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La Mémoire, toujours...

mardi 14 juillet 2020 par Coordination nationale de l’UJFP

Le devoir de mémoire a ses pièges :
La mémoire doit être un instrument de réflexion,
pas de légitimation sinon, il y a détournement de l’héritage.
François Maspero.

Comme chaque année, la rafle du Vel d’Hiv et l’hommage national aux femmes et aux hommes de France qui ont cache des Juifs - des enfants principalement - les ont sauvés au risque de leurs propres vies, seront l’objet d’un hommage national dimanche 19 juillet prochain.

Comme chaque année, des cérémonies officielles auront lieu dans toute la France. Un message émanant du secrétariat d’État auprès de la ministre des Armées chargé de la mémoire et des anciens combattants sera lu au cours de ces cérémonies.

Comme chaque année il sera rappelé - avec juste raison - ce que le mot SOLIDARITÉ a signifié, ce qu’a été l’engagement citoyen dans un temps où la collaboration, la lâcheté et la délation étaient les lieux communs de la politique de Vichy.

Temps obscurs au cours desquels ces héros, le plus souvent anonymes, ayant comme seules armes leur dignité et leurs certitudes, ont été l’honneur de notre pays.

Mais, comme chaque année et plus encore cette année, ces rappels et ces hommages resteront cantonnés à l’évocation d’une histoire totalement désincarnée, lointaine, faisant fi de la persistance des mêmes maux dans notre société actuelle que ceux à l’origine de la destruction des Juifs de France, de la même volonté à punir la solidarité - contre Cédric Herrou et Pierre Alain Mannoni, poursuivis jusqu’à l’absurde, à punir de nombreux autres délinquants solidaires moins visibles.

Sera tue la non assistance organisée par la France aux personnes en danger en mer Méditerranée fuyant sur des embarcations de fortune l’enfer libyen où règnent impunément des réseaux criminels pratiquant la torture, l’extorsion de fonds, l’esclavage et les sévices les plus barbares sur des milliers de migrants noirs, d’exilés syriens, de réfugiés tunisiens ou marocains, pris au piège.

Sera tu, le récent refus français d’accueillir les 180 personnes en grand danger secourues par les équipages de l’Ocean Viking, le navire humanitaire affrété par SOS Méditerranée.

Refus de solidarité, tout simplement, refus de respecter le droit international très exactement.

Sera tue la responsabilité de la France dans la politique européenne de Frontex, cet instrument infernal visant à interdire par tous les moyens aux migrants noirs venus de l’Afrique sub-saharienne, aux exilés et aux réfugiés fuyant les guerres au Moyen-Orient d’aborder les rives européennes de la Méditerranée.

Seront tus les achats par l’UE et Frontex (contrat de 59 millions d’euros complétant un précédent de 100 millions d’euros) pour l’achat de drones de guerre aux firmes militaires israéliennes spécialisées (Elbit Systems et Israël - Aeropace - Industries ( AI)), pour surveiller et fournir des renseignements sur l’emplacement des embarcations surchargées et errant en Méditerranée, en totale violation du droit international et de l’obligation à porter secours aux personnes en détresse, a les conduire vers un lieu sûr.

Seront tues enfin, le racisme d’État, les violences policières systémiques dont sont victimes aujourd’hui les jeunes racisés des quartiers populaires et des banlieues.

Les meurtres jamais punis de nombre d’entre eux.

Nous ne pouvons pas ne pas nous souvenir aujourd’hui de la rafle du Vel d’Hiv et l’arrestation de 13152 personnes, la déportation ensuite des 3118 hommes, celle des 5919 femmes, celle enfin des 4115 enfants, crime français par excellence effectué de bout en bout par la police nationale française.

Ne pas nous souvenir des hommes et des femmes qui nous ont cachés, nous ont sauvés, sans rappeler la persistance du racisme d’État actuel construit sur une idéologie coloniale jamais réglée, sur la haine de l’Autre, sur le refus d’accueillir les exilés de notre ancien empire colonial fuyant la misère endémique dont la France est aujourd’hui toujours responsable.

La mémoire qui est la nôtre, aujourd’hui, ne peut-être évoquée hors du rappel des tragédies actuelles, des responsabilités des responsabilités des gouvernements français successifs, de celles, particulières, du gouvernement actuel.

La Commission antiracisme politique, pour la Coordination nationale de l’UJFP, le 14 Juillet 2020.


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