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Témoignage de Gaza (7)

dimanche 8 juin 2014 par Brigitte Challande

A Gaza la trame de l’espace et du temps sur laquelle un homme brode sa vie est disloquée.

Dans toutes les rencontres, l’accent a été mis sur Gaza comme un cas à part, une situation particulière, un espace temps spécifique dans lequel les gens sont enfermés et l’avenir aussi.

Je terminerai donc ces bulletins qui doivent se poser maintenant dans mon temps et mon espace par deux questions essentielles pour lesquelles la boussole « du marxisme » m’est apparue bien utile pour comprendre et ne pas être submergée.

Le travail

Le taux de chômage à Gaza est très variable ; officiellement il est de 45%, mais si on intègre les femmes qui travaillent peu et ont beaucoup de mal à trouver du travail (politique du Hamas), il est autour de 60%.

Le rapport au travail est totalement perverti à cause de multiples facteurs.

Un nombre important de fonctionnaires, le chiffre de 70.000 est annoncé mais difficile à vérifier – éducation, hôpitaux, armée, police- qui dépendaient de l’autorité palestinienne ne travaillent plus sur ordre de Ramallah dans la rupture avec le Hamas depuis le 14 Juin 2007 et touchent leur salaire à la fin du mois, puisqu’il est alimenté par les aides européennes.

Ces personnes ne ressentent plus la nécessité de travailler, elles se lèvent le matin pour attendre le soir et la paie, même minime à la fin du mois et cela cause de nombreuses difficultés imaginables dans les familles et entre les gens. Félix Leclerc chante "La meilleure façon de tuer un homme c’est de le payer à ne rien faire…"

Le Hamas a construit une grande partie de son économie à partir des tunnels pour embaucher petit à petit les personnes qui pouvaient remplacer les postes inoccupés.

D’ailleurs beaucoup de dirigeants se sont fait beaucoup d’argent avec l’économie parallèle des tunnels, et dans leur construction beaucoup de travailleurs y ont perdu la vie ou leur corps (handicapés à vie !)

Un nombre important de personnes travaillent au noir et le bénévolat dans les associations est un métier ! sans revenu ! Il y a aussi les enfants qui après leur journée d’école rentrent manger chez eux et repartent sur Gaza avec un carton en bandoulière pour vendre des cigarettes ou des graines, maïs, fèves, tournesol, dans les rues ou les cafés pour rapporter un supplément d’argent à la famille.

Un autre facteur pervers est lié à l’UNRWA et son mode de fonctionnement
par rapport aux projets subventionnés, dont la réalisation est confiée au secteur privé avec un manque de transparence sur la circulation de l’argent et les modes de rémunération…

Je n’en ai pas compris tout le trajet, mais une professeur de français palestinienne m’en a parlé.

De toute façons, une économie dont les fondements reposent sur les subventions et les aides internationales ne peut pas permettre un rapport au travail clair et égalitaire entre les citoyens.

Combien de fois une structure ou une association va d’abord chercher quelqu’un qui travaille bénévolement, avant d’embaucher et nous-mêmes internationaux dans notre veille à la frontière nous avons été gentiment ! invités à travailler (pour des travaux manuels réclamant une force physique) par un propriétaire qui aurait pu embaucher un travailleur agricole palestinien…

Les frontières

J’ai pu écrire ce bulletin car cela fait trois jours que nous nous rendons à la frontière sans pouvoir sortir, sans comprendre pourquoi, sans savoir ce qui se passe, ni connaitre la meilleure stratégie car même ceux qui paient les égyptiens pour pouvoir sortir ne sont pas sortis…

On rentre plus facilement que l’on ne sort et il faut avoir vécu plusieurs allers retours à la frontière de Rafah avec l’Egypte pour mettre le doigt sur ce qui est immaitrisable, le temps de l’action, du projet de la décision tout simplement la liberté de circuler.

Chacun y va de son interprétation, du souvenir de sa dernière expérience, de sa supposition du temps qui recule et qui file d’une heure à l’autre et nous ne savons pas pourquoi les égyptiens ont fermé la porte ; d’ailleurs est-elle fermée ? Parfois, on arrive même à se le demander et à soupçonner chacun de se tromper…

Voilà où ça mène l’enfermement…


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