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Les écrivains israéliens, les enfants palestiniens de Gaza, les footballeurs et l’avocat de la LICRA

mercredi 5 décembre 2012 par Georges Gumpel

Ces derniers temps nous avons eu connaissance de deux points de vue d’écrivains israéliens sur la guerre menée par leur pays contre le peuple palestinien.

L’un : A B Yehoshua [1] exprime sans fard sa haine vis à vis du peuple palestinien, plus particulièrement sa haine contre les populations civiles enfermées et assiégées à Gaza vis à vis desquelles, il réclame une déclaration de guerre officielle considérant que, malgré la grande bonté d’Israël à approvisionner Gaza en électricité ( il omet de nous dire que le réseau de distribution électrique est pratiquement détruit par les bombardements de l’hiver 2008/2009, que cet approvisionnement est limité à quelques heures par jour et que, naturellement, celui ci est facturé aux victimes ), la grande bonté d’Israël toujours à« leur faire passer de la nourriture » - les mots ont un sens - « ils nous tirent dessus » ! Les salauds !

Sur un mode différent,dans le Monde des 2 et 3 décembre, un autre écrivain israélien : Yoram Kaniuk, présenté comme un « partisan actif du camp de la paix », dans un texte intitulé : Israël : la guerre permanente, nous livre sa vision sur cette guerre sans fin faite au peuple Palestinien depuis la table d’un bistrot chic de Tel Aviv..
Une guerre qu’il nous présente comme symétrique, depuis toujours, une guerre « sang contre sang »,
« une guerre où depuis quatre-vingt-dix ans on vise et on est visé, on tue et on est tué ».
Guerres où seuls les jeunes peuvent se battre.
Il poursuit : 
« Et tu te retrouves assis dans un avion, ton viseur bouge d’un millimètre, surgit un nouveau juge Goldstone et justice devient injustice. Soudain, à Gaza, tu deviens le mauvais .Un criminel de guerre. Un pilote se trompe, quelqu’un a peur. Des enfants sont tués ».

Peut-être évoque-il là les enfants tués le 10 novembre dernier quand ils jouaient au foot sur un terrain à Gaza ?
Peut-être évoque-t-il les centaines d’autres tués et blessés la semaine suivante au cours de la dernière opération israélienne sur Gaza ?
Peu importe. Ce que nous révèle cet homme « du camp de la paix », c’est que les temps ont changés.
Il y a eu la commission Goldstone qu’il abhorre, ses recommandations à transférer devant les tribunaux internationaux compétents les responsables politiques et militaires auteurs des crimes de guerre et des crimes contre l’ Humanité perpétrés à Gaza au cours de l’opération « plomb durci » de l’hiver 2008/2009.
Puis le Tribunal Russell pour la Palestine qui vient de nous dire que l’ensemble de la politique israélienne vis à vis du peuple palestinien relève, partout, d’une politique d’apartheid.
Mais ce n’est pas tout, il y a surtout l’appel de la société civile palestinienne de l’été 2005 aux hommes et aux femmes de bonne volonté du monde entier à se lever, s’organiser pour exiger qu’Israël cesse son oppression du peuple palestinien, respecte le droit international, mette fin à ses crimes. À appliquer, vis à vis de cet Etat – tant qu’il ne se conformera pas aux normes du droit international, une politique ( citoyenne et non violente ) de Boycott - Désinvestissement et Sanctions – BDS - comme celle utilisée victorieusement vis à vis de l’Afrique du Sud au temps de l’Apartheid.

C’est là que prend tout son sens la pétition lancée par 62 joueurs de football européens ces derniers jours.

« Nous footballeurs européens exprimons notre solidarité avec le peuple de Gaza à qui on refuse les droits humains les plus fondamentaux : la dignité et la justice.
Nous avons appris avec consternation que le 10 novembre 2012, l’armée israélienne a bombardé un terrain de sport à Gaza provoquant la mort d’enfants qui jouaient au football :
Mohamed Harara et Ahmed Harara ( 17 et 18 ans ), Matar Rahman et Ahmed Al Dudissawi ( 18 ans) ».

Sont-ce ces enfants tués sous l’emprise de la peur par les vaillants pilotes israéliens dont fait allusion l’homme « du camp de la paix » Yoram Kaniuk ?
Nous ne le saurons pas, mais l’important est que ces joueurs européens de football les nomment, disent les raisons de leur meurtre : jouaient au football sur un terrain de sport à Gaza !
Car c’est cela la guerre « symétrique » que nous décrivent nos vaillants écrivains A B Yehoshua et Yoram Kaniuk assis dans un café chic de Tel Aviv où ailleurs : des drones et des avions de chasse contre des enfants et leurs ballons ronds.

C’est alors qu’apparaît le dernier larron de cette tragédie : le président de la LICRA : Alain Jakubowitcz.

Celui ci n’apprécie pas du tout la pétition des joueurs de football européens. Il nous explique :

« Il faut être au courant de ce dont on parle avant de faire de grandes et belles déclarations.
Ces gens là, qui sont animés des meilleures intentions, parlent de sujets qu’ils ne connaissent pas. Cela est toujours extrêmement dangereux.
.../... tout ce qui va dans le sens de la communautarisation des esprits, de la vision parcellaire des choses, de l’importation d’un conflit international sur notre territoire va dans le mauvais sens.../... »

En clair ce que nous dit ce brave homme, c’est qu’un joueur de football – contrairement à un écrivain – fût-il complice de crimes de guerre - ne peut et ne doit pas outrepasser les fonctions et les frontières sociales qui lui sont assignées par ces mêmes « intellectuels et autres artistes » chargés de nous enseigner le bien penser.
Chargés de nous dire qui sont les bons et qui sont les mauvais aujourd’hui.

Le tragique, à propos de Mr Jakubowitz, c’est qu’il fût jeune avocat au procès Barbie, qu’il semble avoir totalement oublié le cri de Sabine Zatlin disant à Klaus Barbie :

« Je demande : les enfants, les 44 enfants, c’étaient quoi ?
C’étaient des résistants, c’étaient des maquisards ?
Qu’est-ce qu’ils étaient ?
C’étaient des innocents !
Monsieur le Procureur, Messieurs les Jurés,
les enfants sont des enfants, qu’ils soient blancs, qu’ils soient noirs, qu’ils soient juifs ».

Qu’ils soient palestiniens aujourd’hui !

Là est l’essentiel du message des joueurs de football européens, ce message que ni les écrivains israéliens assis dans un café chic de Tel-Aviv, ni les avocats – de la LICRA et autres – ne peuvent masquer.
Le temps des gens de guerre, des gens de sang - du sang des autres naturellement – de leurs valets, est terminé. Nous sommes entrés dans le temps où les sociétés civiles s’emparent de la parole, de l’écrit, des armes qui sont les leurs face au déni de justice fait aux Palestiniens, le temps du BDS, quelque soit notre place dans la Société.
C’est bien l’enseignement que nous livrent les 62 joueurs de football européens !

Georges Gumpel.
Partie Civile au procès de K Barbie.


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