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« On peut être juif et critiquer Israël »

mercredi 11 novembre 2015

Article paru dans le journal « Charente Libre » le mardi 2 novembre 2015 page 5

Victime d’un hacker israélien, Pierre Stambul, coprésident de l’Union juive française pour la paix, avait défrayé la chronique en juin. Il est l’invité de Charente Palestine Solidarité vendredi à Angoulême.

« Critiquer Israël, est-ce de l’antisémitisme ? »
C’est une question chaude dans un climat tendu qui sera posée par l’association Charente Palestine Solidarité ce vendredi à la Maison des peuples et de la paix à Angoulême. Pas avec n’importe qui. Pierre Stambul, coprésident de l’Union juive française pour la paix, juif, athée, prof à Marseille, auteur notamment du livre « Le sionisme en questions ». Un poil à gratter qui ne ménage pas Israël et qui a défrayé la chronique en juin dernier après avoir été victime du hacker franco-israélien Ulcan et des policiers du Raid. Sept longues heures de garde à vue pour celui dont la famille maternelle a été exterminée par les nazis et le père déporté à Buchenwald.

« Critiquer Israël, est-ce de l’antisémitisme ? »
Pierre Stambul. Non ! Pour moi qui suis fils de déportés, dont le père est un rescapé du groupe Manouchian, la façon dont Israël brandit l’antisémitisme est totalement obscène. La récente déclaration de Benjamin Netanyahu rendant, non pas Hitler, mais le grand mufti de Jérusalem responsable du génocide est ignoble. On peut être juif et critiquer Israël. Je suis juif, athée et je refuse l’occupation, la colonisation, le racisme. Je milite pour l’égalité des droits.
Vous parlez du sionisme et de l’État d’Israël comme d’une « perversion de l’identité juive »...
Pendant des siècles, les Juifs d’Europe et du monde arabe se sont battus pour la citoyenneté et l’égalité des droits. Pour eux, la solution n’a jamais été la séparation du reste du monde. Au tournant du XXe siècle, les religieux juifs étaient d’ailleurs totalement opposés à la création d’un état juif. Pendant longtemps, d’autres voix que celles des sionistes ont résonné, Albert Einstein, Hannah Arendt, Franz Kafka... Quand Netanyahu, au lendemain de l’attentat de L’Hyper Cacher, dit aux Juifs français « votre pays, c’est Israël », c’est énorme : aucun antisémite ne s’était permis de nous dire qu’on n’était plus chez nous en France !

Les voix appelant à la réconciliation entre Israéliens et Palestiniens semblent de moins en moins audibles. Croyez-vous encore à la paix ?
Chercher la paix, c’est avoir une direction, mais ça ne peut pas être sur le modèle des accords d’Oslo qui n’ont jamais entériné l’égalité des droits. 650 000 Israéliens vivent dans les territoires occupés, rendant impossible une solution à deux États sur les frontières de 1967- Il faut sans doute penser un État unique, sur un mode fédéral...
Aux élections de 1946, avant la création d’Israël, 45% des Juifs se prononçaient pour un état binational. Qui le sait ?

On en est loin aujourd’hui...
Oui, et le drame c’est que la politique israélienne n’est pas seulement criminelle, elle est aussi suicidaire : personne ne peut imaginer que le rapport de forces sera toujours en faveur d’Israël. La population est à 50-50. Les Palestiniens vivent dans une situation d’apartheid, ce sont les Indiens du Proche-Orient, enfermés dans leurs réserves. Et Israël est en train de fermer toutes les portes à un vivre ensemble dans l’égalité des droits. Certains Israéliens y sont prêts, mais c’est aujourd’hui une petite minorité qui a beaucoup de mal à se faire entendre tant l’éducation sioniste fait des ravages. L’extrême droite est au pouvoir en Israël. La situation est celle que la France aurait connue si l’OAS avait gagné la guerre d’Algérie.

Vous avez beaucoup de contradicteurs parmi les Juifs de France et d’Israël qui vous accusent de faire le jeu de l’antisémitisme.
C’est la confusion juif = sioniste = israélien qui favorise au contraire l’antisémitisme. La meilleure façon de lutter contre l’antisémitisme qui se développe en France est de descendre dans la rue avec nos frères maghrébins sous une banderole commune, comme on l’a fait récemment dans la marche pour l’égalité à Paris. À l’Union juive française pour la paix, on lutte contre tous les racismes.

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Victime du hacker Ulcan en juin dernier, Pierre Stambul avait été malmené par le Raid et placé sept heures en garde à vue.
Repro CL

En juin dernier, vous avez été victime du hacker Ulcan et arrêté brutalement par le Raid. Avez-vous éclairci ce qui s’est passé ?
C’est simple : Ulcan a piraté ma ligne téléphonique, appelé la police disant que je venais d’assassiner ma femme. Il a piégé des dizaines de nersonnalités comme Denis Sieffert, Daniel Schneidermann, Jean-Claude Lefort ou Jamel Debbouze. Mais je suis le seul à avoir été violenté par la police française, à avoir passé sept heures en garde à vue, alors que ma femme était là présente à mes côtés quand le Raid a débarqué et tout cassé ! Cinq mois plus tard, je n’ai toujours pas été indemnisé ni reçu d’excuses. J’ai deux plaintes en cours, contre la police et le hacker protégé par Israël. Dans cette histoire, le gouvernement français est une honte absolue.

Vendredi 13 novembre à 20h30 à la Maison des Peuples et de la Paix
50 rue Hergé à Angoulême.

Céline AUCHER c.auclier@charentelibre.fr

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« On peut être juif et critiquer Israël » ( Charente Libre du 2-11-2015 p5)

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