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Rencontre avec Omar Barghouti à Ramallah le 4 mars 2020

jeudi 16 avril 2020 par Nicole LEFEUVRE

Par Nicole Lefeuvre.

Omar Barghouti s’adressait à un groupe qui en majorité n’avait pas entendu parler de BDS et de plus aucun, sauf moi n’était déjà venu sur le terrain en Palestine Israël.

Pour celles et ceux qui partagent cette situation, vous trouverez l’origine du mouvement mondial créé en 2005, dirigé par la société civile palestinienne et des compléments d’objectifs et de principes en cliquant sur ce lien.

Ce compte-rendu provient de mes notes prises sur le champ et de la traduction de Joan une de nos valeureuses accompagnatrices du voyage avec l’Institut de Recherche Territoire Démocratique (iRDT) [1].

« Omar » Barghouti est co-fondateur du mouvement palestinien BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions).

BDS est un mouvement de résistance non violent fondé sur la déclaration universelle des droits de l’Homme. Il est opposé à toutes les formes de discrimination. Il énonce ainsi les 3 revendications du mouvement palestinien au droit à l’autodétermination :

- Fin de l’occupation israélienne de 1967
- L’égalité absolue des droits des citoyens arabo-palestiniens d’Israël avec les citoyens juifs d’Israël
- Le retour des réfugiés en accord avec le droit international.

Omar a précisé :

  • que les Palestiniens de la Cisjordanie dont Jérusalem Est et de Gaza représentent 38 % de la population globale.
  • que les Palestiniens de 1948 de citoyenneté israélienne représentent 12 % de la population et
  • que les Palestiniens de la diaspora représentent 50 %.

Il a également précisé que la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine estime la population arabe a environ 6,6 millions habitants et la population juive a environ 6,9 millions habitants dont 630 000 colons.

Une menace stratégique

Depuis 2014 le mouvement de BDS est pour Israël une menace stratégique au même titre que l’Iran ; Israël le combat par son Ministère des affaires stratégiques.

Ce Ministère a mis en place un budget : de 10 millions de dollars et « les philanthropes sionistes » américains 100 millions de dollars (enquête Al-Jazeera 2018) :
- pour encore plus de propagande contre BDS (antisémite, terroriste, haine d’Israël)
- espionner le mouvement et le saboter
- se lancer dans une guerre juridique

Omar Barghouti dit qu’Israël perd la bataille légale au niveau juridique et donne des exemples d’impacts concrets sur l’économie, le monde académique et culturel ; on peut en trouver publiés ici

Depuis la présidence de Trump aux États-Unis, il y a une accélération du fascisme, du nationalisme identitaire, du populisme en Israël. Même les puissances antisémites sont devenues amies d’Israël. Israël travaille de manière rapprochée avec les antisémites notoires tels que Trump et les Chrétiens évangéliques.

Développement abominable mais très intéressant déclare Omar B. :
Omar Barghouti situe ici la volonté d’Israël de changement de définition de l’antisémitisme comme forme d’intolérance et haine des juifs par la définition de l’antisémitisme de l’IHRA avec ses exemples associés pour faire taire toute attaque et condamnation du régime israélien.

Israël veut contrer BDS en utilisant les gouvernements et le parlement européen pour sanctionner la libre expression des citoyens.

Aux États-Unis le respect de la liberté de parole est dans la constitution. Israël ne peut pas y toucher. Mais des lois anti-BDS s’étendent partout dans le monde.

Une définition « adoptée »

En 2016, le Royaume-Uni adopte la définition dans son intégralité (dès 2017 à la suite de « l’adoption » de cette définition un très grand nombre de conférences en milieu universitaire ont été annulées, on sait aussi ce qu’il en a coûté à Corbyn),
En 2017 Israël, l’Autriche, l’Écosse, la Roumanie, la Bulgarie ont suivi le Royaume Uni.
En 2017 le parlement Allemand adopte la résolution contre BDS. L’extrême - droite antisémite allemande a soutenu ce vote à 90 %.
En 2018 la Lituanie, la Macédoine, les Pays-Bas et la Slovaquie adoptent également cette définition.
En 2019 La France adopte à l’Assemblée Nationale « la résolution Sylvain Maillard », Sans adopter les exemples de la définition de l’antisémitisme proposée par l’ IHRA. Cette alliance sioniste (l’IHRA) maintient la confusion entre antisionisme et antisémitisme.

En fait, cette définition vise à condamner le BDS et à éloigner la société civile de la solidarité avec la Palestine.

La liste noire de l’ONU

La liste noire de 112 entreprises internationales ayant des investissements dans les colonies israéliennes, publiée par l’ONU le 12 Février 2020. Il reste encore des entreprises à mentionner pour stopper leur investissement en lien avec Israël précise Omar Barghouti.

Questions-réponses

- Qu’est-ce que boycotte BDS ?

Le mouvement anti-apartheid Sud-Africain boycottait tout. Le BDS boycotte les entreprises mais pas les personnes. On boycotte la complicité pas l’identité
On ne discrimine pas les oppresseurs.

- Êtes-vous un Lobby ?

Non. Israël a l’AIPAC. Nous avons le soutien de la société civile. Exemple :

- JVP qui sont des juifs progressistes importants aux E.U : 600.000 amis sur Facebook, 25.000 contributeurs financiers et supporters.
- Au sein du parti démocrate en 2019 :
72% disent que BDS a le droit d’exister
50% des américains ont une perception négative d’Israël
80% ont une vision positive des juifs.

- Qu’en est-il de l’université ?

Les institutions académiques israéliennes sont complices de l’occupation. Dans ce monde académique, 90 % des documents sont en hébreu. BDS ne viole pas la liberté académique par exemple : si la Sorbonne invite un chercheur israélien, le boycott n’aura lieu que s’il y a un lien institutionnel entre l’université française et l’université du chercheur. Pas de problème si la Sorbonne paie de ses deniers la venue du chercheur.

- Qu’est-ce qui empêche que BDS devienne un mouvement politique ?

C’est un mouvement pour les droits de l’Homme. Il ne prend pas position politiquement. Il ne se positionne pas comme leader politique dans la société palestinienne.

- Pourquoi ?

C’est un mandat clair sur les principes du BDS qui a fait consensus avec les 171 organisations de la société civile Palestinienne. Cela a été un long processus.
BDS n’est pas le seul acteur de la société civile palestinienne.

- Que pensez-vous de ce qu’un intervenant franco-Israélien nous a dit :
— que BDS n’a aucun impact en Israël ?
— que le Ministère des Affaires Stratégiques (spécialement institué pour attaquer le BDS) et le prix qu’il y met ne sont rien pour Israël et que vous feriez mieux de couper les finances de l’Autorité Palestinienne ?

Certains Français sionistes, comme cet homme que je connais, ne sont pas sortis de l’ère coloniale. Nous, les racisés, ils nous disent ce que nous devons faire. .. Racisés mais pas stupides !

Aux USA, des centaines de millions de dollars par an sont donnés à Israël pour sa Sécurité. La priorité de l’AIPAC est de saboter le mouvement BDS.
Début Mars, Trump se battait contre la liste noire de l’ONU qui aide le BDS. Le gouvernement américain dit qu’il a des ressources possibles pour que cette liste ne serve pas contre les entreprises américaines.

- Est-ce que le BDS aide la CPI avec ses documents ?

Non. Il y a des ONG dédiées à la collecte d’informations qui fournissent la CPI.
La société civile des états adhérents doit faire pression sur eux.

- Comment casser les accords académiques ?

C’est très important, difficile et long : exposer la complicité, les pratiques, les politiques.

Ce sont justement les travaux de recherche que BDS s’est donnés pour 2020 : (Éducation, Lobbying au sein des universités, Syndicats, Conseils en charge des investissements, Désinvestir de l’argent contre l’ occupation…)

- Quel impact économique en Israël ?

Il n’ y a pas de chiffres officiels. Il y a des indicateurs.

Ce que dit Moody, l’Agence de notation qui définit les taux de crédit des États. C’est qu’il y a 4 ans, BDS n’avait pas d’impact mais s’il continue à grandir, ça va venir. Si BDS représente 1 ou 2 % du PIB intérieur, dans 10 ans il représentera 75 milliards de dollars.

- Quel effet a la publication de cette liste noire sur Israël ?

La panique par la liste noire montre que le gouvernement est inquiet.

°Israël a une économie très forte grâce à son complexe militaro-industriel. Il vend ses armes à toutes les dictatures.
°Israël fait commerce de diamants bruts avec l’Afrique du Sud et en moindre part avec d’autres pays d’Afrique.
°La carte des exportations israéliennes montre qu’Israël est vulnérable car il n’est pas indispensable à l’économie mondiale. La paix internationale détruirait son économie.

- Le boycott des produits israéliens par les Palestiniens est-il raisonnable ?

Nous recherchons le plus de sens éthique et pratique.
Sodastream avait une usine dans une colonie en territoire occupé. Elle utilisait des centaines de travailleurs palestiniens. Avant d’organiser un boycott nous nous rencontrons avec les syndicats, les organisations des droits de l’Homme, les diverses ONG de boycott contre l’occupation. Nous décidons en toute liberté et par consensus.
Toutes les formes de résistance ont un prix.

- Quels liens d’intérêt Israël noue t-il avec l’Inde et la Chine ?

L’ère bipolaire Amérique – Russie s’achève. Un glissement de puissance va réduire la puissance d’Israël. A l’Ouest la prédominance de l’holocauste plane toujours. Lobbying très efficace. Intérêts partagés. Israël est un modèle pour
l’Europe sur le plan sécuritaire et sur la gestion des migrants.

Ces facteurs n’existent pas en Chine et en Inde. La diplomatie économique n’a aucun lobby israélien. Leur lien avec Israël pèse sur les marchés arabes.

La stratégie de BDS est de viser les entreprises chinoises qui travaillent hors de Chine et qui ont des liens avec Israël. Elles sont contrées en Indonésie et en Malaisie. En Inde le suprématisme indien a un commerce dans le domaine de la sécurité militaire. Les Indiens victimes de cette militarisation ont une société civile forte, combative. Le Brésil concentre une militarisation des pouvoirs. Le syndicat agricole fait preuve d’intersectionnalité et soutient BDS.

- Est-ce que l’action économique va permettre de dépasser le « deal du siècle » ?

La photo actuelle est catastrophique. Avec l’évolution des faits, quand le rideau de fumée sera tombé, il restera à convaincre les démocraties libérales à l’intersectionnalité des luttes. La résistance palestinienne pour ses droits et sa liberté y est incluse.

[1Ce voyage d’ étude avait pour but de découvrir et s’ approprier la situation géopolitique du Proche-Orient


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