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Tel-Aviv Gaza, match nul

lundi 17 août 2015 par Daniel Mermet

par Daniel Mermet.

Une équipe de chaque côté, un arbitre au milieu, le public autour et la balle au centre.

Vous connaissez.

Sauf que là, on voit que l’une des équipes n’a pas de chaussure, que les joueurs ont des maillots en loque, des pansements, des béquilles et des bras cassés. De l’autre côté, par contre, ils sont suréquipés, bottés, robotisés, informatisés, sur-armés avec des chars, des hélicos, des drones. Un énorme rouleau compresseur face à un moucheron. Et pourtant l’arbitre fait comme si de rien n’était, comme si il y avait deux camps équivalents, de même force et de même niveau.

Grotesque ? C’est pourtant exactement ce que font la plupart des médias avec « le conflit israélo-palestinien » Depuis tant d’années deux camps face à face se disputent bêtement un territoire alors qu’ils pourraient vivre en paix comme les frères qu’ils sont en vérité. Ah, comme c’est regrettable !

On vient de le voir encore à Paris. Paris l’été se transforme en Paris Plages. On met du sable, des parasols, des chaises longues, des jets d’eau le long de la Seine. Et la ville de Paris invite une ville étrangère.

Cette année c’était Tel-Aviv. Tel-Aviv sur Seine. Les supporters de Tel-Aviv étaient contents. Les supporters de l’autre camp n’étaient pas contents. Ils sont venus manifester au nom de Gaza.

Gaza contre Tel-Aviv.

Séparés par un épais mur de flics devant des touristes hébétés. Cinq cents policiers et gendarmes étaient mobilisés et presque autant de journalistes. « Une métaphore du conflit israélo-palestinien » on dit les médias. « Êtes-vous pour, êtes-vous contre ? » ont demandé les médias. Car un vrai journaliste ne prend pas partie, il incarne l’objectivité et le juste milieu. Plus vous vous écartez du juste milieu plus vous êtes extrémiste. Ce qui n’est pas bien car les extrêmes se rejoignent. Le vrai journaliste renvoie les deux camps dos à dos ou face à face et passe a autre chose.

Le match nul Gaza - Tel-Aviv a rappelé toute la violence cachée sous la fausse objectivité médiatique.

En vrai, entre Tel-Aviv et Gaza c’est quelques dizaines de kilomètres. À Gaza 1.800.000 habitants vivent dans une seule cage. Il y a un an, en toute impunité, l’armée israélienne a massacré plus de 2.200 personnes, essentiellement des civils, dont 550 enfants. Les dégâts sont énormes, la station électrique, et la station d’épuration ont été détruites. On manque de tout, à peine quelques heures d’électricité par jour, presque plus d’eau potable. Tout vous pousse à la violence ou à la fuite ou à l’abattement. C’est fait pour.

Selon un rapport de l’Assemblée nationale, 90% de l’eau extraite de l’aquifère à Gaza est impropre à la consommation. Les territoires palestiniens ne disposent aujourd’hui que de 18% des ressources aquifères et n’ont aucun accès aux eaux de surfaces, ce qui leur confèrent 10% de l’eau disponible contre 90% pour les Israéliens.

Ces chiffres sont connus. Enquêtes et infos sur toutes les formes d’oppressions brutales ou rampantes infligées aux palestiniens, sont en grande partie accessibles.

Les Palestiniens sont très loin de contrôler leur territoire. « Israël exerce un contrôle quasi total sur les territoires, l’espace aérien et les eaux territoriales, les zones tampons à l’intérieur de la bande de Gaza, les entrées et sorties - des personnes comme des marchandises - du territoire et les registres d’état civil », selon l’ONG Breaking the Silence.

Il faut rappeler l’énorme puissance militaire d’Israël.

Le budget de la défense israélien est le cinquième plus important au monde par pourcentage de PIB (6,5%) et le troisième par habitant (1.882 $/hab), selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI).

Les dépenses militaires tournent autour de 15 milliards de dollars annuels ces dix dernières années, dont une aide militaire américaine de 3 milliards (3,4 milliards de dollars en 2014) à quoi s’ajoute l’aide destinée à financer le bouclier antimissile Iron Dome, ce qui « garantit à l’État hébreu un "avantage qualitatif" sur tous les autres pays de la région », selon le GRIP (Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité). Il faut rappeler aussi qu’Israël est un des plus puissants marchand d’arme du monde.

Aucune nouveauté dans ces informations. Elles sont connues par les médias et aisément accessibles. Alors pourquoi tant de pudeurs et de ménagements pour informer sur le rapport de force entre Tel-Aviv et Gaza ? La réponse est simple et chaque journaliste la connaît. C’est la trouille du chantage à l’antisémitisme. Une grosse ficelle, mais qui marche toujours et qui terrorise toujours dans les rédactions sans qu’il soit même nécessaire d’en parler.

Le reptile de l’antisémitisme rampe toujours et doit faire l’objet de toute les vigilances. Mais c’est aussi une arme très utilisée et très efficace par dissuader et discréditer toutes critiques de la politique israélienne. Mille fois cette stratégie indigne a été dénoncée et démasquée. Indigne, car elle banalise l’antisémitisme. Mais elle revient encore et encore. Et elle gagne et elle fait taire.

Voilà ce qui explique le malaise et presque la nausée en rentrant à Paris en ce pourtant joli mois d’août.


À (ré)écouter, un entretien avec la grande historienne israélienne Idith ZERTAL auteur du livre Les Seigneurs de la terre, une histoire de la colonisation israélienne des territoires occupés : Les seigneurs de la terre (11/12/2013),
Télécharger le MP3 ; Programmation musicale : MAP : "Palestine".
Une émission diffusée pour la première fois dans "Là-bas si j’y suis" le 11 décembre 2013.
Entretien : Daniel MERMET
Réalisation : Franck HADERER et Guillaume GIRAUD

Depuis 1967, en violation du droit et des lois, la colonisation rend la paix impossible et constitue la source empoisonnée de nombreux conflits, de violences et de souffrances à travers le monde.


Autres références

À lire  :
- Les Seigneurs de la Terre, d’Idith Zertal et Akiva Eldar, Éditions du Seuil, 2013
- Palestine, Joe Sacco, 1996

À voir  :
The Gatekeepers, un documentaire de Dror Moreh (Les Films du Poisson, 2012, 95 min)


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