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Palestine et Israël : une inégalité citoyenne flagrante

samedi 25 février 2012 par Pierre Stambul

L’historien israélien Shlomo Sand, auteur entre autres de « Comment fut inventé le peuple juif » explique qu’un « Etat juif et démocratique », c’est un oxymore, une contradiction absolue. Le droit international stipule que tou-te-s les citoyen-ne-s d’un même pays doivent avoir les mêmes droits, quelles que soient leurs origines ou leurs croyances.

Pour des raisons historiques qui vont être décrites ici, l’Etat d’Israël se définit comme Etat juif et même comme l’Etat de tous les Juifs. Or, 50% de la population qui vit entre Méditerranée et Jourdain est non juive. Ce sont essentiellement des Palestiniens. À ce chiffre s’ajoute les réfugiés palestiniens dûment reconnus qui vivent, contraints et forcés, hors de Palestine, dispersés dans tout le Proche-Orient et au-delà.
Vis-à-vis des Palestiniens, la politique israélienne n’a pas varié depuis un siècle. Les droits de ce peuple et même son existence sont niés. Ils sont considérés comme des intrus. D’où une politique qui a fragmenté la Palestine et a essayé de faire disparaître son expression politique. Il y a aujourd’hui plusieurs entités palestiniennes avec des statuts et des formes de discriminations différents : les Palestiniens de 48 (vivant en Israël), Jérusalem Est, la Cisjordanie morcelée en trois sous-statuts différents, Gaza et les réfugiés (puisque les Palestiniens sont avant tout un peuple de réfugiés).
Le tribunal Russell qui réunit d’éminentes personnalités a examiné lors de sa troisième session au Cap (Afrique du Sud) en novembre 2011 la question de l’apartheid. Et il a conclu qu’incontestablement ce que le gouvernement israélien inflige à la population palestinienne correspond à la définition de l’apartheid. Le droit international stipule que, contre l’apartheid, l’arme du boycott est essentielle comme cela s’est vérifié autrefois contre le régime Blanc d’Afrique du Sud.

L’Etat juif
Les colons sionistes qui arrivent en Palestine à partir de la fin du XIXe siècle fuient bien sûr l’antisémitisme européen. Mais leurs idées sont largement imprégnées des idées colonialistes qui sont peu remises en cause à l’époque. Pour eux, le « peuple juif » a vécu en exil pendant 2000 ans et il fait son « retour ». La Palestine est une « terre sans peuple pour un peuple sans terre » et les Arabes qui vivent là ne constituent pas un peuple. C’est, paraît-il, une population composite amenée là par les Ottomans. Bien avant la création de l’Etat d’Israël, des institutions exclusivement destinées aux Juifs sont créées. Le KKL qui va déposséder les Palestiniens de leur propre pays a été fondé en 1901. La banque coloniale juive date de 1899. L’Agence juive est créée en 1929 et dans les faits, c’est plus que l’embryon du futur Etat juif. Le syndicat Histadrout est créé en 1920 et dans ses statuts, il vise à établir une « patrie de travail pour le peuple juif ». Son premier grand fait d’arme sera en 1936 quand il brise la grève générale palestinienne.
L’Etat d’Israël est fondé en 1948. Il n’a pas de constitution, mais dès le départ, il édicte des lois qui discriminent les Palestiniens. Les accords de cessez-le-feu signés sous l’égide de l’ONU stipulaient que les réfugiés palestiniens pouvaient rentrer dans leurs foyers. Or, non seulement ce retour leur est interdit, mais des centaines de villages palestiniens sont détruits et leur mémoire est effacée. Ce qui n’a pas été détruit est confisqué par l’Etat d’Israël et le KKL.
Avant 1948, les Juifs possédaient 8% de la terre dans ce qui deviendra Israël. Après 1948, ils en détiennent 92%. La grande majorité des Palestiniens a été expulsée et ceux qui ont échappé à l’expulsion vont devenir des étrangers dans leur propre pays.
Le nouvel Etat doit définir qui est juif. La définition choisie sera un mélange de définition religieuse et de définition raciale alors qu’il n’y a pas plus de race juive que d’autre race. On est juif par sa mère et/ou par religion. Et tous les Juifs du monde entier sont invités à faire leur Alyah (leur « montée »), c’est-à-dire à émigrer en Israël, même si leur histoire personnelle n’a rien à voir avec une quelconque persécution et/ou très peu à voir avec le judaïsme. Ils vont contribuer à faire disparaître les traces des Palestiniens qui ont vécu là.

Discriminations internes
Dans les 20 ans qui suivent la guerre de 1948, la population juive de l’Etat d’Israël va tripler. Si le noyau initial est constitué de Juifs européens (ashkénazes), l’émigration des années 50 et 60 est essentiellement une émigration de Juifs du monde arabe (séfarades, mizrahis). De solides préjugés racistes existent contre eux. On les appelle souvent en Yiddish les « schwartz » (les noirs). C’est l’Agence Juive qui distribue les appartements pour les nouveaux immigrants. Beaucoup de Juifs du monde arabe seront envoyés dans les régions les plus inhospitalières (Dimona, Arad, Sdérot dans le désert du Néguev). Le pouvoir politique et économique est détenu essentiellement par les Ashkénazes. Un film « L’année prochaine à Jérusalem » raconte l’histoire de nombreux Juifs marocains, arrachés d’un pays où ils n’avaient pas été persécutés, transitant à Marseille au camp du Grand Arenas et arrivent dans un pays, Israël, où ils vont former le nouveau prolétariat et subir de nombreuses discriminations sociales. En 1971 apparaît le mouvement des Panthères Noires, mouvement de jeunes Juifs arabes révoltés qui sera durement réprimé. Un de ses fondateurs, Reuven Abergel, milite toujours dans un mouvement (Tarabout) qui a fait le lien entre les Juifs Mizrahis et les Palestiniens d’Israël.
En 1977, las des discriminations qu’ils subissent les Mizrahis votent massivement pour la droite (Begin) et assurent la prépondérance idéologique de ce courant.
Pour donner une idée des discriminations économiques subies qui se sont poursuivies, examinons la situation de la ville de Sdérot à quelques Km de Gaza. Une population de Juifs venus du monde arabe avec un énorme taux de chômage. Peu de temps avant le massacre de « Plomb durci » à Gaza, des centaines d’habitants de Sdérot et Gaza avaient signé ensemble une pétition pour la paix. Face aux journalistes venus scruter les dégâts causés par les missiles « Qassams », les habitants de Sdérot se plaignaient qu’il n’y ait pas autant de journalistes venus constater que leurs allocations chômage ou leurs pensions étaient en retard. Depuis la guerre contre Gaza, cette fronde sociale s’est éteinte et le parti d’Avigdor Lieberman a réalisé un score énorme à Sdérot.
En Israël, la question de la majorité démographique est très importante. Aussi, des populations ayant très peu de liens avec le judaïsme ont été autorisées à émigrer. C’est le cas d’une partie importante des Soviétiques. En URSS, beaucoup de Juifs vivaient dans des couples mixtes. On a permis à des gens qui avaient (peut-être) un ancêtre juif de quitter un pays en graves difficultés. C’est ainsi qu’on trouve en Israël une partie de la mafia russe, des usines de charcuterie de porc, des sites nazis etc. Les Soviétiques forment 20% de la population juive. Ils sont souvent pauvres car les places étaient déjà prises quand ils sont arrivés.
Le cas le plus flagrant de discriminations envers des Juifs est celui des Falashas, les Juifs éthiopiens. Une énorme publicité avait entouré l’opération « Moïse » en 1984-85. Par la suite, on a fait immigrer des Chrétiens éthiopiens en affirmant qu’ils étaient d’anciens Juifs convertis malgré eux. Il y a aujourd’hui 120000 Falashas en Israël. Le racisme à leur égard n’est plus dissimulé. Des municipalités leur interdisent de s’installer. Les rabbins affirment que leurs rites ne sont pas conformes (ces accusations avaient déjà été proférées contre les Juifs indiens et les Juifs yéménites). Ils exigent que les Falashas changent leurs traditions, voire que chaque Falasha renouvelle bar-mitsva et mariage. Une très grande majorité des Falashas vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté.

« Défendre le caractère juif de l’Etat »
Après la première Intifada, des centaines de milliers de travailleurs palestiniens ont été licenciés sans indemnité ni prestation sociale. Pour les remplacer, l’Etat d’Israël a fait appel à des travailleurs venus d’Asie du Sud-est et un peu d’Europe de l’Est. Aucun pays développé ne traite bien les travailleurs immigrés et sûrement pas des pays voisins d’Israël comme les pays du Golfe où les immigrés ont des conditions de vie proches de l’esclavage. En Israël, il y a un problème supplémentaire. Ces immigrés non-juifs ne peuvent en aucun cas être un jour définitivement régularisés ou naturalisés. On nie le droit à la scolarisation pour leurs enfants. Le syndicat Histadrout ne défendant que le « travail juif », ils sont mal défendus contre l’exploitation des patrons. Un nouveau syndicat appelé Koach la Ovdim (« le pouvoir des travailleurs ») s’adresse aujourd’hui aux précaires et aux immigrés.
Depuis quelques années, d’autres immigrés apparaissent. Ils viennent du Soudan, d’Erythrée, d’Ethiopie. Ils ont traversé à pied l’Egypte et le Sinaï. Contre eux, l’Etat d’Israël qui a diminué tous les budgets sociaux a trouvé l’argent pour achever une barrière électrifiée entre Gaza et Eilat et pour construire un gigantesque centre de rétention dans le désert du Néguev. Nétanyahou s’oppose totalement à la scolarisation de leurs enfants qui mettrait en cause « le caractère juif de l’Etat ». Contre eux ont été organisées à Tel-Aviv des manifestations aux cris de « le peuple demande l’expulsion des agents infiltrés » ou « Israël est pour les Juifs, le Soudan pour les Soudanais ».

Les Bédouins du Néguev.
Quand les Israéliens se sont emparés en 1948 du désert du Néguev qui forme toute la partie sud d’Israël, ils ont expulsé la grande majorité des Bédouins qui vivaient là depuis des centaines d’années. L’essentiel du Néguev a été confisqué. Les derniers Bédouins ont été parqués dans une petite région du Néguev, le triangle du Siyag (Beersheva, Dimona, Arad).
Ces Bédouins ont la nationalité israélienne. Ils forment 28% de la population du département de Beersheva et ils ne possèdent qu’1% de la terre. Ils sont 160000 aujourd’hui. Le gouvernement leur a « accordé » sept villages reconnus. Ces villages n’ont pas le « standing » des autres villages israéliens. Mais plus de 100000 Bédouins vivent dans des villages non reconnus. Non reconnu, cela veut dire sans eau, sans électricité, sans route, sans école. La terre en Israël appartient aux Juifs. Les actes de propriété des Bédouins qui ont été établis en bonne et due forme à l’époque ottomane ou à l’époque du mandat britannique ne sont pas reconnus. Les Bédouins des villages non reconnus n’ont pas le droit de construire en dur. Souvent ils dissimulent les parpaings derrière la tôle ondulée. Leurs villages sont des bidonvilles en plein désert. L’un d’entre eux est coincé dans la zone industrielle de Ramat Huvav, entre une mine toxique et la centrale thermique de Beersheva.
Un plan existe pour installer 500000 Juifs israéliens dans le Néguev. Les destructions de villages sont incessantes. Le village d’Al Araqib a déjà subi 36 destructions. Pour l’une d’entre elles, des jeunes lycéens avaient été invités à une forme de « chantier de jeunesse » dont l’objet était la destruction d’un village bédouin.
Le KKL qui se prétend être une association « écologique » plante des arbres sur les ruines des villages bédouins détruits. La Knesset (le Parlement israélien) a voté le plan Prawer qui officialise la confiscation de la quasi-totalité des terres bédouines. Une organisation à la fois bédouine et juive, le Dukium (Forum pour la coexistence dans le Néguev) organise la résistance non-violente contre les destructions de villages. Plusieurs personnalités israéliennes (les écrivains Amos Oz et Avraham Yehoshua, l’ancienne ministre Shulamit Aloni) ont écrit publiquement au KKL pour qu’il cesse ces destructions.

Les Palestiniens de 48
Ils forment 20% de la population d’Israël. Ils se décrivent comme des miraculés. Eux ou leurs ancêtres ont échappé à la catastrophe et à l’expulsion préméditée de 1948. Leurs villages ou leur mémoire ont été effacés. Les Israéliens ont essayé de les fragmenter en donnant des statuts particuliers aux Druzes (qui font l’armée) ou aux Bédouins de Galilée (qui peuvent s’engager dans l’armée). Globalement, de très nombreux métiers leur sont interdits : tout ce qui concerne l’énergie, l’électricité, la distribution de l’eau, les transports, l’enseignement en dehors du secteur arabe, les services publics. La discrimination se fait souvent par le fait que beaucoup d’emplois sont réservés à ceux qui ont fait l’armée.
Les Palestiniens de 48 sont concentrés dans le « triangle de Galilée » où ils sont majoritaires. Ils ne peuvent vivre que dans quelques villes (Nazareth, Umm el Fahm) ou en minorité à Lod, Haïfa, Jaffa, Saint-Jean d’Accre. Dans ces villes, leur espace est très limité et ils ne peuvent pas construire de nouveaux appartements quand la population s’accroît. D’où l’aggravation de leurs conditions de vie.
À l’école, c’est la version israélienne de l’histoire qui s’impose. La Naqba (la catastrophe) vécue par les Palestiniens est niée.
Depuis 1948, le gouvernement israélien essaie de confisquer les terres des Palestiniens de 48 qui leur restent. De 1948 à 1966, ceux-ci ont subi le régime militaire avec couvre-feu. En octobre 1956, Magav, la police des frontières a massacré 49 civils (en majorité des femmes et des enfants) dans le village de Kfar Kassem. Leur crime ? Ils rentraient des champs et n’auraient pas respecté le couvre-feu. La journée de la terre célèbre une autre tuerie : 6 morts lors d’une grève générale déclanchée dans le « triangle » contre les confiscations de terre.
La moitié des Palestiniens d’Israël vivent sous le seuil de pauvreté (contre 15% dans la population juive). La ville palestinienne de Sakhnine en Galilée se trouve à quelques Km de Carmiel qui est une ville juive. Dans la première, il y a 50% de chômeurs, dans la deuxième à peine 5%. Il existe en Galilée une quarantaine de villages non reconnus. Ils ont dû plaider auprès de la justice internationale pour avoir l’eau courante. Les villages palestiniens ont souvent des rues défoncés et un manque criant d’équipements publics faute de moyens.
En octobre 2000, des miliciens d’extrême droite ont organisé un véritable pogrom dans la ville palestinienne de Nazareth. Il y a eu 12 morts. Les responsables du massacre n’ont jamais été condamnés. Des violences contre la population palestinienne ont aussi eu lieu (impunément) à Saint-Jean d’Acre. A Safed en Galilée, le grand rabbin et 17 autres rabbins appellent la population juive à ne rien louer et ne rien vendre aux étudiants « arabes ». Les déclarations racistes de dirigeants israéliens traitant les Palestiniens de « serpents » sont fréquentes et jamais punies.
Il n’y a pas de constitution en Israël. L’association Adalah lutte pour qu’il y en ait une qui reconnaisse l’égalité des droits pour tous les citoyens, indépendamment de leurs origines.
Directeur de l’association Ittijah (un réseau d’ONG palestiniennes d’Israël), Ameer Makhoul a été condamné à 9 ans de prison pour « espionnage », accusation invraisemblable qui a permis au gouvernement de se débarrasser d’un des organisateurs du forum social mondial en Palestine.
Il fut un temps où un nombre non négligeable de Palestiniens d’Israël votaient pour les partis sionistes. C’est fini. Beaucoup s’abstiennent en se considérant comme étrangers dans leur propre pays, les autres partagent leur vote en trois partis : le parti communiste (Hadash) qui est à la fois palestinien et juif, le Balad (dont le fondateur, Azmi Bishara, a dû s’exiler pour éviter la prison) et le Taal d’Ahmed Tibi. La Knesset a voté des lois interdisant de remettre en cause le sionisme ou le caractère juif de l’Etat. Les députés palestiniens sont menacés en permanence. Ainsi Haneen Zoabi, députée du Balad a été agressée en plein Parlement après avoir participé à la première flottille internationale sur le Mavi Marmara. Dans son programme, le Balad réclame « l’autonomie culturelle », c’est-à-dire le respect des droits de la minorité palestinienne.

Jérusalem : judaïsation et destructions de maison.
Quand les Israéliens ont conquis Jérusalem Est en 1967, c’était une petite agglomération de 80000 habitants autour de la vieille ville. La première mesure a été juridique. La ville a été annexée, déclarée une et indivisible et son territoire a été considérablement agrandi. La ville va aujourd’hui de Ramallah à Bethléem, coupant en deux la Cisjordanie et petit à petit, de nombreuses colonies sont intégrées dans l’espace urbain de Jérusalem.
Jérusalem est aujourd’hui la ville des trois tiers. Un tiers des habitants sont juifs et vivent dans la ville occidentale (celle qui était israélienne avant 1967). À Jérusalem Est, l’enjeu pour les Israéliens est de devenir majoritaires, ce qu’ils ne sont toujours pas, les Palestiniens y sont très légèrement majoritaires. De très nombreuses colonies font partie du grand Jérusalem : Pisgat Zeev, Ramot, Gilo… Elles ont été construites sur des terres prises aux Palestiniens. Tout est fait pour les intégrer (ainsi que les colonies voisines comme Maale Adoumim) à l’espace urbain de Jérusalem. Le tramway construit par Véolia et Alstom relie la ville occidentale à la colonie de Pisgat Zeev.
Pour les Israéliens, les loyers sont moins chers dans les colonies, ce qui fait que le « grand Jérusalem » avance de plus en plus dans les territoires occupés. Très régulièrement, le gouvernement israélien annonce de nouvelles constructions. Il s’agit de rendre les Palestiniens minoritaires dans ce qui devrait être leur capitale.
Les 270000 Palestiniens de Jérusalem Est ont un statut de résident. Cela les autorise à avoir une plaque orange sur leurs voitures, ce qui permet d’éviter certains check-points. Mais la pression des loyers excessifs pousse certains résidents à chercher à vivre en dehors des limites de la ville. Il y a un projet israélien de priver 70000 Palestiniens de leur carte de résident en prétextant qu’ils habitent ailleurs.
Alors qu’ils forment le tiers de la population du « grand Jérusalem » et qu’ils y paient leurs impôts, les Palestiniens de Jérusalem Est ont des quartiers délabrés. Ils ne bénéficient pas des investissements municipaux et ne sont pas représentés à la mairie (qui est d’extrême droite).
La vieille ville a été subdivisée en quatre quartiers « historiques » : les quartiers chrétien, arménien, musulman et juif. Dans le quartier juif, la population palestinienne a été expulsée et remplacée par des colons souvent venus d’Amérique. Dans le quartier musulman, le grignotage est incessant. On peut y voir la « maison d’Ariel Sharon », solidement surveillée, symbole de la volonté de judaïser la ville. Sur l’esplanade des mosquées, les incursions policières sont fréquentes.
Dans la partie palestinienne, de nombreuses maisons sont régulièrement détruites. Les quartiers les plus attaqués sont Cheikh Jarrah et Silwan. Au centre du quartier de Silwan, les habitants ont dressé une tente. Déjà 1600 personnes ont été expulsées de chez eux. Le prétexte avancé ? Une version pour le moins douteuse de l’archéologie : les Israéliens construisent à Silwan la « maison du Roi David », le « parc du Roi David », le « Musée du Roi David » alors que les plus grands archéologues israéliens mettent sérieusement en cause l’historicité de ce roi.
Il n’y a pas que les maisons qui sont détruites à Jérusalem : une partie du cimetière musulman de Mamilla a été détruite pour y construire … un musée de la tolérance.

La Cisjordanie : colonisation spatiale et bantoustans
Quand on regarde une carte de la Cisjordanie, ça ressemble à un incroyable embrouillamini. Ou plutôt à du gruyère plein de trous. Il y a plusieurs raisons.
Le mur qui balafre la région sur plus de 700 Km annexe de fait plus de 12% de la superficie. Ce mur coupe des villages en deux et des cours d’école. Il a entraîné la destruction de dizaines de milliers d’oliviers. Pour les villageois, accéder à leurs champs ou se déplacer devient impossible. C’est le long du mur qu’on trouve des villages organisés en comités populaires. Leur résistance est non armée et pourtant, ils ont déjà eu 36 morts (balles en caoutchouc, taser, tirs à balle réelle).
Les routes qui sillonnent la région sont différentes selon le statut des utilisateurs. Pour les plaques orange (israéliennes), il y a les (belles) routes de contournement. Sans obstacle, à coup de ponts et de tunnels, les colons ne voient pas la Cisjordanie. D’autant que les panneaux indicateurs n’indiquent que les différentes colonies et leurs noms bibliques. Pour les Palestiniens, il y a des routes défoncées pour les voitures à plaques vertes avec plein de check points ou de grands détours pour les éviter. Travailler, commercer, étudier est un problème permanent, on est à la merci d’un check-point qui se ferme, d’une incursion armée, d’un bouclage.
Les Palestiniens sont beaucoup plus nombreux que les colons et pourtant, ce sont les colonies qui encerclent la quasi-totalité des grandes villes palestiniennes. Il s’agit d’une colonisation spatiale. Les Israéliens installent des stations services, des décharges, des zones industrielles et l’espace est occupé. À Hébron, c’est même tout le centre-ville historique autour du Caveau des Patriarches qui est occupé par des intégristes avec une importante protection de l’armée israélienne. Le centre-ville est ruiné. Les colons déversent leurs ordures sur les habitants du souk, protégés par un grillage et agressent régulièrement les Palestiniens en toute impunité.
Non seulement les colons ne sont jamais punis pour leurs violences ou leurs assassinats, mais quand ils installent une colonie dite « illégale », l’armée vient instantanément les protéger.
Par contre pour les Palestiniens, la détention administrative sans jugement est la règle. C’est ce qui vient d’arriver à Khader Adnan qui a dû faire plus de 60 jours de grève de la faim pour avoir la promesse d’une prochaine libération. Environ 700000 Palestiniens ont connu la prison depuis 1967. Les élections palestiniennes ont été surveillées par la communauté internationale. Ce vote a été d’une clarté exemplaire, mais les Palestiniens sont accusés d’avoir mal voté. Environ 25 députés (dont Marwan Barghouti et le président du Parlement) sont en prison ainsi que de nombreux élus municipaux.
La terre palestinienne a été largement confisquée par les colonies. Pour l’eau, c’est encore pire. La consommation d’un colon est 5 fois plus importante que celle d’un Palestinien. Les Palestiniens sont obligés d’acheter aux Israéliens l’eau (qui vient de Palestine) et l’électricité. Leurs puits sont bouchés et ils n’ont pas le droit de creuser. La consommation sans limite de l’eau est en train de provoquer une catastrophe écologique : la Mer Morte a perdu plus de 20 m en 60 ans.
Des industries se sont établies à la limite d’Israël et de la Cisjordanie. Dans ces zones franches, les capitaux sont israéliens et les ouvriers palestiniens. De nombreuses décharges où les produits sont israéliens sont installées en territoire palestinien. Une de ces décharges (Tovlan) appartient à Véolia.
Les grands lieux touristiques qui portent la mémoire de ce pays ont été annexés et sont devenus « Parc National israélien » : le mausolée d’Hérodion, la ville de Qumran, le tombeau de Rachel, le caveau des patriarches …
Peu après la signature des accords d’Oslo, la Cisjordanie a été divisée en 3 zones. La zone A comprend toutes les grandes villes palestiniennes et est théoriquement sous législation de l’Autorité palestinienne. De fait, quand les Israéliens estiment que l’Autorité palestinienne n’assure pas leur sécurité, elle intervient. Ces incursions sont régulières dans les camps de réfugiés et à Naplouse. En dehors du siège de la Mouqata à Ramallah ou du massacre du camp de Jénine, l’armée israélienne a détruit il y a quelques années la prison de Jéricho en tuant les gardiens et en enlevant les prisonniers.
La zone B est théoriquement sous souveraineté mixte et la zone C sous souveraineté israélienne. En fait, cette législation est un vrai casse-tête pour la population palestinienne, les déplacements d’une zone à l’autre ou les mariages entre conjoints de deux zones différentes étant très difficiles. La zone C qui contient les « blocs de colonies » et la vallée du Jourdain est de fait annexée. La population palestinienne y est minoritaire avec des menaces claires d’expulsion et d’annexion définitive. Signalons la situation particulière des paysans palestiniens de la vallée du Jourdain privés d’eau et des Bédouins de la route Jérusalem Jéricho expulsés pour cause d’agrandissement de la colonie de Maale Adoumim.
L’économie de la Cisjordanie a été réduite à peu de choses. Une partie importante de la population survit avec de l’argent venu d’ailleurs, ce qui favorise la corruption.

Gaza, un laboratoire à ciel ouvert
Il faut déjà avoir conscience que la majorité du million et demi de Palestiniens qui vivent dans la bande de Gaza sont des réfugiés dont les parents sont venus souvent du sud d’Israël. Quand le Hamas a pris le pouvoir à Gaza, Israël a décidé d’infliger une punition collective à la population. Le port et l’aéroport, financés par l’Union Européenne ont été pulvérisés. Les « assassinats ciblés » qui sont des exécutions sommaires extrajudiciaires ont décimé la direction du Hamas mais aussi beaucoup de leurs proches coupables de vivre près d’eux.
Avec la complicité de la communauté internationale et de Moubarak, un blocus hermétique a été entrepris. Alors qu’il faut des centaines de camions par jour pour permettre à la population de survivre, seuls quelques-uns ont été autorisés à passer. On manque de tout à Gaza : de nourriture, d’essence, d’eau (la nappe phréatique est polluée et salée), d’électricité, de ciment, de médicament, de matériel scolaire … Les charrettes ont remplacé les voitures, faute d’essence. Les tunnels ont permis la survie. Des droits fondamentaux reconnus (droit à l’éducation, à la santé, à un logement décent …) sont violés en permanence. Une majorité de la population gagne moins de trois dollars par jour.
Gaza est devenu un laboratoire pour les Israéliens. La majorité des produits de première nécessité ont été considérés comme des armes : cela concerne par exemple le ciment, ce qui interdit toute reconstruction.
Pendant l’opération « Plomb durci », des crimes de guerre et même des crimes contre l’humanité ont été perpétrés : utilisation du phosphore, des bombes à fragmentation et de l’uranium appauvri, attaque contre des hôpitaux. Le rapport Goldstone a confirmé ces crimes, mais une fois de plus aucune sanction et aucune poursuite judiciaire n’ont été entreprises contre les responsables.
Après « Plomb durci », le blocus a continué. Gaza est devenu un laboratoire où les dirigeants israéliens expérimentent jusqu’où ils peuvent aller.
Il y a pourtant une société civile à Gaza qui réclame la liberté, le droit de vivre et de voyager normalement et qui manifeste.

Ne jamais oublier les réfugiés
Les accords d’armistice de 1949 stipulaient que les Palestiniens chassés de leurs maisons pourraient rentrer chez eux. L’ONU n’a pas imposé ce retour et a créé l’UNRWA( Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient). Il y a aujourd’hui plus de 4 millions et demi de réfugiés gérés par l’UNRWA. Ils vivent dans 58 camps situés principalement en Palestine et dans les pays voisins (Jordanie, Liban, Syrie). Il y a aussi des réfugiés non recensés par l’UNRWA qui vivent dans d’autres pays du Proche-Orient, en Europe ou en Amérique.
L’UNRWA a assuré l’extrême minimum pour les réfugiés. Ils ont vécu très longtemps dans des villages de tentes insalubres. Dans de nombreux camps, les équipements collectifs, les services publics, les écoles, les centres sociaux ont été construits grâce à l’effort de toute la population. Les camps de Cisjordanie et de Gaza subissent régulièrement des incursions et des destructions de la part de l’armée israélienne, l’épisode le plus terrible étant la destruction du camp de Jénine en 2002. Les réfugiés ont tous gardé en mémoire le lieu d’origine de leurs familles et ils ont peur d’un règlement politique qui se ferait en les oubliant.
En octobre 2010 en Cisjordanie, les réfugiés employés par l’UNRWA ont mené une longue grève pour obtenir l’égalité salariale, les employés non palestiniens étant, à travail égal, beaucoup mieux payés qu’eux.
En Jordanie, les réfugiés forment une partie importante de la population. Ils gardent en mémoire le massacre de septembre noir en 1970.
Au Liban, les réfugiés subissent de très nombreuses discriminations. Un grand nombre de métiers leur sont interdits, ce qui les maintient dans la misère. Pendant la guerre civile libanaise, ils ont subi plusieurs massacres (Sabra et Chatila avec la complicité israélienne, Tell al-Zaatar avec la complicité syrienne). Plus récemment, le camp de Nahr el-Bared a été détruit au cours de combats impliquant l’armée libanaise.
En Syrie, la population palestinienne subit, comme le reste de la population, la dictature. Les camps palestiniens y sont contrôlés par des organisations palestiniennes inféodées au régime (Saïka, FPLP-Commandement Général). Régulièrement, les réfugiés organisent des « marches pour le retour ». Celle du 15 mai 2011 a surpris l’armée israélienne. Des marcheurs venus de Syrie sont arrivés sur le Golan et même jusqu’à Jaffa. Quelques jours plus tard, les organisations liées au régime syrien ont organisé une nouvelle marche. Cette fois, les réfugiés ont été envoyés à l’abattoir. L’armée israélienne a tiré (23 morts).

En conclusion
Ce qui caractérise la guerre au Proche-orient, c’est l’inégalité flagrante. C’est le fait que le droit international n’est pas appliqué et que la moitié de la population de cette région subit toute une série de discriminations. La paix passe avant tout par l’égalité des droits.

Pierre Stambul


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