Un repentir de l’Ambassadeur de France en Algérie soixante ans plus tard, une visite officielle du Secrétaire d’État aux Anciens combattants en 2018, et un silence de plomb depuis. C’est tout ce que valent les 45 000 indigènes massacrés 1 aux mois de mai et de juin 1945 à Sétif, Guelma et Kheratta aux yeux de la République. Leurs descendants ne peuvent compter ni sur une journée française de commémoration nationale, ni sur des excuses présidentielles engageant la responsabilité de l’État comme ce fut le cas en 1995 concernant la déportation des juifs. La date même du déclenchement de la vague d’exécutions de masse réalisées par l’armée coloniale, épaulée par des civils « Européens », obscurcit d’un voile de sang la narration officielle exaltant la libération de l’occupation nazie.
Manifestation des algérien·ne·s le 8 mai 1945 à Sétif, dans le nord constantinois.
La France en liesse goûtait aux joies de la souveraineté fraîchement recouvrée. Partout, en Métropole comme dans les colonies, les rues se remplissaient au gré des rassemblements spontanés. Les « départements français d’Algérie » n’étaient pas en reste, eux qui n’étaient pourtant plus administrés par le régime fasciste de Vichy depuis le débarquement allié et le « coup » de novembre 1942. Les drapeaux français abondaient, mais ça et là, notamment dans le Nord Constantinois, des drapeaux verts et blancs frappés d’un croissant et d’une étoile rouges leur firent concurrence. Ils étaient brandis par des militants nationalistes du Parti du peuple algérien (PPA) qui appelaient à la libération immédiate de leur leader, Messali Hadj, exilé de force et incarcéré à Brazzaville.
Sans doute grisées par une ivresse suprématiste encore plus prononcée qu’à l’accoutumée, les autorités françaises et les pieds noirs perçurent comme une menace existentielle ce qui n’était alors qu’un téméraire rappel à l’ordre. Ces drapeaux exposaient au grand jour l’hypocrisie de celles et ceux qui s’embrassaient, s’étreignaient et exultaient pour célébrer la fin du joug nazi en Europe, alors même qu’ils étaient les acteurs de l’exploitation coloniale de l’Algérie. Les militants indépendantistes se saisirent alors de l’occasion pour rappeler à la France leurs revendications nationalistes.
La répression de ces manifestations pacifiques ouvrit une séquence de brutalité sans précédent depuis l’invasion française en 1830. « Veuillez prendre toutes mesures nécessaires pour réprimer tous agissements antifrançais d’une minorité d’agitateurs. » C’est par ce télégramme lapidaire 2, envoyé le 11 mai 1945, que le Général de Gaulle, alors chef du Gouvernement français provisoire, donna toute latitude à l’armée coloniale pour tuer dans l’œuf l’unification d’un mouvement nationaliste algérien jusqu’ici divisé et traversé par d’importantes lignes de fractures stratégiques. La galaxie communiste française elle-même hurla alors avec les loups, démontrant son adhésion de fait aux thèses de l’union nationale métropolitaine et son engagement pour la préservation de l’intégrité de l’Empire colonial. L’humanité datée du 19 mai n’avait en effet pas de mots assez durs pour dénoncer les « chefs pseudo-nationalistes qui ont sciemment essayé de tromper les masses musulmanes, faisant ainsi le jeu des cent seigneurs dans leur tentative de rupture entre les populations algériennes et le peuple de France 3 ». Le Parti communiste français (PCF) alla même plus loin, appelant à ce que « des mesures soient prises contre des dirigeants de cette association pseudo-nationale, dont les membres ont participé aux tragiques incidents 4 ».
Ce sont les localités de Sétif, de Guelma et de Kheratta – toutes situées aux abords de Constantine –qui payèrent le plus lourd tribut de la répression française. La République a prouvé qu’elle était aveugle, sa foudre s’abattant indistinctement sur les hommes, les femmes et les enfants. L’exécution tristement célèbre des 45 scouts musulmans de la troupe Enoudjoum le 15 mai n’était pas un acte isolé. Elle faisait partie d’une stratégie de terreur meurtrière déployée systématiquement dans l’ensemble de la région. Les charniers débordants de cadavres anonymes étaient monnaie courante. Et pour que les habitants ne puissent réclamer leurs morts, mais aussi pour dissimuler sa barbarie, l’armée française eût même recours à un four crématoire, en activité pendant une dizaine de jours 5.
On pensait les fours disparus dans le sillage de la libération des camps de concentration et d’extermination de février 1944 à mai 1945 par les troupes soviétiques, mais à nouveau, des corps brûlèrent. Cela précipita la venue du nouveau Ministre de l’Intérieur, le socialiste Édouard Depreux, et avec elle, la fin des massacres. La brutalité inouïe avec laquelle la République mata des manifestations pacifiques trahit la terreur des colons, colosses aux pieds d’argiles se sachant menacés par l’épanouissement du sentiment nationaliste algérien. Ils voulurent frapper un grand coup, et régler une fois pour toutes la question algérienne. C’est bien évidemment le contraire qui se produisit. Les massacres de Sétif, de Guelma et de Kheratta constituèrent le prologue tragique de la guerre d’Algérie en faisant basculer le peuple tout entier dans la lutte pour l’indépendance. L’écrivain Kateb Yacine évoqua ainsi le tournant qu’ils marquèrent pour le jeune homme qu’il était alors, et sans aucun doute pour l’ensemble de sa génération :
« C’est en 1945 que mon humanisme fut confronté pour la première fois au plus atroce des spectacles. J’avais vingt ans. Le choc que je ressentis devant l’impitoyable boucherie de plusieurs milliers de musulmans, je ne l’ai jamais oublié. Là se cimente mon nationalisme. »
Sur la rive nord de la Méditerranée, les tueries de masse de l’arrière-pays constantinois ne sont, aujourd’hui encore, évoquées que du bout des lèvres. Si elles le sont tout court. La complaisance à l’oubli – ou plus cynique encore, à la nécessité « d’aller de l’avant » – dans laquelle se vautre la quasi-totalité de la classe politique témoigne de l’embarras de la République à affronter son passé colonial. Cette mauvaise volonté manifeste n’est pas qu’un crachat au visage des anciens sujets de l’Empire colonial et de leurs descendants. Elle est la matrice du racisme d’État qui vise les Arabes, les Noirs et les Rroms. Elle est ce qui rend possible les innombrables crimes et violences perpétrés par les forces de l’ordre dans une impunité presque totale. La franche rigolade des policiers de l’Île-Saint-Denis, persuadés qu’un « bicot comme ça, ça ne nage pas », n’est rien d’autre que le spasme d’une République malade de son inconscient colonial. Sa décolonisation reste une question de vie ou de mort.
Maxime Benatouil est membre de la Coordination nationale de l’Union juive française pour la paix (UJFP).
La publication le 11 février 2019 par le Ministère de l’Intérieur des actes antisémites recensés, en hausse de 74% par rapport à l’année précédente, a fait couler beaucoup d’encre. D’aucuns, de l’extrême-centre néolibéral à la droite extrême, se sont empressés de pointer du doigt les Musulman.e.s – fidèles à la théorie nauséabonde du « nouvel antisémitisme » -, voire les classes populaires, dans un contexte de contestation sociale sans précédent incarnée par le mouvement des Gilets jaunes. L’Union juive française pour la paix (UJFP) ne pouvait garder le silence, alors même que nous subissions régulièrement des attaques émanant d’une certaine frange, certes minoritaire, de la gauche radicale, qui n’a jamais perdu une occasion de faire de nous les « idiots utiles » de ce « nouvel antisémitisme ».
En tant qu’organisation juive antiraciste, la lutte contre l’antisémitisme fait partie intégrante de nos réflexions et de nos activités militantes. Nous cultivons, ceci étant dit, notre spécificité, notamment vis-à-vis d’autres structures idéologiquement acquises au sionisme. Si nous considérons que le fond culturel de l’antisémitisme est unique, nous sommes d’avis que celui-ci se décline en différentes modalités, appelant des répertoires d’action spécifiques pour y faire face.
L’antisémitisme des suprémacistes blancs est loin d’avoir disparu. Il est même renforcé par la légitimation des forces politiques d’extrême-droite, un peu partout dans le monde, ce qui déchaîne en conséquence les violences racistes – les attaques contre les fidèles de la mosquée de Christchurch et de la synagogue californienne en sont des illustrations récentes. Nous dénonçons sans relâche les discours et les pratiques qui visent à normaliser l’extrême-droite, et tout particulièrement les alliances politiques que noue le régime sioniste avec les gouvernements les plus réactionnaires-antisémites de la planète au nom d’une croyance commune en l’idée que les Juif.VE.s n’ont rien à faire hors de Palestine et d’une islamophobie partagée.
L’antisémitisme populaire et « anti-système » connaît une seconde jeunesse depuis sa théorisation par le faux bien connu des « Protocoles des sages de Sion », notamment sous l’impulsion de la galaxie soralienne qui continue de marquer les esprits. À peine masquée par un antisionisme de façade et une critique du « système » qui fait l’économie d’une analyse matérialiste des rapports de force, cette vision du monde pétrie d’antisémitisme est celle que nous combattons avec le plus de vigueur. Car ici, et contrairement aux suprémacistes blancs, certain.e.s de ses partisan.e.s – et tout particulièrement celles et ceux issu.e.s des quartiers populaires – peuvent être ramené.e.s dans le giron d’une critique antiraciste et anticapitaliste, débarrassée de ses fantasmes antisémites et autres raccourcis essentialistes. Notre responsabilité dans cet effort, en tant qu’organisation juive antiraciste et antisioniste, est majeure. Et à force de communiqués et de participations à des rencontres dans les quartiers populaires, nous avons honoré notre mission d’éducation citoyenne et politique, même si beaucoup reste à faire.
Le philosémitisme et le philosionisme d’État constituent les nouveaux habits de l’antisémitisme. Les illustrations de cette thèse ne cessent d’alimenter l’actualité, comme en a récemment témoigné la tempête médiatique autour des caricatures antisémites d’un Yann Moix et ses tentatives désespérées de se présenter en « ami des Juif.VE.s » en soutenant inconditionnellement l’État d’Israël. La séquence de la répression par le pouvoir des Gilets jaunes, qui a monté en épingle « l’affaire Finkielkraut » et instrumentalisé l’antisémitisme pour jeter le discrédit sur l’intégralité d’un mouvement social, en est aussi un exemple, d’ailleurs plus dommageable encore. La communication du gouvernement s’est efforcée de rassembler les Juif.VE.s en un ensemble homogène et monolithique, systématiquement rangé aux côtés du pouvoir. Pouvoir qui, selon une narration que les sbires de la Macronie n’ont eu de cesse de propager, serait le seul à même de les protéger contre une colère populaire jugée irrationnelle et violente. Cette essentialisation est une forme d’antisémitisme que nous avons condamné avec force. Nous sommes nombreux, dans nos rangs et au-delà, à nous opposer à la guerre sociale et à l’offensive anti-démocratique que mène le gouvernement. Et nous ne saurons rester sagement silencieux quand notre parole est confisquée de la sorte.
La réaction aux chiffres du Ministère de l’Intérieur, portée unanimement par la quasi-totalité des forces du champ politique, a mis en branle la République pour condamner la recrudescence des actes antisémites à coups de tribunes médiatiques, et même en organisant un vaste rassemblement transpartisan. Comment se réjouir d’une telle initiative alors que des personnalités ouvertement racistes ont été accueillies les bras ouverts Place de la République, tel le député LR Éric Ciotti qui préconisait récemment sur les bancs de l’Assemblée l’interdiction du voile pour les mamans accompagnantes de sortie scolaire ? Comment se réjouir d’une telle initiative alors que les élites républicaines se taisent – quand elles ne se font pas les actrices de la répression raciste – lorsque des Musulmanes sont agressées, lorsque de jeunes Noirs sont brutalement attaqués par la police, lorsque des enfants Rroms sont violenté.e.s, lorsque des Asiatiques sont touché.e.s ? Ce « deux poids, deux mesures » font des juif.VE.s, qui n’ont d’ailleurs rien demandé, des « enfants chéris de la République ». Et ce traitement différencié par l’État nourrit, en retour, l’antisémitisme. Nous voulons tou.te.s devenir des enfants chéris de la République, ou alors celle-ci doit tomber.
Notre lutte contre l’antisémitisme est politique. Elle s’inscrit dans un ensemble de mobilisations contre les discriminations systémiques que nous menons avec nos frères et sœurs de lutte de l’antiracisme politique. C’est d’ailleurs avec eux (le Collectif Rosa Parks, le PIR, l’ATMF, la BAN, le NPA, et d’autres !) que nous avons appelé à un rassemblement distinct, à Ménilmontant, contre l’antisémitisme et ses instrumentalisations politiques. Il s’agissait d’insister sur la nécessité d’intégrer la lutte contre l’antisémitisme à un antiracisme politique cohérent pour ne pas la laisser à l’arc républicano-laïcard, à la droite dure et aux sionistes. Nous ne pouvons pas combattre le racisme d’une manière qui absolve l’État de sa responsabilité, en mettant de façon exclusive l’attention sur la lutte contre l’antisémitisme au détriment de celle contre l’islamophobie, la négrophobie, la rromophobie et le racisme anti-asiatique. Il faut sortir de cette dynamique destructrice qui, en privilégiant une lutte contre une forme de racisme sur les autres, enflamme les tensions intercommunautaires et nourrit le mal qu’elle prétend éradiquer. À nous de continuer le travail…
Cet article est la version réécrite de l’intervention de Maxime Benatouil aux Journées de Printemps 2019 de l’UJFP, à voir sur notre chaîne youtube
Interview de Maxime Benatouil par David Broder, parue initialement en anglais le 27 février 2019 dans le magazine américain Jacobin.
Si nous prenons Emmanuel Macron au pied de la lettre, la France rencontrerait un problème croissant d’antisémitisme. La semaine dernière, le président s’est adressé au Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF) et a fait état d’une augmentation de l’antisémitisme « sans précédent depuis la Deuxième Guerre mondiale ».
Dès le 11 février, son ministre de l’intérieur avait déclaré que l’année 2018 avait vu une hausse de 74% des actes antisémites recensés. Des sources gouvernementales ont aussi établi des liens entre cette augmentation et les manifestations des Gilets Jaunes, des ministres invoquant la « peste brune » pour qualifier des actes racistes de vandalisme commis contre une échoppe de bagels de Paris et de récentes attaques contre des journalistes.
Mais beaucoup de Juifs sont critiques à l’égard de cette tentative de créer un état de guerre autour des allégations d’antisémitisme. Les rapports sur l’implication des Gilets Jaunes dans l’agression contre l’échoppe de bagels s’est rapidement avérée infondée et la tentative du président de considérer l’antisionisme comme une forme d’antisémitisme a brouillé la distinction entre les Juifs et Israël. Au même moment, des Juifs antiracistes ont souligné les dangers du deux poids deux mesures, lorsque l’islamophobie et la négrophobie ne sont pas traités aussi sérieusement que l’antisémitisme.
marche contre l’antisémitisme à Lille (photo : François Le Presti pour l’AFP, via Libération).
Pour Maxime Benatouil, membre de la Coordination de l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP), le combat contre l’antisémitisme doit être articulé à la défense permanente des minorités. Il s’est exprimé auprès de David Broder pour Jacobin sur la présence d’attitudes antisémites dans les manifestations des Gilets Jaunes, sur la tentative de Macron d’instrumentaliser les attaques contre des Juifs et sur le danger de dresser des minorités les unes contre les autres.
(Version française traduite par Sonia Fayman et Iwan Lambert.)
David Broder (DB) : Le philosophe Bernard-Henri Lévy a affirmé que l’antisémitisme était au cœur du mouvement des Gilets Jaunes. Ses remarques s’inscrivent dans une approche plus large où des ministres et une presse pro-Macron ont dépeint le mouvement comme d’extrême droite ou dirigé par des fascistes. Y a-t-il une quelconque preuve que des idées contre la bourgeoisie ou conspirationnistes au sein des Gilets Jaunes soient liées à des thèmes antisémites ?
Maxime Benatouil (MB) : Les commentaires de Bernard-Henri Lévy sont symptomatiques de la réaction contre les Gilets Jaunes. C’est un véritable mouvement social des classes populaires qui a émergé en dehors des structures politiques établies encadrant traditionnellement leur activité. Il est vrai qu’il y a eu des signes d’antisémitisme dans ce mouvement, sur lesquels les médias français se sont particulièrement centrés et qu’il y a eu aussi des personnages antisémites dans les manifestations comme l’ex-comédien Dieudonné.
Mais il n’y a pas particulièrement d’antisémitisme parmi les Gilets Jaunes en tant que tels, pas plus que dans le reste de la société française. Et même si mouvement reflète la société au sens large, il s’est politisé en se développant, et le racisme, le sexisme, l’homophobie et, bien sûr l’antisémitisme ont été de plus en plus combattus dans les rangs des Gilets Jaunes. En ce sens, la politisation du mouvement a été vraiment extraordinaire.
DB : Il est pourtant évident que les agressions contre les Juifs augmentent, comme l’illustre particulièrement le meurtre l’an dernier de Mireille Knoll, une survivante de l’Holocauste. Des rapports font bien état d’une hausse de 74% d’actes antisémites en France. Qu’est ce que cela révèle, à votre avis ?
MB : C’est terrible qu’il y ait tant d’actes antisémites — on a signalé qu’il y en a eu 531 l’an dernier. Mais je ne suis pas sûr que ce soit une très bonne idée de présenter les chiffres de cette façon. Alors que les chiffres fournis par le ministère de l’Intérieur aux médias français rapportaient une hausse de 74% sur un an, en fait, il y a dix ans, le nombre de tels incidents était d’environ 800 par an, beaucoup plus élevé qu’aujourd’hui donc. Peut-être que la décision de parler d’une augmentation sans donner une idée de la tendance générale était une erreur, ou peut-être qu’il y a des raisons politiques de brosser ce tableau.
Le gouvernement essaie de suggérer qu’il y a une augmentation des incidents antisémites liée aux Gilets Jaunes – par exemple, à propos du graffiti sur un restaurant de bagels à Paris, le fait qu’il était peint en jaune a été pris par le gouvernement comme une preuve qu’il venait de ces manifestants en gilets jaunes et des ministres ont tweeté en ce sens. Mais il s’est avéré que les graffitis étaient apparus deux jours avant la manifestation en question et, de toute façon, pas sur son trajet.
DB : Il y a eu une tempête médiatique la semaine dernière après que l’écrivain Alain Finkielkraut ait été interpellé par un gilet jaune qui l’a traité de « sale sioniste ». Si le mot « sioniste » peut être ou non employé comme mot codé pour « Juif », ne pensez vous pas que ce genre d’incident expose le mouvement à la critique ou, au moins, donne l’impression d’une absence de solidarité avec les Juifs face à l’antisémitisme ?
MB : A. Finkielkraut est un écrivain conservateur bien connu et il est en effet sioniste, avec un long palmarès de polémiques anti -palestiniennes. Mais le qualifier de « sale sioniste » ou lui dire « retourne à Tel Aviv » peut clairement avoir une tonalité antisémite.
Tout comme on reconnaît cela, il vaut aussi la peine de clarifier deux choses sur Finkielkraut et sur cet incident. Il a immédiatement cherché à l’instrumentaliser comme s’il était lui-même un antiraciste. Mais ce n’était pas vraiment comme si un citoyen juif lambda, portant kippa, passait près de la manifestation et se faisait harceler par les Gilets Jaunes.
Au contraire, Finkielkraut est une figure publique bien connue, et ses propos racistes ont contribué à sa notoriété. Par exemple, dans une interview à Haaretz il y a quelques années, il qualifiait l’équipe de France de football de « black-black-black » et déplorait qu’il n’y ait pas assez de joueurs blancs.
Finkielkraut dispose de son émission hebdomadaire sur France Culture où il lui est arrivé de discuter la théorie du grand remplacement, contribuant à sa légitimation, ou d’inviter Zemmour, en le laissant blanchir le régime de Vichy du Maréchal Pétain, en prétendant qu’il avait essayé de sauver les Juifs français.
Alors, bien sûr, ces incidents sont inacceptables et ne devraient pas se produire, mais ils peuvent difficilement être utilisés pour caractériser le mouvement des Gilets jaunes comme foncièrement antisémite.
DB : À la suite de l’incident avec Finkielkraut, mardi dernier il y a eu deux manifestations différentes contre l’antisémitisme à Paris. Qu’est ce qui les distinguait ?
MB : Elles ont représenté deux conceptions très différentes de ce que signifie l’« antiracisme ». J’ai parlé plus haut d’instrumentalisation et une des manifestations était justement appelée par le Parti Socialiste (PS) dans une tentative apparente de rassembler du soutien derrière lui. Le PS a été pendant longtemps un parti dominant, mais il s’est effondré à 6 % des voix lors de l’élection présidentielle de 2017 et a même été forcé de quitter son siège historique.
Cherchant à regagner sa base, il a appelé à une manifestation comprenant les principaux partis, ou au moins la République en Marche d’Emmanuel Macron et les Républicains. La manifestation avait pour objet de rassembler les partis du centre, de droite et même une fraction de la gauche radicale.
Le Rassemblement national n’avait pas été invité, et au départ la France Insoumise non plus. C’était une tentative d’instrumentaliser l’antisémitisme, le but étant de donner l’impression que le parti de Jean-Luc Mélenchon n’en a strictement rien à faire.
Toutefois, des personnalités racistes ont été accueillies à bras ouverts dans le rassemblement Place de la république, tel le député LR Éric Ciotti qui préconisait récemment sur les bancs de l’Assemblée d’interdire le port de symboles religieux des mères – du hijab donc – qui accompagnent leurs enfants lors des sorties scolaires. Pour nous, UJFP, une organisation juive antiraciste et antisioniste, il est inconcevable de manifester main dans la main avec ces gens-là.
En même temps, les forces de gauche — la France insoumise, le Parti communiste, mais aussi celles comme le Parti des Indigènes de la République, dont la porte-parole Houria Bouteldja fait face depuis des années à des attaques diffamatoires sans fondement, probablement parce qu’elle cumule le fait d’être une femme arabe qui se bat pour la justice et la dignité dans un champ politique blanc et masculin — ne devraient pas se laisser embourber dans un débat bidon sur la question de savoir s’ils sont « antisémites ».
Avec nos camarades du mouvement antiraciste – le collectif Rosa Parks, l’ATMF, le PIR, la BAN et d’autres – et du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), nous avons donc appelé à un rassemblement distinct à Ménilmontant. Il s’agissait d’insister sur la nécessité d’intégrer la lutte contre l’antisémitisme à un antiracisme politique cohérent, pour ne pas la laisser à l’arc républicano-laïcard, à la droite dure et aux sionistes. Nous ne pouvons pas combattre le racisme d’une manière qui absout simplement l’État de sa propre responsabilité en mettant toute l’attention sur la lutte contre l’antisémitisme au détriment de celle contre l’islamophobie, la négrophobie, la rromophobie et le racisme anti-asiatique… C’est créer une dynamique destructrice que de privilégier la lutte contre une forme de racisme sur les autres.
DB : Enzo Traverso a souligné le sentiment de discrimination qui peut se manifester lorsque l’État prend le racisme contre certaines minorités moins au sérieux que d’autres, ce qui leur fait sentir qu’elles sont moins valorisées et protégées. Pourtant, en même temps que l’État français proclame sa lutte contre l’antisémitisme, on constate à quel point ses dirigeants ont appuyé l’idée selon laquelle les Juifs ne seraient pas en sécurité en France, une idée développée par exemple par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu après les attentats de Paris en novembre 2015, affirmant que les juifs français devaient déménager en Israël pour être véritablement en sécurité. Comment l’antiracisme peut-il se sortir de la « concurrence victimaire » qui dresse les minorités les unes contre les autres ?
MB : En 2017 Emmanuel Macron a organisé la première commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv, où des juifs ont été rassemblés dans un vélodrome à Paris avant d’être déportés dans les camps de la mort. De façon scandaleuse, il l’a fait avec Benjamin Netanyahu, de sorte que le chef d’une puissance étrangère a été présenté comme un représentant des juifs français. Serions-nous moins Français que les autres ?
Lors de cet événement, Netanyahu a été très heureux d’entendre Macron dépeindre l’antisionisme et la campagne Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS) comme une « forme réinventée de l’antisémitisme ».
Nous voudrions que la société française et l’État français traitent chaque forme de racisme aussi sérieusement que l’antisémitisme. Le combat contre les actes judéophobes ne peut pas être mené de manière à alimenter l’islamophobie ou la haine d’autres minorités.
Nous essayons donc de créer un espace antiraciste où nous pouvons collaborer avec nos camarades et nos alliés de façon à pouvoir réagir aux actes racistes sur la base de notre agenda décolonial. L’idée a commencé à germer quand la survivante de l’Holocauste Mireille Knoll a été assassinée et qu’il y eut un rassemblement contre l’antisémitisme. Nous voulions exprimer notre dégoût et notre tristesse, mais comment le faire aux côtés du Front National et de la Ligue de Défense Juive ?
La manière dont l’État prétend combattre l’antisémitisme, en minimisant les autres formes de racisme tout en présentant chaque attaque contre un citoyen juif comme une attaque contre la République toute entière, peut en partie alimenter la pensée conspirationniste et le ressentiment contre les juifs, les faire apparaître comme mieux protégés que les autres. Nous faisons beaucoup plus pour combattre l’antisémitisme quand nous luttons contre toutes les formes de racisme simultanément, sans l’isoler.
DB : Ces derniers jours, Emmanuel Macron a proposé de considérer l’antisionisme comme une forme d’antisémitisme. On a même laissé entendre que cela pourrait mener à une nouvelle loi visant à criminaliser certaines formes de critiques à l’endroit d’Israël. Quelles mesures précises pensez-vous que cela impliquera ?
MB : L’antisionisme et l’opposition à Israël sont des opinions politiques. Ce n’est pas parce qu’une poignée de fascistes les instrumentalisent pour déverser leur antisémitisme qu’elles devraient être punies par la loi.
Par ailleurs, l’antisionisme est une idée qui peut avoir de nombreuses significations, de l’opposition généralisée parmi les juifs au projet sioniste, avant l’établissement de l’État d’Israël en 1948, à la position de ceux qui veulent faire d’Israël l’État de tous ses citoyens, y compris les quelque 20% de la population qui sont des Palestiniens-Arabes ayant échappé à la Nakba. Récemment, la loi dite « État-nation » a abandonné le statut officiel de l’arabe en Israël et a imposé une discrimination encore plus sévère contre les Palestiniens. Critiquer cela, ce serait faire preuve d’antisémitisme ? Quelle tartufferie…
Emmanuel Macron a été invité à s’adresser au dîner du CRIF, qui, malgré un passé plus progressiste, est devenu une officine sioniste — presque comme une seconde ambassade israélienne — bien que les médias français en fassent souvent la voix de toute la « communauté juive ». Il semble même dépasser l’AIPAC sur sa droite qui, lui au moins, a clairement condamné la décision de Netanyahu d’offrir des positions de premier plan aux kahanistes (suprémacistes juifs) s’il est réélu.
Le CRIF a fait pression pour que l’antisionisme soit classé comme antisémite, et lorsque Macron a pris la parole à son dîner, il a affirmé que derrière l’opposition à l’existence d’Israël se tenait « la négation du juif ». Il a déclaré que la définition de l’antisémitisme proposée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) devrait être adoptée dans la loi, y compris les exemples précis qu’elle énumère. Ces derniers ont déjà suscité la controverse au sein du Parti travailliste britannique, parce qu’ils spécifient qu’il est antisémite de dire que « l’existence de l’État d’Israël est une entreprise raciste ».
Cela signifierait qu’un critique du colonialisme de peuplement israélien pourrait être considéré comme un « antisémite » au motif qu’il s’oppose au « droit du peuple juif à l’autodétermination ». On ignore quelles mesures précises seront prises, ni si Macron insérera la définition de l’IHRA dans le code pénal. Mais ce qui est certain, c’est qu’elle va entraver davantage le travail de la campagne BDS française et le mouvement de solidarité en Palestine, et peut-être même les criminaliser.
Jusqu’à présent, les partis de gauche, comme la France insoumise (LFI) et le Parti communiste français, ont émis des critiques réservées, sûrement parce qu’ils ne veulent pas être entraînés dans une bataille rangée sur la question qu’ils seraient sûrs de perdre sous le feu nourri des calomnies médiatiques bien rodées, à la veille des élections européennes.
Mais, en tant qu’organisation juive antisioniste, il est de notre responsabilité de réagir plus fermement. Nous résisterons avec nos camarades à cette attaque contre la liberté d’expression. En tant qu’antiracistes cohérents, nous défendrons le droit de critiquer Israël et, plus que tout, de continuer à faire preuve de solidarité avec les Palestiniens.
Emmanuel Macron has described anti-Zionism as a new form of antisemitism. Yet by associating all French Jews with the state of Israel, he risks fueling resentment between the victims of racism.
BRUSSELS, BELGIUM – OCTOBER 17: French President Emmanuel Macron arrives at the October Euro Summit on October 17, 2018 in Brussels, Belgium. During the October EU Council Meeting British Prime Minister Theresa May will address the assembled 27 EU Leaders on the progress of Brexit negotiations prior to an Article 50 working dinner. The 27 leaders will also meet to discuss negotiations on the deepening of the Economic and Monetary Union, Migration and Internal Security. (Photo by Sean Gallup/Getty Images)
French President Emmanuel Macron arrives at the October Euro Summit on October 17, 2018 in Brussels, Belgium. Sean Gallup / Getty Images
INTERVIEW BY David Broder
If we take Emmanuel Macron’s word for it, France has an increasing problem with antisemitism. Last week the president addressed the country’s Representative Council of Jewish Organizations, declaring a rise in antisemitism “without precedent since World War II.” Already on February 11 his interior minister had reported that 2018 saw a 74 percent rise in attacks on Jews. Government sources have also linked this development to the gilets jaunes protests, as ministers blamed this “brown plague” for the racist vandalization of a Paris bagel shopand recent attacks on journalists.
Yet many French Jews are critical of this attempt to weaponize antisemitism claims. The reports of gilets jauneinvolvement in the bagel shop attack soon proved unfounded, and the president’s attempt to deem anti-Zionism a new form of antisemitism have blurred the distinction between Jews and Israel. At the same time, antiracist Jews have emphasized the dangers of a double-standard approach which fails to take Islamophobia and anti-black racism as seriously as antisemitism.
For Maxime Benatouil, a leading member of the French-Jewish Union for Peace (UJFP), the fight against antisemitism has to be combined with a consistent defense of minorities. He spoke to Jacobin’s David Broder about the presence of antisemitic attitudes among the gilets jaunes protests, Macron’s bid to weaponize attacks on Jews, and the danger of setting minorities against one another.
DB : Philosopher Bernard-Henri Lévy has said that antisemitism is at the heartof the gilets jaunes movement. His remarks fit into a wider narrative where ministers and pro-Macron press have painted the movement as far-right orled by fascists. Is there any evidence that anti-establishment or conspiratorial ideas among the gilets jaunes link up with antisemitic themes?
MB : Bernard-Henri Lévy’s comments are symptomatic of the reaction against the gilets jaunes. This is a real social movement of the working and popular classes and has emerged outside of the established political structures that traditionally framed their activity. It is true that there have been signs of antisemitism in this movement, which the French media have especially focused on, and there have also been figures on the protests like ex-comedian Dieudonné [known for his use of the quenelle salute and promotion of antisemitic themes].
But there is no particular antisemitism among the gilets jaunes as such, any more than in the rest of French society. And even insofar as their movement does reflect the wider society, as it has grown it has become more politicized and there has been more pushback among the gilets jaunes’ ranks against racism, sexism, homophobia, and indeed antisemitism. In this sense, the movement’s political development has been truly amazing.
DB : There is nonetheless evidence of rising attacks on Jews, most graphically illustrated by the murder last year of Holocaust survivor Mireille Knoll. Indeed, it has been reported that there has been a 74 percent rise in antisemitic incidents in France. What do you think lies behind this?
MB : It’s terrible that so many antisemitic incidents take place — it was reported that there were 531 such incidents last year. But I’m not sure it’s a very good idea to present these figures in this way. While the figures the Interior Ministry provided to the French media reported this as a 74 percent rise year-on-year, in fact as recently as ten years ago the number of such incidents was around eight hundred a year, much higher than now. Perhaps the decision to speak of a rise without giving a sense of the general trend was an error, or maybe there are political reasons for wanting to paint this picture.
The government is trying to suggest that there is a rise in antisemitic incidents connected to the gilets jaunes — for example, when there was racist graffiti on a bagel store in Paris, the fact that it was in yellow paint was taken by the government as evidence that it came from these “yellow vests” protesters, and ministers tweeted to that effect. But it turned out the graffiti had appeared two days before the demonstration concerned, and in any case not on its route.
DB : There was a media storm last week after writer Alain Finkielkraut was called a “dirty Zionist” to his face by agilets jaune. While the word “Zionist” may or may not be used as a codeword for “Jew,” don’t you think that this kind of incident leaves the movement open to criticism, or at least gives the impression of not showing solidarity with Jews in the face of antisemitism?
MB : Finkielkraut is a well-known conservative writer and is indeed a Zionist, with a long record of anti-Palestinian polemics. But to call him a “dirty Zionist” or say “go back to Tel Aviv” can clearly have an antisemitic dimension.
As well as recognizing this, it’s also worth clarifying two things about Finkielkraut and this incident. He immediately sought to instrumentalize it as if he were himself an antiracist. But it was hardly as if some random Jewish citizen, perhaps wearing a kippah, happened to be passing by the demonstration and was then harassed by gilets jaunes.
Rather, Finkielkraut is a well-known public figure. Indeed, he is himself known for racist attacks, for instance in an interview with Ha’aretz a few years ago in which he called the French soccer team “black-black-black” [subverting a common description of its multiracial, “white-black-Arab” character], complaining that there were not enough white players.
Finkielkraut works for one of the main public radio stations and he invited an even more conservative Jewish polemicist, Éric Zemmour onto his show. Zemmour whitewashed the legacy of Marshal Pétain’s Vichy regime, claiming that he had tried to save French Jews and such like.
So of course, these incidents are bad and should not happen, but can hardly be used by such figures in order to characterize the gilets jaunes as feeding antisemitism.
DB : In the wake of the incident with Finkielkraut, last Tuesday there were two different protests against antisemitism in Paris: what divided them?
MB : They represented two very different conceptions of what “antiracism” means. Earlier I spoke of political instrumentalization, and indeed one of the protests was called by the Parti Socialiste (PS), in an apparent bid to rally support behind itself. The PS had long been a major party, but it slumped to 6 percent of the vote in the 2017 presidential election and was forced even to quit its historical headquarters. Seeking to revive its base, it called a demonstration including the main parties, or at least Emmanuel Macron’s La République en Marche and the right-wing Républicains. The rally was a vehicle for gathering together the parties of the political center and right.
Not only was Marine Le Pen’s Rassemblement national (ex–Front National) not invited, but nor, at first, was La France Insoumise. This was a bid to instrumentalize antisemitism, the aim being to give the impression that Jean-Luc Mélenchon’s party doesn’t give a shit about this problem. Conservative and racist figures were, however, included in the march called by the Parti Socialiste, including Éric Ciotti, an MP for the Républicains who wanted to introduce measures to ban the wearing of religious symbols, notably by hijab-wearing women, who accompany kids for out-of-school activities.
For us of the French-Jewish Union for Peace (UJFP) — a Jewish antiracist and anti-Zionist organization — it makes no sense to demonstrate hand-in-hand with people like that. At the same time, forces on the Left — France Insoumise, the Communist Party, but also those like the Parti des Indigènes de la République, whose spokesperson Houria Bouteldja has for years faced baseless, defamatory attacks, probably because she is an Arab woman who stands for justice — should not get caught up in a bullshit debate about whether they are “antisemitic,” like has already been whipped up in the British and American contexts.
On Tuesday we of the UJFP instead helped organize a separate demonstration which insisted on the need to make the fight against antisemitism part of a consistent antiracism. The demonstration in Paris’s Menilmontant district was held together with the New Anticapitalist Party and other organizations, such as the Indigènes de la République and other groups representing Arab workers and people of African descent.
We can’t fight racism in a way that just absolves the state of its own responsibility for promoting antisemitism, Islamophobia, anti-Black and anti-Roma racism, and indeed the destructive dynamic created when it tries to prioritize fighting one form of racism over the others.
DB : Enzo Traverso has pointed to the feeling of discrimination that can arise when the state takes the racism against some minorities less seriously than others — making them feel that they are less valued and protected. Yet at the same time as the French state proclaims its fight against antisemitism, it’s notable how little its leaders have pushed back at the idea that Jews are not safe in France, for instance, when after the Paris attacks in November 2015 the Israeli premier Benjamin Netanyahu made out that French Jews ought to move to Israel in order to have real security. How can antiracism be detached from “competitive victimhood” or setting minorities off against each other?
MB : In 2017 Emmanuel Macron staged the first commemoration of the “Vel d’Hiv” raids, where Jews were rounded up at a velodrome in Paris before then being transported to the death camps in Germany. Outrageously, he did this together with Benjamin Netanyahu, with the effect that the head of a foreign power was portrayed as if he were a representative of French Jews, and thus as if these latter citizens were less French. At this event Netanyahu was very pleased, however, to hear Macron portray anti-Zionism and the Boycott, Divestment, and Sanctions (BDS) campaign as a dangerous new form of antisemitism.
What we would like would be for French society and the French state to take every racism as seriously as they do antisemitism. The fight against attacks on Jews cannot be pursued in a way that also feeds Islamophobia or targets other minorities. We are thus trying to create an antiracist space where we can collaborate and strategize with other antiracist movements in a way which isn’t limited to responding to the latest antisemitic outrage and then saying nothing else about racism.
To take one example of this, when Holocaust survivor Mireille Knoll was murdered and then there was a rally against antisemitism, we certainly didn’t feel like taking part in a demonstration that also included the Front National (FN). In fact, on that occasion even the Jewish Defense League, a far-right and ultra-Zionist organization, did not want to stay silent about the FN’s presence either. The state’s particular way of fighting antisemitism, discounting other racisms while presenting any attack on a Jewish citizen as an attack on the entire French Republic, can in part fuel conspiratorial thinking and resentment against Jews, if they are seen as protected in a way that others are not. We are doing much more to fight antisemitism when we fight against all racism than when we treat it in total isolation.
DB : In recent days, Emmanuel Macron has proposed to classify “anti-Zionism” as itself a form of antisemitism. There was even the suggestion this could lead to new legislation to criminalize some forms of criticism of Israel. What exact measures do you expect this to involve?
MB : Anti-Zionism and opposition to Israel are a political opinion which should not in any case be restricted by law. Of course, anti-Zionism is an idea that can have many different meanings, from the widespread opposition among Jews to the Zionist project, before the establishment of the State of Israel in 1948, to the position of those who do not want to destroy Israel but rather to make it into a state of all of its citizens, including the around 20 percent of the population who are Palestinian-Arabs. Recently, of course, the nation-state law instead dropped the official status of Arabic in Israel and imposed an even harsher discrimination against Palestinians.
Emmanuel Macron was invited to address the dinner of the Council of Organizations Representing Jews (CRIF), which despite a more progressive past has become a very right-wing, pro-Israel force among French Jews — almost like a second Israeli Embassy — albeit one which French media often present as the voice of the whole “Jewish community.” It is much more right-wing and soft on neo-Nazis even than AIPAC. We can see this in its complete lack of reaction to Netanyahu’s move to offer top positions to Kahanists (Jewish supremacists, who staunchly resist criticism of the killing of Palestinians) if he is reelected.
CRIF has been pushing for anti-Zionism to be classified as antisemitic, and when Macron spoke at its dinner he said that behind opposition to the existence of Israel there stood “the negation of the Jew.” He said that the definition of antisemitism put forward by the International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA) should be adopted into law, including the specific examples it lists. These latter have already caused controversy in the Labour Party in Britain, because they specify that it is antisemitic to say that “the existence of a state of Israel is a racist endeavor.” This would imply that a critic of settler colonialism could be considered an “antisemite” on the basis that they are opposed to “Jewish people’s right to self-determination.” It is uncertain what specific moves are going to be made. But given that Macron has spoken of inserting the IHRA definition into the penal code, this would further criminalize and impede the work of the French BDS campaign and the movement in solidarity in Palestine.
As yet the parties of the Left — such as France Insoumise (LFI) and the French Communist Party — have kept rather quiet about their criticisms of this move, because they do not want to be dragged into another row over the issue. They have not shown much courage, here. Adrien Quatennens, a young and bright LFI MP, did say it’s “not a very good idea.”
But we as a Jewish anti-Zionist organization are responding more firmly. We together with our allies will resist this attack on freedom of speech. As consistent opponents of antisemitism and consistent antiracists we will defend the right to criticize Israel and — above all — to show solidarity with the Palestinians.View online : this article on jacobin’s website
Pour son Entretien Libre, Aude Lancelin reçoit Maxime Benatouil, militant à l’UJFP, qui reviendra sur l’antisémitisme des Gilets Jaunes et l’attitude du CRIF