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De la conférence d’Évian (1938) au traitement fait à l’Aquarius : traquer, chasser, enfermer, déshumaniser…

samedi 16 juin 2018 par le Bureau national de l’UJFP

L’histoire bégaie. En 1938, des milliers de Juifs allemands et autrichiens tentent de fuir les pays nazis.

La Suisse ferme sa frontière. Le commissaire de police Paul Grüninger qui fournira des faux papiers aux proscrits sera suspendu et jamais réhabilité.

Du 6 au 16 juillet 1938, la conférence d’Évian débat du sort des Juifs demandeurs d’asile. Il y aura consensus. On ne fera rien. Tous les pays occidentaux expliquent « qu’ils n’ont pas les moyens » et « qu’ils ne peuvent pas assumer ce fardeau ». Toute ressemblance avec la période actuelle n’est bien sûr pas fortuite.

Un an plus tard, des centaines de milliers d’antifascistes espagnols fuient la barbarie franquiste. Pour eux, la France construira Gurs, Argelès, Le Vernet, Saint-Cyprien et bien d’autres camps de concentration où les troupes hitlériennes n’auront plus qu’à les cueillir.

Ces années sont celles des grands bateaux remplis de Juifs fuyant le nazisme et dont personne ne veut. Les cas les plus emblématiques sont ceux du Saint-Louis refoulé du continent américain et dont la plupart des passagers subiront l’extermination, et du Struma, rempli de Juifs roumains, refoulé de Turquie et finalement coulé « par erreur » par les Soviétiques. Il y aura un seul survivant sur 770 passagers.

Les années ont passé et les pratiques restent les mêmes. Le 18 janvier 1995, le « décret Balladur » impose des conditions draconiennes aux Comoriens désirant se rendre à Mayotte (qui fait partie des Comores, l’annexion par la France étant illégale). À peine élu, le 4 juin 2017, le Président Macron aura cette plaisanterie qui en dit long : « le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien, c’est différent ». En 2012, un rapport sénatorial évaluait entre 7 000 et 10 000 le nombre de victimes des naufrages survenus en conséquence du décret Balladur. Six ans plus tard, ce chiffre est largement dépassé.

À l’UJFP :

- nous refusons un monde où il y a des dominants et des dominés, des humains qui ont des droits quand d’autres n’en ont aucun.
- nous refusons un monde où les grandes entreprises peuvent piller sans retenue les matières premières et exploiter une main d’œuvre corvéable à merci.
- nous refusons un monde où les armées occidentales vont semer guerre et désolation, depuis l’Irak jusqu’à la Libye, mais ferment leurs frontières devant les réfugiés qui fuient le chaos meurtrier qu’elles ont créé.
- nous refusons un monde où l’Occident sous-traite à d’autres le soin de « protéger » nos frontières. Les camps de concentration libyens où l’on torture et l’on viole sont la conséquence de cette politique, comme les 30 000 noyé-e-s de ces dernières années.
- nous refusons un monde qui construit des murs en Cisjordanie ou à la frontière mexicaine.
- nous refusons un monde où les politiciens construisent leurs carrières politiques sur la haine de l’autre, sa stigmatisation et son enfermement. Le racisme n’est pas une opinion, c’est un crime.

La polémique entre la France et l’Italie sur l’Aquarius est une honte absolue. Les politiciens au pouvoir dans ces deux pays rivalisent d’ignominie sur le dos de ceux que leur politique a déjà fragilisés.

Nous proclamons que le droit de voyager et de rechercher des conditions de vie décentes est inaliénable.

L’UJFP salue celles et ceux qui ont choisi de rester humains, d’être solidaires et de ne pas démissionner face à la détresse que notre monde crée.

Nous saluons l’association « SOS Méditerranée » et les personnes du bateau l’Aquarius qui ont sauvé des milliers de vies quand les autorités européennes ont volontairement retiré tout bateau de sauvetage.

Nous saluons les « délinquants solidaires » qui, à Briançon comme à Breil-sur-Roya, accueillent les réfugiés quand notre police et les milices identitaires, protégées ignominieusement par le gouvernement de Macron, les pourchassent.

On célèbre aujourd’hui celles et ceux qui, au péril de leur vie, ont sauvé des proscrits pendant la deuxième guerre mondiale. Leur exemple nous impose d’être totalement solidaires aujourd’hui de celles et ceux qui frappent aux portes de l’Europe.

Dans ce contexte, nous dénonçons le silence assourdissant du CRIF et du judaïsme officiel qui se tait quand d’autres subissent aujourd’hui les persécutions que leurs parents ont subi hier. Ils ne veulent "plus jamais ça" pour eux, nous ne voulons "plus jamais ça" POUR PERSONNE.

L’UJFP est engagée aux côtés des délinquants solidaires et continuera à se battre contre la déshumanisation et pour une vie décente pour tou.te.s.

Le Bureau national de l’UJFP, le 16 juin 2018


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