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‘Être Noir en Amérique ne devrait pas être une condamnation à mort.’ Qu’en est-il si on est Palestinien ?

jeudi 4 juin 2020 par Gideon Levy

Par Gideon Levy, le 31 mai 2020. Publié sur le site de l’Agence Média Palestine.

Avez-vous vu les policiers américains ? Avez-vous vu comment ils ont tué George Floyd en l’étouffant à Minneapolis ? Avez-vous vu le policier Derek Chauvin s’agenouiller sur son cou, l’immobiliser, Floyd suppliant qu’on le laisse en vie jusqu’à ce qu’il meure cinq minutes plus tard ? Quelles forces de police racistes ils ont en Amérique, comme elles sont brutales ! Maintenant, Minneapolis flambe après qu’un citoyen noir ait été exécuté à cause de sa couleur de peau. Le maire a présenté des excuses, les quatre policiers impliqués ont été renvoyés, Chauvin a été inculpé. L’Amérique est un endroit cruel pour les Noirs et sa police est raciste.

Photo : Nelofer Pazira

Quelques jours après Minneapolis, samedi matin dans la Vieille Ville de Jérusalem, Eyad Hallaq, autiste de 32 ans, se dirigeait vers le Centre Elwyn pour handicapés. Des membres de la Police des Frontières ont prétendu qu’ils croyaient qu’il portait un fusil – il n’y en avait pas – et quand ils lui ont crié de s’arrêter, il s’est mis à courir. La peine fut la mort. La police des Frontières, la plus brutale de toutes les unités, ne connaît pas d’autre façon de maîtriser un Palestinien autiste qui s’enfuit que de l’exécuter. Les policiers des Frontières ont lâchement tiré une dizaine de balles sur Hallaq qui fuyait, jusqu’à ce qu’il meure. C’est toujours comme ça qu’ils font. C’est ce qu’on les a entraînés à faire.

Les Forces de Défense Israéliennes et la Police des Frontières ont vraiment un faible pour les handicapés. Le plus léger défaut de mouvement ou sonore pourrait les condamner à mort. Dans une autre Vieille Ville, à Hébron en mars 2018, des soldats ont tué Mohammad Jabari, âgé de 24 ans, qui était muet et handicapé mental, et que ses voisins appelaient « Aha-Aha » parce que c’était les seules syllabes qu’il pouvait prononcer. Ils l’ont guetté en embuscade et l’ont abattu près d’une école de filles, prétendant qu’il jetait des pierres. Il a laissé un fils de 4 ans, un orphelin.

Le surnom d’un autre jeune homme, Mohammad Habali, était Za’atar (hysope) ; personne ne sait pourquoi. Lui aussi était handicapé mental et avait l’habitude de déambuler avec un bâton. Des soldats israéliens l’ont exécuté en lui tirant dans la tête d’une distance d’environ 80 mètres. C’est arrivé en décembre 2018, face au restaurant Sabah de Tulkarem, juste après 2 heures du matin, alors qu’il s’éloignait des soldats et que la rue était tranquille.

Deux ans plus tôt, l’armée a tué Arif Jaradat, âgé de 23 ans et handicapé mental, dans la ville de Sa’ir. Sa famille l’appelait Khub, ce qui signifie amour. Chaque fois qu’il voyait des soldats, il leur criait en arabe « Pas mon frère Mohammed ». Il voulait dire « Ne prenez pas mon frère Mohammed ». Mohammed, frère aîné d’Arif, a été arraché de chez lui et arrêté au moins cinq fois par les soldats, juste devant lui. Le jour où Arif est mort, on l’a entendu pousser son cri habituel vers les soldats. Quelqu’un est parvenu à crier aux soldats : « C’est un handicapé, ne lui tirez pas dessus », Mais ils s’en fichaient. Ils ont abattu Khub lui aussi.

Aucun de ces malheureux handicapés mentaux ne représentait quelque danger que ce soit pour les soldats, ou pour les membres de la Police des Frontières. L’autiste Hallaq n’était lui non plus un danger pour personne. Les membres de la Police des Frontière l’ont abattu parce que c’est ainsi qu’ils agissent. Ils l’ont fait parce que c’était un Palestinien et parce que le tir à balles réelles est la première option des forces d’occupation et celle qu’ils préfèrent.

La Police des Frontières n’est pas moins brutale ou raciste que la police aux États-Unis. Là-bas, ils tirent sur les Noirs, dont le sang ne vaut presque rien, et en Israël, ils tirent sur les Palestiniens, dont le sang vaut encore moins. Mais ici, l’assassinat nous laisse dormir ; là-bas, il déclenche des manifestations. Le maire de Minneapolis, Jacob Frey, qui se trouve être juif, a très vite présenté des excuses à la communauté noire de sa ville. « Être Noir en Amérique ne devrait pas être une condamnation à mort », a-t-il dit.

Être Palestinien ne devrait pas davantage être une condamnation à mort, mais aucun maire juif israélien n’a jamais rien dit de tel. Le policier qui a étouffé Floyd jusqu’à la mort a été accusé de meurtre au troisième degré, ses collègues ont été renvoyés. En Israël, le département du ministère de la Justice qui enquête sur les mauvaises conduites de la police mène une enquête sur le policier qui a tué Hallaq. Le résultat, comme dans tous les autres cas similaires, est connu.

En attendant, en Amérique, la police est brutale et raciste.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : Haaretz


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