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Une Gay Pride palestinian-rein

dimanche 15 juin 2014 par Michèle Sibony

Michèle Sibony 14 juin 2014

Pouvoir « sortir du placard » est une noble cause, exiger ses droits aussi. La Gay Pride de cette année n’a pas manqué d’être la grande fête internationale souhaitée par les ministères israéliens du tourisme et de la propagande. Les discours introductifs se sont situés exclusivement à l’intérieur de celle qui se dénomme ici « la bulle » et ont encensé Tel Aviv ville de la tolérance et de la démocratie. Le maire de Tel Aviv a lui aussi déclaré « je vous aime » à la foule bariolée et riante qui l’acclamait. Une nouvelle représentation importante a été annoncée à la tribune de Gan Meir -jardin du centre ville point de départ du défilé- acclamée elle aussi, celle des gays Éthiopiens. On accueille même les périphéries. Mais il y a des limites.

Pas un Palestinien dans la foule qui a ensuite défilé vers la plage, où la journée s’est achevée par un concert. Le petit groupe de radicaux alternatifs qui a tenu cette année à manifester à l’intérieur du cortège y a été noyé et donc invisible. Le corps diplomatique de l’ambassade américaine par contre, avec un drapeau étoilé aux couleurs de l’arc en ciel y était remarqué.

Pourtant dans Tel Aviv même, à l’intérieur de la bulle, depuis quelques jours des dizaines de prisonniers palestiniens en grève de la faim depuis plus de 50 jours, sont répartis dans les hôpitaux, attachés à leur lit, attendant dans l’angoisse la finalisation du passage de la loi qui autorisera leur alimentation forcée. Les médecins du pays indiquent que pratiquer l’alimentation forcée sur quelqu’un qui la refuse est une véritable torture, de grandes associations médicales ont annoncé qu’elles refuseraient d’appliquer cette loi.

Il y a ceux qui sortent du placard, et ceux qui sont enfermés injustement depuis des années souvent sans procès, sans accès à leur dossier classé secret, et sans charges. Le placard de ceux-là est en airain, pourtant rien n’en parvient aux têtes et aux cœurs des manifestants pour la démocratie et la tolérance.

Hier soir encore les informations étaient pleines des trois adolescents enlevés dans les territoires occupés. La terreur a commencé pour tous les villages du sud des territoires, Halhoul, Dora, Beit Oummar, Bet Kahel... où l’armée entre violemment dans toutes les maisons, pille, détruit et brutalise les habitants. Tous coupables, tous punis... Nul doute que l’image de ces jeunes et leurs noms seront bientôt dans tous nos médias. Confortant l’idée que d’un côté une ville occidentale et libérale accueille à bras ouverts les LGBT du monde entier, et de l’autre côté des terroristes enlèvent des enfants innocents. La maire de Paris va sans doute accrocher leurs photos au fronton de l’hôtel de ville. Et leurs noms et prénoms seront bientôt sur toutes les lèvres.

Mais pour l’adolescent de Halhoul Thaer Meddiai, blessé par balle dans la poitrine hier après midi, pour Khader Obayyat, blessé hier après midi au check point de passage des containers, pour Ala Awad trente ans, tué à la fin du mois de mai au check point de Zatara près de Naplouse, Mohamad Awar 33 ans de Bet Lahya, tué mercredi dernier par l’armée à Gaza, pour Nadim Nawarah 17 ans, et Mohamad Daher 22 ans, les deux jeunes assassinés le 15 mai dernier de sang froid à balles réelles, parce qu’ils se trouvaient à proximité d’une manifestation devant la prison d’Ofer, pas un mot, pas une image, pas de nom, pas d’âge, pas de larme ni de colère, rien.

Hier le journal Haaretz informait du classement sans suite de l’assassinat par l’armée de Loubna Hanash 21 ans à Bethléem en janvier 2013, dont le seul tort était de se trouver là.. C’est la raison du classement sans suite. Rien donc.

Pour les villages détruits, les champs brûlés, les arbres arrachés, les enfants arrêtés et brutalisés, rien.

Résister à une occupation aurait donc perdu toute puissance évocatrice en France..

Briser le silence qui s’est installé sur le quotidien d’un peuple mis à sac et ravagé tous les jours, dont les enfants sont tués tous les jours et qui résiste partout dans les villages et les villes tous les jours avec entêtement et foi dans son droit, demeure pourtant une obligation morale.

Les nombreux médias français qui choisissent de taire la réalité quotidienne des attaques, des mises à sac, des arrestations violentes, des meurtres et des tirs sur des enfants comme sur des adultes parce qu’ils existent et sont là, chez eux, ont perdu depuis longtemps toute crédibilité.

Dans le meilleur des cas, un entrefilet de temps à autre pour signaler une mort, sans nom ni contexte, suffit, pensent-ils, à les décharger de toute responsabilité quant à leur éthique professionnelle et humaine. Leur peur des réactions des lobbies sionistes, français et internationaux, les a transformés en lâches collaborateurs du régime colonial.

Gay Pride oui, mais c’est l’arbre qui cache la forêt. Un arbre que nos médias ont choisi de nous montrer en très très gros plan.

On consultera aussi le facebook de Younes Arar, chef de projet à la coopérative de production agricole et services de Beit Ommar, qui donne un état des lieux quotidien et précis de la violence qui sévit partout dans les Territoires Palestiniens Occupés.


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Photo Michèle Sibony 2014 - Cortège général

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Photo de Jean Stern 2014

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Photo Michèle Sibony 2014

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Photo Michèle Sibony 2014

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Photo Michèle Sibony 2014 Taglit birthright : programme offrant des séjours gratuits de découverte d’Israël à de jeunes juifs "afin de renforcer leur identité juive, de développer en eux un sentiment de solidarité avec le judaïsme mondial et de nourrir leur lien avec l’Etat d’Israël." Il est financé en 3 tiers par l’Etat d’Israël, un groupe de philanthropes nord-américains et des collectes communautaires

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Photo de Jean Stern 2014 : dans le cortège très petit des radicaux alternatifs : queers for refugees

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Photo Jean Stern 2014 : Veille de la Gay Pride, pendant l’intervention de Yair Lapid, un jeune militant a brandi ce panneau : Egalité des droits pour toutes les communautés.

Michèle Sibony, le 14 juin 2014


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