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Lettres de Gaza de Salma et de Sara 1er août 2014

dimanche 3 août 2014

Lettre de Salma : "Ni eau, ni électricité"

Chers amis,
Vous savez très bien que depuis des années, Gaza est devenue une grande prison à ciel ouvert. Depuis le début de l’offensive sur Gaza, notre prison est devenue plus petite : nous sommes prisonniers, chacun chez lui et on ne peut pas sortir facilement ! Imaginez cette vie de prisonnier pleine de peurs, et de patience ou peut-être d’impatience, je ne sais plus !

Hier soir, Israël a déclaré une trêve de 72 heures qui devait commencer vendredi à 8h00 du matin. Tout le monde était content mais aussi pas rassuré ! on parlait de 72 heures sans angoisse et sans peur, 72 heures de « liberté » dans la grande prison qui a beaucoup changé après la destruction de milliers de bâtiments. J’avoue que j’avais peur de sortir le matin et de voir « la nouvelle Gaza » qui pourrait me briser le cœur. Mais j’étais heureuse d’annoncer à mon fils, Tayssir, la bonne nouvelle :
- Oui on va pouvoir sortir aujourd’hui et passer la journée chez tes grands-parents, tu vas jouer avec tes cousins.
- Ils ont arrêté les bombardements alors, n’est-ce pas ?
- Oui mon chéri !
- Alors demain, on ira acheter les jouets et les vêtements pour les enfants comme on en a parlé. Je peux acheter un jouet pour moi ? je permettrai à Ahmed de jouer avec moi.
Tous les mots ne peuvent décrire la joie que j’ai vue aux yeux de mon fils. Mais, vers midi, c’est la catastrophe, Israël annonce la fin de la trêve. On est de nouveau, déprimés. Tous nos projets sont partis en fumée. On ne va pas encore pouvoir voir le ciel de Gaza, la seule chose qui n’a peut-être pas changé.
Tayssir ! Que puis-je lui dire ? comment lui expliquer les raisons qui nous empêchent de sortir ?
J’ai besoin de vos conseils, mes amis. Dites-moi ce que je peux dire à un enfant de 4 ans s’il vous plait !
Dois-je lui expliquer toute la situation ? Lui avouer qu’il y a des gens dans ce monde qui nous détestent et qui tuent les enfants partout où ils sont ? Lui dire que ces gens ne sont pas palestiniens comme nous ? Lui qui ne sait même pas que veut dire « palestinien » ! lui qui connait les couleurs du drapeau palestinien sans savoir que veut dire un drapeau !
J’étais bien sûr obligée de lui dire qu’on pouvait plus sortir parce que les bombardements ont recommencé. Il a pleuré et m’a demandé d’arrêter immédiatement tous ces avions qui nous bombardent ! Moi, arrêter les avions ! Comment ? Une maman est capable de beaucoup de choses, mais les F16 ! .Il fallait l’occuper d’urgence, je lui ai donné des crayons et du papier, il a dessiné ma mère, mon père, leur maison, leur rue et ses cousins.
Quant à mon papa qui attendait notre visite avec impatience, il a été obligé de m’appeler et de me demander ne pas sortir à cause de la fin de la trêve. J’ai vu les larmes dans ses yeux qui nous attendaient.
Mes parents habitent à 2 km de chez moi et je ne peux pas les voir, quel est le sentiment des gens dont les familles habitent loin de chez eux alors ? Quel est le sentiment des gens qui ont perdu leurs familles sans pouvoir les voir ?
Depuis ce matin, l’armée israélienne commet des massacres indescriptibles à Rafah, beaucoup de civils sont les victimes de ces criminels. Ils continuent à raser la bande de Gaza.
Chers amis,
Nous avons de l’électricité deux heures par jour au maximum. J’ai la chance d’avoir un générateur à la maison pour charger nos portables, nos ordinateurs, les lampes chargeables, pour quelques heures alors que le carburant est très cher et rare ! Çela fait des jours que je fais la vaisselle à main à cause du manque d’électricité. Je ne mets plus rien au frigo car tout pourri très vite.
Il y a des quartiers où il n’y a pas de courant ni d’eau depuis 24 jours, oui 24 jours !
Il est même difficile d’acheter l’eau potable aujourd’hui à cause des coupures du courant.
Les Gazaouis font la queue durant trois heures pour acheter le pain, les boulangeries n’arrivent pas à assurer l’approvisionnement à cause de coupure d’électricité et du manque de farine.
Tous les Gazaouis écrivent des poèmes d’amour pour l’électricité qui les a abandonnés !

Salma AHMED ELAMASSIE
Gaza
le 1er aout 2014


Lettre de Sara : "Les enfants sont victimes de cette horrible guerre"

Abdullah est un petit garçon de 6 ans. Sa famille habite Al-Zawayda, village de la zone centrale de la Bande de Gaza. Il vivait heureux entouré de ses parents et frères.
Le 30 juillet, sa vie a basculé. Un obus tiré par un char de l’armée israélienne a touché la maison familiale et la partiellement détruite. Abdullah et un de ses frères ont été sérieusement blessés, leur maman a été tuée.
Abdullah a été transféré à l’hôpital Shifa dans un état grave ; éclats d’obus dans la poitrine, brulures à différents endroits du corps et fracture de la jambe droite. Il a subi une opération à cœur ouvert.
Allongé sur son lit d’hôpital, Abdullah souffre ; souffrance exacerbée par l’absence de sa chère maman qui n’est plus là pour lui sourire, le caresser, lui donner cette tendresse maternelle dont il aurait tant besoin en ce moment.
L’histoire d’Abdullah est l’histoire de tant d’autres enfants palestiniens touchés dans leur chair ; petites victimes innocentes de la machine de guerre israélienne.
C’est le cas de Shaher âgé de 8 ans, vivant à Jabalya. Le 24 juillet, plusieurs missiles tiré d’un avion F16 ont détruit une mosquée située près de sa maison. Les maisons voisines ont été endommagées ; celle de Shaher a été complètement détruite. Son frère et son cousin, habitant la même maison, ont été tués. Shaher, son père et ses autres frères ont été blessés. Le petit enfant de 8 ans est dans un état grave. Touché à la tête par plusieurs éclats, il souffre de fracture du crâne. A sa souffrance physique, s’ajoute la douleur d’avoir perdu ses 2 petits compagnons de jeux, son frère et son cousin.
A la sortie de l’hôpital où ira Shaher…il n’a plus de maison. Devra-t-il rejoindre les milliers de déplacés qui vivent dans les écoles, dormir à même le sol…
Orphelins, blessés, mutilés… enfance volée… Ne restons pas sourds, indifférents à la souffrance des enfants de Gaza.


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