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Orange sanguine en Israël...

mardi 5 mai 2015

Christian Pigeon (Sud PTT), Verveine Angeli (Solidaires), Olivier Schulz et Dror Warschawski (Campagne BDS France)
Agence Média Palestine / Médiapart, le 4 mai 2015

Les soldats israéliens qui ont participé à l’opération militaire cet été à Gaza étaient équipés de téléphone "Orange " gracieusement fournis. On trouve des boutiques "Orange" dans les colonies illégales en Palestine occupée. Les colons, ainsi que l’armée israélienne qui garde les colonies en Cisjordanie, téléphonent "Orange".

Tout cela est réel. En 2011, Orange renouvelle un contrat de licence avec la firme israélienne de téléphonie Partner Communications. Comme de nombreuses entreprises israéliennes, Partner est présente dans les colonies de Cisjordanie et du Golan qu’Israël considère comme "une partie disputée" de son territoire national.

Le réquisitoire est pourtant sévère : Partner profite des autorisations largement accordées par Israël pour implanter ses antennes et ses installations techniques en Palestine occupée ( 176 sites en 2011), en totale contradiction avec le droit international.

Partner profite aussi de nombreuses interdictions faites aux entreprises de téléphonie palestiniennes d’installer leur antennes sur leur propre territoire.

Ainsi Partner est en passe de voler le marché palestinien de téléphonie aux entreprises palestiniennes.

De plus le système du "Palestinian captive market", cher aux stratèges israéliens, permet aux entreprises israéliennes de ne pas payer d’impôt à l’Autorité palestinienne pour leur activités commerciales en Palestine.

Clients d’Orange ou pas, de nombreux citoyens de France informés de cette situation par le milieu associatif exigent, la rupture du contrat entre Orange et Partner. Cette demande est relayée par les syndicats CGT et Sud de l’entreprise en France.

A ces violations criantes du droit international s’ajoute aujourd’hui un nouveau scandale : le soutien de Partner à l’armée israélienne pendant l’agression militaire à Gaza l’été dernier (2200 morts), en "sponsorisant" deux unités de combat !

Ce sponsoring, dans le cadre de l’opération "Adopt a warrior" (Adopte un guerrier, qui n’est pas un site de rencontre) implique la fourniture de service gratuit aux soldats, d’aide matérielle, de générateurs, de chargeurs, ainsi que de tablettes offertes aux soldats blessés dans les hôpitaux.

Révélée ce mois-ci par une enquête du site d’information en ligne "Electronic Intifada", et confirmées par le propre site de Partner-Orange-Israël, cette nouvelle est aussi hallucinante que le silence qui l’entoure dans la presse en France.

Certes, Orange-France n’est pas directement responsable de ce sponsor, ni directement présente dans les colonies israéliennes.

Mais Orange y est présente par sa marque, qui est sa propriété, son symbole, qu’elle est censée chérir comme une partie d’elle-même.

Quel que soit le montant des droits de licence versés par Partner à Orange, engager sa marque dans la plus longue, et l’une des plus brutales, colonisations illégales en cours est pour le moins imprudent, et par ailleurs certainement pas rentable à long terme.

L’image de l’entreprise étant sérieusement entachée dans le monde entier, cela mériterait au minimum une condamnation de la part de la maison mère.

D’autres entreprises françaises ou transnationales, telles Véolia ou Alstom avec le tramway de Jérusalem, ont tiré profit de la colonisation israélienne de la Palestine mais sont aujourd’hui écartées de nombreux appels d’offre internationaux.

Cette expérience devrait faire réfléchir la direction d’Orange au risque qu’elle fait courir au groupe, à ses actionnaires et à ses salariés.

Le contrat entre Orange et Partner peut être rompu si Orange France en avait la volonté. Il peut invoquer le risque de trouble à l’ordre public, la colonisation pouvant en terme de droit être considérée comme un trouble à l’ordre public international.

Il peut s’appuyer sur les mises en garde du Ministère des Affaires Etrangères français qui demande aux entreprises de peser les risques liés à leur présence dans les colonies.

L’attitude de l’Etat français sur cette affaire est pour le moins ambiguë : avec la Banque Publique d’Investissement, l’Etat détient 25% du capital, part qui permettrait certainement à Laurent Fabius de peser sur les décisions du groupe.

Dans une telle affaire, on sait que les considérations morales et politiques pèsent peu aux yeux des dirigeants des groupes.

Si ces derniers persistent à se montrer insensibles au risque juridique et à vouloir tirer profit de la colonisation, gageons que les actionnaires et les investisseurs - qui sont naturellement des gens prudents - réaliseront que les colonies israéliennes en Palestine occupée ne sont pas des territoires comme les autres et que la paix armée qui y règne actuellement est fragile. N’oublions pas non plus les salariés d’Orange, otages d’une situation qu’ils n’ont pas choisie.

Dans ce contexte, la Campagne internationale de Boycott, Désinvestissement, Sanctions continuera à sensibiliser le public afin de faire pression sur la direction d’Orange, jusqu’à ce que cette entreprise rompt son contrat avec Partner communications.


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