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Une conférence pour rien ? Le point de vue de Pascal Boniface

mercredi 18 janvier 2017 par Pascal Boniface

Publié le 16 janvier 2017.

Ce dimanche 15 janvier s’est tenue à Paris une conférence pour la paix au Proche-Orient, réunissant soixante-quinze pays mais sans les deux principaux protagonistes. Quels en furent les enjeux et quels en sont les résultats ?

Sans surprise, elle s’est achevée par un communiqué rappelant le soutien de la communauté internationale à la solution dite des « deux États », sans qu’elle n’ait pu pour autant faire avancer cette cause. En réalité, l’objectif de la conférence était plus modeste. Nul ne se faisait d’illusion sur les possibilités d’un progrès quelconque, notamment du fait du refus du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, de soutenir cette conférence et son objectif, ainsi que de celui des autres pays de le sanctionner.

L’ambition n’est plus de réanimer la solution des deux États mais plutôt de la maintenir dans un coma artificiel. Personne ne voulait prendre la responsabilité de « débrancher » cette grande malade. Tout le monde s’accorde à dire que le statu quo n’est pas tenable. Pourtant, aucune action concrète n’est prise pour en sortir. Pour reprendre la formule d’Yves Aubin de la Messuzière, fin connaisseur du dossier, il ne faut plus parler de processus de paix mais de récessus.

En Israël, le débat n’est plus autour de ceux qui soutiendraient le processus et ceux qui y seraient opposés. Mais entre ceux pour qui il faut toujours officiellement s’y déclarer favorable tout en laminant tout ce qui peut y conduire (B. Netanyahou), et ceux pour lesquels il faut affirmer ouvertement qu’il n’y a plus de place pour deux États et intensifier la colonisation (N. Bennett). Il y a des divergences sur la tactique, pas sur la solution à long terme. Au Congrès américain, le débat est sur le même plan, Républicains et Démocrates confondus. Leur seule interrogation porte sur la manière de soutenir la colonisation et lutter contre le mouvement Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS). Les États Unis ne feront rien, ou alors un geste aux conséquences catastrophiques en transférant leur ambassade à Jérusalem (ville importante non seulement pour la Palestine mais pour TOUS les États musulmans). La Russie a pour priorité la Syrie et ne veut pas gâcher ses relations avec Israël. À l’ONU, António Guterres souhaite avoir le temps de prendre ses marques et ne peut pas s’attaquer frontalement à Israël et à Donald Trump dès son arrivée. La Chine ne veut pas aller seule dans cette affaire. Le Royaume-Uni a été jusqu’à critiquer le discours de John Kerry. L’Allemagne ne veut et ne peut rien faire. Tous ont déclaré qu’il n’était pas étonnant que la France soit seule à avoir pris cette initiative et qu’elle-seule peut et doit continuer. La France en fait moins qu’avant mais il faut reconnaître que c’est le pays occidental - et certainement le pays tout court - le plus actif sur le sujet. À vingt-huit, la capacité d’action de l’Union européenne est limitée, y compris pour simplement enjoindre à Israël d’arrêter de détruire les infrastructures payées par le contribuable européen. Il est encore moins question de demander une indemnisation lorsque celles-ci sont détruites. Nous sommes face à un véritable recul depuis la position commune de 1979.

Les dirigeants israéliens estiment qu’ils ont tissé des liens avec les pays arabes et de nombreux pays africains et qu’Israël n’est pas isolé. Ce discours est remis en cause par la résolution 2334. La seule chose qui effraie réellement Israël est une campagne de boycott. Car ce que désormais craignent les dirigeants israéliens ne sont pas les pressions internationales (les dernières ont été exercées par Georges Bush père en 1991), mais un mouvement d’opinion qu’ils ne peuvent contrôler et qui, de surcroît, établit un parallèle avec le régime d’apartheid en Afrique du Sud.

Rien ne peut avancer tant que les États-Unis et surtout Israël ne le souhaitent pas. Aucune pression n’est exercée sur ce dernier, ce qui est unique par rapport à tous les autres conflits dont a voulu s’occuper la communauté internationale. Face à l’inaction générale des acteurs, la France doit se demander quelle est la meilleure solution : attendre et faire du surplace avec le plus petit dénominateur commun ou avancer en petit comité de façon plus active, récupérant ainsi le prestige attaché à ses positions traditionnelles.

François Hollande franchira-t-il le pas en reconnaissant la Palestine, comme il s’y était engagé en 2012 ? Car c’est bien un engagement majeur qui n’a pas été respecté jusqu’ici.


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