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Présentation de BDS France aux journées d’été de Sortir du Colonialisme

mardi 8 juillet 2014 par Jean-Guy Greilsamer

Intervention le 5 juillet 2014 à Paris aux journées d’été de Sortir du Colonialisme pour présenter la Campagne BDS.

Dimanche, 06 Juillet 2014

Je remercie au nom de la Campagne BDS de nous avoir invités en ouverture des journées d’été de Sortir du Colonialisme.

Avant de présenter la Campagne BDS France, son contenu, ses succès, son travail en France et ses perspectives, je veux préciser 2 points, l’un sur la nature particulière du colonialisme israélien, et l’autre pour souligner pourquoi BDS est un engagement anticolonial crucial, et particulièrement en France.

Concernant le colonialisme israélien, son objectif est simple : c’est conquérir, ou achever de conquérir, un territoire qui s’étend de la Méditerranée au Jourdain, pour y installer une population et un Etat à suprématie juive. Cela signifie déposséder la population autochtone, l’exclure et réprimer toute révolte du peuple palestinien, et cela est l’aboutissement du mythe sioniste d’une « terre sans peuple pour un peuple sans terre » et de l’escroquerie politique qu’est le slogan du retour à la terre promise après 2000 ans d’exil.

Concernant les enjeux de la Campagne BDS, ils sont particulièrement importants.

La Campagne BDS est la lutte principale en réponse à la plus longue guerre coloniale contemporaine, elle est le grand engagement internationaliste de notre époque.

Elle porte sur la survie d’un peuple menacé de disparition politique et nationale.

Elle s’inscrit dans le combat contre l’idéologie du choc des civilisations, qui prétend que le monde serait divisé entre d’une part une civilisation blanche cultivée et vertueuse et d’autre part une civilisation arabe ou musulmane dont des pans importants abriteraient des terroristes, des fanatiques ou en tout cas des gens dont il y aurait lieu de méfier.

La Campagne BDS entre en résonance avec d’autres causes, notamment l’antiracisme dont la lutte contre l’islamophobie, les mouvements anti-guerre, les mouvements pour la justice sociale.

Elle concerne directement le vivre ensemble dans les sociétés occidentales et porte sur des valeurs universelles : la justice, la liberté, la dignité, l’égalité, les droits des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Et elle a des répercussions importantes en France, la France étant le pays d’Europe qui comporte à la fois la plus importante population juive et la plus importante population maghrébine.

1. PRESENTATION DE LA CAMPAGNE BDS

La campagne BDS a été lancée le 9 juillet 2005 par plus de 170 associations de la société civile palestinienne un an après la condamnation par la Cour Internationale de Justice du Mur dit de Séparation, condamnation restée sans suite.

L’Etat d’Israël depuis sa création persécute le peuple palestinien, viole le droit international et jouit d’une impunité sur la scène politique internationale qui ne peut que l’encourager à poursuivre ses méfaits. La campagne BDS est la réponse à l’impunité d’Israël.

Elle est un mouvement pacifique et citoyen lancé par les Palestiniens eux-mêmes et qui vise à ce que les Etats remplissent leur obligation de veiller au respect du droit international et humanitaire.

Les associations palestiniennes qui ont lancé la campagne BDS fixent 3 objectifs :

1. Mettre fin à l’occupation et à la colonisation de toutes les terres arabes et démanteler le Mur  ;
A ce premier objectif s’est ajouté depuis 2005 l’exigence de mettre fin au blocus de Gaza.
2. Reconnaitre les droits fondamentaux des citoyens arabo-palestiniens d’Israël à une égalité absolue  ; et
3. Respecter, protéger et favoriser les droits des réfugiés palestiniens à revenir dans leurs maisons et propriétés comme stipulé dans la résolution 194 de l’ONU

Ces associations invitent, en tant que représentants de la Société civile palestinienne, les organisations des sociétés civiles internationales et les gens de conscience du monde entier à imposer de larges boycotts et à mettre en application des initiatives de retrait d’investissement contre Israël tels que ceux appliqués à l’Afrique du Sud à l’époque de l’Apartheid. Elles appellent à faire pression sur les Etats afin qu’ils appliquent des embargos et des sanctions contre Israël. Elles invitent également les Israéliens honnêtes à soutenir cet appel, dans l’intérêt de la justice et d’une véritable paix. Et elles précisent que ces mesures de sanction non-violentes devraient être maintenues jusqu’à ce qu’Israël honore son obligation de reconnaître le droit inaliénable des Palestiniens à l’autodétermination et respecte entièrement les préceptes du droit international.

La campagne se développe dans de nombreux pays (en Europe, en Amérique, au Japon, au Maroc, etc, y compris en Israël où le mouvement « Boycott from Within » (Boycott de l’intérieur), bien que très minoritaire, apporte une aide précieuse à la Campagne BDS.

Elle a pris son essor en France depuis l’opération « Plomb durci » contre le peuple gazaoui au cours de l’hiver 2008-2009.

Elle se déploie selon plusieurs axes, comme c’était le cas du boycott de l’Afrique du Sud : les boycotts économique, sportif, universitaire et culturel.

Cette campagne est portée en France par le Collectif BDS France, qui comprend près d’une cinquantaine d’associations ou réseaux nationaux et environ 35 collectifs locaux.

Parmi les associations nationales parties prenantes de la Campagne BDS il y a des partis politiques : le Parti de Gauche, le NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste), la Gauche Anti-capitaliste, Alternative Libertaire …),

des syndicats (la Confédération paysanne, l’Union syndicale Solidaires, la CNT (Confédération Nationale du Travail),

des associations de sensibilités diverses : sensibilité écolo telle que le réseau de distribution Artisans du Monde, sensibilité non violente telle que le MAN (Mouvement d’Action Non violente), sensibilité anticoloniale - bien représentée notamment par le réseau Sortir du Colonialisme,

et il y a bien-sûr aussi des associations liées à la solidarité avec le peuple palestinien (Génération Palestine, Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien – CCIPPP-, Union Juive Française pour la Paix –UJFP-, etc)

Parmi les collectifs locaux une douzaine sont des groupes locaux de l’AFPS

Le site web de la Campagne BDS France est : www.bdsfrance.org

2. POURQUOI LA CARACTERISATION D’ISRAEL EN TANT QUE REGIME D’APARTHEID EST-ELLE IMPORTANTE ?

La politique d’un Etat peut être à la fois coloniale et d’apartheid.

Le régime israélien est un régime d’apartheid parce qu’il se caractérise par un système légal de domination d’un groupe « racial » (au sens sociologique plutôt que biologique) sur un autre, et qu’il est coupable du crime d’apartheid.

La notion de crime pour apartheid relève d’une résolution de l’ONU datant de 1973

Pourquoi la caractérisation du régime israélien en tant que régime d’apartheid est-elle si importante ?

Le régime israélien se prête à divers qualificatifs, et certains sont par certains aspects pires que l’apartheid.

La politique d’Israël peut-être qualifiée à la fois de coloniale, d’apartheid, et aussi d’épuration ethnique et même de sociocide.

Le terme « sociocide », par exemple, est plus grave que le terme « apartheid », parce qu’il s’agit de la volonté de destruction de la capacité d’une société à se maintenir dans le temps et de la destruction de ses structures politiques et sociales et des éléments constitutifs de son identité, mais le terme « sociocide » n’est pas reconnu par le droit international.

La force du terme apartheid est qu’il est reconnu internationalement et que le crime d’apartheid est passible de sanctions et ouvre aux boycott, désinvestissements et sanctions.

La caractérisation de régime d’apartheid a été soulignée par le Tribunal Russel sur la Palestine, qui est un tribunal d’opinion qui a tenu quatre cessions et dont le président d’honneur était Stéphane Hessel. Elle a été exprimée aussi par Richard Falk, rapporteur spécial des Nations Unis sur la situation des droits de l’homme dans les territoires occupés palestiniens, par l’ancien président américain Jimmy Carter, et même suggéré par John Kerry, qui s’est ensuite rétracté.

Le régime discriminatoire d’apartheid établi par Israël prend des formes et des intensités différentes selon les lieux où vivent les Palestiniens.

Il y des cas qui sont flagrants et d’autres qui sont plus insidieux mais réels quand même.

Le blocus de Gaza est un cas flagrant, puisqu’il consiste à enfermer une population dans une prison à ciel ouvert.

Le sort réservé aux réfugiés palestiniens est tout aussi flagrant quand on compare la loi du retour réservée aux populations juives du monde entier et l’interdiction du droit au retour des réfugiés palestiniens.

La politique d’Israël en Cisjordanie est également typique de l’apartheid.

Alors que les colons y bénéficient des lois israéliennes, la population palestinienne est soumise à une juridiction spéciale, à des lois militaires, elle est assujettie à une administration dite civile, et en réalité militaire. Le régime de la détention administrative, par exemple, lui est appliqué. Il y a un réseau routier bien entretenu réservés aux juifs et les Palestiniens sont confinés dans un réseau de routes ou de chemins de terre mal entretenu.

Les colons et les militaires israéliens disposent de la liberté de circulation alors que Palestiniens sont confrontés aux check points et au Mur.

Les force d’occupation accaparent les accès à l’eau et colonisent les terres.

Les Palestiniens de Cisjordanie tendent à vivre dans des réserves, des enclaves, des bantoustans.

Des mesures d’apartheid existent en Israël aussi. Je pourrai développer ce point lors des débats si vous le souhaitez.

Je donne deux exemples :

- celui des Palestiniens bédouins du Néguev, qui sont expulsés de leurs villages ancestraux,

- et l’interdiction par la législation israélienne de la réunification familiale entre les Palestiniens d’Israël et ceux des territoires occupés (ce qui viole le droit fondamental à la vie de famille inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948).

L’Etat d’Israël est coupable de crime d’apartheid, la définition légale de la notion de crime d’apartheid étant la pratique d’ « actes inhumains » et de persécutions dans le cadre d’un régime d’apartheid.

La notion d’actes inhumains comprend : les assassinats à large échelle ou ciblés lors des incursions militaires ; la torture et les traitements dégradants de prisonniers ; la privation systématique des droits humains empêchant les Palestiniens, y compris les réfugiés, d’exercer leurs droits politiques, économiques, sociaux et culturels.

La notion de persécution est définie comme une privation intentionnelle et grave des droits fondamentaux des membres d’un groupe identifiable dans le cadre d’attaques larges et systématiques contre des populations civiles. Notamment : le blocus de Gaza comme châtiment collectif, l’attaque de civils lors d’opérations militaires, la destruction de maisons non justifiée par des nécessités militaires, l’impact du Mur sur les populations et la démolition des villages bédouins.

Israël doit mettre fin à ces agissements criminels et doit réparer complètement les dommages qu’ils engendrent. Les États et les organisations ont la responsabilité d’agir afin de pousser Israël à arrêter ces actes d’apartheid et de persécutions. Ils doivent aussi s’abstenir de porter aide et assistance à Israël et mettre en œuvre des poursuites judiciaires à l’encontre de cet État.

3. LES DIFFERENTES DECLINAISONS DU BOYCOTT

Le boycott économique appelle les consommateurs ou n’importe organisme à ne pas se rendre complices d’une politique de violation du droit international et des droits humains en achetant des produits israéliens, qu’ils viennent des colonies de Cisjordanie ou du territoire israélien dans les frontière de 1967. Il vise aussi certaines sociétés non israéliennes qui participent directement à la répression du peuple palestinien.

Parmi l’ensemble de ces cas, citons les campagnes qui ciblent les entités suivantes :

- la société Mehadrin, exportatrice de produits agricoles israéliens souvent issus des colonies,
- les magasins Séphora qui commercialisent les produits de beauté Ahava issus de la Mer Morte,
- la société qui commercialise les produits Sodastream (dont le gazéificateur),
- les médicaments génériques TEVA,
- la société anglo-danoise G4S qui équipe les prisons israéliennes de son matériel dit de sécurité,
- la société américaine Caterpillar, qui participe à la destruction du patrimoine palestinien et est complice de l’écrasement par ses bulldozers de citoyens Palestiniens et aussi de la militante pacifiste Rachel Corrie.

D’autres campagnes visent à ce que des sociétés se désinvestissent de leurs partenariats complices de la politique coloniale israélienne.

Ainsi la société Orange, qui a conclu un partenariat avec l’entreprise israélienne Partner Communications, qui installe des antennes et relais sur des terres confisquées aux Palestiniens pour le seul bénéfice de l’armée ou des colons.

Ainsi aussi Veolia qui gère une déchetterie au service des colons et a d’importants projets d’investissements en Israël.

Venons-en à présent au boycott sportif, pour attirer l’attention sur le fait qu’il dénonce notamment la politique israélienne qui consiste à empêcher le peuple palestinien de pratiquer librement les sports et à se doter des moyens nécessaires, et qui consiste aussi à emprisonner arbitrairement des joueurs récalcitrants.

Par exemple 2 footballeurs palestiniens ont été gravement blessés et sans raison en revenant d’une séance d’entrainement en Cisjordanie. Ils ne pourront plus exercer leur sport. Une campagne a été lancée par la fédération palestinienne de football pour demander l’exclusion d’Israël de la FIFA.

Les boycotts universitaire et culturel visent quant à eux des initiatives sponsorisées par l’Etat d’Israël. Nous nous adressons aussi aux artistes qu’Israël invite à des festivals pour avoir l’air d’être un Etat très ouvert à tous les courants culturels, et nous les exhortons à ne pas accepter de servir de caution morale destinée à blanchir Israël de ses crimes. Des responsables israéliens de haut niveau avouent d’ailleurs eux-mêmes que la culture leur est très utile pour leur propagande.


4. LES SUCCES DE BDS, TANT EN CE QUI CONCERNE LE « B », LE « D » ET LE « S »

Signalons la faillite en 2011 de l’entreprise d’exportation de produits agricoles Agrexco, les grosses pertes de marchés pour les entreprises Alstom, qui a construit le tramway reliant Jérusalem à des colonies, et Veolia, dont le cours de l’action a chuté, la crise de la banque franco-belge Dexia qui participe au financement des colonies …

D’importantes sociétés de fonds de pension se désinvestissent de sociétés israéliennes travaillant pour l’occupation, et récemment PGGM, la plus grande société de gestion de fonds de pension des Pays-Bas, a décidé de retirer l’ensemble de ses investissements de cinq grandes banques d’Israël. De même le fonds de pension du gouvernement norvégien a exclu deux groupes israéliens.

En Grande Bretagne, Hollande et Suisse des directions de grandes surfaces ont décidé de retirer de leurs étalages les produits des colonies, se conformant ainsi à l’esprit des lignes directrices de l’Union Européenne, aussi nommées « guidelines » entrées en application le 1er janvier 2014 et visant à proscrire tout financement et toute subvention aux sociétés travaillant pour les colonies.

Ces « guidelines » sont les premières véritables sanctions européennes et il est important de veiller à ce qu’elles soient appliquées, de ne pas renoncer au travail de lobbying auprès de l’Union Européenne même si une première reculade a été l’aménagement sous la pression d’Israël du projet Horizon 2020 qui concerne des accords dans le domaine de la recherche, accords impliquant les colonies.

Ces lignes directrices européennes ont eu malgré tout des conséquences positives, directes ou indirectes.

Souvenons-nous que les premières mesures étatiques contre l’apartheid sud-africain étaient elles aussi limitées.

Dans le cadre des Guidelines, l’Union Européenne a ainsi refusé l’importation de volailles provenant des colonies israéliennes.

Vitens, le plus gros fournisseur d’eau potable des Pays-Bas, a depuis peu mis fin à sa coopération avec Mekorot, la compagnie nationale d’eau israélienne. Puis Mekorot a perdu des contrats en Argentine et au Portugal.

Récemment, l’Allemagne elle-même a décidé d’exclure les colonies de ses subventions dans le domaine de la haute technologie, et a gelé la remise de sous-marins à Israël à des conditions très préférentielles.

Début février, la première banque danoise a décidé de boycotter la première banque israélienne parce qu’elle est impliquée dans les colonies.

Le 24 juin, sur le site internet du ministère des Affaires Etrangères, la France a publié, après la Grande Bretagne et les Pays-Bas, des conseils aux entreprises et aux particuliers sur le commerce avec les colonies pour les mettre en garde sur l’illégalité de ces colonies. Et depuis lors de nombreux autres pays de l’Union Européenne dont l’Espagne, l’Italie et la Belgique ont fait de même.

Dans des pays tels que l’Afrique du Sud, la Norvège, la Grande Bretagne, les Pays Bas, de très importantes fédérations syndicales renoncent aux services et aux contrats avec des firmes internationales complices de l’occupation, telles que Veolia et G4S.

Suite à une mobilisation internationale, la fondation Bill Gates a retiré ses actions de G4S et la fondation G4S elle-même a déclaré qu’elle ne renouvellerait pas ses contrats concernant les prisons israéliennes – même si ces déclarations doivent être considérées avec prudence.

Récemment le syndicat national des enseignants du Royaume Uni, qui compte 300 000 adhérents, a voté une motion pour BDS.

D’importantes universités ont également rompu leurs relations, notamment en Afrique du Sud et même aux Etats-Unis.

L’une des principales institutions universitaires américaines, l’American Studies Association (ASA) a invité tous ses membres à couper toutes relations de nature institutionnelle avec les universités israéliennes, et cela n’a pas d’ailleurs pas porté préjudice à son implantation, parce quelques mois après sa décision elle comptait 700 adhérents supplémentaires.

Diverses églises importantes se réclamant de divers courants religieux appellent aussi à BDS.

Très récemment, l’église presbytérienne des Etats-Unis, qui compte 1900000 fidèles a décidé de ne plus investir dans les sociétés Caterpillar, Hewlett-Packard et Motorola Solutions,

La Campagne BDS jouit également du soutien d’artistes de renom international, qui sont de plus en plus nombreux à refuser ou à annuler des tournées en Israël, d’intellectuels et de personnalités publiques jouissant d’une grande influence, dont des membres ou des parrains du Tribunal Russell : Desmond Tutu, Roger Waters des Pink Floyds, Naomi Klein, Alice Walker, Judith Butler, John Berger, Ken Loach, Angela Davis, le cosmologue Stephen Hawking qui a refusé de participer à une conférence de haut niveau en Israël …

Le musicien et compositeur Titi Robin a refusé l’invitation à participer au Festival des Musiques Sacrées de Jérusalem pour l’édition 2014 et s’en est expliqué dans une lettre aux organisateurs en dénonçant la politique israélienne

Au cours du printemps dernier, les agissements de la société Sodastream ont suscité une grande publicité pour la campagne BDS

L’apparition de l’actrice Scarlett Johansson comme nouvelle hégérie publicitaire de Sodastream a suscité un tollé et son exclusion de l’ONG Oxfam dont elle faisait la publicité.

Puis il a eu le 41ème festival de la BD à Angoulême sponsorisé par Sodastream.

Plus de 80 dessinateurs de plus de 10 pays, dont Tardi et Siné, ont alors signé une pétition pour refuser la présence de Sodastream.

5. LA MOBILISATION CONTRE LE KKL

La Campagne BDS France est activement engagée contre le KKL, ou Fonds National Juif, qui est un organisme paraétatique israélien qui est depuis plus d’un siècle le fer de lance de la dépossession du peuple palestinien. Cet organisme a participé à la Naqba lors de la création de l’Etat d’Israël et participe aujourd’hui à l’expulsion des Bédouins du Néguev de leurs villages ancestraux. Les dons à l’antenne française du KKL bénéficient d’une déductibilité d’impôts, cet organisme se faisant passer pour une association d’intérêt général ou d’utilité publique, une association écolo et de bienfaisance.


6. LES PROCES

Tout boycott est juridiquement légal dès lors qu’il concerne une question politique d’intérêt général. Mais la France est le seul pays où des militants de la Campagne BDS sont poursuivis en justice, ce qui est conforté par la circulaire Alliot Marie (ancienne ministre de Sarkozy), qui assimile les actions de sensibilisation à BDS à des appels à la discrimination raciale. Nous exigeons, avec de nombreuses associations, le retrait de cette circulaire et la relaxe des militants poursuivis, ce que d’ailleurs de nombreux juges comprennent.

Plusieurs procès ont déjà fait l’objet de relaxes, un à Bordeaux a fait l’objet d’une condamnation, un à Mulhouse a fait l’objet d’une condamnation en appel et les militants se pourvoient cassation, et un procès aura lieu en cour d’appel de Caen le 22 septembre prochain.

Les plaintes sont en général portées par des officines sionistes, telles que le Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme (BNVCA), France-Israël ou Avocats Sans Frontières (de Gilles-William Goldnadel)

Mais les procès en appel ont souvent été initiés par les parquets, qui se servent de la circulaire Alliot-Marie.

Il y a lieu toutefois de relativiser le nombre de plaintes dans la mesure où beaucoup de plaintes n’ont pas été retenues par les tribunaux.

Une pétition circule actuellement pour exiger de Christiane Taubira, a qui sont adressées de multiples interpellations et demandes de rendez-vous, de retirer la circulaire Alliot-Marie

Et je tiens à souligner que cette situation ne nous empêche pas de développer le mouvement BDS et ne fléchit pas notre détermination.

7. LES ACTIVITES DE LA CAMPAGNE BDS FRANCE

La Campagne BDS France est active dans de nombreuses villes et son implantation nationale se poursuit.

Ses activités sont variées. Elles consistent en des journées nationales, des campagnes de sensibilisation, des actions spectaculaires pacifiques en réponse à des évènements, des actions dirigées spécifiquement contre certaines sociétés, des rencontres avec des décideurs, d’autres rencontres intéressant BDS, des groupes de travail, des mobilisations de soutien à des militants poursuivis, sans oublier non plus la diffusion des nombreuses informations concernant BDS dans le monde entier, que ce soit sur notre site bdsfrance ou sur des listes de diffusion.

Nous intervenons notamment dans ou devant des magasins qui commercialisent des produits israéliens, par exemple les magasins Carrefour qui commercialisent des produits agricoles souvent issus des colonies et le gazéificateur Sodastream, commercialisé aussi par Darty.

Nous développons des campagnes de sensibilisation sur des marchés ou des places publiques.

Concernant les journées nationales voici deux exemples : le 9 février 2013 lancement de la campagne internationale contre les sociétés agricoles israéliennes, en particulier Mehadrin, et récemment journée d’action contre les voyages organisés pour ses clients par Carrefour en Israël et Palestine, voyages qui présentent une image idyllique d’Israël et ignore complètement la Palestine, sauf pour dire « nous irons à Bethléem si les autorités palestiniennes nous laissent passer » – je vous laisse apprécier le cynisme de la formule ...

Concernant les actions spectaculaires et pacifiques, deux exemples d’interventions avec les « Désobéissants » : une il y a quelques mois à l’intérieur du sommet mondial de l’eau à Paris pour dénoncer la politique de Mekorot, société des eaux israélienne qui accapare les eaux palestiniennes, et la complicité de Veolia avec la politique coloniale israélienne, et récemment une intervention a eu lieu devant le stand israélien à l’intérieur du salon de l’armement à Villepinte.

Je signale aussi la campagne contre la commercialisation de dattes israéliennes, en particulier avant ou pendant la période du Ramadan. Nous nous adressons alors notamment aux commerçants pour les convaincre de ne pas vendre des dattes israéliennes.

La campagne pour exiger d’Orange de mettre fin à son partenariat avec la société israélienne Partner Communications opérant dans les colonies, s’appuie sur le matériel militant mis au point par le Collectif National pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et Israéliens, qui est un collectif large auquel participe un nombre conséquent d’associations membres de la campagne BDS France. Ce matériel, que nous utilisons particulièrement lors d’interventions devant des boutiques Orange, comporte : des cartes postales/pétitions au PDG d’Orange, des visuels servant de pancartes, des pétitions, des dépliants explicatifs.

Le Collectif National demande un rendez-vous à la direction d’Orange pour exiger qu’elle se conforme aux recommandations du gouvernement français sur le commerce avec les colonies, dont la France a reconnu l’illégalité. Ces recommandations ont d’ailleurs été publiées sur la page facebook d’Orange, sur laquelle il est possible de s’exprimer pour inviter Orange à se conformer à ce qu’elle a publiée.

Nous avons entrepris de nombreuses interventions contre Sodastream : il y a eu le festival de la BD d’Angoulême, nous sommes intervenus avec succès pour que Sodastream ne soit plus acceptée dans un salon, nous réagissons contre les publicités pour ce produit sur les chaînes de télévisions, etc

Dans notre campagne contre Veolia, nous appelons les collectivités locales qui ont noué des contrats avec cette société à ne pas les renouveler, qu’il s’agisse de la fourniture d’eau, de la gestion des transports urbains ou de la gestion des ordures ménagères. Dans ces mobilisations nous rencontrons des alliés, ainsi les mouvements qui opposés aux privatisations.

Dans tout notre travail nous bénéficions des aides précieuses et dévouées de juristes. Elles ne remplacent pas les mobilisations citoyennes collectives, mais sont un appui important pour dénoncer les nombreuses violations du droit par les sociétés complices de la politique israélienne – sociétés qui affichent d’ailleurs souvent des chartes éthiques contenant des clauses se réclamant des droits humains.

Nous rédigeons beaucoup de lettres, soit à des décideurs, soit souvent aussi à des artistes ou à diverses personnalités pour les inviter à ne pas accepter des invitations qui émanent des autorités israéliennes.

Nous recevons aussi des acteurs de BDS militant dans d’autres pays, ou des artistes ou des personnalités dont les réalisations ou les travaux intéressent BDS. Nous avons ainsi reçu des militants palestiniens et aussi récemment à Paris Ofer Neiman, militant de l’association israélienne « Boycott from within » (Boycott de l’intérieur) – et d’ailleurs la soirée avec Ofer s’est terminée par une rencontre avec notre camarade Dominique Grange ici présente, qui a interprété une nouvelle chanson qu’elle a composé en solidarité avec le peuple palestinien.

Nos actuels groupes de travail portent sur : Sodastream, Mehadrin, Véolia, Orange, les génériques TEVA, les boycotts sportif, syndical, universitaire, culturel.

Je veux maintenant aborder rapidement la question : comment les gens dans le grand public réagissent-ils à nos initiatives ? La moyenne des gens qui réagissent sont en général compréhensifs ou solidaires. Quand il y a des pétitions, les signatures sont en général nombreuses. Il y a bien-sûr aussi dans certaines circonstances des sionistes, parfois même assez virulents. Mais leur colère est souvent une tentative désespérée de justifier l’injustifiable, et quand le ton monte il se trouve toujours des gens qui prennent notre défense. S’il est vrai qu’en France nous avons à faire à un lobby sioniste agressif et à un gouvernement sioniste, la moyenne de la population n’est pas elle-même particulièrement sioniste et un réel courant pour les droits du peuple palestinien existe et peut donc être mobilisé.

Pour terminer cette partie de l’exposé, je signale notre action nationale actuelle, pendant le mois de juillet et suite à un appel international, pour la commémoration des 10 ans de la condamnation du Mur par la Cour Internationale de Justice. A Paris, un rendez-vous est donné aujourd’hui à Belleville à 15 H

8. LES PERSPECTIVES DU MOUVEMENT BDS

L’économie israélienne est certes encore forte, particulièrement dans deux domaines : la vente de matériel à usage répressif, testé sur le peuple palestinien, qu’il s’agisse d’armes, de drones, de matériel de répression anti-manifestations ; et le domaine du « high tech », concernant notamment des produits informatiques ou électroniques.

Mais la Campagne BDS progresse inexorablement.

L’Etat d’Israël ne peut pas continuer indéfiniment sa politique arrogante qui vise à faire capituler le peuple autochtone palestinien.

L’image d’Israël a considérablement régressé dans l’opinion publique internationale, qui n’est plus dupe des chantages à l’antisémitisme.

Et à présent la campagne BDS commence à avoir un impact réel sur l’économie israélienne.

Nous pouvons lire sur le site middleeastmonitor/news le 29 juin :

« Les exportations de produits des colonies illégales israéliennes ont chuté de façon significative, selon des statistiques officielles. Les produits exportés vers l’Europe sont les plus affectés étant donné que l’UE poursuit sa campagne pour le boycott des colonies. Des officiels israéliens décrivent la situation comme désastreuse pour les colonies bâties sur la terre palestinienne occupée. Le boycott économique, social, universitaire et de l’investissement dans les colonies est en développement partout dans le monde.

Les données de l’Institut israélien d’exportation et du Bureau central des statistiques publiées vendredi dernier, indiquent une baisse de 35% au cours des quatre premiers mois de 2014 comparés à la même période en 2013. L’institut presse le gouvernement israélien de donner un appui financier aux colonies et aux investisseurs. Selon une déclaration antérieure de Yair Lapid, ministre israélien des finances, le coût annuel pour l’économie avoisine les 20 milliards de dollars, qui s’accompagne d’une perte de près de 10 000 emplois. »

Ce n’est pas sans raison que face aux succès de BDS Netanyahou le premier ministre israélien, et d’autres ministres de ce pays ont déclaré que le mouvement BDS est une menace stratégique pour Israël.

Il est significatif aussi qu’une centaine de grands patrons israéliens, redoutant le succès des appels au boycott, ont lancé un appel pour la paix avec les Palestiniens.

L’année 2014 a été déclarée année de la Palestine par décision de l’ONU. Nous veillons à ce qu’elle soit en même temps l’année de BDS.

Les régimes d’apartheid ne durent pas jusqu’à la fin des temps.

L’Etat d’Israël fait et continuera de tout faire pour essayer de réduire le développement de BDS et pour vider de leur substance des mesures telles que les lignes directrices de l’Union Européenne.

Nous continuerons de nous y opposer résolument, et veillerons à ce que les premières brèches dans le monde institutionnel ne se referment pas mais bien au contraire s’élargissent.

Nous continuerons nos activités militantes avec enthousiasme, parce que les droits des peuples et la vraie justice sont de notre côté.

Nous vous appelons à rallier la Campagne BDS selon vos disponibilités.

Il en va de l’assistance à un peuple persécuté depuis longtemps.

Il en va de la paix dans le monde.

Il en va de la mise en œuvre du droit international et des droits humains en général.

Et il en va du vivre ensemble dans l’égalité et la justice.

A présent les Etats sont enfin obligés de tenir compte du développement de la Campagne BDS !

L’apartheid a été vaincu en Afrique du Sud, il le sera aussi en Palestine et Israël !

Jean-Guy Greilsamer, militant de la Campagne BDS France (et de l’UJFP)


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