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A la prison de Lannemezan, l’UJFP a rencontré un homme debout.

lundi 8 septembre 2014

C’est la première fois que je rentrais dans une prison. Cela faisait des mois et des mois que j’avais posé ma demande pour pouvoir rencontrer Georges Ibrahim Abdallah.

J’étais persuadé qu’elle me serait refusée. Gilbert Hanna, de Sud-Ptt et de la radio La Clé des Ondes à Bordeaux, m’avait convaincu de la présenter, ne serait-ce que par principe. Pour les visites non familiales, la question est : "en quoi cette visite peut faciliter la réinsertion du détenu ?".

Quand j’ai été interrogé par la gendarmerie sollicitée par le Procureur de Tarbes, j’ai répondu que je pensais pouvoir apporter en tant que responsable de l’UJFP un point de vue original et intéressant sur la situation aujourd’hui.

C’est le 29 août que l’autorisation m’a été envoyée, et j’ai donc pu rencontrer Georges dès ce mercredi 3 septembre, accompagné de Gilbert - qui a proposé à l’Union Syndicale Solidaires de relancer l’expression publique de l’exigence de la libération de Georges. Voir par ailleurs la pétition adoptée par son congrès et à laquelle l’UJFP apporte son soutien.

30 ans, cela fait 30 ans que Georges est en prison. Ce qui frappe tous ceux qui le rencontrent au premier contact, c’est un mélange de force et de sérénité. Quand les grilles s’ouvrent, et que les détenus qui ont de la visite arrivent, Georges apparait d’emblée en sage enjoué et respecté par tous, détenus, gardiens, visiteurs. "Oh, la petite a grandi cet été, comment s’est passé ta rentrée ? ..."

Je ne vais pas vous raconter plus de 4 heures de discussion, d’autant que j’ai choisi de ne pas prendre de notes cette fois-ci. Dès après notre accolade, Georges s’excuse de ne pas avoir répondu à chacune de mes lettres. Et il évoque courrier, journaux, livres, relations avec ses voisins, et sa pratique intensive d’activités physiques.

Georges a une connaissance précise de l’actualité de son pays, le Liban, mais aussi de toute la région. Il manie avec bonheur et humour la rigueur du matérialisme historique. Ses points de vue, toujours d’un point de vue de classe, sont discutables, mais jamais dogmatiques.

Il ne fait pas que remercier l’UJFP de son soutien. Il développe l’idée de la grande importance qu’une association comme la nôtre, aussi modeste soit elle, casse par sa présence et le contenu de ses interventions toute idée que le conflit est religieux ou ethnique, et donc fait obstacle aux analyses réactionnaires et régressives.

Georges ne veut pas parler de la réunion du Tribunal le 30 septembre à la prison, car il ne veut pas faire de plans sur son éventuelle libération conditionnelle, il a été trop souvent échaudé.

Je sais que sa cellule déborde de livres et de journaux. Je lui remets cependant nos dernières déclarations, le numéro 1 de "De l’Autre Côté", et le hors série "Tarabut" (mouvement qu’il ne connaissait pas). Et je lui propose, même si je sais qu’il n’en pas vraiment besoin, un livre de la collection du CETIM "pensées d’hier pour demain", celui sur Amilcar Cabral. Sa réaction positive est immédiate : "oui, ça m’intéresse, c’est le genre de documents qui peuvent intéresser ceux avec qui je discute ici".

Un homme debout.

Une rencontre qui oblige.

André Rosevègue


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