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QU’EST CE QU’ISRAËL EST SUPPOSÉ FAIRE ?

jeudi 7 janvier 2016 par Miko Peled

Par MIKO PELED, 28 décembre 2015.

Israël est attaqué par les pays arabes qui veulent le détruire, alors qu’est-ce qu’Israël est supposé faire ? Les soldats israéliens sont attaqués par des terroristes palestiniens armés de couteaux, que sont-ils supposés faire ?

L’Iran a une puissance nucléaire et veut effacer Israël de la carte, dans ce cas qu’est ce qu’Israël est supposé faire ? Le Hamas est décidé à tuer des civils israéliens, alors qu’est ce qu’Israël est supposé faire ? Et la liste de ce qui met Israël dans l’impossibilité de faire autre chose que s’armer, attaquer et tuer des Palestiniens se poursuit. Donc, il n’y a pas d’espoir, et aucune raison d’attendre un changement.

Bon, c’est super. C’est la ligne officielle tenue par Israël depuis qu’elle a été officiellement mise en avant vers 1956 par celui qui était alors le général Moshe Dayan (et que les sionistes défendaient de temps en temps avant cette date) pour justifier absolument tous les crimes de l’État d’Israël. Moshe Dayan était un criminel de guerre médiocre et lâche, devenu célèbre à cause de son bandeau sur l’œil. Il était aussi un voleur d’antiquités bien connu et un maquereau (on dit que lorsque Ben Gourion, le premier Premier ministre d’Israël, fut informé que l’insatiable appétit sexuel de Moshe Dayan devenait embarrassant, il a répondu : « et alors ? Le roi David aussi était un homme à femmes et un bon roi »). Chef d’état major de l’armée, Dayan a servi ce « que faire ? » en guise d’excuse, dans un discours inoubliablement éloquent avant l’attaque de l’Égypte par Israël en 1956.

Dayan semait la peur et un certain sens du destin quand il décrivait les pauvres réfugiés de la bande de Gaza comme « en attente de nous massacrer et de répandre notre sang » parce que, comme Dayan lui-même l’a admis, « nous avons pris leur terre et l’avons faite nôtre ». Mais, expliquait-il, « nous avons fait cela parce que nous n’avions pas le choix, ou « que fallait-il faire ? » Après des milliers d’années en exil, persécutés indéfiniment et à l’issue de l’holocauste nazi, nous sommes maintenant retournés et devrons vivre toujours par l’épée en la tenant bien fermement, « parce que si notre force se relâchait » ces Arabes assoiffés de sang verraient cela comme un signe de faiblesse et le sang juif s’écoulerait dans les rues. Autrement dit, peut-être que ces Arabes assoiffés de sang qui nous regardent de derrière les grilles de Gaza sont justifiés à nous haïr, mais c’est une réalité face à laquelle nous n’avons pas le choix. C’est notre destin de vivre par l’épée.

Comme c’est commode !

Les crimes commis par Israël sont commis parce qu’Israël n’a pas le choix. Dans une interview donnée il y a plusieurs années par un responsable des interrogatoires des services de renseignement israéliens, celui-ci décrivait comment les médecins des hôpitaux israéliens fermaient les yeux lorsque des agents de renseignement venaient torturer des « suspects de terrorisme » blessés qui étaient hospitalisés. Il a décrit comment « ils tirent un peu sur les tubes, et assez vite les Arabes se mettent à parler ». Il a ensuite ajouté que bien sûr personne ne trouve ça bien, mais que faire ? » Il justifiait ainsi la torture la plus immorale et horrible de gens qui sont confiés aux soins d’un hôpital, les médecins détournant les yeux et les agents des renseignements faisant leur besogne avec la même excuse sans honte, « qu’est-ce qu’Israël est supposé faire ? »

Au cours du mois d’octobre 2015, alors que j’étais à Jérusalem, je regardais les nouvelles à la télé israélienne. Il y avait une interview de Mohammad Baraka, membre palestinien de la Knesset du groupe de la liste arabe, le troisième parti en nombre de membres, du parlement israélien. À lui aussi il fut demandé « que doit faire un soldat si un Palestinien armé d’un couteau s’approche de lui ? » Quand Baraka s’est mis à parler de l’occupation, il a été interrompu et on lui a dit que ce dont il parlait n’était pas le sujet et qu’il s’en tienne à la question.

Autrement dit, l’occupation israélienne en Palestine n’a rien à voir avec tout cela et qu’est ce qu’un soldat est supposé faire ? » Vous êtes prié de dire que ce que font les soldats israéliens est justifié, que le meurtre systématique de Palestiniens, c’est bien, parce que « que doit faire Israël ? » Les Palestiniens sont toujours amenés à la télévision israélienne pour y être ridiculisés ou sommés de se taire.

Le nettoyage ethnique de la Palestine était justifié parce que les Juifs n’avaient pas le choix. Le lent génocide du peuple palestinien est justifié parce qu’Israël n’a pas le choix, le meurtre de milliers d’habitants de Gaza est justifié parce qu’Israël na pas le choix, et ainsi de suite.

Les media américains sont allés un peu plus loin et ont ajouté : « nous ferions la même chose », comme si cela donnait plus de poids à l’argument « qu’est ce qu’Israël est supposé faire ? »

Il est peut-être temps d’aborder sérieusement cette question et de voir s’il y a une réponse. Qu’est ce qu’un soldat est supposé faire : se tirer vite fait des villes, des villages et des quartiers de Palestine. Et détruire le Mur et tous les checkpoints en partant. Que doit faire Israël avec les roquettes de Gaza ? Lever le siège de Gaza, détruire le mur et les checkpoints qui s’y trouvent et permettre aux gens de Gaza de jouir de la liberté qu’ils méritent. Que doivent faire les Israéliens ? Si ça ne leur plaît pas de vivre dans un pays à majorité arabe, ils peuvent aller ailleurs ou faire avec et, s’ils choisissent de rester, se comporter comme des immigrants plutôt que comme des colonisateurs (cette distinction est importante, ainsi que me l’a expliqué mon neveu Guy Elhanan).

Quant à la question principale « que doit faire Israël ? », Israël doit libérer tous les prisonniers politiques, abroger toutes les lois qui donnent aux Juifs des droits exclusifs en Palestine, abroger la loi qui interdit aux Palestiniens de rentrer sur leur terre et débloquer les milliards de dollars qui vont être nécessaires pour payer des réparations aux réfugiés et à leurs descendants. Puis, Israël doit organiser des élections libres, une personne-une voix, où tous les habitants de la Palestine mandataire voteront à égalité. Voilà ce qu’Israël devrait faire.


Miko Peled est un écrivain et militant israélien vivant aux États Unis. Il est né et a été élevé à Jérusalem. Son père était le général Mati Peled. Amené par une tragédie familiale à découvrir la Palestine, ses habitants et leur histoire, il a écrit un livre sur son trajet depuis la sphère d’un Israélien privilégié vers celle des Palestiniens opprimés.

Son livre est intitulé « Le fils du général, voyage d’un Israélien en Palestine ». Peled s’exprime au niveau national et international sur la question de la Palestine. Peled soutient la création d’un État démocratique unique sur toute la Palestine. Il soutient aussi fermement BDS.

Traduction Sonia Fayman


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