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On ne joue pas avec l’antisémitisme !

jeudi 14 février 2019 par Danielle Simonet

12 FÉVR. 2019 | PAR DANIELLE SIMONNET | BLOG : EMANCIPATIONS URBAINES

On ne joue pas avec le feu sous peine de le propager. Les actes antisémites doivent être condamnés et non instrumentalisés. Après avoir eu besoin de la présence de Marine Le Pen au 2nd tour pour accéder au pouvoir, pour mieux le conserver, la macronie amalgame honteusement l’insurrection citoyenne à l’oeuvre à un mouvement d’extrême-droite.

On ne joue pas avec le feu sous peine de le propager. En 2018, les actes répertoriés d’antisémitisme (insultes, menaces, dégradations de biens, agressions, homicides) ont progressé de 74 %. Ils exigent non seulement une condamnation sans équivoque mais également une analyse politique plus approfondie pour mieux les combattre. Or ce à quoi on assiste de la part du pouvoir macronien et de médias dominants ressemble plus à une odieuse instrumentalisation de l’antisémitisme pour disqualifier le mouvement des gilets jaunes, comme le montrent certaines déclarations de membres du gouvernement.

Le tweet de Benjamin Griveaux en atteste : « Paris, 2019. Le mot « Juden » inscrit sur la vitrine d’un restaurant #Bagelstein. L’antisémitisme le plus crasse dans les rues de la ville lumière. En 24h donc : incendie contre le domicile @RichardFerrand, attaque contre @AssembleeNat et actes antisémites. Ne rien céder, jamais. »). Invité sur RTL, Frédéric Potier le délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT en a également rajouté : "J’observe que l’extrême-droite profite de ce mouvement des "gilets jaunes" pour propager des messages de haine. Et je regrette vivement qu’il n’y ait pas assez de condamnations, au sein des gens qui animent ces manifestations et ce mouvement, de ces mots, ces pratiques et ces gestes qui sont complètement déplacés (...) Ce mouvement m’inquiète", a expliqué Frédéric Potier.

Rappelons pour commencer que les actes antisémites en France n’ont hélas pas commencé le 17 novembre avec les gilets jaunes. L’extrême droite en France a fait un score conséquent à l’élection présidentielle. Personne ne conteste par ailleurs que tous les groupuscules d’extrêmes droites avec le RN tentent depuis le début du mouvement d’y propager leur haine. Mais y arrivent-ils ? Non, au contraire. Leurs exactions dans les manifestations parisiennes suscitent à chaque fois le rejet des manifestants et se déroulent souvent à la marge. Mais la course de vitesse existe et leurs attaques récurrentes violentes en témoignent, à Paris, à Toulouse comme à Lyon, ciblant systématiquement des forces politiques de gauche. Le gouvernement ferait mieux d’accélérer les enquêtes et de procéder à la dissolution de ces groupuscules, ce serait plus efficace.

Le mouvement des gilets jaunes est-il un facteur d’amplification de l’antisémitisme ? Je crois au contraire l’inverse. Le mouvement a remis au centre la question sociale et démocratique à travers les deux revendications phares autour de la restauration de l’ISF et de l’instauration du référendum d’initiative citoyenne. Malgré les tentatives de l’extrême-droite d’imposer le thème de l’immigration à travers la polémique sur les accords de Marrakech, le sujet n’a absolument pas percé, ni sur les ronds-points ni dans les slogans dans les manifs. L’extrême droite est même en train d’essuyer une défaite idéologique dans ce mouvement. Qu’en aurait-il été s’il n’y avait pas eu ce mouvement des gilets jaunes ? Mais précisément, Macron n’a eu de cesse de ramener la question de l’immigration et même de la laïcité dans le « Grand débat national » alors même que ces thématiques sont absentes des ronds-points et des manifs !

On nous dit que les théories du complot seraient plus présentes chez les gilets jaunes et des sondages attesteraient que l’antisémitisme serait plus fort chez celles et ceux qui se déclareraient « gilets jaunes ». On pourrait rappeler les amalgames de Valls lorsqu’il était premier ministre, qui n’hésitait pas à fustiger les « jeunes des quartiers », « les musulmans » comme les responsables d’un nouvel antisémitisme et s’étonner que les mêmes qui dépeignent aujourd’hui les gilets jaunes en antisémites n’ont cessé également de dire que « les quartiers » en étaient absents. Il est vrai que la mobilisation est plus forte dans ce que l’on décrit comme la « diagonale du vide », des zones rurales et périurbaines. Mais quand la macronie à plusieurs reprises a prétendu que les gilets jaunes étaient sous l’influence russe, sans voir (ou faisant mine de ne pas avoir vu) que parmi eux d’autres faisait affaires avec des oligarques russes, de quel côté sont les complotistes ? Quoiqu’il en soit, est-ce nouveau qu’en période de forte crise sociale deux tendances s’affrontent ? Entre des réponses de justices sociale et de redistribution des richesses et la recherche de boucs émissaires ? Quelles sont les réponses en termes de revendication des gilets jaunes ? Il n’y en a aucune qui soit antisémite ou xénophobe, ni pour rendre « les juifs » responsables de l’accaparement des richesses, ni pour rendre les « immigrés » responsables de « manger le pain des français », qui sont les ressorts des extrêmes droites antisémites et xénophobes.

Fustiger les riches, l’oligarchie, la caste au pouvoir coupée du peuple : est-ce un terreau pour l’antisémitisme ? Comme nous étions les premiers à le décrire lors de la présidentielle, nous sommes, et pas uniquement en France, dans un contexte « dégagiste », où une écrasante majorité de citoyen-ne-s n’en peut plus et remet en cause la légitimité de celles et ceux qui dirigent en leur nom, ainsi que les politiques libérales menées. Cette opposition entre le « eux » et le « nous » est précisément le cœur de l’enjeu entre deux stratégies politiques : entre un populisme facho qui vise à considérer que la colère doit se tourner en horizontalité, contre les immigrés, ou les juifs, ou les musulmans, ou les francs-maçons et généralement in fine contre tous à la fois ; et une autre stratégie populiste qui vise à fédérer le peuple contre le système lui-même, le capitalisme productiviste, son idéologie libérale, ses institutions de la 5ème République, qui lui permettent d’imposer la domination d’une caste oligarchique qui défend ses intérêts contre l’intérêt général.

Enfin, quelles sont les politiques qui favorisent ou au contraire font reculer le racisme et l’antisémitisme ? Le gouvernement prend il la mesure en amplifiant les moyens alloués à l’éducation nationale, à la culture et aux associations ? Non. Pourtant, l’histoire devrait enseigner à ceux qui nous dirigent que répondre positivement à la colère sociale par des politiques de redistribution des richesses, de nouveaux droits, de développement des services publics, de soutien à la culture, au mouvement associatif, à l’éducation contribue à lutter contre toutes les formes d’obscurantisme réactionnaires quand l’austérité, les logiques de concurrence de tous contre tous dans la survie attisent les haines.

Que le pouvoir macronien cesse donc d’instrumentaliser l’antisémitisme pour dénigrer les gilets jaunes et réponde enfin à ses revendications : qu’ils restaurent l’ISF, qu’ils instaurent le RIC, qu’ils mettent en place une politique répondant enfin aux besoins sociaux et à l’urgence écologique. Au contraire, jouer avec le feu du racisme et de l’antisémitisme pour dénigrer la contestation non seulement ne la jugulera pas, mais c’est de plus un acte irresponsable et un grave déshonneur. Après avoir eu besoin de la présence de Marine Le Pen au 2nd tour pour pouvoir accéder au pouvoir, pour mieux le conserver aujourd’hui les voilà qui amalgament honteusement l’insurrection citoyenne à l’oeuvre à un mouvement d’extrême-droite.

Ce n’est pas la lutte contre le capitalisme et le libéralisme qui alimente l’extrême-droite : c’est le capitalisme et le libéralisme qui y conduisent.


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