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Conflit, oui, mais quel conflit ?

mercredi 3 décembre 2014

24 novembre 2014

Que ce soit dans les médias ou dans la bouche des politiques, la formule consacrée pour parler des événements tragiques qui se déroulent à Gaza, en Cisjordanie ou à Jérusalem, reste celle de « conflit israélo-palestinien », comme s’il s’agissait de deux puissances qui s’affrontaient à armes égales pour le contrôle d’un territoire, et qu’il fallait convaincre de faire la paix. On feint d’ignorer que Gaza est une prison à ciel ouvert d’où les habitants, toujours sous la menace, ne peuvent s’enfuir, sinon sur de fragiles embarcations qui risquent de chavirer, qu’en Cisjordanie et à Jérusalem la colonisation ne cesse de se développer, avec son cortège de violences, de provocations, d’injustices et d’humiliations.

On ne s’émeut même pas des exécutions extra-judiciaires ou des destructions d’immeubles entiers à titre de punitions collectives, alors que l’hiver arrive, et qu’il fait froid l’hiver à Jérusalem et sur les collines de Cisjordanie. Comment s’étonner alors de ces explosions de violence de la part de jeunes palestiniens qui n’en peuvent plus et qui, au comble du désespoir, choisissent de tuer et de mourir ? On ne relira jamais suffisamment les pages que Frantz Fanon consacre, dans Les damnés de la terre, à la violence des colonisés qui répond, mais si mal et de façon si inégale, à la violence coloniale. Mais ce sont toujours les victimes qui sont blâmées, et jamais leurs bourreaux.

Certes il y a conflit. Mais c’est un conflit à propos de la Palestine, ou plutôt à propos des images, des représentations, des messages médiatiques, que le pouvoir israélien a réussi à peu près partout à imposer. Comme l’écrivait jadis Edward Said dans son introduction à Blaming the Victims, « la Palestine n’est pas un endroit ordinaire. C’est un territoire presque mythologique, saturé d’idéologie religieuse et doté d’un énorme poids pour notre culture ». L’entreprise d’expulsion progressive des Palestiniens de Jérusalem Est annexée en 1967 en violation du droit international, avec les incursions répétées sur l’Esplanade des Mosquées et le projet de s’emparer du Mont du Temple, cherche à se légitimer par l’invocation du passé biblique. Les fouilles archéologiques qui font ressurgir de façon sélective ce passé très lointain en faisant disparaître près de deux mille ans d’histoire et en rendant comme invisibles les habitants arabes de la Palestine, participent de cette entreprise. Passionnés par leur travail, les archéologues ne sont peut-être pas conscients des implications politiques de leurs recherches. Mais nous devons être nombreux à les leur rappeler, et à les enjoindre à ne pas participer à la Conférence Internationale d’Archéologie qui doit se tenir en 2015 à Jérusalem. En renonçant à participer à cette rencontre, ils feront savoir qu’ils refusent que leurs recherches soient mises au service d’une politique qui s’exerce en violation des droits, droits humains et droit international, c’est à dire des normes que se donnent les communautés humaines pour rester justement humaines, au sens plein du terme, et coexister dans une paix qui soit une paix juste, et pas la paix des cimetières.

Sonia Dayan-Herzbrun
Professeure émérite à l’Université Paris-Diderot,
vice-présidente de l’AURDIP


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