait légitime. Qu’elle en fasse un communiqué sans prise de contact avec l’UJFP montre que nous avons encore du chemin à faire pour que les associations qui n’acceptent pas le diktat du CRIF de solidarité inconditionnelle avec Israël aient des relations normales entre elles, qui n’excluent pas les divergences.

Mais  dans le numéro de juin PNM publie son communiqué du 4 mai, et dans un « point de vue » le co-président Jacques Lewkowicz (JL dans la suite de cette note) non seulement attribue le retrait du texte aux « multiples ripostes tant individuelles que collectives », mais il se garde de citer les premiers mots de la mise au point de l’UJFP que nous rappelons :

Nous regrettons la publication de ce texte qui est passé par erreur au travers de notre procédure de relecture et de mise en ligne habituelle. Il a suscité beaucoup de réactions négatives, certaines auxquelles nous sommes sensibles et qui sont partagées par les militants de l’UJFP et nos amis. Nous nous en excusons auprès d’eux.

Surtout, tenant un raisonnement que nous connaissons bien quand il est tenu  par la LICRA : il faut pour JL absolument  contester tout amalgame entre l’antisémitisme et toutes les autres formes de racisme. Pour JL, l’UJFP, dans le nouveau prêt-à-penser que serait « le post-colonialisme », ne voudrait voir l’antisémitisme qu’au prisme du colonialisme et du capitalisme.

C’est  avoir d’étranges lunettes pour lire nos analyses que d’aboutir à cette réflexion.

Mais on est franchement déçu qu’en 2021 le co-président de l’UJRE garde de la proclamation d’Israël en 1948 l’analyse qu’en faisait le communisme stalinien.

« Contre toute évidence, écrit-il, l’UJFP ramène la création de l’État d’Israël à une entreprise coloniale : on cherche vainement la métropole qui serait à l’origine de cette colonie »

Contre toute évidence, JL décide donc d’ignorer les textes de Herzl et des premiers congrès sionistes : Herzl présente bien la création de l’État des Juifs comme une pointe avancée de la civilisation européenne. (« L’État juif formerait une portion d’un rempart de l’Europe contre l’Asie, un avant-poste de la civilisation opposée à la barbarie »). A l’époque, la colonisation n’était pas considérée comme un crime par les instances internationales, et c’est dans le cadre du partage du monde du congrès de Versailles et de ses suites que le mandat britannique sur la Palestine inclut la création d’un foyer national juif.

On ne peut considérer la proclamation d’Israël en 1948 comme sa naissance qu’à la condition de considérer que sa gestation a duré un demi-siècle. Au moment de la proclamation, les institutions créées par le sionisme (les trois piliers que sont l’Agence juive, la Haganah et la Histadrout) empêchent de penser que cet Etat est né ce jour-là à partir de rien.

Car il ne suffit pas de proclamer un État pour que celui-ci existe. Il n’est que de voir les proclamations de l’État de Palestine… ou plus récemment de celui de Catalogne !

Et JL poursuit : « Certes cet État a été une pièce utilisée par l’impérialisme dans son jeu géostratégique. Il n’en reste pas moins qu’il était une solution pour les Juifs qui ne pouvaient revenir sur les lieux où ils avaient été pourchassés et massacrés ».

Misère des raccourcis historiques. En effet, l’impérialisme a utilisé Israël dans son jeu stratégique. Mieux que l’URSS qui de façon inconséquente en espérait la même chose. Mais cet impérialisme qui a effectivement utilisé Israël avait commencé par interdire aux populations juives réprimées en  Allemagne et chez ses voisins à l’Est de se réfugier dès les années 30. Et ce même impérialisme qui a « oublié » de bombarder la ligne de chemin de fer conduisant à Auschwitz a tout autant refusé à la plupart des Juifs rescapés de la Shoah qui le souhaitaient de venir s’installer aux États-Unis par exemple. Que JL fasse l’impasse sur la manière dont les dits rescapés ont été reçus par l’appareil sioniste serait un autre sujet. Mais surtout, en quoi les Palestiniens devaient payer pour un génocide dans lequel ils n’aient aucune responsabilité ? Comment séparer la création de cet État du nettoyage ethnique dont le commencement a précédé la proclamation de l’État ? Et comme j’ai entendu Shlomo Sand le dire un jour, s’il fallait un territoire pour les Juifs en 1945, pourquoi pas les Sudètes ?

JL continue « Affirmer ceci n’empêche pas d’exiger, comme l’UJRE le fait depuis longtemps, la reconnaissance de l’État de Palestine, condition primordiale d’une paix juste et durable. » Reconnaître au peuple palestinien le droit à un État, prendre en compte la décision de représentants du peuple palestinien de proclamer cet État, demander que sa reconnaissance soit assurée par tous les pays dont le nôtre et par les organisations internationales comme la CPI le fait, c’est juste. Mais faire croire que cela change ainsi la situation concrète, ce n’est pas faire une analyse concrète. Aujourd’hui, la totalité de la Palestine historique est sous le contrôle de l’État israélien. Oslo est mort pour autant qu’il n’était pas mort-né. Reconnaître l’État de Palestine ne dit rien des conditions de réalisation d’une paix juste.

« Ainsi, nous dit JL , pour l’UJFP tout est affaire de colonialisme ». Non, mais cela fait de la peine de voir que de vieux militants sont à ce point enfermés dans leurs schémas anciens qu’ils ne voient pas ce que les cartes successives illustrent et que tous les témoignages confirment. La loi sur Israël État nation du peuple juif ne fait que sanctionner la progression de la colonisation du territoire, de l’épuration ethnique, et des discriminations relevant de l’apartheid. Que le colonialisme sioniste ait ceci de particulier qu’il n’a pas une métropole unique est une chose, que le sionisme se soit développé dès le départ avec la volonté de débarrasser le terrain de sa population indigène est attesté.

Il ne faut pas voir dans cette discussion un débat purement théorique. Nous assistons en direct dans ce microcosme qu’est le territoire de la Palestine historique à « la conquête de l’Est », et au moment où nous sommes les Palestiniens ne sont toujours pas décidés à accepter le sort des « Indiens ». Or nous voyons à quel point l’extrême droite européenne, les Orban et les Le Pen, sont fascinés par cette façon dont Israël combat les Palestiniens assimilés à un peuple terroriste. C’est un point sur lequel on peut reconnaître que Herzl  ne s’est pas trompé, quand il disait  « les antisémites seront nos amis les plus sûrs et les pays antisémites nos alliés ». On peut entendre Aurore Bergé, la présidente des amitiés France Israël, présenter Israël comme étant la première ligne de défense contre le terrorisme et préconiser que l’on s’inspire d’Israël ici, c’est à dire qu’une responsable autorisée de la Macronie nous invite à considérer en fait les populations musulmanes ou supposées telles comme une cinquième colonne.

Dans le monde, et notamment aux États-Unis, des yeux s’ouvrent, des fissures se produisent dans le consensus pro-israélien. Ce n’est pas le moment de baisser la garde contre les idées suprématistes, là-bas comme ici.

André Rosevègue, UJFP Aquitaine

Sur l’échelle du temple, Dominique monte d’un barreau

quand bave la police

Notre camarade et néanmoins ami Dominique Natanson, bien connu des pédagogues pour ses ouvrages et son site sur la mémoire de la Shoah, bien connu de l’UJFP pour la coordination des deux éditions d’Une parole juive contre le racisme, confie ses fictions aux Éditions de l’échelle du temple, dans sa bonne ville de Soissons.

Et c’est donc son deuxième « polar décolonial », Quand bave la police , qu’il nous propose. J’avais déjà dit un mot de La cavale de Freddy Mbemba paru l’an dernier.
Dominique nous prévient, la pensée décoloniale va irriguer son récit. Entendons nous, ce n’est pas une caricature de « réalisme socialiste » à la mode du postcolonialisme d’aujourd’hui. Tous les racisés ne sont pas nickel et tous les Blancs ne sont pas blanc-bleu. Mais nous sommes prévenus de la grille d’analyse des faits sociaux qui anime l’auteur.

Eh bien, je trouve ça dommage. Parce que je trouve que ce deuxième polar, mieux que le premier à mon goût, mérite d’être lu sans cet avertissement initial à Blanquer que le livre n’est pas pour lui.

En racontant l’histoire d’une famille Dyoula dont tous les membres sont dans le viseur du commissariat voisin, où le fils Babacar meurt et dont la sœur Mariam devient la porte-parole, Dominique prend le risque d’y voir la transcription (totalement) romancée d’une histoire d’actualité.

Mais la force du récit raconté à la première personne et dans la langue de sa cité par Adama, 10 ans, transgressant les interdits pour se faire enquêteur, nous fait oublier toute prévention. Adama, qui a eu du mal à capter quand il a entendu parler de bavure, ce qui pour lui est la trace que les escargots que lui et ses copains mettent en compète. Adama, qui kiffe Aurélie, sa maîtresse de CM2. Adama, qui voit arriver chez lui comme avocat un Blanc, et même un feuj, sapé riche, avec un chapeau zarbi. Adama, qui s’interroge sur l’histoire de sa reum et sur ses propres origines. Adama, toujours fidèle au PSG. Mais Adama , enquêteur particulièrement clever (on fait un peu d’anglais en CM2), qui trouvera, en lisière de la cité, les lieux où sont les clés.

AR

Dominique NATANSON, Quand bave la police… , polar décolonial, Soissons, Éditions de l’Échelle du temple, 2020, 208 p, 10 euros.

A commander : ed************************@***il.com

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Intervention de André Rosevèque au rassemblement en soutien à la Zone libre de Cenon

andre rosevegue Intervention de André Rosevèque au rassemblement en soutien à la Zone libre de Cenon

J’interviens ici au nom de l’Union Juive française pour la paix.

Je voudrais en quelques mots vous dire pourquoi.

Si beaucoup d’entre nous sont vivants aujourd’hui, c’est parce que nos parents, nos grand-parents, nous-mêmes parfois, avons survécu au génocide des Juifs comme des Tziganes, grâce à mille petits gestes de soutien pour les sauver des rafles que la police française assurait pour le compte des autorités d’occupation.

Mais tous ceux qui participaient à la chaîne des complicités se sont défendus d’une quelconque responsabilité.
On ne savait pas, disait le fonctionnaire qui tenait à jour le fichier des Juifs, à quoi ce fichier allait servir.
On ne savait pas disait celui qui transmettait la liste à l’autorité supérieure.
On exécute les ordres, disait celui qui expropriait le commerçant ou fermait le cabinet du médecin.
Je n’ai fait que mon travail, dit le Secrétaire général de la Préfecture de Bordeaux maurice Papon

Heureusement, il y a eu des centaines de milliers d’habitants de notre pays qui, sans être des héros, sans souvent en tirer fierté, sans vouloir souvent sortir de l’anonymat, ont facilité le passage de la ligne de démarcation à l’un, fourni des tickets d’alimentation à l’autre, aidé à l’établissement de faux papiers, hébergé quelques temps l’un ou l’autre, etc.

Rien à voir avec la situation d’aujourd’hui, me dira-t-on. C’est à voir.

Il y a aujourd’hui des dizaines de milliers de personnes dans notre pays qui sont en insécurité car, sans papiers ou en situation régulière, on ne leur permet pas de vivre à l’abri. Il y a des enfants obligés de dormir dans la rue. Et si certains sont ici c’est parce que dans le pays d’où ils viennent leur vie est en danger.

Heureusement, ils peuvent bénéficier souvent d’un peu d’aide, insuffisante, de particuliers et d’associations, comme pour la Zone libre.

Les exilés, les migrants, les sans papiers demandent ce qui devrait aller de soi, un minimum : la régularisation et un logement décent. Aujourd’hui les squats sont le dernier recours pour ne pas mourir dans la rue après avoir échappé à la mort dans le parcours depuis leur pays.

Mais
Mais l’État ne respecte pas ses obligations de mettre à l’abri tous ceux qui vivent dans ce pays.
Pire.
L’État empêche ceux qui fuient des dictatures d’être accueillis dans un pays où leur asile est en principe un droit.
Pire
Mehmet Yalçin, un militant pour les droits de la population kurde, a été arrêté mardi à son domicile de Bordeaux et transféré dans le centre de rétention de Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) d’où il a été expulsé vers la Turquie . Il y est aujourd’hui en prison, et les rapports des organisations de défense des droits humains ont publié maints rapports sur les conditions de détention en Turquie.

Je voudrais m’adresser solennellement à Madame la Préfète de Gironde et Nouvelle Aquitaine.
En vous faisant le relais de l’expulsion de Mehmet Yalcin, vous vous êtes faite complice de ce qu‘il risque de subir dans les geôles de Erdogan.
En faisant participer la force publique à l’expulsion du territoire de personnes dont vous ne pouvez pas ignorer qu’ils risquent leur vie en étant renvoyés vers le pays qu’ils ont dû quitter, vous vous faites complice de ce qui risque de leur arriver.

En faisant participer la force publique sous votre autorité à l’expulsion des squats, qu’il s’agisse de personnes en situation dite « régulière » en en situation autre, sans vous assurer qu’ils vont pouvoir bénéficier d’un abri pérenne, sans vous assurer que les enfants vont pouvoir continuer la scolarité qu’ils ont engagée, vous vous faites complice du refus de l’État d’assumer ses responsabilités vis-à-vis de tous les humains qui vivent sur son territoire.

Attention, je ne fais pas d’amalgame entre ce que fait la préfecture d’aujourd’hui avec hier et la complicité de crime contre l’humanité qu’est l’extermination.
Mais l’attitude d’une partie de l’opinion publique comme celle de l’État, la passivité des uns et l’action des autres, sont tout à fait comparables à ce que l’on a vécu sous le pétainisme. Le crime de papier, le crime de bureau, même s’il n’est pas en l’espèce crime contre l’humanité, n’en est pas moins un crime ou une complicité de crime, par les moyens employés et les effets sur les victimes connus de leurs auteurs.

André Rosevègue – Dimanche 18 octobre 2020

Succès du rassemblement contre l’islamophobie à Bordeaux le 24 novembre.

500 personnes rassemblées, très majoritairement musulmanes mais présence de quelques dizaines de personnes qui ne l’étaient probablement pas, à l’appel d’une association, les Alliés de la paix, et d’une quinzaine d’associations dont une dizaine de mosquées.

Intervention UJFP Samedi 24 novembre Bordeaux (André Rosevègue) :

J’interviens au nom de l’Union Juive française pour la paix d’Aquitaine.

L’UJFP est une association qui porte une parole juive laïque. Née en 1994 pour participer à la solidarité avec la résistance du peuple palestinien, elle s’est trouvée de plus en plus obligée de défendre ici les valeurs pour lesquelles nous étions solidaires du peuple palestinien : le refus de toutes les discriminations, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, les droits humains, individuels et collectifs, et parmi eux le droit de choisir sa religion, le droit de croire ou de ne pas croire, le droit de parler sa langue, le droit de tous les peuples à l’autodétermination.

Car si dans bien des pays ces droits ne sont pas établis, nous disons clairement que nous sommes solidaires de celles et ceux qui dans tous les pays du monde se battent pour ces libertés, liberté de pensée, liberté d’expression.
Or oui, aujourd’hui, dans notre pays, la laïcité clairement établie par la loi de 1905 est mise en cause ici, et mise en cause y compris par les plus hautes autorités de l’État.

Déjà la loi d’interdiction du foulard à l’école était contraire à la laïcité. Ce sont les agents de l’État et des collectivités publiques qui pendant leur service se doivent de respecter la neutralité politique et religieuse. Ce n’est pas aux citoyens et aux usagers du service public que s’impose cette neutralité.

Depuis des années maintenant des enfants vont tous les jours à l’école de la République et y subissent méfiance et mépris de ce qu’ils sont, contrôles et discours humiliants sur leur religion, leurs familles, les causes justes qu’ils défendent.

Souvenons nous que c’est en 2014 qu’est publié le premier document de prévention de la radicalisation en milieu scolaire par l’académie de Poitiers, qui le retire ensuite, mais il est suivi de bien d’autres jusqu’à celui tout récent sur le signalement de la radicalisation de l’université de Cergy.

Cette « vigilance » initiée par l’État est, on l’a beaucoup dit, un appel à la délation des voisins, des collègues, des enfants. Cette détection des « signaux faibles » de radicalisation, c’est la dénonciation de toute pratique de l’Islam.
Ces enfants écoutent à la télévision des discours humiliants pour leurs familles, leur père et leur mère, leur grand frère, leur grande sœur ..
Leurs pères leurs frères, sont surveillés sur leurs lieux de travail, dans la ville, soumis aux contrôles au faciès.
Leurs mères sortent parfois le matin la peur au ventre pour les accompagner à l’école, aller au travail ou chercher du travail, aller à la poste, la banque ou l’hôpital, sans jamais savoir d’où va venir l’agression verbale ou parfois physique. Et c’est cela l’apprentissage que subissent ces enfants de la République, c’est ainsi que l’on forme aujourd’hui des citoyens dans ce pays. Et c’est une honte ! Et ce que les autres enfants apprennent sur les bancs de cette nouvelle école laïque c’est que que eux-mêmes n’étant pas musulmans sont protégés, qu’ils sont eux à l’abri des suspicions et ils intègrent discrimination et ségrégation comme des choses normales.

Il nous faut donc répéter cette évidence : non, porter le voile, être un musulman pieux, manger halal, ce n’est pas le premier pas vers le terrorisme !

Nous sommes une association juive, la seule association juive représentée ici, et c’est lamentable que nous soyons la seule. Même si nous savons que d’autres Juifs sont présents anonymement, militants associatifs, syndicaux, ou dans des partis, et qu’ils sont aussi là parce qu’ils se souviennent aussi de leur histoire familiale.

Nous à l’UJFP , nous avons aussi de la mémoire, et nous nous en servons.

L’islamophobie, comme l’antisémitisme autrefois, est devenue le dénominateur commun de tout ce que le monde compte de partis et d’idéologies racistes et xénophobes. Ne pas le comprendre rend inopérant le combat antifasciste. Les deux racismes ont aussi en commun d’être des racismes d’État qui édictent des lois discriminatoires sur fond de stigmatisation au plus haut niveau.

Cette mémoire renforce notre devoir d’être d’abord et avant tout être toujours du côté de l’opprimé et de la victime du racisme. L’écouter lui d’abord et lui avant tous les autres, respecter sa parole et lutter avec lui à ses côtés.

Les Juifs d’Europe des années trente, mes parents, ont connu cette atmosphère antisémite ; la littérature de l’époque en porte abondamment les traces. Une société imprégnée par le racisme qui laisse advenir le pire.

Nous avons la mémoire du génocide des Juifs d’Europe et des tziganes par le nazisme. nous savons qu’il n’a malheureusement pas été le seul : le XX° siècle a débuté avec le génocide des Hereros du Sud-Ouest Africain, l’actuelle Namibie, il s’est poursuivi avec celui des Arméniens, le siècle finissant a connu le génocide des Tutsis du Rwanda. Et quand nous voyons aujourd’hui les bombardements systématiques dont sont victimes les Syriens par leur propre pouvoir et par de puissants alliés, on sait que le pire n’est pas forcément derrière nous.

Nous sommes inscrits dans la lutte contre le racisme, sous toutes ses formes.

L’islamophobie, ce racisme qui vient d’en haut, des plus hauts niveaux de l’État et que les médias complaisants diffusent dans tout l’espace social saturé de cette haine. La négrophobie qui tue en silence, « bavure » après « bavure » policière avec tous les guillemets voulus, de jeunes noirs, sans jamais faire la une des journaux, ni mériter de discours politiques, ni voir sanctionné les crimes par la justice. Rromophobie et les pogroms organisés contre les « gitans », les « tziganes »,sous les yeux complaisants de policiers qui n’interviennent pas, le racisme qui vise les asiatiques, encore plus invisible et silencieux, l’antisémitisme qui tue encore de façon crapuleuse et sordide. Mais qui lui réunit sans frilosité aucune la protestation de toutes les familles politiques de ce pays, y compris celles qui participent au discours islamophobe.

Ce racisme qui sert si bien les intérêts de l’état ultra-libéral : jouer la diversion pendant qu’il paupérise la population en détruisant tous les acquis de ses luttes sociales, travail, droit au chômage, santé, école, retraite, imposition .. ; et jouer la division au sein de cette population pour son profit et son bénéfice : se poser en rétablisseur d’ordre. Comme au bon vieux temps des colonies.

Dans la crise que connaît le capitalisme mondial, se développe cette idée réactionnaire de l’identité nationale, du refus du vivre ensemble, c’est l’idée du sionisme colonial, c’est l’idée d’Orban en Hongrie, c’est l’idée de ceux qui veulent une France débarrassée de ses musulmans.

J’étais à la manifestation de Paris le 10 novembre, et je dois dire qu’elle m’a redonné espoir. L’UJFP y était présente et l’intervention de Michèle Sibony, notre porte-parole, que j’ai largement reprise ici, a été applaudie. Ce qui donne le plus d’espoir, c’est d’avoir enfin vu une manifestation nombreuse et joyeuse, où jeunes et vieux, « Blancs » et racisés, ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas disaient ensemble « Oui à la laïcité, oui à la loi de 1905 », « oui à la critique des religions, non à la haine des croyants ».« on s’habille comme on veut », « le problème, c’est pas le voile, c’est la misère sociale », et sa variante « le problème, ce n’est pas le voile, c’est le capital » !

« Vivre ensemble dans l’égalité des droits », c’est accepter l’autre. C’est considérer qu’on peut s’enrichir mutuellement dans la rencontre des différences. C’est refuser l’idée absurde et terriblement dangereuse que le seul choix possible, c’est soit de s’assimiler et de faire disparaître sa différence, soit de se séparer.

La fraternité n’est pas un vain mot, c’est à la base que nous le montrerons, tous ensemble.

Un compte-rendu paru dans Sud-Ouest

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Bordeaux : 400 manifestants se rassemblent contre l’islamophobie

Ce dimanche 24 novembre, environ 400 personnes se sont réunies place Pey Berland pour dire stop à l’islamophobie

Organisé par un collectif d’une vingtaine d’associations, le rassemblement avait pour mot d’ordre le « vivre ensemble ».

« Aujourd’hui, la cohésion nationale est menacée. Une partie de la société est discriminée, nous demandons donc que les principes de la République, à savoir l’égalité et la liberté, soient incarnés au quotidien », explique Ridouane Abdourahmane, président de la mosquée de Pessac et organisateur de l’événement.

Mais si Ridouane Abdourahmane se réjouit du nombre de personnes présentes ce dimanche, il regrette toutefois l’absence de certains acteurs du milieu associatif, comme la Ligue des droits de l’homme. « Je lance un appel à toutes les associations antiracistes qui ne sont pas là aujourd’hui, il faut que nous soyons unis et que nous nous mobilisions avec la même énergie quelle que soit la forme de racisme dont il est question ». 

Un constat partagé par André Rosevegue, de l’association Union Juive Française pour la Paix : « Il faut se battre contre tous les types de racismes, c’est pourquoi nous sommes là aujourd’hui et solidaires avec les musulmans victimes d’une islamophobie instrumentalisée par le pouvoir ». 

« Je suis là pour qu’on arrête de parler à ma place »

Lors du rassemblement, de nombreuses femmes étaient présentes pour défendre leur droit de porter le voile. « Je suis là pour qu’on arrête de parler et de décider à ma place et qu’on me laisse porter ce dont j’ai envie », explique Sarah, 15 ans.

Il a aussi beaucoup été question du récent vote par le Sénat de l’interdiction du port de signes religieux ostensibles pour les parents accompagnant les sorties scolaires. « C’est inacceptable, je ne comprends vraiment pas », déplore Fatima, venue spécialement de Mont-de-Marsan pour répéter, encore et encore : « stop à l’islamophobie ».

Antisémitisme dans Sud-Ouest Dimanche. Des titres effrayants pour un contenu plus raisonnable, mais bien trop partiel

sudouest Antisémitisme dans Sud-Ouest Dimanche. Des titres effrayants pour un contenu plus raisonnable, mais bien trop partiel

Par André Rosevègue.

En France, on peut mourir parce que Juif. On peut être harcelé parce que Juif. On peut être stigmatisé parce que Juif. En 2019, cela doit être dénoncé, expliqué, combattu. Malheureusement, Sud-Ouest Dimanche choisit de dénoncer sans expliquer, ce qui n’est pas le meilleur moyen de combattre.

Sous le titre « Antisémitisme, le signal d’alarme » trois sous-titres en Une que nous reprenons :

En France, les actes contre les Juifs ont augmenté de 74 % entre 2017 et 2018.

C’est bien sûr grave, mais quel est le sens de ce chiffre alors que la tendance générale de ces dernières années est plutôt à un lent recul ?
Julien Rousset précise que « deux pics avaient été observés en 2004 et 2009, ils coïncidaient avec deux périodes de forte tension dans le conflit israélo palestinien(…) »

Mais il ne pense pas utile de rappeler que 2018, ce sont les « marches du retour » de la population de Gaza qui n’en peut plus du blocus, les snipers israéliens tirant sur les manifestants désarmés, Trump validant l’annexion « définitive » de Jérusalem Est et la proclamation d’Israël Etat Nation du peuple juif qui fait des Palestiniens des étrangers dans leur propre pays.

Donc une année où Israël multiplie les crimes de guerre en prétendant agir au nom de tous les Juifs du monde et défie le droit international; où le Conseil qui se dit représentatif des Institutions Juives de France soutient inconditionnellement la politique israélienne. Un pic condamnable mais explicable par cette « coïncidence », non ?

Des Girondins témoignent de leur inquiétude face à cette montée de la violence

Oui, mais le dossier le dit : « dans la région, beaucoup moins de tensions qu’ailleurs ». Les six girondins juifs interrogés sont tous « proches du centre Yavné, centre culturel juif de Bordeaux qui œuvre, notamment au dialogue entre les cultures » – un centre culturel où la culture juive antisioniste n’a cependant pas sa place.

La rabbine Delphine Horvilleur juge cette « haine délirante »

La rabbine médiatique cherche à calmer le jeu, reconnaît que le sionisme « est aujourd’hui associé à la domination des faibles. L’État israélien a une responsabilité dans ce changement des mentalités à son égard. ». De même, l’article titré « Des Juifs français toujours tentés par le départ », se termine à juste titre par « l’alya est rarement un aller simple ».

En résumé, le contenu des pages est moins anxyogène et plus près de la réalité que le titre. Ce dossier continue cependant de faire de l’antisémitisme un racisme à part de tous les autres, ignorant que l’on meurt en France aussi parce que l’on est Rrom, que l’on a plus de risques de mourir étouffé dans une voiture de la BAC quand on est Noir, ou de mourir électrocuté quand on est un jeune maghrébin poursuivi par la police.

Le « deux poids deux mesures » n’est pas un sentiment, c’est une réalité. En faisant des Juifs les « enfants chéris de la République », en leur reconnaissant « un lien particulier » avec un pays étranger, en l’occurrence Israël, qu’elle ne reconnaît à aucun autre de ses citoyens, en maintenant l’impunité dont cet Etat bénéficie, c’est l’État français qui désigne les Juifs à la vindicte populaire, entretenant tous les phantasmes et les complotismes.

André Rosevègue, Union Juive Française pour la Paix – Aquitaine, 29 avril 2019